Santé et Science

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Carences et délinquance

Pour valider son hypothèse, il mènera une vaste étude au cours des trois prochaines années. Ses cobayes : 500 détenus de trois prisons britanniques, qui devront avaler une dose quotidienne recommandée de vitamines, de minéraux et d’acides gras. Pendant la même période, 500 autres détenus prendront des placebos. L’hypothèse du Dr Stein tire son origine d’une étude semblable menée sur 231 volontaires, pendant neuf mois, par l’association caritative britanniqueNatural Justice. Les résultats, parus en 2002 dans le British Journal of Psychiatry, sont surprenants : les prisonniers mieux alimentés avaient commis 26,3 % moins d’infractions au règlement que leurs compagnons et 37 % moins de crimes violents. L’expérience a été reproduite aux Pays-Bas, où les délits ont cette fois chuté de moitié ! Dans sa nouvelle expérience, le Dr Stein étudiera en détail le mécanisme des nutriments en prélevant des échantillons sanguins sur les sujets et en suivant leur rythme cardiaque. La variabilité du rythme cardiaque serait indicative du degré de contrôle qu’une personne a sur son système nerveux. Selon le chercheur, le fonctionnement des membranes des cellules nerveuses et de leurs molécules de signalisation dépend étroitement d’un apport adéquat de nutriments. Bien entendu, l’alimentation n’est pas la seule cause d’agressivité, mais les chercheurs pensent que l’augmentation de la consommation de « calories vides » au cours des 50 dernières années aurait contribué à l’accroissement de la violence dans la société. Conseil du mois Vous voulez maigrir ? Oubliez les boissons hypocaloriques. Car mieux vaut absorber du sucre que des édulcorants. C’est ce que suggèrent des études menées à l’Université Purdue, en Indiana. Les chercheurs ont nourri des rats avec du yogourt sucré au sucre ordinaire, et d’autres, à la saccharine. Les rats avaient aussi droit à un buffet à volonté de leur nourriture habituelle. Cinq semaines plus tard, les rats nourris à la saccharine avaient gagné davantage de poids que les autres. Les chercheurs pensent que les édulcorants perturberaient une fonction inconsciente du métabolisme. Le corps se servirait de la quantité de sucre ingérée pour déterminer le nombre de calories assimilées et envoyer un message de satiété. Les édulcorants désactiveraient ce mécanisme qui régule l’appétit en faussant la relation entre le nombre de calories avalées et la sensation de satiété ressentie par le mangeur.

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Grande séduction en Outaouais

Dès son arrivée au bureau, le matin, André O. Rodier, directeur général du Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de Gatineau, parcourt les quotidiens de la région. Les deux hôpitaux du CSSS font la manchette pour ainsi dire chaque semaine depuis presque un an… « Le palmarès de L’actualité a été ma première crise médiatique à gérer », dit le gestionnaire de 55 ans, en poste depuis un an. L’Hôpital de Hull et celui de Gatineau ont terminé tout à la fin de la liste du Bilan de santé des hôpitaux de L’actualité (1er avril 2007), qui mesurait l’accessibilité aux soins. La durée moyenne du séjour sur civière aux urgences y était respectivement de 18 et de 27 heures, et plus du tiers des patients avaient attendu plus de six mois pour une opération non urgente. Aujourd’hui, la situation s’est un peu améliorée. Le ministère de la Santé assure que le déficit sera épongé d’ici le 31 mars 2008. D’avril 2007 à janvier 2008, personne n’a dû patienter plus de six mois pour une opération de la hanche, du genou ou de la cataracte. Mais dans les urgences, le séjour sur civière est toujours aussi long. À la fin de l’été 2007, deux urgentologues de Hull ont démissionné. Trois mois plus tard, c’était au tour du chef du Service d’obstétrique-gynécologie de Gatineau — il continue cependant de traiter des patientes. Surmenés, trois de ses collègues ont menacé de quitter le navire. Et en janvier, des infirmières de Hull ont fait un sit-in à la cafétéria, refusant de faire leur quart de travail avec un personnel réduit… En Outaouais, la pénurie de main-d’œuvre dans le système de santé est criante. En juin dernier, le ministre de la Santé, Philippe Couillard, a d’ailleurs reconnu le « statut particulier » de la région et lui a accordé 20 millions de dollars, entre autres pour recruter du personnel. Les établissements doivent en effet y ferrailler contre ceux d’Ottawa, où une infirmière gagne environ 5 000 dollars de plus par an qu’au Québec. Et la concurrence sera plus grande encore lorsque, en 2009, l’hôpital universitaire francophone Montfort, à Ottawa, aura doublé sa superficie et embauché 700 nouveaux employés. André O. Rodier, lui, a fait le chemin inverse : il vient de l’Hôpital général de Hawkesbury, près d’Ottawa. « Ce qui m’a attiré ici, dit-il, c’est le défi. » Et c’en est tout un ! Avec ses quelque 5 000 employés et médecins, le CSSS de Gatineau (deux hôpitaux, trois CLSC, quatre CHSLD et une maison de naissance) est le deuxième employeur en importance dans l’Outaouais, après l’administration fédérale. « Notre CSSS est un gros bateau », explique le capitaine Rodier, un grand costaud à la barbichette blanche. « Le bateau n’est ni en train de couler ni à la dérive. Il entreprend un virage dans la bonne direction. » Changer de cap prendra encore un an, prévient-il de sa voix calme comme une mer d’huile. L’opération « grande séduction » va bon train. En janvier dernier, le CSSS a invité 10 étudiantes en soins infirmiers du Saguenay à visiter ses établissements — et la région — durant une fin de semaine. « Neuf ont confirmé qu’elles viendraient travailler chez nous ! » dit Johanne Robertson, directrice des ressources humaines. Elles ont de bonnes chances d’avoir alors un mentor, une infirmière expérimentée qui les soutiendra. Depuis l’automne, l’Agence de la santé et des services sociaux de l’Outaouais offre un « cadeau de bienvenue » : 3 000 dollars aux diplômés qui arrivent d’une autre région. Les spécialistes (tels que les gynécologues obstétriciens, la priorité), eux, reçoivent 20 000 dollars par année, pendant trois ans. On mise également sur la formation. L’Agence a lancé cet automne, en collaboration notamment avec Emploi-Québec, un programme destiné aux infirmières auxiliaires qui voudraient devenir infirmières : pendant leurs études, elles reçoivent une rémunération hebdomadaire équivalente à 25 heures de travail. Recruter, c’est bien. Mais encore faut-il garder la main-d’œuvre embauchée, fait remarquer Micheline Blais, infirmière de 58 ans en retraite progressive. « On est à bout de souffle », dit cette belle grande femme, attablée à la cafétéria. Il y a un an et demi encore, elle faisait régulièrement des heures supplémentaires à la salle d’opération. Maintenant, elle rencontre les patients pour les préparer à l’intervention. « Le plus beau poste de ma carrière », dit-elle avec une brève étincelle dans ses yeux pâles fatigués. D’avril à décembre 2007, le CSSS de Gatineau a embauché 86 infirmières. Mais 85 autres sont parties, certaines pour la retraite, d’autres pour un nouvel emploi… En février dernier, la direction a organisé, avec les syndicats, un « forum de mobilisation ». Une centaine d’employés ont causé de sources d’irritation au travail et de pistes de solution. Malgré tout, Élizabeth Leduc, 54 ans, présidente du syndicat des infirmières, infirmières auxiliaires et inhalothérapeutes du CSSS, peine à cacher son scepticisme. Depuis 2000, la direction a changé cinq fois. « M. Rodier a de bonnes intentions, dit-elle, les yeux baissés. Il est à l’écoute des gens. Peut-être que cette fois, cela va fonctionner… » Pour encourager les troupes, des primes (de 10 %) ont été offertes aux infirmières, infirmières auxiliaires et inhalothérapeutes affectés aux urgences et aux soins intensifs. Même chose pour ceux qui travaillent le soir et la nuit (12 % plutôt que 4 %). Il est également possible de travailler 12 heures par jour à un salaire supérieur (de 7 %). « Ce dont on a besoin, ce ne sont pas des primes, mais des gens », dit calmement Patrice Tremblay, infirmier de 28 ans, qui travaille à l’Hôpital de Hull depuis 2003. En mai, il a marché avec 800 autres personnes dans les rues de Gatineau à l’invitation d’Outaouais à l’urgence, phase 2, coalition formée de représentants du public, d’organismes communautaires et de professionnels de la santé. Au début des années 1970, celle-ci a contribué à l’obtention d’équipement médical pour l’Outaouais. Relancée en 2007 (d’où le « phase 2 »), elle dénonce le sous-financement de la région par rapport à d’autres, comme le Saguenay. Elle réclame de Québec 150 millions de dollars de plus par an. Quelque 40 000 personnes ont jusqu’à présent signé sa pétition. Afin de pallier la pénurie, la coalition propose aussi de mettre sur pied un centre de formation, affilié à l’Université McGill, qui formerait, en français et sur place, en Outaouais, des professionnels de la santé (ergothérapeutes, médecins, nutritionnistes, etc.). « La population augmente très rapidement en Outaouais », dit le Dr Gilles Aubé, urgentologue à l’Hôpital de Hull — notamment en raison du taux de natalité plus élevé que la moyenne québécoise. Le Dr Aubé soutient que la région n’a que 1,5 lit de soins de courte durée pour 1 000 habitants, contre 2 pour 1 000 en moyenne au Québec. « Il manque 220 lits, dit-il. C’est un hôpital au grand complet ! » La répartition des ressources est équitable, rétorque le ministère de la Santé. Le budget est attribué en fonction du nombre d’habitants, mais aussi de l’âge de la population — les besoins de soins augmentent avec le vieillissement. Or, on compte plus de jeunes en Outaouais qu’ailleurs au Québec. De plus, Québec consacre 50 millions de dollars par an au paiement de soins que les Outaouais ont reçus en Ontario. « Les établissements d’Ottawa sont de moins en moins enclins à accueillir les Québécois, dit le Dr Guy Morissette, PDG de l’Agence de la santé et des services sociaux. Ils doivent servir leur propre population. » Pour rapatrier ses malades, Québec investit notamment dans les infrastructures. Ainsi, les urgences seront prochainement rénovées. À Hull, le coup d’envoi des travaux devrait être donné cet été. Sur le terrain, deux médecins ont récemment été mandatés pour trouver des solutions à l’engorgement des urgences. Leur première proposition ? Transférer rapidement les patients sur civière vers les étages, même si tous les lits y sont occupés. Selon eux, le fardeau des urgences doit être partagé. Déjà, des voix s’élèvent contre cette idée. Du temps. C’est ce que demande André O. Rodier à son personnel. « On sait que les gens travaillent très fort et vivent une situation difficile. Les employés et les patients commenceront à voir l’effet des mesures en 2008. » Et en 2009, le bateau prendra sa vitesse de croisière…

