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L’auto verte est arrivée!

À quoi ressemblera votre prochaine voiture ? Sera-t-elle hybride, électrique, minuscule, communautaire, made in China ? Seule certitude, l’auto changera, et vite. La technologie, les stratégies industrielles, les habitudes de consommation sont déjà en plein bouleversement… « L’automobile va vivre une révolution dans les 10 prochaines années, et nul ne sait exactement ce qui en ressortira », croit Christian Navarre, professeur de gestion à l’Université d’Ottawa et spécialiste de l’auto. La course à la voiture de demain a démarré. Sur la ligne de départ, il y a les grands constructeurs américains, européens et asiatiques, qui s’affrontent depuis près d’un siècle. Mais ils ne sont plus seuls. Le groupe chinois BYD et l’indien Tata sont prêts à en découdre pour imposer leurs modèles partout sur la planète. Il y a aussi, toujours plus nombreuses, de petites sociétés indépendantes, des outsiders. Et des gens qui pensent davantage à la mobilité — comment se déplacer de manière pratique, économique et écologique — qu’à la mécanique. Tous ont commencé leurs tours de chauffe sous la pression environnementale. La tension est montée d’un cran cette année, à la suite de la publication des plans d’action antipollution de nombreux gouvernements. Dans quatre ans, les voitures vendues en Europe devront, en moyenne, émettre aussi peu de gaz carbonique qu’une Smart, une deux places au moteur de moins de 1 000 cm3 ! Au Québec, un projet de loi calqué sur celui de la Californie et d’une quinzaine d’autres États vise un objectif similaire, mais pour 2016. En attendant, encouragements fiscaux et taxes se multiplient : à Londres, l’accès au centre-ville est désormais gratuit pour les voitures émettant moins de 120 g de CO2 par kilomètre — un peu moins qu’une Smart. Celles dont les émissions dépassent 225 g/km sont admises pour un coût de… 47 dollars par jour ! En Amérique, c’est la hausse du prix de l’essence qui a fait passer le feu au vert ce printemps. En quelques mois, les ventes d’utilitaires sport se sont effondrées. Ford et General Motors ont déjà transformé des usines pour y construire de plus petits véhicules. En août, Toyota a annoncé que sa nouvelle usine du Mississippi, qui devait produire des utilitaires sport Highlander à compter de 2010, sera consacrée à la Prius — la doyenne des hybrides, vendue à plus d’un million d’exemplaires dans le monde depuis 1997. Et en 2007, pour la première fois depuis des décennies, la proportion de Canadiens allant travailler en voiture a baissé, particulièrement à Montréal. « On assiste à un changement très rapide des mentalités vis-à-vis de l’auto, ce qui va accélérer la mutation », dit Christian Navarre. Selon le cabinet de consultants Arthur D. Little, les ventes de véhicules énergivores diminueront de moitié d’ici 2012 : 40 % des ventes de voitures américaines seraient menacées, et 30 % des ventes d’allemandes. De nombreuses pistes s’offrent aux concurrents. Mais qui sait dans quels dédales elles les conduiront ! La prétendue voie rapide du bioéthanol a débouché sur une impasse : non seulement il n’a pas fait la preuve de ses bénéfices environnementaux, mais il a provoqué une crise alimentaire. Retour à la case départ, avec la promesse de biocarburants de deuxième ou de troisième génération, produits à partir de résidus agricoles ou forestiers, voire de déchets ménagers. Aujourd’hui, le chemin le plus direct semble celui du régime minceur : pour diminuer la consommation d’une voiture, il suffit de la faire plus petite et moins puissante. La Nano, voiture à bas coût du groupe indien Tata, pèse 530 kilos, deux fois moins qu’une Smart. Et elle émet quatre fois moins de CO2 que la limite fixée par la norme européenne à venir dans quatre ans ! « Loin d’être une voiture au rabais, la Nano a été conçue de manière très intelligente et a fait l’objet de nombreux brevets », dit Christian Navarre. Sorte de voiture en kit, elle peut être montée dans de petites usines bien plus flexibles et moins coûteuses que les immenses chaînes d’assemblage des grands constructeurs. Les automobilistes occidentaux seront-ils séduits par ce type de voiture ultra-simple ? Le succès de la Logan, vendue à un million d’exemplaires depuis 2004, prouve que les mentalités sont en train de changer : cette voiture à bas coût conçue par Renault pour les pays émergents a convaincu bien des Européens. Les constructeurs ont flairé là une piste : Toyota a promis une voiture à moins de 7 500 dollars pour bientôt, et Volkswagen prévoit pour 2011 sa nouvelle « voiture du peuple », la Up!, à moins de 10 000 dollars. C’est aussi sur la route des véhicules plus petits qu’on repère des amateurs de luxe. Pour frimer au volant, rien de tel désormais qu’un petit bijou de technologie, décapotable de préférence. Aux États-Unis et au Canada, la Mini Cooper fait un tabac depuis quelques mois. Les Européens, eux, craquent pour la minuscule Fiat 500, dont la version luxe n’a plus grand-chose à voir avec le « pot de yaourt » (c’était son surnom) des années 1970. Et 12 500 Canadiens ont acheté une Smart dans les dernières années, soit trois fois plus que prévu par Daimler ! Dès l’an prochain, Toyota proposera en Europe et au Japon sa IQ, une quatre places de trois mètres de long, qui émettra environ 100 g de CO2 par kilomètre, mais coûtera au moins 25 000 dollars. Pour les voitures plus imposantes, mieux adaptées aux familles, des solutions existent aussi. La première consiste à améliorer la performance des moteurs à essence et d’autres caractéristiques de ces voitures, comme l’aérodynamisme. Avec un peu de bonne volonté, on pourra ainsi baisser de 30 % les émissions de GES des modèles actuels dans les 10 prochaines années, sans sacrifier ni la puissance, ni le confort, ni le prix de vente… Mais la voie royale pour couper court aux émissions et à la consommation de pétrole, c’est l’électricité. Longtemps, ce chemin a tourné en rond, faute de techniques et de candidats matures. Plus maintenant. Depuis 2005, des entreprises telles Altairnano, A123Systems ou Saft ont mis au point des modèles de batteries au lithium-ion révolutionnaires, comme celles qui équipent les Roadster : les meilleures sont au moins 10 fois plus puissantes que les classiques batteries au plomb et peuvent stocker de trois à cinq fois plus d’énergie dans un même volume. Elles se rechargent complètement en 10 minutes, fonctionnent jusqu’à – 30 °C, voire moins, et ont une durée de vie pouvant aller jusqu’à 15 ans, à raison d’une recharge par jour ! Techniquement, il reste des progrès à faire, notamment pour réduire le risque de surchauffe. Mais la société texane EEStor annonce que ces batteries feront piètre figure par rapport à ses supercondensateurs… Pour l’instant, le coût des batteries — environ 10 000 dollars pièce — reste un obstacle. Mais peut-être plus pour longtemps. En janvier, Saft a inauguré dans le sud de la France la toute première usine consacrée exclusivement à la fabrication de batteries lithium-ion pour voitures. On s’attend à ce que le prix chute de moitié dans les prochaines