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Taux de branchement dans les régions du Québec

Taux de branchement dans les régions du Québec Rang Région Utilisation d’internet En 2005-2006 (%) 1 Outaouais 72,4 2 Montréal 71,1 3 Capitale-Nationale 67,9 4 Laval 66,9 5 Montérégie 66,2 6 Côte-Nord 63,8 7 Lanaudière 63,0 8 Laurentides 60,5 9 Estrie 58,8 10 Saguenay-Lac-Saintt-Jean 58,4 11 Chaudière-Appalaches 57,2 12 Abitibi-Témiscamingue 56,3 13 Centre-du-Québec 55,6 14 Mauricie 55,6 15 Bas-Saint-Laurent 54,5 16 Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine 46,3 Ensemble du Québec 64,6 (2005-2006) Ensemble du Canada 67,8 (2006) États-Unis 69,2 (2007) (Sources : CEFRIO, Léger Marketing, NETendances 2006, Nielsen/NetRatings et UIT.)

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Internet contre le cancer

Selon le Dr Michelakis, l’acide dichloroacétique (DCA) pourrait vaincre la plupart des cancers. Et comme cette molécule est déjà utilisée depuis des années dans le traitement d’un désordre métabolique rare, on sait qu’elle cause relativement peu d’effets secondaires. Or, c’est justement parce qu’un tel médicament existe que le Dr Michelakis peine à trouver des fonds : impossible pour une société pharmaceutique de faire breveter un médicament qui l’est déjà. Et sans brevet, peu de profits en vue. D’où le manque d’intérêt des pharmaceutiques à investir dans de coûteuses recherches. Les premiers résultats sont pourtant prometteurs. Le DCA a éliminé, entre autres, des cellules cancéreuses du sein, des poumons et du cerveau, tout en laissant intactes les cellules saines. Chez des rats, les tumeurs ont régressé de 75 % en à peine trois semaines. Le médicament s’attaque à la redoutable immortalité des cellules cancéreuses en réactivant leurs mitochondries, les machines de production d’énergie des cellules. De nombreux oncologues supposaient que ces mitochondries étaient définitivement endommagées dans les cellules cancéreuses. Or, ce sont elles qui déclenchent l’apoptose, la « fonction suicide » des cellules en cas de dysfonctionnement. Ainsi, grâce au DCA, voilà les cellules cancéreuses de nouveau mortelles. En attendant d’autres essais cliniques, les chercheurs découragent l’autoprescription du DCA — vendu illégalement dans Internet — en rappelant que les interactions avec les autres traitements sont encore méconnues. Dans différents forums, des internautes communiquent les résultats de leurs « études maison ». Ce qui, disent les chercheurs, pourrait nuire aux chances de poursuivre les recherches. En effet, ces cobayes-chercheurs improvisés risquent de gravement ternir la réputation du DCA en lui attribuant à tort l’aggravation de leur maladie, alors qu’elle pourrait être causée par d’autres facteurs. Chimères Après quelques tergiversations, le Royaume-Uni autorise la création d’embryons mi-humains, mi-animaux. L’objectif n’est pas de créer un minotaure, mais de faire avancer la recherche sur les cellules souches. Les premiers « embryons chimères » seront conçus en implantant le noyau d’une cellule humaine dans un ovocyte bovin. Les chercheurs visent à réduire l’utilisation d’ovules humains. Ces embryons chimères devront être détruits dans les 14 jours. Êtes-vous multi ? Le multitâche réduit temporairement le quotient intellectuel de 10 points ! De quoi contredire les adolescents qui jurent être plus efficaces s’ils font leurs devoirs tout en clavardant avec des amis, en écoutant de la musique et en lisant des potins ! Selon des psychologues de l’Université de Californie, les rois du multitâche compromettent plutôt la qualité de leur travail… et gaspillent leur temps. Des techniques de résonance magnétique ont permis d’observer que l’hippocampe, petite partie du cerveau impliquée dans le stockage de données, s’activait lorsque les sujets étudiaient sans distraction. L’information stockée en mode multitâche l’était dans une mémoire moins souple, plus difficile d’accès. Cette étude s’ajoute à une pile d’autres publiées ces dernières années. Certaines ont permis d’observer, dans le cerveau, la congestion des données et d’évaluer le temps nécessaire pour passer d’une tâche à une autre. Leur conclusion : mieux vaut traiter un sujet à la fois ! D’autant que la division constante de l’attention émousse la capacité de concentration. Ailleurs dans le monde La cigarette, l’alcool et les habitudes alimentaires nouvelles des Asiatiques feront grimper leur taux de cancer de 60 % d’ici 2020, selon les experts. De plus en plus d’Asiatiques s’installent dans les villes, où ils adoptent un style de vie sédentaire et troquent leur alimentation composée essentiellement de fruits et de légumes contre des repas riches en viande, en gras et en sel. La prévention est quasi inexistante en Asie et les services médicaux sont peu accessibles. Découverte écolo Jardiner en utilisant des pesticides suffirait pour accroître de 9 % le risque de contracter la maladie de Parkinson. Et de 39 % si on en emploie de grandes quantités. Voilà ce que démontre une étude menée par l’Université écossaise d’Aberdeen auprès de 959 patients, une des plus vastes du genre. La cause de cette maladie dégénérative demeure un mystère, mais les chercheurs soupçonnent maintenant qu’elle est un mélange de prédispositions génétiques et de facteurs environnementaux. Quoi de neuf au Québec ? Les traumatismes associés aux mauvais souvenirs pourraient être atténués grâce à un médicament. En injectant du propranolol, molécule utilisée pour traiter l’hypertension, à des victimes de viol ou d’accident au moment où elles se remémoraient leur mauvaise expérience, les neurologues des universités McGill et Harvard ont réussi à modifier la manière dont ces souvenirs étaient stockés dans leur mémoire. Les victimes se rappelaient les détails de l’événement sans en subir toute la lourde charge émotionnelle. Le conseil du mois Bâillez au travail ! Cela améliorera la circulation sanguine vers votre cerveau et le refroidira. En conséquence, vous serez plus attentif ! La contagiosité du bâillement viendrait de nos ancêtres : elle assurait la vigilance en groupe.

