Opioïdes: sauver la vie en cas de surdose

La hausse de l’usage de drogues puissantes comme le fentanyl fait augmenter le nombre de surdoses fatales. Le Dr Alain Vadeboncoeur explique les actions à poser pour sauver des vies.

Le mois dernier, le ministre de la Santé de l’Ontario, Eric Hoskins, montrait lui-même comment administrer la naxolone, l’antidote au fentanyl. (La Presse canadienne/Chris Young)

Les surdoses d’opioïdes tuent de plus en plus. Si les décès frappent surtout la Colombie-Britannique, avec 120 morts pour le seul mois de mars, la vague s’en vient vers nous, surtout avec l’utilisation croissante de puissantes drogues comme le fentanyl. On a ainsi dénombré 1019 décès au Canada durant les dernières années associés à ce médicament synthétique apparenté à la morphine.

Selon la santé publique, près de 4000 personnes se sont injecté des drogues à Montréal au moins une fois dans les 6 mois précédant l’enquête, surtout de moins de 24 ans. Avec l’arrivée de substances de plus en plus puissantes, comme le fentanyl et le carfentanyl — qu’on utilise comme sédatifs à l’hôpital — le risque de surdose fatal augmente.

MO: médicament opioïdes.

 

Selon les données récentes, l’hydromorphone, la morphine et l’oxicodone sont respectivement en 2e, 3e et 4e rangs des drogues injectées au pays, avant l’héroïne. Au premier rang, on retrouve toutefois un stimulant que vous connaissez, la cocaïne, qui entraine donc des effets inverses — mais parfois graves tout de même! — à ceux des opioïdes.

Or, il existe un antidote, la naloxone, maintenant disponible sous prescription et même en vente libre en pharmacie. Les médecins peuvent d’ailleurs la prescrire aux usagers de drogues et à leurs proches, susceptibles d’intervenir en cas de surdose. Depuis le 22 mars, la RAMQ couvre la naloxone en kit de 2 fioles (0,4 mg chacune) + 2 seringues.

Exemple de trousse de naloxone disponible en pharmacie. Source: MSSS 2016.

 

Les pharmaciens peuvent aussi prescrire la naloxone aux personnes dépendantes aux opioïdes, même s’ils n’ont pas accès à un médecin. Ils doivent également former les usagers sur la méthode d’utilisation de la naloxone, comme pour n’importe quel médicament.

Enfin, on peut aussi se procurer, pour une somme d’environ 200 $, de la naloxone sous forme de vaporisateur nasal, évitant la piqure — ce qui peut paraître paradoxal dans cette situation, mais permettrait aux personnes exposées accidentellement à des opioïdes, comme les douaniers par exemple, d’être traitées rapidement.

Des dérivés de la morphine

Les opioïdes forment une classe de médicaments ou de drogues apparentés à la morphine, dérivés ou synthétisés. D’usage courant en médecine, sans danger dans des conditions contrôlées, ils posent un risque en compromettant les centres vitaux du cerveau, notamment ceux responsables du maintien de l’état de conscience et de la respiration.

Comme la personne intoxiquée perd rapidement conscience et cesse alors souvent de respirer, ils peuvent terrasser en quelques minutes. L’arrêt de la respiration, et la baisse critique du niveau d’oxygène qui l’accompagne, entrainent le décès par hypoxie.

L’antidote naloxone permet justement de renverser ces effets des opioïdes, en se liant de manière préférentielle aux récepteurs du cerveau où les drogues produisent leurs effets. Elle agit en 2 à 4 minutes lorsqu’elle est injectée dans le muscle — à l’urgence, c’est directement dans les veines, où elle agit encore plus vite.

Elle permet au moins temporairement à la personne de retrouver une respiration suffisante et bien souvent un état d’éveil suffisant pour protéger ses poumons contre une aspiration de liquide gastrique, complication parfois fatale entrainant ce qu’on appelle une pneumonie d’aspiration.

Fiole de naloxone

 

On achète ainsi quelques minutes de vie pour la personne, durant lesquelles les secours peuvent être activés, permettant le transport jusqu’à l’hôpital, ce qui demeure une obligation. C’est que la durée d’action de 30 à 90 minutes de la naloxone est inférieure à celle de bien des opioïdes utilisés, surtout lorsqu’il y a de grandes quantités en jeu et que l’absorption s’est faite par voie orale.

Dans le cas des opioïdes, c’est l’arrêt respiratoire qui conduit à l’arrêt cardiaque, alors que dans la majorité des mort subite, c’est d’abord le cœur qui flanche.

Il faut donc ensuite surveiller la personne afin de s’assurer qu’elle ne retombe pas dans le coma et l’arrêt respiratoire après un premier éveil. Notez qu’on peut réinjecter la naloxone au besoin si les symptômes s’aggravent. Les paramédicaux vont également l’utiliser en cas d’intoxication aux narcotiques, de même que l’équipe médicale à l’urgence.