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« Le climat change, et puis après ? »

C’est le père de Lucy — en tout cas, son inventeur. Yves Coppens, paléoanthropologue, expert ès fossiles, distingué fouineur et voyageur dans le temps, vit entre deux époques et autant d’avions. Dans son bureau du Collège de France, un amas de cartons laisse dépasser deux bois de cervidé, quelques dents de mammouth, un crâne ou deux en embuscade. Le préhistorien a récemment publié La passion de l’espèce (Éd. de l’Aube), une série d’entretiens avec Sophie Nauleau où il évoque son enfance en veine d’exotisme, son goût pour les vieilles choses, la popularité que lui a value la découverte de Lucy, notre lointaine ancêtre, qui vécut en Afrique il y a plus de trois millions d’années. *** Que pensez-vous du changement climatique que notre espèce a provoqué ? — Il n’y a rien de plus banal que les changements climatiques. Pour le géologue et le paléontologue, ils font partie de l’histoire de la Terre. Ils constituent le quotidien de nos disciplines. On ne les considère pas comme des événements. Ce qu’on étudie, c’est leur importance, leur séquence, leurs rythmes. Ce n’est donc pas la première fois que l’homme doit faire face à un bouleversement du climat ? — Non. Il y a 70 ou 80 millions d’années, le continent euraméricain réunissait l’Amérique du Nord, le Groenland et l’Europe. Lorsqu’on découvre un fossile incomplet du côté de Reims, on va chercher la partie manquante dans le Colorado ! Puis, l’Atlantique Nord s’est ouvert, exactement comme on tire une fermeture éclair. En paléontologie, on est habitué à ces changements de paysages, de niveaux des eaux et des glaces. Au sud-ouest de la Finlande, on a récemment découvert une sorte de petit abri-sous-roche. Il y avait des restes de feux, des outils. Cent mille ans avant notre ère, des Néandertaliens ont vécu là. La Finlande ressemblait donc à ce que l’on en connaît aujourd’hui. Rien n’a changé, alors ? — Si, justement ! Entre l’occupation de ce site et sa découverte, il a été enseveli sous un glacier épais de trois kilomètres. Un inlandsis, comme celui qui couvre aujourd’hui le Groenland. Regardez aussi la grotte Cosquer, noyée sous la Méditerranée, juste sous le nez de Marseille. Il faut plonger 40 m sous les calanques pour y pénétrer. Les hommes qui l’ont peinte y entraient pourtant à pied sec. Ça ne me surprend pas que le climat change à nouveau. La surprise aurait été qu’il ne change pas ! Comment ces bouleversements ont-ils affecté nos ancêtres ? — Remontons six, sept ou même dix millions d’années en arrière. Les préhumains, qui vivaient en Afrique tropicale, évoluaient dans la forêt. Les plus anciens sont ainsi à la fois bipèdes et arboricoles. Ils grimpent, comme leurs ancêtres, parce qu’il y a des fruits à cueillir, et pour se préserver des prédateurs. Viennent ensuite des bipèdes exclusifs. Puis, aux environs de deux millions d’années à 800 000 ans en arrière, on commence à rencontrer des êtres appartenant au genre Homo. On passe donc de Lucy, avec sa capacité crânienne de 400 cm3, bien modestement irrigués, à des humains dotés de 800 cm3. Bipèdes, capables de courir vite, ils sont pourvus d’une dentition omnivore : ils se sont mis à manger de la viande parce qu’il y avait moins de végétaux. Pour quelle raison ? — Ils ont connu un changement climatique radical. L’étude des pollens nous enseigne qu’entre trois et deux millions d’années avant notre ère la plupart des arbres ont disparu. D’un milieu humide, les hommes sont donc passés à un environnement quasi sec. Incapables de surmonter ce changement, des espèces se sont éteintes. D’autres ont migré. Certaines sont restées sur place, trouvant une solution à leurs malheurs. C’est le cas de l’homme, des éléphants, des chevaux, des cochons, des antilopes, des rongeurs, des carnivores. Le point commun de ces espèces, c’est qu’elles ont réussi leur coup. On appelle ça des « potentialités d’évolution » : certaines sont plus aptes à s’adapter. Un écosystème qui perdure, c’est rare et finalement pas très naturel. Comment s’adapter ? — Beaucoup d’animaux réussissent grâce à la capacité de leur dentition d’augmenter en hauteur et en volume au passage d’une alimentation feuillue à une alimentation herbeuse. Les dents s’usent davantage sur l’herbe, pleine de terre et de petits cristaux abrasifs. Autre stratégie : le cheval, plus vulnérable en terrain découvert, doit gagner en rapidité. Il va se mettre à courir sur un seul doigt au lieu de trois. L’homme, lui, réussit à survivre par la dissuasion intellectuelle. Sa grosse tête en fait un être conscient. Debout, il va réfléchir à sa situation, fabriquer des outils, mettre au point des stratégies de fuite et d’abri. Et il réussit, puisque nous sommes là pour en parler aujourd’hui. Combien de temps une espèce a-t-elle pour s’adapter ? — Moins qu’on ne l’imagine. Quelques milliers d’années, sans doute. Il y a trois millions d’années, l’homme a franchi allégrement cette première épreuve. Étape suivante : il y a 12 000 ans, la dernière glaciation s’achève. Jusqu’alors, toute la France, sauf peut-être les côtes de la Méditerranée, ressemblait à la Sibérie actuelle : des terres gelées sur des centaines de mètres de profondeur. L’inlandsis qui couvrait le nord de l’Europe fond petit à petit, formant la Baltique. On entre dans un monde plus tempéré. Les graminées poussent mieux. Et pour la première fois, l’homme nomade, prédateur, chasseur et cueilleur, s’arrête. Pour mieux cueillir, il s’installe notamment au Proche-Orient et construit sa maison. Il comprend qu’il contrôlerait mieux sa récolte s’il la semait lui-même. Puis, il domestique des bêtes. Dès