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Mes aïeux dans ma salive

Une simple goutte de salive. C’est tout ce qu’il m’a fallu pour plonger dans 50 000 ans d’histoire génétique ! Un minuscule échantillon de mon ADN mitochondrial — transmis par la mère de génération en génération — m’a permis de retracer ma plus lointaine aïeule. Descendante des premiers humains qui ont quitté l’Afrique, quelque 100 000 ans avant notre ère, elle vivait en Asie centrale, probablement autour de la mer Noire, il y a environ 50 000 ans. Des milliers d’années plus tard, l’une de ses héritières a migré vers le bassin méditerranéen et l’Afrique du Nord. Avant de donner naissance à la lignée dont sortira ma grand-mère maternelle, née en Corse… Toute cette information dans une goutte de salive ? Aussi incroyable que cela puisse paraître, c’est bel et bien le cas. Après les enquêtes policières pour retrouver des criminels ou innocenter des suspects, après le dépistage de maladies et les tests de paternité, la généalogie génétique est une nouvelle application — ludique celle-là — du séquençage de l’ADN. Issue de la génétique des populations — qui vise à comprendre les mutations génétiques qu’ont subies les groupes humains —, l’analyse de l’ADN appliquée à la recherche de nos ancêtres est désormais accessible au commun des mortels (voir l’encadré « Comment ça marche » ). Grâce à l’engouement qu’elle suscite, la généalogie génétique est en train de se transformer en véritable industrie. Aux États-Unis et au Royaume-Uni surtout, où des dizaines d’entreprises ont vu le jour ces dernières années. Elles sont souvent les excroissances de laboratoires de recherche qui offrent déjà des tests de paternité ou qui se spécialisent dans l’expertise médicolégale. Des milliers d’amateurs dans le monde entier achètent leurs produits (la trousse vendue dans Internet coûte entre 103 et 1 043 dollars). La société canadienne Genetrack Biolabs, de Vancouver, est l’une des rares au pays à en commercialiser. Sa filiale DNA Ancestry Project en distribue même dans les magasins La Baie. Parmi les pionnières dans le domaine, Oxford Ancestors, entreprise britannique fondée en 2001 par Bryan Sykes. Ce professeur de génétique des populations à l’Université d’Oxford s’est rendu célèbre en extrayant l’ADN de l’homme des glaces autrichien (découvert dans les Alpes italiennes en 1991 et âgé d’environ 5 000 ans) et… en lui trouvant des similitudes avec l’ADN d’Européens contemporains. Le généticien en a tiré un best-seller, Les sept filles d’Ève : Génétique et histoire de nos origines (Albin Michel, 2001), où il vulgarise ses travaux et raconte la vie — très romancée — des sept femmes qui seraient les lointaines ancêtres de la majorité des Européens d’aujourd’hui. Désormais à la tête d’une affaire lucrative, Sykes reste critiqué par certains de ses pairs, notamment en raison de la confusion qu’il entretient entre la science et la fiction. La société américaine Family Tree DNA (FTDNA), de Houston (Texas), a été créée un an avant Oxford Ancestors. Son association avec le Projet génographique, vaste étude d’anthropologie génétique lancée par la National Geographic Society en 2005, lui a donné un coup de pub mondial. Cette recherche, qui doit s’étaler jusqu’en 2010, vise à recueillir 100 000 échantillons d’ADN sur les cinq continents, afin de déterminer l’origine des peuplements et de cartographier les grandes migrations humaines. Pour cela, 10 laboratoires de recherche ont été mis en place sur toute la planète ; mais les promoteurs de l’étude font aussi appel au public en demandant à tous les volontaires d’envoyer un échantillon de leur ADN. Les trousses, vendues 99,95 $ US (104 $ CA), sont recueillies et analysées par FTDNA, associée aux laboratoires de recherche de l’Université de l’Arizona. Cette étude très médiatisée suscite, elle aussi, des doutes de la part de certains scientifiques, qui s’interrogent sur la fiabilité et la précision des résultats obtenus (sans compter que faire payer les personnes testées s’écarte des pratiques scientifiques habituelles). Prélever son ADN est aussi simple et indolore que de se brosser les dents. Les résultats, eux, sont beaucoup plus compliqués à interpréter : ils arrivent sous la forme d’une série de chiffres et de lettres incompréhensibles pour le commun des mortels, obligés de réviser leurs notions de biologie… Les données deviennent pertinentes lorsqu’elles sont comparées avec les tests d’autres personnes. Les entreprises invitent donc leurs clients à mettre en commun leurs résultats en s’inscrivant sur leur banque de données. Cela afin d’entrer en contact avec d’éventuels « parents » présentant des mutations génétiques (marqueurs) similaires aux leurs dans leur ADN mitochondrial ou dans leur chromosome Y (voir l’encadré « Les différents tests »). Certains peuvent ainsi se découvrir des cousins inconnus, vivant parfois à l’autre bout de la planète, ou, au contraire, exclure de leur parenté un aïeul présumé. C’est notamment le cas au sein du Projet ADN