Où est l’argent?

L’Agence spatiale canadienne est morose. Et l’industrie s’inquiète.

L’an dernier, l’Agence spatiale canadienne (ASC) n’a pas réussi à convaincre l’État de lui accorder les 100 millions de dollars nécessaires à sa collaboration à la mission européenne vers Mars. C’est ce qui aurait provoqué, dit-on, la démission de Laurier Boisvert, neuf mois à peine après son arrivée au poste de président.

Le Canada a bien investi 10 millions de dollars dans le programme ExoMars, de l’Agence spatiale européenne. Mais les principaux fournisseurs de l’ASC, dont MacDonald, Dettwiler et associés (MDA), estiment qu’il devrait y investir 10 fois plus.

L’ASC traverse par ailleurs une période turbulente. Depuis que Marc Garneau en a abandonné la direction, en 2005, elle a vu défiler quatre présidents, dont trois intérimaires. Le dernier en lice est Guy Bujold, ex-sous-ministre adjoint responsable des programmes spéciaux au ministère de l’Industrie du Canada.

Ces changements successifs inquiètent les gens du secteur de l’aérospatiale. Plus de 200 entreprises au pays travaillent dans ce domaine, et toutes souhaitent que le Canada demeure un « intervenant de taille » dans la conquête de l’espace et retrouve l’élan des belles années.

En mai, le ministre de l’Industrie, responsable de l’ASC, Jim Prentice, a soutenu, mais sans fournir plus de détails, que nous étions « au seuil d’une ère nouvelle de réalisations canadiennes dans l’espace ». Il a formé un comité consultatif chargé de le conseiller sur les perspectives de l’Agence. La Canada, a-t-il rappelé, doit rester à la fine pointe de la recherche et du développement dans des domaines comme les satellites de communication, la robotique spatiale et l’observation de la Terre (RADARSAT). À ce titre, l’ASC collabore avec la NASA et l’Agence spatiale européenne à la construction du télescope spatial géant James Webb. Elle fournira deux instruments : un détecteur de guidage de précision et une caméra à filtre accordable. Sa contribution s’élèvera à 130 millions de dollars (le télescope en coûtera 4,5 milliards). En retour, l’ASC bénéficiera de 5 % du temps d’observation.

Tout cela est bien beau, selon l’industrie. Mais le salut du programme spatial passe tout de même par un engagement substantiel (plus de 100 millions de dollars) auprès des Européens dans la conquête de Mars.

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