lors, il dispose d’une réserve de nourriture. Aujourd’hui encore, nous sommes dans cette économie-là. Ce n’est plus son corps qui change, mais son comportement ? — Tout à fait. Trois millions d’années plus tôt, en se mettant debout, il accroissait le volume de son cerveau. Là, il modifie sa conduite. De prédateur, il devient producteur. Physiquement moins vulnérable aux changements climatiques, il s’y adapte de manière culturelle. Et il prospère. Du temps de Neandertal, le peuplement de l’Europe devait atteindre, au maximum, 10 000 personnes. Vous vous rendez compte ? Des Pyrénées à l’Oural, 10 000 personnes… Lorsque l’homme devient sédentaire, on arrive à 10 millions d’humains. Puis vient le 19e siècle. Pour la première fois, l’humanité atteint le milliard d’individus. Et en moins de deux siècles, nous voilà passés à 6,5 milliards. Plus d’humains, cela signifie plus de besoins à satisfaire, de territoires à conquérir… — Exactement. Pourquoi les Homo sapiens sapiens, qui vivaientau Proche et au Moyen-Orient, ont-ils un jour décidé de s’évader vers l’Europe ? Pourquoi venir embêter les Néandertaliens, tranquillement installés sur leur bout de continent ? Au point qu’en 10 millénaires — ce qui est long et court à la fois — les uns ont disparu au profit des autres. Cette poussée-là n’était pas motivée par la simple curiosité ou le désir de conquête. Elle s’explique probablement par des questions alimentaires et démographiques. Et aujourd’hui ? — L’humanité est en pleine forme. Elle a donc besoin de se nourrir, de produire en masse, de créer des technologies pour s’épanouir. C’est la suite logique. Depuis le premier bonhomme qui a pris un caillou pour cogner sur un autre, l’humanité agit sur l’environnement à son profit. Mais ce développement pourrait tourner à son désavantage… — De profitable, notre action sur l’environnement est en effet en train de virer à notre détriment. Heureusement, depuis la fin du 20e siècle, on prend conscience des dimensions de notre territoire, qu’il faut ménager pour les générations futures. En vérité, il s’agit d’une préoccupation très ancienne. Les humains et les animaux ont toujours défendu leur progéniture. C’est l’un des deux réflexes les plus essentiels : sauver sa peau et celle de son petit. On défend son enfant au risque de claquer. Il y va de la survie de l’espèce. Il est bon que l’humanité soit consciente de sa liberté, mais aussi de sa responsabilité à l’égard de son unique terrain de jeux actuel. Elle doit reprendre les rênes pour limiter les dégâts. Liberté et responsabilité sont parfois difficiles à concilier. — Oui, c’est une liberté relative, surveillée par la responsabilité. Je suis frappé par ce paradoxe. Mais la vie elle-même me semble paradoxale : elle est plastique, capable de créer une espèce en très peu de temps si on isole une population dans un coin. Elle peut générer rapidement des variations génétiques. Mais à côté de ça, on a dans nos cellules un ADN nucléaire qui nous condamne à être ce que nous sommes : ma femme me donnera toujours un petit d’homme, pas un éléphanteau. Il y a un côté étriqué dans la génétique. On ne fait pas ce que l’on veut. Certains parlent d’un nécessaire « retour à la nature »… — C’est de la mauvaise nostalgie. Mon discours, et celui de la paléontologie en général, consiste à expliquer comment l’homme est issu de la nature, la manière dont il est devenu un être conscient, réfléchi, à partir de cette souche naturelle. Il faut se méfier du mythe d’une nature merveilleuse et prodigue. Lorsque je présidais la commission chargée de rédiger la Charte de l’environnement, à la demande de Jacques Chirac, j’entendais certains affirmer : « On n’a pas le droit de faire ça, c’est contre nature. » Qu’on la préserve parce qu’elle nous est précieuse, bien sûr. Mais je ne comprends pas cet interdit-là. La paléontologie aide-t-elle à relativiser ? — Forcément. C’est une question de durée, de distance temporelle qui permet peut-être de mieux différencier l’essentiel de l’accessoire. C’est plus confortable encore pour les astrophysiciens ! Moi, j’ai confiance dans l’humanité. Je m’incline devant son génie. Je crois qu’elle saura pondérer son rôle à l’égard de l’environnement. D’autant plus que nous demeurons soumis aux lois de la biologie. Quand il fait froid, on attrape des rhumes. On n’est pas à l’abri, non plus, du vieillissement de notre corps. On continue à faire partie de cette nature dont on est issu — pas la peine de fantasmer sur le retour à la prairie, dans la petite tente ou l’abri-sous-roche ! Dans cette perspective d’évolution, vers quoi tend l’humain ? — C’est surtout sa culture qui évolue. Le succès de notre espèce, c’est la conscience et son application. Mais si l’humanité survit à quelques problèmes cosmiques ou biologiques, elle se dirigera vers une forme plus intelligente. Une « hyper-humanité ». La vie se développe dans ce sens. Pourquoi cela ne continuerait-il pas ? Un jour, l’homme maîtrisera le climat ou la tectonique des plaques. Il ira s’installer sur d’autres planètes. Je me dispute souvent avec mon copain le généticien Albert Jacquard, qui dit que nous sommes « assignés à résidence ». Ça m’énerve ! Moi, je ne doute pas qu’on finira par aller voir plus loin. Vous pensez, comme l’écrivain de science-fiction Ray Bradbury, que l’avenir est sur Mars ? — Mars, ce n’est rien : c’est toujours notre système solaire, et le Soleil est condamné — il a déjà vécu la moitié de ses 10 milliards d’années d’espérance de vie. Il vaut mieux viser une planète dans les parages d’une étoile plus jeune et s’y rendre en navette. Ou bien se débrouiller pour déplacer la Terre ? (© Marion Festraëts, L’Express, 2007)