d’Héritage français (voir l’encadré « Cousins génétiques ») et pour notre collaborateur Michel Arseneault (voir « Ancêtre, es-tu là ?»). Ces recherches suscitent également de l’espoir chez les personnes qui, soit parce qu’elles ont été adoptées, soit parce qu’elles sont issues d’un donneur de sperme anonyme, sont en quête de leurs origines. L’an dernier, un adolescent américain a ainsi réussi à retrouver son père biologique en envoyant son échantillon d’ADN à la société FTDNA. Attirés par la publicité qu’en ont faite des stars comme Oprah Winfrey, les Afro-Américains sont eux aussi de plus en plus friands de ces tests, grâce auxquels ils espèrent reconstituer l’histoire de leurs ancêtres, perdue à cause de l’esclavage. (C’est d’ailleurs une analyse d’ADN sur l’un de ses descendants qui a démontré que le président américain Thomas Jefferson a eu au moins un enfant avec l’une de ses esclaves noires, Sally Hemings.) D’autres personnes espèrent se découvrir des origines amérindiennes — par simple curiosité ou dans l’espoir d’obtenir certains des privilèges liés à ce statut. Les résultats ne sont cependant pas toujours à la hauteur des attentes. D’abord, parce qu’il peut être bouleversant de découvrir que l’origine de ses ancêtres n’est pas celle que l’on croyait. Ensuite, parce que la précision des résultats dépend à la fois des régions du monde où l’information a été recueillie et de l’ampleur des banques de données. Ces dernières ne représentent encore qu’une goutte d’eau à l’échelle de la population mondiale, et les renseignements qu’elles contiennent n’en constituent pas un échantillon représentatif. « Nous en sommes encore aux balbutiements de la généalogie génétique », reconnaît Bennett Greenspan, président et fondateur de Family Tree DNA, qui, avec plus de 150 000 échantillons, se targue de posséder la plus importante banque de données au monde. « Plus les gens se feront tester, plus les réponses seront précises. » En attendant, beaucoup de clients restent sur leur faim — d’autant que les entreprises n’expliquent pas toujours les limites de leurs tests. Limites qu’a répertoriées l’Observatoire de la génétique du Centre de bioéthique de l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM). En 2006, l’organisme a mis en ligne un article intitulé « Tests génétiques et généalogie : 10 raisons d’être sur ses gardes ». Parmi les réticences invoquées, le fait que, contrairement à la généalogie classique, ces tests ne donnent qu’une image parcellaire de notre ascendance. « Seules les lignées maternelle et paternelle directes sont retracées », explique le généticien Damian Labuda, de l’Hôpital Sainte-Justine, à Montréal, qui étudie depuis 20 ans la structure génétique des populations pour des applications en épidémiologie. « Vous n’apprendrez donc rien sur les ancêtres de la mère de votre père ni sur ceux du père de votre mère. Ceux qui sont accessibles représentent à peine deux ancêtres sur les 1 024 apparaissant à la 10e génération de notre arbre généalogique… et toujours deux sur le million d’individus de la 20e génération. Pourtant, chacun d’entre eux a eu la chance de laisser une empreinte en nous. Nous sommes une mosaïque génétique formée par toutes les traces laissées par nos ancêtres. » Si beaucoup croient que les tests de généalogie génétique peuvent contribuer à éliminer le racisme — puisque notre ADN démontre que nous avons tous la même origine : l’Afrique —, certains redoutent au contraire un retour aux vieilles mythologies raciales. Le sociologue américain Troy Duster est de ceux-là (il sera présent à la conférence internationale de Génome Canada à Québec, en octobre prochain). Ce professeur, petit-fils d’Ida B. Wells, célèbre militante afro-américaine des droits civiques, s’est notamment élevé contre la création du premier médicament « racial » — le BiDil, lancé en 2005 et destiné aux Noirs américains souffrant de maladie cardiaque. « En 2000, à la fin du programme international Génome humain [visant à décoder le génome humain], on nous a dit que nous étions à 99,9 % semblables en fait d’ADN et que la race n’avait aucune importance, dit Troy Duster. Or, depuis, on se demande si on peut utiliser l’ADN pour classer les gens en fonction de leur race — tant dans le domaine de la santé que dans celui de la généalogie. Certains tests de généalogie génétique recourent aux vieilles catégories raciales pour affirmer qu’on est, par exemple, Africain sub-saharien à 60 % ou Européen à 40 %. Il pourrait être tentant de se servir des mêmes technologies pour donner une nouvelle légitimité aux catégories raciales. Celles-ci seraient ensuite utilisées pour prouver que les disparités raciales en matière de criminalité ou d’intelligence peuvent s’expliquer par des différences dans l’ADN. » Le danger, c’est surtout que les tests soient mal compris, dit Marc Bauchet, chercheur en anthropologie génétique à l’Institut Max-Planck de Leipzig (Allemagne). « Les entreprises simplifient souvent de manière excessive pour des raisons de marketing. D’un