années, grâce aux économies d’échelle. La majorité des grands constructeurs proposeront d’ici peu une version hybride de la plupart de leurs modèles milieu et haut de gamme. Chacun claironne ses ambitions : Toyota, par exemple, veut en vendre un million par an d’ici 2011 ! Mais on attend toujours l’hybride abordable et optimisée pour polluer moins. Le moteur électrique de la Prius lui permet, pour l’instant, de rouler uniquement à l’électricité jusqu’à 55 km/h, pendant au maximum deux kilomètres. Les prochaines versions déjà annoncées seront plus performantes… mais à quel prix ? « Idéalement, une hybride devrait rouler au moins 80 % du temps avec son moteur électrique et couvrir les petits trajets du quotidien sans recourir au moteur thermique », dit Pierre Langlois, physicien et auteur du livre Rouler sans pétrole (Éditions MultiMondes). D’où l’idée d’un raccourci : l’hybride rechargeable (plug-in hybrid electric vehicle, ou PHEV, en anglais), proposée par les militants de la California Cars Initiative. Al Gore, Barack Obama et le président d’Hydro-Québec, Thierry Vandal, y voient la gagnante de la course à l’auto verte. Car en branchant une hybride dans une prise de courant pour la recharger, on peut accroître nettement la distance qu’elle est capable de parcourir en mode tout électrique. Le moteur thermique devient accessoire. « Si elle se généralise, l’hybride rechargeable pourrait changer complètement nos perspectives énergétiques en s’intégrant aux réseaux de distribution d’électricité », estime Michel Gendron, professeur de finance à l’Université Laval et promoteur du projet-pilote PHEV Québec. Aux États-Unis et au Canada, les « tests de véhicule au domicile » se multiplient : on recharge l’auto la nuit, quand l’électricité est peu coûteuse, puis on utilise cette énergie le jour pour rouler sans consommer d’essence. Ou pour alimenter la maison en électricité. AllianceBernstein, important groupe de capital de risque américain, estime que la moitié des voitures seront hybrides d’ici 2015. Et que la majorité seront rechargeables. Toyota, Ford et des nouvelles venues comme Fisker Automotive ont toutes annoncé l’arrivée de modèles rechargeables pour 2010 ou 2011. Mais une société chinoise est déjà prête : dès 2009, BYD (pour Build Your Dream, « construisez votre rêve »), conglomérat qui maîtrise toute la chaîne de production, depuis les mines de lithium jusqu’à l’assemblage des véhicules, vendra en Chine une berline hybride rechargeable, d’une autonomie de 100 km en mode tout électrique, pouvant atteindre 160 km/h, à un prix variant entre 20 000 et 30 000 dollars. Tout un défi pour les autres ! La voie du tout-électrique est aussi en chantier. Les promesses vont-elles enfin se réaliser ? Après avoir abandonné sa célèbre EV1 au tournant des années 2000, GM annonce cette fois qu’elle est même prête à perdre de l’argent avec la Volt, prévue pour 2010. En Norvège, Think, entreprise dérivée de Ford, propose un véhicule révolutionnaire à bien des égards. Faite de moins de 1 000 pièces, la Think City sera commercialisée comme un cellulaire : on paie 30 000 dollars pour la voiture configurée à la demande par Internet, mais on loue la batterie, recharge et entretien inclus, pour un forfait d’environ 300 dollars par mois… selon le modèle de batterie, qu’on choisit en fonction de ses besoins ! « Grâce à un modèle d’affaires vraiment nouveau dans l’industrie automobile, qui ressemble plus à la manière de faire de Coca-Cola qu’à celle des grands constructeurs, Think annonce qu’il lui suffira de vendre 25 000 véhicules par an pour faire des bénéfices. C’est la confirmation que l’auto électrique peut vraiment marcher », estime Christian Navarre. Le chantier avance à grands pas. Au début de l’année, la poste française a commandé 500 voitures électriques aux groupes PSA et Fiat, et compte en utiliser 10 000 d’ici 2012. Un record ! En Israël, Better Place voit grand. Son objectif : implanter l’auto électrique à l’échelle du pays par le moyen d’un partenariat avec Renault, qui offrira à compter de 2011 une berline dotée d’une autonomie de 100 km. Ses batteries lithium-ion en feront un véhicule comparable, en matière de performance, à une voiture à essence de 1,6 litre de cylindrée. L’État israélien est partenaire et offrira d’alléchants encouragements fiscaux aux automobilistes. Better Place a déjà commencé à mettre en place un réseau de bornes de recharge dans tout le pays, qui devrait compter 500 000 prises. Là aussi, on louera les batteries, pour environ 100 dollars par mois. Dans la course à l’auto de demain, il y aura certainement des accidents, voire des sorties de route. Déjà, la piste de l’hydrogène, que soutiennent notamment les sociétés pétrolières, semble de plus en plus cahoteuse. Les premières stations-service à hydrogène, ouvertes en Californie, ont dû mettre la clef sous la porte. Avant de se lancer à tombeau ouvert dans la voie de l’électrique, il faudrait aussi estimer clairement les impacts environnementaux liés à la production de l’électricité et aux batteries usagées. « Quand on analyse le cycle de vie des véhicules de l’avenir, on peut juste dire pour l’instant que le meilleur sera petit et fera peu de kilomètres », estime Heather Maclean, professeure à l’Université de Toronto et experte de la question. Il reste cependant bien des pistes à explorer, comme celle du moteur-roue, lâché par Hydro-Québec mais auquel de nombreux observateurs prédisent un brillant avenir. L’Eliica, conçue par le professeur Hiroshi Shimizu, de l’Université Keio, fait réfléchir : avec ses huit moteurs-roues et sa batterie lithium-ion, cette berline devance, en accélération de 0 à 160 km/h, une Porsche 911 Turbo, qui pèse pourtant 500 kilos de moins ! Et il ne faudrait surtout pas oublier que les transports collectifs, la marche et le vélo caracolent bien loin devant l’auto en tête des solutions les plus durables pour se déplacer. D’autant que les autobus hybrides, voire tout électriques, gagnent aussi du terrain. « Mais ne rêvons pas : au Québec, en dehors de Montréal, Québec et Gatineau, l’étalement urbain fait que le transport en commun ne pourra pas rivaliser avec l’auto avant des décennies », dit le chercheur en urbanisme Gilles Sénécal, de l’Institut national de la recherche scientifique. D’où l’idée d’un tout autre chemin pour arriver au but : desserrer le lien entre l’homme et sa voiture. L’autopartage progresse à pas de géant : 600 villes dans le monde disposent déjà d’un service d’autos à frais partagés, comme celui offert par Communauto à Québec, Montréal, Sherbrooke et Gatineau, et la clientèle ne cesse d’augmenter. Le maire de Gatineau s’y est converti pour ses déplacements professionnels, et celui de Paris veut aller encore plus loin : il propose à ses concitoyens un système d’autos électriques en libre-service, l’Autolib, calqué sur le modèle du système de vélos implanté l’an dernier. Objectif : 4 000 voitures électriques et un réseau de 700 bornes réparties dans Paris et sa banlieue d’ici 2010. Coût annoncé : environ 350 dollars par mois tout compris, soit beaucoup moins que pour une voiture particulière…