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Le cœur ressuscité

Lorsque son cœur flanche, l’humain meurt. Cette machine complexe est difficilement réparable. Il y a bien les dons d’organes, mais les donneurs sont rares et les demandeurs de plus en plus nombreux. Une équipe de l’Université du Minnesota croit avoir réussi à accomplir ce que des centaines d’autres scientifiques avaient tenté sans succès jusqu’ici : recréer en laboratoire un cœur qui bat. La méthode rappelle un peu celle du Dr Frankenstein. Les chercheurs ont récupéré le cœur d’un rat mort et l’ont vidé de ses cellules grâce à un détergent, pour n’en garder que la carcasse et les vaisseaux sanguins. Sur cette charpente qui servira de tuteur, on a injecté de nouvelles cellules issues de cœurs de rats nouveau-nés. Cet assemblage a ensuite été nourri dans une solution riche en nutriments. Quatre jours plus tard, le miracle de la vie a opéré. Les cellules se sont sagement disposées dans les artères, chacune reprenant son rôle. Puis, à l’aide de stimulations électriques — qui dans ce cas-ci ne provenaient pas d’éclairs, comme pour la créature du Dr Frankenstein —, le cœur s’est mis à battre à un rythme régulier. Très faiblement, mais il battait. Huit jours plus tard, il pompait du sang à 2 % de la pression normale. Les chercheurs sont restés sans voix. Alors qu’on réussit depuis de nombreuses années à créer en éprouvette de la peau et du cartilage, la fabrication d’organes complets et fonctionnels relevait encore de l’impossible. Bien sûr, il faudra attendre plus de 10 ans avant les premières applications cliniques du « cœur fantôme », comme on le surnomme. Mais cette découverte laisse entrevoir la possibilité de reconstruire n’importe quel organe — pancréas, foie ou rein — et de remplacer les pièces du corps humain comme les éléments mécaniques d’une voiture. Plein la vue ! Une nouvelle génération de lentilles cornéennes bouleversera notre façon de voir. Des scientifiques de l’Université de Washington ont réussi à intégrer des circuits électroniques dans des verres de contact. Ce sont les moniteurs de l’avenir ! affirment-ils. Les possibilités sont infinies : les utilisateurs pourront lire des documents, naviguer dans Internet, connaître leur vitesse de déplacement ou même jouer à des jeux. Pour le moment, on n’en est pas encore à la vision de Terminator ou de la femme bionique — avant d’en arriver là, on devra d’abord mettre au point toute une architecture informatique, ce qui demandera quelques années. Et il ne faudrait pas qu’un moniteur en action empêche l’utilisateur de voir où il met les pieds… Un pâté chinois version biotech À côté de leur maïs transgénique, les Américains pourraient bientôt trouver de la viande d’animaux clonés dans leur assiette. Après cinq années d’études, des spécialistes de la Food and Drug Administration (FDA) concluent, dans un récent rapport, que la viande et le lait de bovins, de chèvres et de porcs obtenus par clonage ainsi que de leur progéniture sont sans danger pour la santé humaine. Les clones d’âge adulte ne présenteraient pas de différences avec les animaux ordinaires « sur le plan chimique et hématologique ». La FDA estime donc qu’aucune mesure spéciale relative aux aliments issus de la descendance d’animaux clonés n’est nécessaire, pas même l’étiquetage. Ces produits pourraient-ils traverser la frontière canado-américaine ? Le ministère de la Santé du Canada devra d’abord faire sa propre évaluation des risques encourus. Conseil du mois Voici une nouvelle raison pour utiliser régulièrement le fil dentaire : cela augmenterait votre espérance de vie ! En effet, les chercheurs ont constaté que les maladies du parodonte et de la gencive augmentent considérablement les risques de souffrir de problèmes cardiaques. Selon des études menées à Harvard et récemment publiées dans le New England Journal of Medicine, les bactéries qui causent l’inflammation de la gencive ou du parodonte migrent dans le sang et déclenchent des réactions immunitaires qui causent le vieillissement prématuré des artères. Grossesse et religion Les femmes enceintes musulmanes et juives ont maintenant accès à des multivitamines prénatales halal et kascher, grâce à la société pharmaceutique Duchesnay, de Laval. Une première au Canada. Dans ces comprimés, les gélatines animales ont été remplacées par des produits d’origine végétale ou provenant de certains types de poissons. Le procédé de fabrication ainsi que les ingrédients utilisés ont été approuvés par les représentants religieux. L’entreprise recevra dorénavant les visites de routine d’un rabbin et d’un imam.

Montfort le miraculé Santé et Science

Montfort le miraculé

On le croyait sur son lit de mort, il a survécu. On le pensait moribond, et voilà que l’Hôpital Montfort, emblème de la lutte de la minorité francophone en Ontario, est en pleine résurrection.

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Le Nouveau Montfort, ce sera…

Avant Après Une superficie totale de 31 121 m2 69 675 m2 Une salle des urgences de 783 m2 2 044 m2 Des lits 166 293 Des lits de soins intensifs 6 12 Des lits en santé mentale 30 60 Des salles d’opération 7 11 Des accouchements 1 700 par an 2 700 par an Des étudiants 300 Plus de 500 Des employés 800 1 500 SAVIEZ-VOUS QUE… Depuis 10 ans, l’Hôpital Montfort se classe en position enviable parmi la centaine d’hôpitaux ontariens figurant dans le palmarès — lequel n’accorde pas de rang global — que publie le centre de recherche indépendant Hospital Report Research Collaborative.

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L’Ontario aux Ontariens !

Bien qu’il ait d’abord pour mission de soigner les Ontariens, l’Hôpital Montfort accueille aussi chaque année des milliers de patients venus de l’autre côté de la rivière des Outaouais. Un phénomène inévitable, selon le PDG de l’établissement, Gérald Savoie, puisque bon nombre de Québécois travaillent à Ottawa. « Comme ils passent la journée ici, il est souvent plus facile pour eux de venir à notre hôpital », dit-il. La majorité des patients présentent leur carte d’assurance maladie, et Montfort envoie simplement la note à la Régie du Québec. Au milieu des années 1980, près de 20 % des revenus de l’établissement provenaient de Québécois. Aujourd’hui, la proportion est de 3 %. Mais, explique Gérald Savoie, l’Outaouais recommence depuis peu à dépendre des hôpitaux d’Ottawa, et le problème des listes d’attente dans cette région est en voie de devenir celui de Montfort. Une situation causée, notamment, par l’exode des médecins, la pénurie d’infirmières et l’absence de relève en santé. Résultat : en janvier, Montfort fermait ses portes aux patients québécois qui figuraient sur la liste d’attente pour une opération de la cataracte. Il n’avait pas le choix, estime Gérald Savoie. Le ministère de la Santé de l’Ontario lui a alloué un budget supplémentaire destiné à réduire exclusivement la liste d’attente des patients ontariens. « Si nous ne dépensons pas cet argent, précise le directeur, nous devrons le rembourser. » Afin d’augmenter le nombre d’interventions, Montfort accueille désormais les patients le soir et la fin de semaine. Les Québécois pourraient de nouveau y être opérés de la cataracte à compter du début du prochain exercice financier, soit le 1er avril.