côté, on nous dit que les races n’existent pas, mais de l’autre, les tests génétiques donnent l’impression du contraire. Reste que nous ne sommes pas tous des clones : il existe des différences évidentes dans la couleur de la peau, les traits du visage ou la prédisposition aux maladies génétiques qui sont liées à la géographie ou à la culture. Et pourtant, ces différences ne définissent pas des “ races ” et ne justifient pas le racisme ! » Mais si les scientifiques se veulent généralement prudents, les entreprises qui commercialisent les tests d’ADN n’ont pas forcément la même rigueur. Et cela fait bondir André Langaney, professeur au Muséum national d’histoire naturelle de Paris et à l’Université de Genève. Ce généticien des populations n’hésite d’ailleurs pas à parler d’« astrologie de l’ADN » et, dans la plupart des cas, de « vaste fumisterie ». « Pour vendre, certaines entreprises commerciales racontent n’importe quoi dans leur site Internet. Et comme, de plus, tout se passe dans des laboratoires privés, rien ne limite actuellement le développement de la désinformation scientifique. » La confidentialité des données confiées à des entreprises privées suscite aussi des inquiétudes. Des compagnies d’assurances, ou des employeurs, ou la police peuvent-ils y avoir accès sans notre consentement ? « Le problème n’est pas tant l’utilisation par d’autres des résultats fournis, puisque ceux-ci ne permettent pas de retracer un individu en particulier, dit Jacques Beaugrand, coprésident du Projet ADN d’Héritage français. Le problème pourrait survenir si l’échantillon était réanalysé par d’autres pour obtenir d’autres renseignements. Mais le risque est faible : les entreprises s’engagent à respecter la confidentialité des données et à ne pas les céder, les prêter ou les vendre à quiconque. » La mésaventure arrivée à des Auvergnats, révélée par le magazine français L’Express en mars 2007, donne à réfléchir. Membres d’une association de généalogie, ils ont participé, en 2006, à l’étude de chercheurs américains. Leurs profils génétiques se sont retrouvés dans la base de données de DNA Print, l’entreprise partenaire de la recherche, dans un fichier accessible par la police et le FBI ! « Ce cafouillage a été résolu au plus vite et les données, effacées », assure Marc Bauchet, qui a participé à cette étude à titre de doctorant. Quant aux généalogistes amateurs auvergnats, ils ne semblent pas traumatisés. « Nous sommes tous fichés de toutes parts, et la confidentialité de mes données m’importe peu, dit Marcel Andrieu, président d’Aprogemere, le fameux club auvergnat. En matière de généalogie, nous sommes beaucoup plus choqués par le travail des mormons : ils copient les registres d’état civil à des fins spirituelles très douteuses. » Tout en estimant que de tels dérapages sont inacceptables du point de vue éthique, Damian Labuda, généticien à Sainte-Justine, rappelle que personne n’est complètement à l’abri. « Nous semons notre ADN partout », dit-il. Kleenex, mégots de cigarettes, cheveux… « Si la police veut notre empreinte génétique, elle va l’avoir ! » C’est quand même très différent que de confier notre échantillon à une entreprise privée, rétorque le juriste et éthicien Thierry Hurlimann, responsable de l’Observatoire de la génétique au Centre de bioéthique de l’IRCN. « L’ADN que l’on sème à tout vent ne peut être prélevé que dans un cadre juridique très strict. De plus, de tels échantillons, recueillis sans consentement, ne sont pas toujours exploitables et ne permettent pas forcément de nous identifier. Ce n’est pas le cas quand on confie un échantillon d’ADN à un tiers : on lui procure aussi des renseignements de nature personnelle, en particulier notre nom. L’information contenue dans notre ADN est considérable, en ce qui concerne notamment la prédisposition éventuelle à des maladies génétiques. » Mieux vaut donc se poser quelques questions avant d’envoyer un échantillon à une entreprise privée, poursuit Thierry Hurlimann. Quelles analyses seront faites sur mon échantillon ? Combien de temps sera-t-il conservé ? (Les entreprises conservent généralement les échantillons entre 2 et 25 ans.) Qui y aura accès et pour quelles raisons ? Comment la confidentialité des résultats sera-t-elle protégée ? Le généalogiste amateur doit-il pour autant se limiter aux bonnes vieilles archives de l’état civil et aux registres des paroisses ? Tout dépend de ce qu’il cherche. « On ne fait pas encore de généalogie par l’ADN », dit l’historienne Denyse Beaugrand-Champagne, archiviste au Centre d’archives de Montréal de Bibliothèque et Archives nationales du Québec. « Les résultats des tests génétiques, très sommaires, permettent seulement de délimiter un continent ou une région très vaste. On est encore loin de pouvoir identifier un ancêtre direct. Entre mon ancêtre celte qui aurait vécu il y a 3 000 ans et le premier Beaugrand, dit Champagne, qui est arrivé en Nouvelle-France en 1665, il s’en est passé des choses ! Or, cette histoire-là, elle reste encore à écrire… »