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PHEV Québec

Depuis cet été, une première Prius rechargeable équipée de batteries au lithium-ion et bardée de capteurs circule sur le campus de l’Université Laval, qui dispose d’un réseau électrique géré indépendamment de celui d’Hydro-Québec. Des bornes de recharge ont été installées, et une cinquantaine d’autres hybrides seront converties en voitures rechargeables dans les prochaines années. On veut étudier la viabilité économique, technique et écologique de ce type de véhicule en fonction des besoins des conducteurs. Et tester à échelle réduite son impact sur un réseau de distribution d’électricité. L’initiative regroupe des chercheurs en finance et en génie. Des partenaires s’y sont déjà associés, comme le fabricant de batteries américain EnerSys, Desjardins et la Ville de Québec.

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À chacun son éolienne

La société Vertica de Sorel-Tracy a mis au point une turbine éolienne en forme de cylindre, de la taille d’un spa, qu’on peut fixer sur le toit d’un immeuble. Elle peut produire jusqu’à 2 800 kilowattheures par année, soit 10 % de la consommation moyenne d’une maison individuelle. Mais son prix en fait une source d’énergie très coûteuse : de 15 000 à 20 000 dollars. À ce prix-là, l’éolienne, qui pourrait réduire la facture d’Hydro-Québec de 200 dollars par année, sera remboursée en 90 ans ! Il n’y a donc pas de marché au Québec pour les éoliennes personnelles, pas tant que le prix de l’électricité traditionnelle sera aussi bas, dit Jean-Pierre Binda, président de Vertica. En attendant, l’État peut s’inspirer du Royaume-Uni, qui subventionne l’achat de turbines éoliennes dans le cadre de son Low Carbon Buildings Programme. Les propriétaires de maisons peuvent recevoir un remboursement allant jusqu’à l’équivalent de 5 000 dollars, ou 30 % du prix de l’éolienne qu’ils fixent sur leur toit. Vertica n’a vendu que cinq éoliennes depuis l’été 2007. La Biosphère de Montréal en arbore une, tout comme l’Université Laval, le cégep de Sorel-Tracy et deux autres écoles du Québec. Mais avant que cette éolienne de toit qui pèse 600 kilos gagne les quartiers résidentiels, « il va falloir construire les maisons en conséquence », dit Daniel Blanchette, représentant commercial à Vertica.

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Dehors, les microbes !

Gants Non, non et non, il ne faut pas en mettre, sauf si l’on a une blessure ou un pansement sur les mains. Les gants ne sont pas stériles. Après quelques minutes, ils risquent d’avoir été en contact avec tout ce qu’il y a dans la cuisine : aliments, ustensiles, comptoirs, poignée du réfrigérateur et boutons de la cuisinière. Les bactéries adhèrent plus facilement au latex qu’à l’épiderme. Et quand on porte des gants, on a moins tendance à se laver les mains. Couteaux Évitez de les passer à grande eau, car l’eau les émousse rapidement. Il faut néanmoins les nettoyer avec soin : prêtez une attention particulière à la jointure lame-manche, où se cachent souvent de petites particules de nourriture. Comptoirs Les surfaces et plans de travail des cuisines modernes, où l’on trouve souvent des carreaux de céramique, donc des joints, peuvent favoriser l’accumulation et la croissance des bactéries. Nettoyez-les à fond régulièrement, par exemple au début de chaque fin de semaine, où vous cuisinerez davantage. Mêmes conseils d’entretien pour les surfaces en inox et en granit, mais attention aux produits conçus spécialement pour nettoyer ces matériaux : ils peuvent laisser des résidus qui altéreront la saveur des aliments. Planches à découper Ayez-en deux, et de couleurs différentes : l’une pour les viandes crues, l’autre pour les viandes cuites. Vous pourriez même en posséder une troisième pour les légumes. Tous les membres de la famille doivent savoir quelle planche (quelle couleur) est associée à chaque utilisation. Et ne vous contentez pas de les passer sous l’eau chaude du robinet avec un peu de savon, mais lavez-les en profondeur ou mettez-les au lave-vaisselle. Mains Lavez-les fréquemment. Et surtout, prenez le temps de bien le faire. Pendant 20 à 30 secondes… autrement dit, le temps qu’il faut pour chanter « Joyeux anniversaire ». Se laver les mains, c’est aussi se laver les ongles avec une brosse qu’on garde près du robinet. Essuyez-vous les mains avec un papier essuie-tout plutôt qu’avec un torchon, pas toujours absolument propre. Contenu du frigo En restauration, on indique sur une étiquette la date d’entrée d’un produit. Il n’est peut-être pas nécessaire d’en faire autant chez soi, mais il est conseillé de pratiquer une bonne rotation des aliments que contient le réfrigérateur. Appliquez la méthode PEPS (premier entré, premier sorti), de façon à utiliser d’abord les aliments qui s’y trouvent depuis le plus longtemps. Contenants de plastique Utilisez-les et réutilisez-les pour ranger, conserver, congeler ou réchauffer les aliments tant que les contenants restent en bon état, c’est-à-dire tant que leurs surfaces demeurent dures, lisses et lavables. Quand ils sont égratignés ou ébréchés, remplacez-les par des neufs. Pour les usages de plus de quelques jours ou pour le micro-ondes, évitez les contenants de type pots de yogourt : leur plastique n’est pas d’assez bonne qualité. Et n’oubliez pas qu’il y a mieux que le plastique : le verre. Température du frigo Dans les établissements publics, elle doit se situer (c’est le règlement) entre 0 °C et 4 °C. Ce devrait être la même chose à la maison. Gardez le congélateur à – 18 °C, température à laquelle vous pouvez former une belle boule de crème glacée. Pourquoi ne pas conserver un thermomètre à portée de la main pour vérifier régulièrement ces températures ? Ustensiles On doit les nettoyer, puis les assainir. Pour nettoyer : prélavez (enlevez les particules visibles avec un linge), rincez, puis lavez avec un bon détergent. Oubliez les savons antibactériens à la mode, chers et contenant très peu de substances bactéricides ; un savon normal suffit. Pour assainir, utilisez de l’eau additionnée d’un peu de Javel, une cuillère à soupe dans un évier d’eau. Rangement des aliments dans le frigo Placez les aliments cuits dans le haut, les crus dans le bas (une viande qui perd un peu d’eau contamine ce qui se trouve en dessous). Règle générale : conservez les plats préparés et les restes de nourriture dans des contenants hermétiques. Sous l’évier… … mais placé de manière bien visible pour qu’on ne l’oublie pas : un vaporisateur contenant une solution faite d’une cuillère à café de Javel et de trois tasses d’eau. Ça ne coûte rien. Et ça vaut tous les produits du monde pour assurer l’hygiène de votre cuisine. Torchons à vaisselle Changez-les et lavez-les régulièrement. Pour ne pas oublier de le faire, suivez un horaire fixe (par exemple, tous les samedis matin). Chiffons Aussi appelées « guenilles ». Changez-les encore plus souvent que les torchons. Pendant que vous cuisinez, mettez-les à tremper dans un petit récipient d’eau tiède additionnée d’un bouchon de Javel : ils resteront plus propres et, du même coup, vous vous désinfecterez les mains en les prenant et en les essorant. * Nos experts : Jordan LeBel, professeur associé au Département de marketing de l’École de gestion John-Molson (Université Concordia), et Ginette Bourgeois, ex-inspectrice des aliments à la Ville de Montréal, actuellement formatrice en hygiène et salubrité des aliments à l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec (ITHQ).

Genèse d'un blogue écolo Santé et Science

Genèse d’un blogue écolo

Dire adieu aux factures d’électricité et de chauffage, ça vous tenterait? Vivre dans une maison écologique qui produit autant d’énergie qu’elle en consomme, c’est trop beau pour être vrai?

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Le bonheur est dans le bois… certifié!