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Des Japonais plus verts que le thé

Dans la spacieuse cuisine moderne de Raoul Holland, à Nagoya, au Japon, cinq petites poubelles en plastique gris sont placées en oblique, les unes au-dessus des autres, bien à la vue sur leur support en métal noir, à côté de la porte qui mène au balcon. Les journaux sont empilés dehors sur son blacon (M. Holland habite dans une copropriété), tout comme les magazines et les boîtes de carton. À l’instar de ses concitoyens, ce Canadien anglais de 62 ans originaire de Victoria, qui enseigne la littérature française depuis 26 ans à l’Université catholique Nanzan, doit trier ses déchets valorisables… en 10 catégories ! Plus une pour les matières combustibles (nourriture, mouchoirs, etc.) et une pour les matières non combustibles (vaisselle cassée, gants de caoutchouc, etc.) ! Son devoir ne s’arrête pas là. Le jour de la collecte, il doit placer le contenu de chaque poubelle dans des sacs vendus au supermarché — des rouges pour les matières combustibles, des verts pour les non combustibles, des bleus pour les matières valorisables — et déposer les bouteilles dans un bac en plastique bleu et les canettes dans un bac jaune ! « Ça ne m’ennuie pas du tout, dit-il. Le contraire serait aberrant. Quand on pense qu’il y a 10 ans on ne faisait rien de cela, ça paraît inconcevable. » Lorsque Raoul Holland prend le métro pour aller au centre-ville, il peut entendre, dans les couloirs de certaines stations, des chants d’oiseaux diffusés par les haut-parleurs. Aux feux de circulation du chic quartier commercial Sakae, où il fait des courses à l’occasion, c’est le coucou des oiseaux qui indique aux aveugles s’ils peuvent traverser la rue… Bienvenue à Nagoya, ville de 2,2 millions d’habitants — l’agglomération en compte plus de huit millions — de la superficie de Montréal, qui est en voie de devenir l’écocapitale du Japon ! Tout commence en 1998, lorsque le maire, Takehisa Matsubara, alors fraîchement élu pour un premier mandat, annonce que le sanctuaire d’oiseaux migratoires Fujimae devra être transformé en lieu d’enfouissement. Cela fait 17 ans que la municipalité y songe, mais là, le temps presse : le volume de déchets est en croissance depuis 5 ans, et dans 2 ans, il n’y aura plus de place pour enfouir le million de tonnes de déchets que produisent annuellement les habitants de cette ville industrielle prospère — 456 kilos par personne, contre 480 kilos pour un Montréalais à la même époque. Dès l’annonce du maire, une clameur digne des Oiseaux, d’Alfred Hitchcock, s’élève dans la population ! Les Japonais vouent un véritable culte aux oiseaux et à la protection de leur habitat naturel. Les Nagoyans s’organisent donc pour tuer dans l’œuf le projet du maire. Ils peuvent compter sur le soutien des 45 000 membres de la Société de protection des oiseaux du Japon, le groupe environnemental le plus important au pays. On interpelle les élus, la presse s’en mêle et des citoyens forment l’association Sauvons Fujimae avec l’aide du Réseau d’action pour la protection des zones humides du Japon. Pour se rendre au sanctuaire Fujimae, dans la baie d’Ise, sur la côte du Pacifique, il faut traverser un secteur industriel isolé. De grands espaces sont occupés par des graminées et des arbres à petits fruits. À côté du poste d’accueil, il y a une pinède. Au Japon, le pin est le symbole de la jeunesse, de la longévité et de la dignité. Lorsqu’on s’approche du rivage, la vue de toutes ces industries, au loin, et de ces structures qui ressemblent à des tours de forage détonne… Le biologiste Shin Ito, 36 ans, habitué des lieux depuis son enfance et aujourd’hui responsable du site, a appris à faire abstraction de ce décor : « Avec mes jumelles, je ne vois que la beauté des oiseaux. Je me concentre sur le particulier et je ne vois pas l’ensemble. » Chaque année, des oiseaux de plus de 150 espèces font escale dans la baie d’Ise, dont certains ont fait le voyage depuis la Sibérie ou l’Alaska. C’est pour la protection de ces 323 hectares (trois fois la superficie des plaines d’Abraham) que commence une bataille déterminante dans l’histoire de la quatrième ville du Japon. Après un an de controverses, en janvier 1999, le maire Matsubara conclut un pacte avec les particuliers et les entreprises. Pour éviter d’avoir à convertir le sanctuaire en lieu d’enfouissement, les habitants de Nagoya devront réduire leurs déchets de 20 % d’ici 2001. Les entreprises devront aussi fournir leur part et payer le secteur privé pour la collecte de leurs déchets et matières valorisables. C’est un nouvel effort pour tous, puisque la Ville s’était déjà engagée en 1997 à réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 10 % par rapport à celles de 1990. Soit presque deux fois les objectifs du gouvernement central du Japon et du Canada (6 % pour chacun). Pour atteindre les objectifs du maire, tout est à faire, malgré le travail déjà amorcé par le groupe écologiste Chubu Recycle, qui organise depuis les années 1980 des collectes de journaux, plastiques et métaux dans les stationnements de supermarchés. Il faut implanter un système de collecte sélective dans les 16 arrondissements, mettre à contribution les supermarchés, les groupes communautaires, les écoles, et mobiliser les 3 000 Nagoyans responsables des associations de voisinage de la ville. Le programme est si complexe que les fonctionnaires municipaux doivent retéléphoner à 100 000 résidants pour répondre à leurs questions ! Et plus de 200 000 personnes participeront à des séances d’information (voir « Écocapitale en 12 temps »). Qu’à cela ne tienne, deux ans plus tard, les habitants avaient réduit leurs déchets non pas de 20 %, mais de 23 %. Et aujourd’hui, 35 % des ordures ménagères sont revalorisées — presque deux fois plus qu’à Montréal (19 %). La quantité de déchets incinérés a également diminué de 30 %. Pour les Nagoyans, toute cette gestion des ordures demande un temps fou, selon Hélène Hamana, Française pleine de vie qui enseigne le français dans une université pour jeunes filles de Nagoya depuis 28 ans. « Vous savez, les gens râlent un peu, mais on doit le faire. Le réchauffement climatique, c’est grave. Il serait impensable ici de ne pas respecter les normes. Même moi, avec mon caractère de Française rouspéteuse, je me plie au règlement sans presque y déroger. » On participe de bonne grâce, dit-elle, principalement pour ne pas crouler sous les détritus dans sa maison. Car sans tri, pas de ramassage. « C’est l’argument le plus convaincant. Mais je pense aussi que le tri sélectif fait partie d’une morale collective à laquelle il est difficile d’échapper. Quand on promène son chien, on a toujours un petit sac. Alors pour les ordures, c’est la même chose, on ne les jette pas n’importe comment. » Ce sens du devoir et des responsabilités est partagé par Harumi Iwahara, 42 ans, femme pleine d’humour qui a déjà vécu en France et en Afrique du Sud avec sa famille et son mari, lequel travaille pour Toyota. Elle explique qu’elle doit se transformer en sympathique superviseure avant de sortir les sacs : « Je vérifie si mon mari et les enfants ont bien trié les bouteilles et les plastiques. C’est contraignant, mais heureusement, je ne travaille pas à l’extérieur. C’est un devoir de citoyen et je le fais avec plaisir pour l’avenir de mes enfants. » Lorsque vient le temps de se débarrasser d’un appareil électroménager, d’un téléviseur ou d’un ordinateur, Harumi Iwahara et ses voisins n’ont d’autre choix que de les rapporter, à leurs frais, chez le détaillant, ou de les amener à l’un des deux centres de récupération de la ville. La collecte des