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Cousins génétiques

D’où l’idée de faire passer un test ADN à des descendants nord-américains de François Amirault (nommés Mireault, Amero ou Mero…), de même qu’à des Amirault vivant en France et censés descendre du fameux François. Dix-sept hommes se sont portés volontaires. Or, si le test a confirmé que les sept Nord-Américains testés sont tous « cousins », il a aussi révélé que les 10 Amirault français ne leur sont pas du tout apparentés ! Adoption, infidélité, inceste ? « Le mystère reste entier », dit Fernand Mireault. Celui-ci garde espoir qu’un jour des cousins génétiques s’inscriront dans la banque de données de la société américaine Family Tree DNA (FTDNA). « Il faut bien qu’on vienne de quelque part ! » Les Amirault/Mireault forment l’une des 4 200 recherches patronymiques inscrites dans la banque de données de Family Tree DNA et l’une des 700 inscrites au Projet ADN d’Héritage français. Celui-ci a été lancé en 2005 par Doug Miller, Californien d’origine canadienne-française par sa mère, et par Jacques Beaugrand, professeur de psychologie retraité de l’UQAM. Il est ouvert à toutes les personnes ayant des origines françaises — Acadiens, Cajuns, métis, créoles… À peine une soixantaine de Québécois sont membres du Projet ADNHF, qui attire surtout des Américains et des Canadiens des autres provinces. « Les Québécois se contentent encore souvent des archives et remontent rarement plus loin que le début de la Nouvelle-France », déplore Jacques Beaugrand, qui lui-même a poussé son exploration bien au-delà : il estime être apparenté aux Celtes qui auraient vécu en Europe il y a environ 3 000 ans. Si la majorité des noms français que l’on retrouve en Amérique viennent de France, certains patronymes auraient des origines plus exotiques. Les Boucher, Boisvert, Plante et Savard inscrits dans la base de données du Projet ADNHF appartiennent ainsi à l’haplogroupe chromosome Y (lignage paternel) E3b, ce qui signifie que leurs ancêtres sont probablement arrivés tardivement en Europe, il y a 4 000 ou 5 000 ans seulement, en provenance du Moyen-Orient. Une des branches de ce groupe y serait arrivée encore plus récemment — entre 300 avant Jésus-Christ et 100 après. « Selon les données actuellement disponibles, ma lignée pourrait descendre d’esclaves romains affranchis d’extraction israélite, dit Denis Savard, journaliste et généalogiste amateur. Mais elle est peut-être aussi arrivée en Europe avec les premiers chrétiens originaires du Moyen-Orient, au 1er siècle. » Il faudra que la généalogie génétique fasse encore des progrès pour résoudre l’énigme…

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Comment ça marche ?

Les résultats sont communiqués au bout de quelques semaines et le plus souvent affichés sur une page personnelle (accessible grâce à un mot de passe) du site Internet de l’entreprise. Ils sont présentés sous la forme d’une suite de lettres (A,T, G et C, symbolisant les quatre bases de l’ADN : adénine, thymine, guanine et cytosine) qui indiquent vos différentes mutations génétiques — ou marqueurs. Portant chacune un numéro, ces mutations témoignent des échanges biologiques entre les populations, de leur implantation géographique et de leurs migrations. Les résultats déterminent à quel haplogroupe (famille d’ADN mitochondrial ou de chromosome Y) vous appartenez, celui-ci étant également désigné par des lettres et des chiffres. Ces données sont accompagnées d’un certificat (à encadrer !) et d’une carte géographique montrant les migrations de vos ancêtres. Enfin, libre à vous de transférer votre information personnelle dans la banque de données de l’entreprise : qui sait de quels cousins vous pourriez faire la connaissance ?