Acheter des bardeaux de cèdre de Maibec, à Saint-Pamphile, à l’est de Montmagny, ou des planchers de bois franc de Groleau, à Sainte-Thècle, en Mauricie, c’est un peu faire sa part pour sauver les forêts. Ces deux entreprises sont parmi les premières au Québec à offrir des produits faits avec du bois provenant de forêts « certifiées FSC ». Une sorte de sceau « écologique » de plus en plus populaire aux États-Unis et qui fait lentement son entrée au Québec. Les Québécois sont plus sensibles qu’avant à la question de l’exploitation des forêts, notamment depuis la diffusion du documentaire-choc L’Erreur boréale, du poète Richard Desjardins et de Robert Monderie, en 1999 (L’actualité, 15 déc. 99). Pour ceux qui ont à coeur le sort de la forêt, Maibec, Groleau et quelques autres, avec leur « garantie écolo », indiquent peut-être une voie à suivre. « La certification, c’est un outil mis à la disposition de la population pour qu’elle exige de l’industrie forestière une meilleure gestion de la ressource », dit Jamal Kazi, coordonnateur à l’Initiative québécoise de développement de standards FSC, organisme chargé de promouvoir ce label auprès des consommateurs et des entreprises. Au Canada, la certification FSC, créée à l’occasion d’une rencontre internationale tenue à Toronto en 1993, est venue s’ajouter à deux autres normes de « gestion écologique de la ressource », l’ISO 14 001, de l’International Standard Organization, et la CSA Z809, de l’Association canadienne de normalisation (CSA). Au Québec, seule l’ISO met pour l’instant son sceau sur certaines exploitations forestières, mais la CSA s’apprête à délivrer ses premiers certificats. Pourquoi alors un troisième label? FSC, ce sont les initiales de Forest Stewardship Council, dont le siège se trouve à Oaxaca, au Mexique. Cet organisme international sanctionne le bois, mais aussi les entreprises forestières qui le coupent et le transforment ainsi que les forêts d’où il provient. « Par exemple, si une table est construite avec du bois « certifié FSC », son sceau garantit que le bois vient de tel arbre, et que cet arbre vient de telle forêt elle-même certifiée », explique Jamal Kazi. En clair: à chaque étape – de la forêt au détaillant en passant par la scierie, le grossiste, le fabricant et le distributeur -, le bois a été traité selon des critères écologiques rigoureux. C’est ce que, dans le jargon du FSC, on appelle la « chaîne de continuité ». Et c’est cette chaîne, disent les promoteurs, qui lui confère un net avantage sur les deux autres certifications. Le concept, si noble soit-il, n’a réalisé jusqu’ici qu’une percée bien timide au Québec: on n’y compte aucune forêt certifiée par l’organisme. Mais les choses pourraient changer puisque le géant américain Home Depot, débarqué en août, s’est engagé à offrir exclusivement du bois certifié FSC dès 2002. Pour l’instant, la rareté du produit et sa nouveauté font qu’aucun des nombreux architectes et ébénistes avec qui nous avons communiqué n’exige un tel bois. La plupart n’ont d’ailleurs pas la moindre idée de ce dont nous parlons. Au milieu des « deux-par-quatre », au magasin Réno-Dépôt, les deux commis à qui nous avons demandé si leur bois était « certifié » ne le savaient pas. Ceux de Home Depot – où l’on veut pourtant promouvoir la certification forestière – ignoraient même la signification du mot. Il semble qu’il ne faudra pas, pour l’instant du moins, compter sur le personnel des grandes surfaces pour faire de l’éducation populaire… D’autant que la demande est jusqu’ici presque nulle. Au point que Groleau, qui vient de recevoir du Nouveau-Brunswick ses premières livraisons de bois certifié, expédiera toute sa production de lattes de plancher de bois franc à Dublin, en Irlande. Maibec, pour sa part, achète son bois de Seven Islands, un exploitant forestier du Maine. Si les forêts du fournisseur n’étaient pas certifiées par le FSC, Maibec s’y approvisionnerait-il tout de même? « On n’a pas le choix, répond Charles Tardif, directeur des approvisionnements. C’est notre seule source dans les environs… » Du côté de Maibec aussi la demande est faible. Aussitôt transformés, presque tous ses produits faits de bois labellisé prennent la route des États-Unis. « Depuis sept ans, les commandes de bardeaux de cèdre certifié se comptent sur les doigts de la main, dit Charles Tardif. Toutefois, ces derniers temps, on sent un intérêt dans les salons d’exposition; les gens en parlent de plus en plus. » Pour offrir des meubles, des planchers et des bardeaux fabriqués avec du bois certifié, il faut avoir la foi, si on en croit Claude Boulanger, directeur des ventes de Matériaux Blanchet, également à Saint-Pamphile, dont le bois d’oeuvre porte le fameux sceau. « Un architecte qui exigerait un tel bois passerait pour être assez original, dit-il. Mais les choses vont finir par changer. Les jeunes ont des habitudes de consommation plus écologiques. » Luc Bouthillier, professeur de politique forestière à l’Université Laval, estime lui aussi que les changements passeront par les consommateurs, mais également par les offensives du mouvement de protection de l’environnement. « Un jour, dit-il, les producteurs qui refuseront de faire certifier leur bois perdront leur clientèle au profit de ceux qui le feront. » Selon lui, lorsque le concept sera mieux connu, les consommateurs préféreront – à prix égal – acheter des biens fabriqués avec ce bois. « Cela déculpabilise l’être humain par rapport au produit qu’il consomme. » En attendant, pour que ses opérations forestières reçoivent le sceau d’approbation FSC, une entreprise doit débourser jusqu’à 100 000 dollars pour l’étude de son dossier, processus qui peut durer de deux mois à un an. Et son label ne sera valable que pour un maximum de cinq ans. Elle s’attend donc à ce que tout ça rapporte. Or, « ce n’est pas encore le cas », dit Claude Boulanger. Une étude américaine, publiée en février 1999 dans le Journal of Forestry, confirme en effet que les consommateurs n’acceptent pas de payer plus cher pour des produits de bois certifié écologique. À l’Initiative québécoise de développement de standards FSC, on aura fort à faire pour implanter les 10 principes et les 60 critères du Forest Stewardship Council. Car l’industrie forestière québécoise ne jure que par la norme ISO 14 001. Mais les écologistes, eux, la jugent nettement insuffisante. Ainsi, Louis Bélanger, vice-président de l’Union québécoise pour la conservation de la nature (UQCN), exprime des doutes quant à son efficacité pour assurer une exploitation durable de la forêt: « Ce sont les exploitants qui définissent eux-mêmes leurs objectifs environnementaux. Et souvent, ils se contentent de respecter le Règlement sur les normes d’intervention en milieu forestier. » Ce règlement, décrété en 1987 par le gouvernement du Québec, ne suffit pas, selon lui: « Par exemple, il n’exige pas l’aménagement intégré de la forêt ni la conservation de la biodiversité. » « En soi, la norme ISO 14 001 n’est pas mauvaise », ajoute, diplomate, l’ingénieur Nicolas Blanchette, de l’Initiative FSC. « Sauf qu’elle s’applique à tous les secteurs; elle n’est pas conçue spécifiquement pour la forêt. » Il explique qu’une entreprise peut choisir de faire labelliser un seul aspect de ses activités, le transport du bois ou l’entretien mécanique de la machinerie, par exemple. « Le FSC, lui, certifie un territoire complet, et toutes les opérations qui y sont effectuées. » Tony Rotherham, directeur pour ce qui a trait aux forêts à l’Association canadienne des pâtes et papiers (ACPP), perd vite