journaux, magazines, boîtes de carton et vêtements usagés est réservée, quant à elle, aux groupes communautaires et aux écoles, pour financer leurs activités. Ils ont leur propre camion et effectuent le ramassage deux fois par mois. Le jour de la collecte sélective des déchets domestiques, dès 6 h 30, l’énergique Setsuko Oota, dans la jeune cinquantaine, se poste sur le trottoir, près du commerce de vélos qu’elle tient avec son mari. Elle accueille ses voisins venus porter leurs sacs de plastique transparent arborant le logo bleu, la couleur des matières valorisables. Elle inspecte tout et s’assure que le tri a été bien fait. La municipalité lui verse 210 dollars par année pour ce travail. Setsuko Oota fait partie de l’une des 3 000 associations de voisinage de la ville — on en retrouve partout au pays. Pour ces gens qui veillent notamment à la propreté du quartier, la supervision des sacs de recyclage s’est ajoutée naturellement. Setsuko Oota, qui effectue ses tâches avec sérieux, n’a pas l’impression de faire un boulot qui relève de la municipalité : « Ce sont les gens qui produisent les déchets, c’est à eux de les gérer. » C’est partout le même discours : chaque citadin est responsable de ses gestes et de son environnement. Le professeur de psychologie du Département de l’environnement de l’Université de Nagoya, Yukio Hirose, a fait une étude pour comprendre pourquoi les habitants se sont pliés à des exigences aussi sévères. « C’est parce que le programme de collecte était équitable et que le bien-être de la collectivité était en jeu. Leur motivation vient de là. » Raoul Holland, ce Canadien qui vit à Nagoya depuis 26 ans, y voit aussi des traits culturels. « Les Japonais forment un peuple assez homogène, conformiste et très discipliné, ce qui explique que cette façon minutieuse de trier marche tellement bien, malgré quelques exceptions. » Mais la jeune génération perd peu à peu, dit-il, « certaines des vertus que sont l’abnégation, le sens du devoir et le civisme envers la collectivité, quicaractérisaient les vieilles générations ». Nous sommes dans le quartier résidentiel Midoro, où habitent de jeunes familles de la classe moyenne. C’est là qu’a pignon sur rue le supermarché de la chaîne Apita, réputée pour ses éclairages doux et ses rayons arrangés avec goût. À l’extérieur, un abri a été aménagé pour accueillir quatre bacs de récupération. Les employés se relaient pour les vider. Un très grand nombre de supermarchés de la ville ont ainsi installé des bacs pour répondre aux besoins des personnes qui n’ont pas de place à la maison. Depuis octobre dernier, la majorité des commerçants du quartier Midoro participent à une expérience-pilote : ils vendent leurs sacs de plastique cinq cents chacun. Chez Apita, en moins d’un mois, 88 % des clients apportaient leur cabas ! Il faut voir l’étalage, à la sortie du magasin, de jolis fourre-tout réutilisables, dont certains, bleu azur et orangé, ressemblent à des sacs de plage ! Pour atteindre le « plein recyclage », la Ville sait qu’elle devra faire du compostage. Elle a mis sur pied un projet-pilote, auquel participe 60 % des résidants de deux quartiers. Elle attend les résultats avant de se lancer dans cette aventure sur une grande échelle. En février 2007, des membres d’associations de quartiers où l’on compte de grandes tours d’habitation ont observé un certain laisser-aller dans le tri des déchets. Le maire s’est empressé de déclencher une campagne de sensibilisation. « Je voulais donner un signal fort, montrer que la Ville ne pouvait tolérer de tels écarts. » Le maire Matsubara et ses concitoyens ne sont pas les seuls à faire des efforts. Ils peuvent compter sur le dynamisme des éco-entreprises de la région, dont 305 ont formé l’Environmental Partnership Organizing Club (EPOC). Elles ont la certification environnementale ISO 1400, attestant qu’elles réduisent au minimum les effets dommageables de leurs activités sur l’environnement, ou sont sur le point de l’obtenir. Parmi elles, la multinationale Brother. Ce fabricant de matériel électronique de bureau et de machines à coudre a aménagé sur le toit de son siège social, à Nagoya, un jardin qui fleurit toute l’année et qui procure de la fraîcheur au dernier étage. Le jour de notre visite dans cette oasis couverte de gazon, des employés s’y reposaient, assis sur des bancs en bois, admirant les massifs de fleurs et les rocailles. Sur le toit du bâtiment d’en face, appartenant aussi à Brother, on pouvait apercevoir des panneaux solaires. Même si les économies d’énergie sont plutôt faibles, le président du conseil de la multinationale, Yoshihiro Yasui, défend ces initiatives : « Je ne crois pas qu’il faille arrêter un projet pour des raisons économiques. Au Japon, il y a un dicton qui dit que “la continuité, c’est la puissance”. Nous voulons que toutes nos installations dans le monde aient des toits verts ou des panneaux solaires. Les toits verts sont utiles pour réduire les îlots de chaleur dans la ville. » Yoshihiro Yasui, homme distingué de 69 ans aux cheveux gris argent, attire notre attention sur son porte-documents noir en cuir, orné de tissus soyeux aux teintes vives. Il s’agit de cravates qu’il ne portait plus et qu’il a fait assembler en mosaïque. « Je voulais montrer qu’avec un peu d’imagination on peut réutiliser des choses à d’autres fins. » Malgré tous les efforts des particuliers et des entreprises, les émissions de GES n’ont été réduites que de 1,4 % depuis 1999. Cela peut sembler timide, mais seulement six grandes villes du Japon ont réussi à diminuer leurs émissions polluantes au cours de la même période. Les neuf autres les ont augmentées en moyenne de 7 %. Si on peine à réduire les émissions de GES, c’est en bonne partie à cause de l’automobile. « Il est difficile de convaincre les automobilistes de changer leurs habitudes », reconnaît le maire. Et leur nombre ne cesse d’augmenter depuis le début des années 1970. Le développement économique de Nagoya, née il y a presque 400 ans mais détruite par les bombardements américains durant la Deuxième Guerre mondiale, est intimement lié au monde de l’automobile. La ville de Toyota, à une vingtaine de kilomètres au sud-est, abrite le siège social et sept usines du nouveau numéro un mondial de l’auto. C’est d’ailleurs à Nagoya que s’est vendu le premier véhicule de marque Toyota, en 1935. Durant les heures d’affluence, cependant, le pourcentage de déplacements faits en voiture (37 %) reste en deçà de celui que connaît Montréal (68 %). D’ailleurs, n’a pas une auto qui veut, puisqu’il faut prouver à l’administration municipale de Nagoya que vous disposez d’une place de stationnement à la maison. Pour faciliter les 900 000 déplacements quotidiens en vélo (le troisième moyen de transport, après l’auto et la marche), la Ville désire tripler les actuels 32 km de voies réservées sur les larges trottoirs. Car de ce côté, beaucoup reste à faire. Le maire Matsubara pourra sans doute s’inspirer de l’expérience de Montréal (et de Vélo Québec) lorsqu’il accueillera son homologue montréalais, dans deux ans, pour la 10e Conférence internationale sur la biodiversité, qui se tiendra à Nagoya. Qui aurait pu prédire, il y a 10 ans, que la bataille pour la préservation de Fujimae — inscrit en 2002 sur la liste sélecte de la Convention internationale de Ramsar en tant que milieu humide essentiel à la faune — allait faire de Nagoya l’un des chefs de file des grandes villes du Japon en matière de lutte pour la protection de l’environnement ? — (Reportage effectué grâce à la bourse Québec-Japon, du Foreign Press Center of Japan et du ministère des Relations internationales du gouvernement du Québec.)