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Les différents tests

ADN mitochondrial (ADNmt) L’ADNmt étant transmis, intact, d’une mère à tous ses enfants, ce test peut être effectué tant sur les hommes que sur les femmes. L’ADNmt retrace les ancêtres de la seule lignée maternelle (votre mère, la mère de votre mère, et ainsi de suite) et peut remonter à plus de 100 000 ans. Comme le test du chromosome Y, celui de l’ADNmt permet de déterminer l’haplogroupe (famille d’ADNmt ou de chromosome Y, voir ci-dessous) auquel une personne se rattache et de savoir si celle-ci a des origines européennes, asiatiques, africaines ou amérindiennes. On a répertorié une trentaine d’haplogroupes ADNmt (lignages matrilinéaires) principaux dans le monde. Deux personnes qui appartiennent au même haplogroupe ADNmt ont en principe une ancêtre matrilinéaire proche, même s’il est difficile d’évaluer quand cette ancêtre a vécu. Chromosome Y (chrY) Le chromosome Y n’étant transmis que de père en fils, ce test ne peut être pratiqué que sur des hommes. Portant sur la seule branche paternelle directe, il permet de déterminer à quel haplogroupe chrY (lignage patrilinéaire) un individu appartient et de savoir (comme dans le cas de l’ADNmt) si celui-ci a des origines européennes, asiatiques, africaines ou amérindiennes. On connaît une vingtaine d’haplogroupes chrY au sein de la population mondiale. Le test du chromosome Y est souvent utilisé par des personnes ayant le même nom de famille pour vérifier si elles ont un ancêtre en commun. Autosome On appelle ainsi tous les chromosomes non sexuels, transmis à la fois par le père et la mère. Très controversée (à la fois pour ses connotations raciales et pour son manque de précision), l’analyse des autosomes est censée mesurer le « mixage ethnique » d’une personne en indiquant le « pourcentage génétique » des différents apports (amérindien, européen, asiatique, africain) dont elle est constituée. Mais attention ! Les résultats ne précisent ni à quelle branche (paternelle ou maternelle) ils se rattachent ni à quelle tribu particulière ils renvoient.

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Ancêtre, es-tu là?