son calme lorsqu’on lui parle du FSC. « Cet organisme se targue de défendre l’Univers, dit-il, mais nous avons déjà toutes les normes qu’il nous faut au Canada, et elles sont excellentes. » Rotherham en a surtout contre la façon de faire du FSC, qui achète des pages entières de publicité dans les quotidiens américains pour dire aux lecteurs quelles entreprises vendent des produits de bois certifié. Ainsi, dans des magazines et sur des panneaux-réclames, aux États-Unis mais aussi en Colombie-Britannique, on peut voir l’acteur Pierce Brosnan (un des James Bond) enjoindre aux consommateurs de ne pas acheter de produits en bois si ceux-ci ne portent pas le fameux sceau FSC. « Certaines publicités font même la liste des entreprises qui n’en vendent pas. C’est presque de la dictature! » dit Tony Rotherham. Actuellement, au Canada, 21,5 millions d’hectares, soit 17% des forêts accessibles, affichent le label ISO 14 001. Trois millions ont également le sceau CSA Z809. Et seulement 21 300 hectares portent celui du FSC. Du côté des entreprises forestières, seules une forêt exploitée par Domtar aux États-Unis, une autre par Tembec en Ontario et une dernière par Irving au Nouveau-Brunswick satisfont aux normes FSC. Est-ce à dire qu’elles sont plus rigoureuses que les deux autres? « De toutes les normes que je connaisse, celles du FSC sont les plus strictes », dit Gary Hartshorn, de l’Organization for Tropical Studies, organisme américain voué à la sauvegarde de la forêt tropicale. Et elles gagnent en popularité, dit-il. « Déjà, en Europe, des sociétés chargées de l’octroi de certificats, comme Smartwood, la Silva Forest Foundation et de nombreuses autres, sont certifiées par le FSC. » Le FSC s’intéresse à la fois à la forêt et aux gens qui y évoluent. Une entreprise forestière qui veut recevoir son label doit s’engager à respecter 10 principes. Par exemple, elle doit veiller à ce que la forêt soit méticuleusement étudiée et reboisée selon sa diversité biologique originale; pas question de ne replanter que les arbres dont elle a besoin. Elle doit aussi garantir que les peuples autochtones vivant à proximité des forêts ont eu voix au chapitre lors de la planification des opérations forestières. Mieux, que des emplois leur ont été réservés. Éric Lessard est directeur de la société de consultants KPMG, l’un des principaux « certificateurs » au Québec. « On a tendance à dire que satisfaire aux normes du FSC exige plus de travail de la part de l’entreprise, dit-il. Et que la norme ISO est moins compromettante que celle de la CSA ou du FSC. » L’Association canadienne de normalisation, pour sa part, n’a octroyé son label CSA Z809 à aucune forêt du Québec pour le moment. C’est l’industrie forestière elle-même qui lui avait confié, en 1996, le mandat d’élaborer une norme spécifique pour le Canada. « Celle-ci est axée sur la qualité et assez difficile à satisfaire », dit Luc Bouthillier. Peter Johnson, directeur du développement à QMI, division de l’Association canadienne de normalisation, délivre des certificats CSA aux forêts canadiennes. « Beaucoup d’entreprises forestières sont étonnées de la complexité de ses exigences. Ce qui explique que seulement six d’entre elles possèdent cette certification au Canada. Au Québec, il n’y en a encore aucune, mais ça s’en vient. » ISO, CSA, FSC outils de marketing? Les avis sont partagés. Mais pour les promoteurs de la certification forestière, quelle qu’elle soit, il y a beaucoup à faire pour sensibiliser les consommateurs. « On a déjà essayé, ces dernières années, de promouvoir le fait que nous vendons du bois certifié FSC. Il n’y a pas eu de réaction », dit Claude Boulanger, de Matériaux Blanchet. Sylvain Toutant, vice-président au marketing et au développement de Réno-Dépôt, pense aussi qu’il ne sert à rien d’essayer de faire du marketing avec le label: « Il n’y a pas de demande. » Cela n’empêche pas la chaîne suédoise Ikea de souligner à gros traits le fait que le bois qui entre dans la fabrication de ses meubles provient de forêts bien gérées. Elle le clame sur une affiche… dans les toilettes, au-dessus des urinoirs! De tous les magasins à grande surface qui vendent du bois ou des produits faits de bois, elle est la seule à arborer ainsi ses couleurs. « Depuis le 1er septembre, aucun bois massif qu’on utilise ne provient de forêts anciennes ou vierges, à moins qu’il ne soit certifié par le FSC, dit Laurence Martocq, porte-parole de la société. Et le bois des forêts tropicales, comme le teck et l’acajou, doit obligatoirement être certifié, toujours par le FSC. » Les protecteurs de l’environnement ne cessent de le répéter: les forêts anciennes – celles âgées de 250 ans au Québec, par exemple, ou de 1 500 ans en Colombie-Britannique – et les forêts vierges, les poumons de la planète, doivent être laissées en paix. Mais encore faut-il savoir où elles se trouvent. Le réseau international de données et de cartographie Global Forest Watch s’affaire justement à tracer une quinzaine de cartes où sera clairement visible l’état des forêts canadiennes (voir l’encadré). Les premières devraient être prêtes en 2001. Selon Peter Lee, coordonnateur de l’organisme au Canada, on peut s’attendre à des surprises. De l’eau au moulin des promoteurs de la certification de la forêt? « Le système FSC n’est pas encore parfait, dit Bill Mankin, membre fondateur du Forest Stewardship Council. Mais c’est tout de même le plus fiable. Et de loin. » LA CARTE DES FORÊTS Pour éviter de piller les forêts non exploitées, encore faut-il savoir où elles se trouvent… L’été prochain, Global Forest Watch, un réseau international de données et de cartographie, dévoilera le portrait des forêts canadiennes. À partir de 150 images-satellite, cet organisme, dont la mission est de fournir des informations précises sur les forêts du monde, tracera une quinzaine de cartes géographiques. Global Forest Watch planche actuellement sur une carte de la forêt boréale de la Colombie-Britannique et des Prairies. Ce sera ensuite le tour de l’Ontario, du Québec et des Maritimes. Doit-on s’attendre à des révélations-chocs? « Il est trop tôt pour dévoiler quoi que ce soit, dit Peter Lee, coordonnateur de l’organisme au Canada. Mais à l’été 2001, on parlera de la forêt boréale comme jamais auparavant. » Les cartes indiqueront aussi où se trouvent, à 30 m près, les dernières forêts non encore exploitées. « Les entreprises seront ainsi en mesure d’exiger que le bois qu’elles achètent ne provienne pas de là », ajoute Peter Lee. Global Forest Watch a été créé il y a un peu plus de deux ans à la demande du géant Home Depot, le plus grand acheteur de bois en Amérique du Nord. Ikea y a investi la somme la plus importante: 2,5 millions de dollars américains. « Ces sociétés affirment ne plus vouloir acheter de bois provenant de forêts menacées par l’exploitation industrielle; il fallait donc commencer par savoir où elles se trouvent », explique Peter Lee. « Pour Ikea, le bois est la matière première par excellence. Nous voulons éviter de nous approvisionner dans les régions où il y a une exploitation abusive, dit Laurence Martocq, porte-parole de l’entreprise au Canada. C’est une ressource naturelle qui, si elle est bien gérée, pourra continuer à se renouveler. » Les forêts de huit autres pays, dont la Russie, l’Indonésie, le Cameroun et le Venezuela, seront aussi scrutées à la loupe par l’organisme. Toutes les cartes de Global Forest Watch, de même que les 150 images-satellite qui auront aidé à les créer, seront accessibles dans Internet à l’adresse www.globalforestwatch.org.