Agir en cas de surdose

Pour savoir quand agir, il faut reconnaître les signes de la surdose d’opioïdes, puis maitriser les étapes à suivre lors d’une intervention en cas de surdose, en préparant et administrant de façon sécuritaire la naloxone.

La Santé publique de Montréal a développé le guide de formation : «Naloxone communautaire: 5 étapes pour sauver une vie». Ce document, simple et bien fait, présente la naloxone et ses effets, explique d’abord comment elle agit, sa durée d’action, les bonnes méthodes de conservation et le pourquoi de la formation.

Une section d’une vingtaine de pages explique comment organiser et donner la formation, qui s’adresse aux personnes utilisatrices de drogues ainsi que leurs amis et membres de la famille, avec exercices et tests de compréhension.

Tableau résumé des 5 étapes d’intervention, tiré du guide de la Santé publique.

 

Une surdose aux opioïdes se reconnaît aux trois signes suivants :

  • La personne ne réagit pas (effet direct)
  • Sa respiration est ralentie ou même arrêtée (signe le plus important)
  • Ses lèvres ou ses ongles sont bleutés (par baisse de l’oxygène)

Devant ces signes, il est important d’agir immédiatement. Il faut d’abord stimuler la personne afin de voir si elle se réveille, puis appeler le 911 pour d’alerter les secours. Enfin, il s’agit d’injecter la naloxone au besoin, si elle demeure inconsciente. L’administration demande une formation technique.

Une fois ces étapes complétées, si la personne ne se réveille toujours pas, il s’agit de procéder à la réanimation. En général, même si on ne recommande plus le bouche-à-bouche par le grand public en cas d’arrêt cardiaque, il est cette fois de mise.

La raison est simple: c’est avant tout par arrêt respiratoire que les usagers de drogues intraveineuses décèdent. Dans ce cas, c’est l’arrêt respiratoire qui conduit à l’arrêt cardiaque, alors que dans la majorité des mort subite, c’est d’abord le cœur qui flanche.

Il faudra ensuite commencer les compressions cardiaques si la personne ne réagit pas et ne respire spontanément. Les témoins non formés en réanimation cardiovasculaire peuvent tout de même effectuer ce massage de la poitrine, à un rythme de 100 à 120 par minute, qui permet de faire circuler le sang et de ventiler un peu les poumons.

Si la respiration revient spontanément mais que la personne demeure somnolente ou inconsciente, il est enfin recommandé de la placer dans la position latérale de sécurité, tel qu’illustrée dans le guide. Cette position évite l’aspiration lorsqu’une personne respire mais reste inconsciente. On peut aussi l’utiliser chez toute autre personne inconsciente, sauf celles qui ont subi un traumatisme et qui pourraient donc avoir une fracture de la colonne cervicale.

Position latérale de sécurité. MSSS 2016.

 

D’autres mesures sont importantes, comme l’accès à des sites d’injection supervisés (SIS), dont trois ont récemment été autorisés à Montréal. Pour vous donner une idée de leur efficacité, en Colombie-Britannique, parmi les 120 décès par surdose en mars dernier, aucun n’est survenu en SIS.

Mais si vos proches sont utilisateurs de drogues injectables ou si vous pouvez être exposés à des situations de surdose, suivre cette formation et savoir comment administrer la naloxone constituent des mesures qui pourraient vous permettre de sauver des vies. Pensez-y.

Les commentaires sont fermés.

Appeler-moi sans cœur si vous voulez, mais je me dis parfois que, a pars certain cas où la personne aurait été intoxiquer par quelqu’un d’autre, je trouve qu’un décès par overdose ressemble à de la sélection naturel. L’humain n’a qu’un seul vrai prédateur naturel: l’humain. Parfois même lui-même.

Et ne venez pas me dire que c’est parce que les gens se font piéger dans une spirale de drogue de plus en plus forte, etc. L’information est là, les gens connaissent les risques, le danger. Ceux qui s’y embarque le fond par choix. Dans le cas contraire ça revient vraiment de la sélection naturel: les moins adaptés ne survive pas. Je sais que c’est cruel dit comme ça, mais c’est vraiment la seule explication que j’y trouve.

Dans ma tête c’est comme dire de ne pas arrêter une scie à chaîne avec les dents (Vrai recommandation dans un manuel POULAN). Si tu crois vraiment qu’arrêter une scie à chaîne avec les dents est une bonne idée, tu es mûr pour ce qui va t’arriver.

Pourquoi ne pas remettre cette procédure de réanimation avec les infos sur réception de la prescription chez le pharmacien. Moi je prend 175 micro gramme de feintant’ en psyché depuis 10 ans que je change au 2 jours. Sa me fait beaucoup de bien pour mes douleurs neurologique.

Les plus populaires