La ville de Rochefort, dans l’ouest de la France, est aussi austère qu’un port de guerre. Ce qu’elle fut. Elle a été construite par et pour la marine. Ses rues à angle droit, ses maisons basses en pierre calcaire, ses volets gris claironnent tous le même message : « On ne rigole pas dans les rangs ! » C’est de là que serait originaire mon ancêtre, Pierre Arseneault, pilote côtier qui s’est installé en Acadie vers 1671. Le conditionnel s’impose, car peut-être s’est-il contenté de s’y rendre pour, de là, prendre le bateau pour « une épopée des plus brillants exploits », comme d’aucuns le chanteraient plus tard. On sait peu de choses de ces premiers Français qui ont pris racine dans le Nouveau Monde. Dans le cas de Pierre, par exemple, on ignore même s’il est parent avec un autre Arseneault, prénommé François, qui a débarqué sur les rives du Saint-Laurent vers 1664. Ce Pierre est d’ailleurs si mystérieux qu’une de ses descendantes, l’historienne Pauline Arseneault, responsable des archives anciennes du département de la Charente-Maritime, à La Rochelle, lui trouve quelque chose de louche. « C’est très rare qu’il reste si peu de traces de quelqu’un, explique cette Acadienne. On peut penser qu’il a cherché à cacher son identité. » A-t-il voulu échapper à la justice ? à un créancier ? à une femme ? Nul ne le sait. Je sillonne les rues de Rochefort en pensant à lui. Comme moi, ce Pierre a certainement dû voir les rares bâtiments qui subsistent de ce temps-là. À son époque, la petite église Notre-Dame-de-Rochefort était déjà ancienne, puisqu’elle remonte au 12e siècle. Il a dû admirer l’impressionnante corderie royale, alors toute neuve, où l’on a fabriqué les cordages des navires de Louis XIV. Il n’a pas pu rater non plus le petit château du seigneur de Rochefort, Henri de Cheusses. C’est aujourd’hui un musée de la marine, dont les modèles réduits donnent une idée de la fragile splendeur des frégates qui bravaient alors l’Atlantique Nord. À Rochefort, les Arseneault (nom qu’on écrit souvent Arceneaux en Louisiane et Arsonneau en France) ont laissé peu de traces. À l’église Saint-Louis, une plaque en marbre commémore un curé Arsonneau, archiprêtre dans les années 1820. Dans l’annuaire téléphonique, une seule personne porte ce patronyme. Sa famille habite là « depuis toujours », m’a assuré Claude Arsonneau, 72 ans, qui ignore si un ancêtre a déjà été tenté par l’aventure américaine. Pour Pierre, quel périple ce fut ! De sa vie à Beaubassin, village près de Sackville, en Nouvelle-Écosse, où il s’est installé, on connaît certains détails. Un recensement indique qu’il possédait déjà, quelques années après son arrivée, un fusil, huit bœufs, six cochons et 30 « arpens en labours ». Pas si mal, finalement, pour un pilote côtier. Ces renseignements proviennent du Dictionnaire généalogique des familles Arsenault (MultiMondes, 2000), dont les 766 pages recensent, d’Aaron à Zoël, 9 300 familles de ce nom. L’auteur de l’ouvrage, Denis Savard, est journaliste à la Presse Canadienne, à Toronto, et se passionne pour l’histoire. Lorsque je l’ai joint au téléphone, il m’a appris qu’un Américain originaire de Louisiane, Fred Arceneaux, avait déjà mis en ligne (dans www.ysearch.org) son arbre généalogique et son patrimoine génétique. Ce Fred est un descendant de François, et non pas, comme c’est mon cas, de Pierre. Si je subissais moi-même un test ADN, m’a suggéré Denis Savard, je pourrais comparer mes gènes à ceux de Fred. Si nous possédions le même chromosome Y, transmis de père en fils, nous pourrions en conclure que François et Pierre étaient issus de la même famille. Cela reviendrait à dire que tous les Arseneault d’Amérique sont cousins. Honnêtement, le projet ne m’emballait pas outre mesure. Les histoires d’hérédité me laissent d’ordinaire un peu sceptique. D’abord parce qu’elles me semblent douteuses. Je suis, j’en suis bien sûr, Michel à Jean-Paul à Alphonse à Pierre à Ambroise à Pierre à Simon à Joseph à Charles fils à Charles père à Pierre. Mais ne suis-je pas aussi, et peut-être surtout, s’il est question de génétique, le fils de leurs femmes ? Il suffit que l’une des 10 mères de cette lignée ait donné naissance à un enfant illégitime pour que je ne sois plus porteur du chromosome Y de mon aïeul biologique présumé. L’une d’elles a pu prendre un amant ou être violée. Cette dernière hypothèse est loin d’être saugrenue, d’autant que l’Acadie a longtemps vécu en état de siège, les Anglais l’ayant attaquée bien avant les atrocités commises pendant la déportation de 1755. La génétique m’enthousiasmait donc moins que la généalogie, ce travail de fourmi qui permet d’établir une filiation en exhumant des documents d’archives. Les généalogistes s’appuient sur l’état civil, une émanation de l’État de droit, qui m’est cher. Leur conception de la famille correspond, là aussi, à mes principes : on est digne des enfants qu’on reconnaît, pas de ceux qu’on engendre. Si mon père m’avait adopté, il ne m’aurait donc jamais transmis son chromosome Y. Mais ne l’appellerais-je pas papa ? Entre le sang et l’encre, entre l’inné et le droit, mon cœur avait donc tranché. Pourtant, j’étais curieux. La première fois que j’ai parlé à mon confrère Savard, j’avoue lui avoir demandé s’il était de la famille de son célèbre homonyme, le joueur des Black Hawks. Pourquoi avais-je posé la question, si je me moquais tant de la génétique ? (Naturellement, vous tenez à connaître la réponse : ce sont des cousins éloignés.) Malgré mes réticences, j’ai donc envoyé trois échantillons de ma salive à iGENEA, laboratoire suisse et partenaire de la société américaine Family Tree DNA, pour un test ADN. J’allais donc savoir si j’étais un parent de Fred. Si nous avions suffisamment de marqueurs en commun, cela signifierait que nos aïeuls respectifs, François « le Québécois » et Pierre « l’Acadien », avaient été de proches parents. Quelques semaines plus tard, lorsque j’ai reçu mes résultats, j’ai téléphoné à Zurich. Ayant compté 22 concordances, je voulais m’assurer d’avoir bien compris les liens qui m’unissaient à Fred. « Vous êtes de la même famille, c’est clair ! » s’est exclamée mon interlocutrice. C’est-à-dire que nos ancêtres, il y a une douzaine de générations, avaient 99 % de chances d’être apparentés. Fred se métamorphosait donc en lointain cousin, comme, du reste, tous les Arseneault d’Amérique, puisque leurs deux ancêtres étaient parents. Je n’en savais pas beaucoup plus sur Pierre, bien entendu, mais je savais désormais qu’il n’était pas le premier de sa famille à se laisser tenter par le continent aux contours encore flous ; sur cette terra incognita, François l’avait précédé. La généalogie avait, grâce à la génétique, fait un petit pas. Mais je restais un peu dubitatif. À quoi bon savoir que les dizaines de milliers d’Arseneault d’Amérique sont de vagues cousins, quand je suis de ceux qui aiment à croire qu’ils sont, comme tous les hommes — excusez mon vocabulaire —, des frères ?

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Précieux comme un bleuet Santé et Science

Précieux comme un bleuet

Les biochimistes saluent ses vertus anticancéreuses et les consommateurs l’adorent. Poussé par la forte demande mondiale, le prix moyen du bleuet a presque doublé de 2004 à 2006, passant de 75 ¢ à 1,34 $ la livre.