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Gare au cocktail de jus et de médicaments !

Si le mélange médicaments et alcool désole, l’effet des médicaments et celui du jus s’excluent… Boire du jus d’orange, de pomme ou de pamplemousse réduirait presque à néant l’efficacité de nombreux antibiotiques et médicaments, comme ceux pour traiter l’hypertension, les maladies cardiovasculaires et le cancer. Ce sont les conclusions auxquelles sont parvenus des chercheurs de l’Université de Western Ontario, à London. Selon leurs expériences, la narangine, substance à l’origine de l’amertume de certains fruits, empêcherait certaines molécules médicamenteuses de filtrer vers le système sanguin. Mieux vaudrait donc attendre quatre heures après avoir pris un médicament avant de boire un verre de jus. Pour un meilleur vaccin contre la grippe Le vaccin contre la grippe saisonnière a eu des ratés en Amérique du Nord l’hiver dernier. Alors que le taux de protection du vaccin se situe habituellement entre 70 % et 90 %, il n’a été que d’environ 44 %, et les hôpitaux ont accueilli un nombre record de patients grippés qui avaient pourtant été inoculés. C’est qu’une souche du virus avait été mal choisie, et le vaccin ne pouvait lutter contre cette forme de grippe. Afin de mieux protéger la population, des chercheurs réclament donc que le processus de décision relatif à la composition du vaccin soit revu. Chaque année, on retrouve dans le vaccin trois des grandes familles du virus de la grippe — H3N2, H1N1 et influenza B —, des souches qui évoluent constamment et subissent régulièrement des modifications génétiques. Chaque année, un groupe restreint d’experts — composé des membres des centres de surveillance de la grippe de l’OMS, des représentants des fabricants du vaccin et des organismes nationaux de réglementation des médicaments — se réunit donc pour déterminer les souches grippales qui entreront dans la composition du vaccin pour la saison à venir. Une rencontre a lieu en février pour l’hémisphère Nord et en septembre pour l’hémisphère Sud. Pourquoi si tôt ? Parce qu’il faut six mois pour cultiver les substances immunisantes. Mais cette réunion se tient à huis clos. Et c’est ce manque de transparence que le bio-informaticien Steven Salzberg reproche à l’OMS dans une critique qu’il a récemment publiée dans Nature. En ouvrant la discussion à l’ensemble du milieu scientifique, au lieu de réserver le débat aux quelques participants invités, les chercheurs pourraient profiter de l’expertise internationale de généticiens, d’épidémiologistes et d’autres spécialistes, et ainsi éviter le désastre de la dernière année. Il suggère aussi de rendre publics les éléments présentés lors des discussions — y compris les données d’expériences effectuées en laboratoire et les fragments du code génétique des différentes souches de grippe. Ces derniers restent confidentiels, bien qu’ils constituent une des plus importantes sources d’information pour l’avancement de la recherche. Bref, dans ce cas comme partout en science, l’heure est à la collaboration et au partage des données, et non à une culture du secret désuète. Mots d’actualité Radicaux libres persistants On savait que la combustion de carburant produisait des radicaux libres nocifs pour la santé, mais qui étaient éliminés aussitôt libérés. Les scientifiques viennent cependant de découvrir un nouveau type de radicaux libres, qu’ils qualifient de « persistants », car ils peuvent se maintenir dans l’air indéfiniment et voyager sur de grandes distances. Ces particules chimiques oxydantes de taille nanométrique, qu’on trouve en suspension dans l’air des villes, auraient les mêmes effets néfastes que le tabac : elles seraient à l’origine de maladies cardiovasculaires et de certains cancers du poumon des citadins. Les scientifiques évaluent que, selon le niveau de pollution du quartier où elle vit, une personne pourrait respirer l’équivalent de 25 à 300 cigarettes par jour. Conseil santé Vous vous êtes blessé ? Léchez votre plaie ! Des chercheurs néerlandais ont découvert une substance contenue dans la salive, l’histatine, qui non seulement aurait des propriétés antibactériennes, mais qui faciliterait la cicatrisation des blessures. Cela expliquerait pourquoi certains animaux lèchent instinctivement leurs écorchures. Cette découverte pourrait faire de la salive une nouvelle source de médicaments destinés aux personnes qui souffrent de blessures chroniques, comme celles liées au diabète. Et puisque l’histatine serait peu chère à produire, elle pourrait devenir aussi répandue que l’alcool à friction ou les crèmes antibiotiques. Quoi de neuf au Québec ? Alors que le jeu compulsif commence à peine à être étudié dans le domaine de la santé mentale, une nouvelle accoutumance fait son apparition : la dépendance à Internet. Une première étude effectuée dans le réseau de la santé du Québec révèle que, sur 40 000 patients, une centaine ont déjà consulté une personne-ressource à ce sujet. C’est encore peu, mais les chercheurs s’attendent à une augmentation du nombre de consultations. Il existe actuellement très peu de données sur cette dépendance. C’est pour cette raison que les chercheurs de l’Institut universitaire sur les dépendances de Montréal tenteront de mieux comprendre ce phénomène et d’élaborer des techniques d’intervention. « Si le problème n’est pas encore très répandu, nous connaissons toutefois des cas lourds d’adolescents qui ne sortent plus, n’ont plus de relations interpersonnelles et sont isolés depuis deux ou trois ans devant leur écran d’ordinateur ; leur langage se limite à celui des personnages des jeux auxquels ils s’adonnent avec d’autres joueurs en réseau », affirme Louise Nadeau, professeure au Département de psychologie de l’Université de Montréal.

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Il a soigné la Nouvelle-France

