Orchidées : les réfugiées de la biodiversité

Une collection d’orchidées rares trouvera refuge au Jardin botanique de Montréal. Un spectacle à ne pas manquer !

Orchidées : les réfugiées de la biodiversité
Photo : André Poliquin

Avec leurs pétales crème et vert tendre ornés de longs éperons filiformes, avec le doux parfum qu’elles exhalent à la tombée de la nuit, certaines des nouvelles orchidées qui enrichiront bientôt la collection du Jardin botanique de Montréal font déjà rêver les amateurs.

Ceux-ci devront toutefois s’armer de patience, car les belles savent se faire désirer : leur première sortie publique n’aura lieu qu’à l’hiver 2012, à leur prochaine floraison.

Originaires de l’île de Madagascar, mais cultivés en France depuis de nombreuses années, 250 plants de ces fleurs d’aristocrate – comme on les appelait jadis – ont été offerts au Jardin botanique par Les Orchidées Marcel Lecoufle, un des principaux producteurs mondiaux d’orchidées.

La majorité de ces 250 plants appartiennent à des espèces qui n’existent plus à l’état sauvage. Leur survie dépend donc de leur culture en serre. Le Jardin botanique de Montréal, qui possède déjà plus de 5 000 orchidées, se réjouit de ce don important. « Cela enrichit énormément notre collection pour ce qui est des espèces, et surtout des espèces rares », dit René Pronovost, chef de la Division horticulture et collections au Jardin botanique.

L’institution montréalaise entend utiliser ces plantes pour sensibiliser le public au maintien de la biodiversité et à la fragilité des espèces dites endémiques, c’est-à-dire qui n’ont qu’un seul habitat naturel sur la planète. L’île de Madagascar était particulièrement riche de ces espèces, jusqu’à ce que l’activité humaine vienne la priver de 90 % de ses luxuriantes forêts, où poussaient les orchidées.

Pour André Poliquin, président de la Société des orchidophiles de Montréal, le fait que des plantes aussi rares se retrouvent à Montréal est un privilège. « Ces orchidées représentent un bon éventail de la collection des Lecoufle, dit-il. Les gens les apprécieront pour leurs coloris et pour le parfum intense qu’elles dégagent. »

C’est d’ailleurs à l’initiative de ce passionné d’orchidées que les Lecoufle ont accepté de donner les plantes au Jardin botanique de Montréal, parce qu’un « jardin botanique est l’endroit idéal pour assurer la préservation des espèces végétales », dit Geneviève Lecoufle, fille de Marcel et aujourd’hui propriétaire de l’entreprise familiale.

Si cette femme d’affaires se préoccupe en ce moment de la préservation de ses collections, c’est que l’entreprise fondée il y a 75 ans par son père s’apprête à fermer ses portes. Et ses 60 000 orchidées – appartenant à 2 000 espèces différentes – seront vendues à la pièce aux Français. « La Société des orchidophiles de Montréal a offert aux Lecoufle de préserver l’inté­gralité d’une partie de leur collection », explique André Poliquin. Ils ont accepté.

Il faut dire que le président de la Société des orchidophiles de Montréal est un proche de cette famille. André Poliquin visite les serres Lecoufle une ou deux fois par année depuis 20 ans. « Sans son intervention, nous n’aurions probablement pas eu accès à ces orchidées », précise René Pronovost, du Jardin botanique.

Les orchidées seront remises par Geneviève Lecoufle à la Société des orchidophiles de Montréal, qui les donnera à son tour au Jardin botanique de Montréal à la mi-avril, à l’occasion d’Orchidexpo, exposition annuelle d’orchidées, au collège de Maisonneuve, à Montréal.

(Avec la collaboration de Daniel Chrétien)

 

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Photo : gracieuseté d’André Poliquin, Société des orchidophiles de Montréal