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Écocapitale en 12 temps

• Dix bacs pour les déchets valorisables à la maison, plus un pour les déchets combustibles et un pour les non combustibles. • Collecte des journaux, magazines, cartons et vêtements usagés effectuée uniquement par les écoles et les groupes communautaires, pour financer leurs activités. Deux fois par mois, ils installent 52 postes de récupération dans des stationnements de centres commerciaux ou des lieux publics. • Frais de 2 à 12 dollars pour se débarrasser d’objets encombrants (tapis, vélos, etc.). • Frais de transport pour le retour au détaillant des appareils électroménagers, climatiseurs, téléviseurs et ordinateurs désuets. • Bacs de récupération dans les supermarchés. • Bacs de récupération dans le métro (trois catégories de déchets valorisables). • Projet-pilote de compostage dans deux quartiers : taux de participation de 60 %. • Écopoints échangeables contre des produits écologiquement acceptables ou utilisables pour la plantation d’arbres, afin d’encourager l’utilisation de sacs à emplettes réutilisables. • En 2010, fin de la gratuité des sacs de plastique dans les commerces. • Ouverture d’une école de l’environnement pour enfants et adultes (déjà, 21 000 personnes y ont suivi des cours). • Ouverture d’un centre d’éducation sur l’environnement dans une station de métro. • Préservation et revitalisation de la forêt Higashiyama, poumon vert de Nagoya, qui abrite le jardin botanique et le zoo. Japon-Canada Un Japonais émet deux fois moins de GES qu’un Canadien et consomme deux fois moins d’énergie. Il génère deux fois moins de déchets domestiques et utilise deux fois moins d’eau à des fins domestiques et municipales. À LIRE Comprendre les Japonais, par les anthropologues américains Edward T. Hall et Mildred Reed Hall (Seuil). Pour dépasser l’étiquette et mieux comprendre le milieu du travail et des affaires nippon.

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Pèlerinage en Chine

Ils sont des centaines — tétraplégiques, autistes, parkinsoniens — à se rendre dans des hôpitaux chinois en quête d’un miracle. Là-bas les attend un traitement aussi novateur que controversé : l’injection, dans la moelle épinière, de cellules souches extraites de cordons ombilicaux ou de fœtus. Pour beaucoup de chercheurs, ces cellules ouvrent la voie à la médecine de demain. Mais en ce qui concerne le traitement chinois, les experts occidentaux crient à l’hérésie, car la science en sait encore trop peu sur la façon d’utiliser les cellules souches. Pourtant, Richard Duhaime y croit. Ce Jonquiérois condamné au fauteuil roulant souffre de l’ataxie de Portneuf, maladie neuromusculaire causée par une dégénérescence du cervelet. Il revient tout juste de Chine, où il a passé un mois. Avant de s’embarquer, il a fureté dans les blogues de nombreuses personnes qui avaient tenté le voyage avant lui : certaines ont vu leur état s’améliorer un peu, alors que d’autres se sont dites presque guéries. « Mes espoirs étaient énormes, confie-t-il. C’est sur mes deux jambes que j’espérais revenir. » Au lieu de ça, une semaine après son retour, il ne ressent qu’un sensible desserrement de la gorge. Pour 22 500 dollars, somme qui ne comprend ni le voyage ni l’hébergement, il a reçu cinq injections de cellules souches ainsi que divers traitements : acupuncture, stimulations électriques, massages, etc. « Pourquoi cinq injections, ni plus ni moins ? Les spécialistes chinois ne le savent même pas », dit le Dr Jacques Galipeau, directeur du groupe de recherche sur les cellules souches de l’Université McGill. « Ils émettent l’hypothèse, plausible en soi, que ces injections entraînent une amélioration du système nerveux, mais leurs essais n’ont aucune valeur scientifique. » Les médecins chinois restent convaincus de l’innocuité des traitements et rappellent que les patients n’ont pas le temps d’attendre les résultats des essais cliniques. Avec l’accord tacite de l’État, plus de 100 hôpitaux offrent ce traitement en Chine. Cosméceutique Quand la cosmétique flirte avec la pharmaceutique, on parle de cosméceutique, mot à la mode que de plus en plus d’entreprises emploient avec fierté. Selon elles, les produits cosméceutiques — anti-âge, coup d’éclat et autres — ont des « bénéfices thérapeutiques », et la complexité de leur composition est comparable à celle des médicaments. La Food and Drug Administration et le ministère de la Santé du Canada ne savent toutefois à quelles règles les assujettir : s’agit-il de médicaments ou de produits cosmétiques ? Pour le moment, cette industrie en pleine croissance n’est soumise à aucune législation particulière et il faut, le plus souvent, se fier à l’étiquette des fabricants ainsi qu’à son propre jugement. Les sans-pilules Les enfants composent le tiers de la population mondiale et sont les premiers affectés par les épidémies. Pourtant, les responsables de la santé publique sont enclins à les oublier. Selon l’Organisation mondiale de la santé, au moins 60 médicaments essentiels au traitement de maladies qui tuent de nombreux enfants, comme le sida, le paludisme et la tuberculose, n’existeraient que dans des versions pour adultes. En Europe, moins de la moitié des médicaments donnés aux enfants auraient été testés et autorisés. Cette situation force les travailleurs de la santé à administrer des fractions de doses, ce qui ne constitue pas une solution, puisque les enfants (en particulier les bébés) métabolisent les médicaments très différemment des adultes. Cliniques « pignon sur route » À côté des postes d’essence, dépanneurs et restoroutes, les camionneurs américains trouveront bientôt sur leur chemin des cliniques médicales ! L’entreprise Roadside Medical Clinics, de l’État de la Géorgie, a annoncé la création d’une chaîne de cliniques sans rendez-vous dont les succursales seront dispersées sur les grandes routes de tout le pays. Une cinquantaine d’entre elles verront le jour d’ici les deux prochaines années. Pour des tarifs mensuels variant de 15 à 30 dollars, les camionneurs bénéficieront de services médicaux de base pour soigner des maux tels que traumatismes légers, problèmes digestifs, troubles du sommeil ou respiratoires. Bedon révélateur ? Lorsque le ventre d’une femme enceinte est bas, c’est qu’elle attend un garçon ; sinon, c’est une fille. Ce refrain qu’on ressasse depuis des siècles a été mis à l’épreuve par des chercheurs de l’Université Johns Hopkins, à Baltimore, qui ont examiné 104 femmes enceintes. Ils ont conclu que la forme du ventre de la mère n’était pas un bon indice du sexe du bébé. Et si ce mythe a traversé les âges, c’est que les pronostics ont une chance sur deux d’être justes !

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Guérison garantie ou argent remis !