Peinture à l’huile de Pierre Mignard, Musée de l’Île Sainte-Hélène.En Nouvelle-France, on ne soignait pas que les âmes. Le chirurgien bourguignon Michel Sarrazin y débarque en 1685, dans la petite colonie de 15 000 habitants regroupés en 12 paroisses catholiques disséminées le long du Saint-Laurent. Il a 26 ans. Dans le contexte de la guerre interminable des Français contre les Anglais et les Iroquois, et compte tenu de la dureté de la vie dans le Nouveau Monde, ses compétences seront vite appréciées. Il sera d’ailleurs assez rapidement nommé « chirurgien-major » des troupes du Roy.Il soigne sur tous les fronts, médecin à l’Hôtel-Dieu de Québec, chirurgien des troupes à Montréal. Lourde tâche, d’autant que Sarrazin n’est pas une force de la nature. Il aura d’ailleurs de très sérieux ennuis de santé durant l’été de 1692. Lors d’un séjour à Montréal, il doit entrer lui-même à l’hôpital, où il passera un mois entre la vie et la mort. L’affaire est assez sérieuse pour qu’il rédige son testament. Contre ses propres attentes, il se remet sur pied. À 32 ans, il décide d’abandonner la chirurgie ; il se retire du monde, fait son entrée au Séminaire de Québec et ambitionne de devenir prêtre.Un an plus tard, il retourne en France. La vocation sacerdotale du chirurgien ne tient pas la route, et Michel Sarrazin quitte le Séminaire pour s’inscrire en médecine à Paris. Il faut noter qu’au 17e siècle être chirurgien ne voulait pas dire, et de loin, être médecin. Les deux corporations étaient nettement distinctes et la médecine tenait le haut du pavé. Le chirurgien était considéré comme un « ramancheux », celui qui amputait, cautérisait, soignait les plaies vives et ouvertes, les blessures et les fractures. Il versait aussi dans la pharmacopée, question d’apaiser les douleurs, de réduire les enflures ou de favoriser la cicatrisation.À 38 ans, Michel Sarrazin est reçu docteur en médecine à Reims. La nouvelle parvient en Nouvelle-France, où l’on manque cruellement de médecins. Après des négociations serrées le Dr Sarrazin est très à cheval sur les principes de la reconnaissance, du statut et des émoluments , ce dernier décide de revenir au pays. Il se mettra à l’ouvrage sans perdre de temps, car une épidémie de purpura (maladie caractérisée par de petites hémorragies disséminées de la peau) éclate sur le navire durant la traversée, et le docteur lui-même en est atteint.La décennie qui suit son retour est fort occupée. Michel Sarrazin soigne les « grands de ce petit monde », Mgr de Laval et Mgr de Saint-Vallier. Il traite l’hydropisie chronique (qui entraîne des oedèmes généralisés) du gouverneur de Callières. En 1700, il est le médecin-chef de l’Hôtel-Dieu, des Ursulines et de l’Hôpital général. Sa tâche est colossale. Il s’attaque à la pleurésie avec assez de bonheur. Il doit faire face à l’épidémie de petite vérole qui ravage la vallée du Saint-Laurent en 1702-1703. Il s’intéresse aussi au cancer et aux soins antidouleur. Soeur Marie Barbier de l’Assomption, de la congrégation de Notre-Dame, à Montréal, vient à Québec le consulter pour une plaie au sein. Cette plaie était ouverte, la maladie progressait. Sarrazin reconnut un cancer. Pour la sauver d’une mort aussi certaine que prochaine, il osa tenter une mastectomie. Il semble bien que l’opération fut un grand succès à tous égards : soeur Marie Barbier retourna à Montréal et elle vécut encore 39 ans, sans souci de santé.Dans l’intervalle, le Dr Sarrazin commence à répertorier les plantes canadiennes en testant leurs vertus curatives. Il devient correspondant canadien de l’Académie des sciences de Paris. Botaniste sur le terrain, Sarrazin herborise et envoie à Paris des spécimens, qu’on ajoutera à la collection du Jardin des Plantes. À l’Académie, on donnera à une plante américaine répertoriée par Sarrazin le nom scientifique de Sarracena purpurea. Sarrazin fera la première étude scientifique complète sur la nature du phénomène de la sève de l’érable à sucre. Il fera aussi connaître les vertus du bleuet canadien, que les Amérindiens utilisaient abondamment. Mais sa curiosité était plus vaste encore. Malgré ses laboratoires de fortune, il devient biologiste et anatomiste, montrant une folle passion pour l’étude de certains animaux sauvages d’Amérique. Il observe avec précision la forme du piquant de ce qu’il appelle le « porte épy ». Mais là où il donnera sa pleine mesure, ce sera dans l’observation de la physiologie du castor et du rat musqué. Ses mémoires scientifiques sur le castor sont des ouvrages majeurs. Il a commencé ses recherches dès 1701. Pendant des années, il poursuivra une recherche obsédante, décrivant tout dans le moindre détail anatomique.En 1712, à l’âge de 53 ans, il se marie. Ce célibataire endurci, bourreau de travail, convole en justes noces à Montréal avec Marie Anne Hazeur, qui n’a que 20 ans. C’est une Canadienne de Québec, fille d’une famille riche. Son père a été membre du Conseil supérieur ; c’est un homme d’affaires très en vue.Avec la jeune épouse vient une fortune. L’épouse, pour sa part, hérite d’un époux bien particulier. On le dit chagrin, rêveur, mélancolique, pessimiste et parfois cynique. Il y a chez Sarrazin une certaine amertume. Sans être casanier, il est surtout routinier, nullement mondain, simplement absorbé par son travail. Ce n’est pas un aventurier et, malgré sa passion pour les animaux sauvages, il ne fréquente pas le territoire et ne va pas en forêt. Bien sûr, il voyage beaucoup entre Québec et Montréal ; il ira une fois en Gaspésie évaluer son fief dit de l’Étang. Mais sa vie se résume à ses habitudes urbaines dans la petite ville de Québec, qui compte alors 7 000 habitants. Il aura deux enfants avec Marie Anne Hazeur.S’il est vrai qu’il a un caractère chagrin, il n’en demeure pas moins que l’homme est bon et généreux. C’est un excellent médecin. Toutefois, ni sa pratique ni ses travaux savants ne l’ont enrichi. Pis encore, il a l’impression d’avoir été floué. C’est que Michel Sarrazin, simple correspondant de l’Académie sur le terrain, aspire à une plus belle reconnaissance : il se voit membre à part entière de ladite Académie. Lui qui a disséqué, observé, décrit, révélé et découvert des données originales sur les plantes et les animaux d’Amérique a vu ses travaux repris par de grands noms, Réaumur, Fontenelle, qui, disons-le, en ont injustement reçu le mérite. Il faut être à Paris pour rayonner et nul ne saurait briller dans une province éloignée.Michel Sarrazin vieillit dans l’impatience et l’amertume. Profitant de la fortune de sa femme, il commet l’imprudence de se lancer dans le commerce. Il y a une carrière d’ardoise sur ses terres de l’Étang, en Gaspésie. L’affaire semble prometteuse et il décide de l’exploiter. L’intention est de fournir de l’ardoise pour la construction des toits des maisons et édifices de Québec et de Montréal, proposition architecturale mais aussi gage de sécurité dans la lutte contre les incendies. Cependant, rien n’est gagné. Se pose d’abord le problème de la main-d’oeuvre qualifiée. De surcroît, le coût du transport s’avère prohibitif. L’un dans l’autre, cette aventure commerciale s’écroulera rapidement, non sans engloutir une partie du patrimoine foncier que Sarrazin avait engagé en tant que promoteur principal. Pour se reprendre et se refaire, l’homme discret s’engage alors dans une autre entreprise de taille : les pêcheries. Ce qui devait lui rapporter gros lui coûta ce qui restait de son patrimoine. Cette dernière affaire le ruina.En 1734, à 75 ans, Michel Sarrazin pratique encore la médecine. Les épidémies faisant toujours leurs ravages, la société de Québec ne peut se passer des services d’un aussi bon médecin. C’est en soignant des malades à l’Hôtel-Dieu que Sarrazin contracte une fièvre maligne venue d’un navire en provenance de la France. De cette fièvre, il ne se relèvera pas : il meurt quelques jours plus tard, en septembre 1734. L’homme qui soignait si bien les malades a rejoint la cohorte des vies épuisées.À sa façon, Sarrazin fut un explorateur, un ermite au long cours, un homme résistant, étonnant, éprouvé par les obstacles, usé par son temps. À la manière des savants les plus méticuleux, n’avait-il pas compris des pans entiers de la nature du monde nouveau dans lequel il vivait, comme si l’Amérique française était un gros castor, avec sa cour de rats musqués et de porcs-épics, avec un peu de sirop d’érable pour son bonheur et une coupe de bleuets contre le cancer ?

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VHP 101

La foire aux questions La section « Foire aux questions » du site Infovph.ca, conçu par la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada, fournit des informations sur la manière de contracter le VPH, l’infection des hommes, le traitement, les causes, les signes et symptômes, le dépistage et la vaccination. Cliquez ici Cancer du col de l’utérus Le cancer du col de l’utérus est fortement lié au VPH. Santé Canada propose un excellent document sur le dépistage de ce type de cancer. Cliquez ici La Société canadienne du cancer, de son côté, fournit de l’information sur la dysplasie, l’état précancéreux du col de l’utérus. Elle rappelle aussi que ce problème de santé est assez fréquent et se traite facilement. Bref, pas de panique ! Cliquez ici Une section pour les parents Que dire à son enfant au sujet du VPH ? Cette section du site Web Infovph.ca offre un excellent tour de piste pour papa et maman. Cliquez ici …et pour les ados ! Voici trois sections du site Web Infovph.ca pertinentes pour les jeunes. « Mon premier examen pelvien et le test de Pap » Qu’est-ce que c’est ? Quand le faire ? Comment ça se déroule ? « Quoi dire à ton partenaire sexuel au sujet du VPH ? » Comment s’y prendre pour transmettre un message simple et clair. « Défi VPH » Un jeu pour tester ses connaissances sur le VPH. Comment parler du VPH à l’école ? Le site Web Infovph.ca offre aussi une trousse d’information pour les intervenants en milieu scolaire. Les outils comprennent entre autres des plans de leçons et des présentations à l’intention des élèves. Cliquez ici Le point de vue de la Société canadienne du cancer Saviez-vous que des études en cours évaluent la vaccination contre le virus du papillome humain pour les garçons et les hommes ? Cet article recense aussi les différents vaccins anti-VPH et les formes de cancer qu’ils permettent de prévenir. Cliquez ici Les recommandations de l’Agence de la santé publique du Canada Pour comprendre les modes de prévention et les recommandations du gouvernement fédéral relatives à la vaccination, la surveillance et le contrôle. Cliquez ici

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Bon vaccin, bad politique ?

Qu’est-ce que le VPH ? — Le virus du papillome humain (VPH) est l’un des plus répandus chez les humains. Une quarantaine de types de VPH touchent les muqueuses de la zone anogénitale. Ils sont alors transmissibles sexuellement et, dans de rares cas, de la mère à l’enfant au moment de l’accouchement. Le condom ne protège qu’en partie. En Amérique du Nord, plus de deux personnes sur trois seront infectées par un VPH au cours de leur vie, souvent dès l’adolescence. Heureusement, au moins neuf fois sur dix, le virus passe inaperçu et disparaît en quelques mois. Pourquoi vacciner des fillettes de neuf ans ? — À cet âge, les fillettes n’ont encore eu aucun contact avec le VPH et le vaccin semble plus efficace à ce moment que plus tard. « C’est comme pour le vaccin contre l’hépatite B, qu’on donne depuis des années », soutient Monique Landry, médecin-conseil au ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, en réponse aux groupes qui craignent qu’on ne sensibilise trop tôt les fillettes à la réalité des MTS. Elles recevront deux doses espacées de six mois et une troisième, cinq ans plus tard. En guise de rattrapage, on vaccinera aussi, mais seulement pendant quatre ans, les filles de 3e secondaire. Quel lien y a-t-il entre VPH et cancer ? — Compliqué ! Quand le virus ne disparaît pas tout seul, il peut, après plusieurs années, finir par provoquer un cancer. Presque tous les cancers du col de l’utérus sont ainsi causés par le VPH. Beaucoup plus rarement, il cause aussi d’autres cancers, par exemple ceux de l’anus, du pénis ou de la vulve. Quinze types de VPH sont cancérigènes. Sept fois sur dix, le virus à l’origine du cancer du col de l’utérus appartient au type 16 ou 18. Au Québec, près de 300 femmes contractent chaque année cette maladie et 80 en décèdent. Les femmes pauvres sont de loin les plus touchées. Leur système immunitaire est affaibli par de mauvaises conditions de vie et elles sont moins nombreuses à passer régulièrement le test de Papanicolaou — le fameux frottis vaginal ou « Pap test » —, qui permet de repérer des lésions précancéreuses que l’on peut ensuite traiter avant qu’elles dégénèrent. La papillomatose laryngée, maladie grave qui peut survenir à la suite d’une infection pendant l’accouchement, touche environ trois nouveau-nés sur 100 000. Les enfants atteints subissent en moyenne 13 interventions chirurgicales étalées sur plusieurs années avant d’espérer en être débarrassés. Les condylomes, causés neuf fois sur dix par les souches 6 et 11 de VPH, sont plus fréquents : de 20 000 à 25 000 Québécois se font traiter chaque année. Faire enlever ces verrues n’est pas une partie de plaisir… Le vaccin est-il efficace ? — L’efficacité du vaccin Gardasil, fabriqué par le géant américain Merck, est peu contestée : la quasi-totalité des femmes vaccinées lors des études ont présenté une forte réaction immunitaire, signe que leur organisme était prêt à fermer la porte au virus. Le Gardasil a été approuvé dans 103 pays ces dernières années, dont le Canada, en 2006. Mais le Gardasil ne protège que contre quatre types de VPH, à savoir les types 6, 11, 16 et 18. Il ne prévient donc pas tous les cancers ni les condylomes. Même vaccinées, les femmes doivent continuer à passer des frottis pour déceler toute anomalie. « On craint que le vaccin ne donne un faux sentiment de sécurité aux jeunes filles », déplore Nathalie Parent, coordonnatrice de la Fédération du Québec pour le planning des naissances, qui s’oppose à la campagne de vaccination et préférerait qu’on consacre plus d’argent à la promotion du test de Papanicolaou et à l’éducation sexuelle. Comme pour tout nouveau vaccin, on ne sait pas combien de temps dure la protection. « On sait qu’elle est d’au moins cinq ans », affirme James Mansi, directeur scientifique pour les vaccins de Merck Frosst à Montréal. Est-il sécuritaire ? — Le Gardasil est surveillé de près, notamment aux États-Unis, où 16 millions de doses ont déjà été distribuées. Après enquête, les Centers for Disease Control and Prevention ont notamment conclu que les 20 décès rapportés depuis deux ans n’avaient rien à voir avec le vaccin. Pourquoi est-il si cher ? — Merck affirme avoir consacré plus de 250 millions de dollars à la mise au point du Gardasil. Les études cliniques, très complexes pour ce type de produit, ont porté sur plusieurs dizaines de milliers de femmes. Une seule dose coûte 135 dollars. Et il en faut trois ! Faut-il avoir confiance ? — Le Gardasil est une affaire de très gros sous. Après le scandale du Vioxx, Merck mise beaucoup sur ce vaccin, qui, selon certains économistes, ne devrait lui rapporter pas moins de deux milliards de dollars par an d’ici 2010 ! Le Gardasil est soutenu par la campagne de lobbying la plus énergique de l’histoire des vaccins. D’autant que Merck doit faire vite : l’unique vaccin concurrent, le Cervarix, du groupe GlaxoSmithKline, est déjà approuvé dans plusieurs pays — mais pas au Canada. Au Canada, Ken Boessenkool, conseiller politique principal de Stephen Harper jusqu’en 2004, s’est inscrit dans le registre des lobbyistes pour le compte de Merck en février 2007, avec pour mission de suivre la stratégie nationale d’immunisation. Au même moment, le Comité consultatif national de l’immunisation recommandait le vaccin, soulignant qu’il restait d’importantes questions de recherche à approfondir avant de lancer des campagnes dans les écoles. Mais deux mois plus tard, le ministre des Finances, Jim Flaherty, prenait les scientifiques de court en débloquant 300 millions de dollars pour un programme de vaccination universelle contre le VPH dans tout le pays ! Quant à Ken Boessenkool, il est désormais enregistré comme lobbyiste mandaté par la société Taser… Est-on allé trop vite ? — « On a respecté les mécanismes normaux d’approbation d’un vaccin ; seule l’étape du financement a été accélérée », croit Monique Landry. La décision a d’ailleurs été applaudie par la Fédération canadienne des obstétriciens et gynécologues, qui considère que le Gardasil est un progrès majeur pour la santé des femmes. « La campagne est prématurée », affirmait pourtant récemment Abby Lippmann, professeure d’épidémiologie à l’Université McGill, dans un numéro spécial du Journal de l’Association médicale canadienne consacré au vaccin. En avons-nous pour notre argent ? — Vacciner toutes les filles de 4e année coûtera de 12 à 13 millions de dollars par an au Québec. La campagne demandera donc 25 millions de dollars chaque année pendant quatre ans, puis de 12 à 13 millions par la suite. Les 75 millions accordés par Ottawa pour le Québec seront donc épuisés en trois ans. Pour Monique Landry, médecin-conseil au ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, le jeu en vaut quand même la chandelle. « Même à ce prix, les analyses économiques prouvent que ce vaccin est l’un des plus rentables et un excellent investissement dans la santé publique », affirme-t-elle. En 2005, un économiste de l’Agence du cancer de la Colombie-Britannique estimait quant à lui que le prix du vaccin ne devrait pas dépasser 60 dollars, pour qu’il soit plus rentable de vacciner que de traiter les maladies occasionnées par le VPH. Le Gardasil profiterait-il davantage à Merck qu’aux victimes potentielles du cancer ? De nombreux éthiciens s’interrogent. Cet argent n’aurait-il pas été mieux investi dans le test de Papanicolaou, dans l’éducation sexuelle en milieu défavorisé, voire dans la prévention ou la guérison d’autres maladies tout aussi graves ? « Ce vaccin est typique de la fuite en avant technologique qui caractérise notre système de santé », croit Pascale Lehoux, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les innovations en santé à l’Université de Montréal. Persuadés qu’ils se font avoir, des groupes de femmes et de jeunes ont demandé un moratoire.