Imaginez un monde où les sociétés pharmaceutiques rembourseraient le prix des médicaments si le traitement ne s’avérait pas efficace. C’est ce que promet Johnson & Johnson au système public de santé du Royaume-Uni, le National Health Service, par un accord novateur conclu en novembre dernier. L’entente porte sur le Velcade, médicament destiné à traiter le myélome multiple, une des formes de cancer du sang les plus répandues. Plus précisément, Johnson & Johnson s’engage à rembourser au régime public d’assurance le coût du traitement (qui s’élève à 48 000 dollars par patient) si à la suite de celui-ci des tests sanguins ne révèlent pas un recul suffisant de l’affection. Mais les deux parties ne s’entendent pas encore sur ce que peut être une « réduction suffisante » de la maladie. Cette situation illustre bien un des obstacles majeurs à ce type de pratique : la difficulté de définir les critères de réussite ou d’échec d’un traitement. Malgré tout, d’autres accords semblables, quoique moins radicaux, sont en voie d’être signés au Royaume-Uni et en France, ce qui pourrait marquer le début d’un changement des mentalités au sein de l’industrie pharmaceutique. Depuis plusieurs années, les gouvernements européens hésitent à autoriser de nouveaux traitements, très coûteux, avivant ainsi la concurrence entre les sociétés pharmaceutiques. Et souvent, un refus des autorités ferme définitivement l’accès d’un médicament à tout un marché. C’est d’ailleurs parce que Johnson & Johnson avait essuyé un tel refus avec le Velcade, il y a deux ans, que l’entreprise en est venue à proposer cette nouvelle approche. Voilà donc une façon d’assurer aux patients une plus grande diversité de traitements. Et de stimuler la recherche pharmaceutique. Techno Qu’est-ce qui permet à la fois de naviguer dans Internet, d’utiliser des logiciels de bureautique et de faire des échographies du cœur ? Le nouvel ordinateur portable Acuson P50 de Siemens. Conçu pour accélérer les diagnostics dans les salles d’opération et les services d’anesthésie, il comprend des capteurs et des émetteurs d’ondes ultrasonores, le nécessaire pour faire des échographies de stress — qui mesurent la contraction de la paroi cardiaque —, ainsi qu’une panoplie de logiciels de cardiologie. Insolite « Jeune homme célibataire, non fumeur, sans enfants, sans infections transmissibles sexuellement, certificat de bonne santé sexuelle no 23432. » C’est le type de fiche que l’on pourrait bientôt trouver dans les sites de rencontre en ligne si les ambitions de la société américaine SSP BioAnalytics se concrétisent. Depuis le 1er décembre, l’entreprise technologique délivre en effet des certificats de santé sexuelle (www.safesexpassport.com). Des droits d’adhésion de 75 dollars sont exigés, puis le nouveau membre passe des analyses sanguines à un des laboratoires affiliés de SSP, pour un coût de 225 dollars. Les résultats sont ensuite acheminés à la base de données de l’entreprise. L’utilisateur reçoit alors une carte de membre avec son numéro de dossier, ainsi qu’un certificat virtuel accessible en ligne, qu’il peut ajouter à son profil dans un site de rencontre ou dans sa page MySpace. Mais il faut y mettre le prix, car les tests, ainsi que les droits d’adhésion, doivent être renouvelés tous les six mois ! Quoi de neuf au Québec ? Notre flair nous fournirait beaucoup plus d’information qu’on ne le pense, affirment les chercheurs de l’Institut neurologique de Montréal. Nous serions capables de distinguer avec précision l’odeur d’un ami de celle d’un inconnu. Des participants ont été invités à identifier quatre odeurs — la leur, celle d’un inconnu, celle d’un ami et une odeur familière — tandis qu’ils se trouvaient dans un appareil d’imagerie cérébrale. Ils ont perçu l’odeur de l’inconnu comme plus intense et moins agréable que les autres. Les chercheurs ont pour leur part observé que cette odeur activait les zones cérébrales associées à la peur ou au danger, soit le noyau amygdalien et l’insula.

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Pas pour les enfants

Les experts du ministère de la Santé du Canada réévaluent actuellement l’utilité — ainsi que l’étiquetage — de plus de 700 médicaments vendus sans ordonnance au pays. Consultations, études, analyses des résultats, impossible encore de connaître le temps nécessaire pour faire le tour de la question. En attendant, le Ministère conseille aux parents d’éviter tout surdosage et tout cocktail de médicaments en soignant leurs enfants, et de ne pas donner de sirop contre la toux ou les symptômes du rhume aux nourrissons. Cette annonce est un effet secondaire des recommandations troublantes émises en octobre dernier par le comité d’experts de la Food and Drug Administration, aux États-Unis, qui ont été beaucoup plus radicaux sur le sujet. Selon ces spécialistes, les enfants de moins de 6 ans ne devraient jamais prendre de médicaments pour soulager la toux ou les symptômes du rhume. Et il s’en est fallu de peu pour que ces experts élargissent cet avis aux enfants de 6 à 11 ans. Car ces produits sont potentiellement dangereux. Les recommandations touchent ceux qui contiennent les ingrédients suivants : décongestifs, antihistaminiques et antitussifs. Malgré plusieurs décennies de tradition médicale et maternelle, et des milliards de doses vendues annuellement, il faudra faire de nouvelles recherches. Car en un demi-siècle, seulement 11 études ont testé des médicaments contre la toux et le rhume sur les enfants. Et aucune n’a prouvé leur efficacité, selon les experts. Aussi l’industrie s’appuie-t-elle sur des recherches menées sur des adultes, dont les résultats ont été extrapolés, sans doute à tort, aux enfants. En octobre, 14 des grandes marques de sirop ont volontairement retiré des marchés américain et canadien un certain nombre de médicaments destinés aux enfants de moins de deux ans. Parmi eux, Dimetapp, Triaminic, Tylenol, Benylin. Bref, même s’il est cruel d’entendre son enfant tousser et éternuer, inutile de courir à la pharmacie, car un rhume ordinaire ne se soigne pas au moyen de sirops. Il passe de lui-même en quelques jours. La meilleure solution est de s’en tenir à l’acétaminophène ou à l’ibuprofène, de faire boire de l’eau, d’assurer du repos et de prodiguer beaucoup d’amour. Mot d’actualité Diabète double Les personnes qui présentent à la fois les symptômes du diabète de type 1 et ceux du type 2 sont dites atteintes de diabète double, ou diabète 1,5, maladie dont la prévalence a décuplé au cours des dernières années. Le diabète de type 2, souvent associé à l’obésité, est épidémique. Celui de type 1, aussi appelé diabète de naissance, est quant à lui une des affections chroniques les plus répandues chez les enfants. Le phénomène fait jaser les spécialistes : la distinction catégorique entre les deux maladies, établie dans les années 1980, est-elle artificielle ? Les diabètes de type 1 et 2 constituent-ils deux affections distinctes ou une seule maladie pouvant évoluer de deux façons différentes ? Les chercheurs enquêtent. Quoi de neuf au Québec ? Dans la lutte contre le Clostridium difficile, bactérie à l’origine d’une infection nosocomiale particulièrement coriace, la palme revient à l’eau chaude et au savon. Elle a été décernée par des chercheurs du Centre hospitalier universitaire McGill. L’expérience qu’ils ont menée révèle que les nettoyants à base d’alcool sont à peu près inefficaces et que les serviettes désinfectantes ne suppriment que 95 % des bactéries, alors que l’eau chaude et le savon en éliminent 98 %. Pour les besoins de cette recherche, des volontaires se sont sali les mains avec du C. difficile, puis les ont lavées selon cinq protocoles différents, chaque fois dans des conditions semblables à celles qui règnent dans un hôpital. Conseil du mois Vous digérez mal les ailes de poulet de votre souper ? Dormez sur le flanc gauche pour éviter les reflux acides, recommande Anthony A. Starpoli, gastroentérologue et professeur au New York Medical College. Le chercheur en est venu à cette conclusion en observant l’angle selon lequel l’œsophage est relié à l’estomac. Lorsque l’on dort sur le côté droit, l’estomac se trouve légèrement plus haut que l’œsophage, ce qui facilite le retour des acides gastriques. En dormant sur le flanc gauche, on met donc la gravité à notre service. Cliquez santé Grossesse, allaitement, alimentation, apprentissage du langage, débuts à l’école… Une toute nouvelle encyclopédie sur le développement des enfants de 0 à 5 ans vient d’être lancée dans Internet. Sous la coordination du Centre d’excellence pour le développement des jeunes enfants, à Montréal, 270 auteurs de 11 pays ont rassemblé les meilleures connaissances scientifiques sur le sujet. Ce site, qui est le fruit de huit ans de travail, ne cessera de s’améliorer au cours des prochaines années. (www.enfant-encyclopedie.com)