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Notre aventure ADN

En nous embarquant dans cette machine à remonter dans le temps, nous ne savions pas trop à quoi nous attendre. Allions-nous découvrir des zones inconnues de notre généalogie? Un ancêtre insoupçonné allait-il sortir du placard? Une aïeule amérindienne cachée? Nenni! Mais si nul secret de famille n’a été exhumé, ce test d’ADN nous a finalement amenés bien plus loin que tout ce que nous imaginions : aux sources mêmes de notre espèce, l’Homo Sapiens. « Nos gènes racontent une histoire qui commence il y a plus de 100 000 ans, explique le généticien britannique Bryan Sykes, dans son best-seller Les sept filles d’Ève, Génétique et histoire de nos origines (Albin Michel, 2001). « Et dont les tout premiers chapitres sont dissimulés dans les cellules de chacun de nous. » En voici quelques lignes… Nos résultats Les cinq « cobayes » de L’actualité ont fait analyser une série de 12 marqueurs génétiques (mutations) dans leur ADN mitochondrial (transmis de la mère à tous ses enfants) et/ou le chromosome Y (seulement transmis de père en fils), auprès de la compagnie Family Tree DNA (FTDNA). Bien que basique, ces tests nous ont permis d’identifier les haplogroupes (lignages maternel et paternel) auxquels nous appartenons. (Les haplogroupes sont baptisés par des lettres majuscules ; les chiffres et les lettres minuscules indiquent les clades et « sous-clades » ou sous-groupes). De plus, dans le cas de Ralph et de Daniel, ils ont fait apparaître de nombreux jumelages parfaits – c’est-à-dire présentant des mutations génétiques similaires – avec des membres de la banque de données de FTDNA. Cela ne veut toutefois pas dire que tous sont forcément leurs « cousins » : pour les distinguer, il faudrait faire analyser de plus nombreux marqueurs. En attendant, nous nous sommes trouvé, entre cobayes, des points communs inattendus. Trois appartiennent à l’haplogroupe « U » pour leur lignage maternel (Ralph, Isabelle et Tamara) et deux sont porteurs du « R1b1 » pour leur lignage paternel (Ralph et Daniel). Sources : Family Tree DNA, et Jacques Beaugrand, coprésident du Projet ADN d’Héritage français. Nos fiches d’identité photo : Marie-Reine Mattera photo : Marie-Reine Mattera photo: Jean-François Bérubé photo: Marie-Laure Godefroy photo : Marie-Reine Mattera Ralph Boncy : Européen de père en fils Première ancêtre maternelle connue : Modeste Lespérance, née Al-Bouhessi, née en Abyssinie ou au Yémen en 1773. Déportée en Haïti comme esclave au milieu du 18e siècle. Haplogroupe ADN mitochondrial : U6a1. La signature génétique de la lignée maternelle de Ralph se retrouve notamment chez plusieurs tribus de la Sierra Leone et de la Guinée Bissau, en Afrique de l’ouest. L’haplogroupe U serait apparu en Asie centrale il y a environ 50 000 ans, il s’est ensuite divisé en sous-groupes, le U6 migrant vers le Proche-Orient et l’Afrique. (Voir aussi les fiches de Isabelle Grégoire et Tamara Melnikova). Premier ancêtre paternel connu : Jean-Baptiste Boncy, « mulâtre libre », né autour de 1750 en Haïti. Haplogroupe chromosome Y : R1b1c. C’est la signature plus courante des hommes d’Europe de l’ouest– et, en raison de l’immigration, de ceux d’Amérique du nord. Comme le chromosome Y se transmet de père en fils, le test démontre à coup sûr que l’ancêtre de Ralph était Européen (blanc) du côté paternel. (Voir aussi la fiche de Daniel Chrétien). Commentaire : « Mon père était noir et, en faisant ce test, j’avoue que je pensais plus au côté africain de mon ancêtre mulâtre Jean-Baptiste Boncy qu’à son origine européenne (l’autre moitié), largement confirmée par le test. Je suis toutefois déçu de n’avoir pas pu confirmer mon ascendance de l’Afrique de l’est, côté maternel, en raison du manque de données existantes. Peut-être qu’un jour l’ADN me donnera la réponse. » Daniel Chrétien : Pure laine d’Europe Première ancêtre maternelle connue : Mélanie Simard (arrière grand-mère), née au Québec en 1876. Haplogroupe ADN mitochondrial : H. Cet haplogroupe prédomine actuellement en Europe, représentant environ 40% des lignées maternelles. Premier ancêtre paternel connu : Jacques Chrétien, originaire de la Touraine (France), dont le fils Vincent a émigré en Nouvelle-France en 1663. Haplogroupe chromosome Y : R1b1. Comme Ralph Boncy, Daniel appartient à l’haplogroupe le plus fréquent en Europe de l’ouest (65% des français sont R1b1). Apparus avant ou pendant la dernière glaciation (32 000 – 21 000 ans avant notre ère), les porteurs de R1b1 se sont concentrés dans les refuges du sud de l’Europe. Ils furent les premiers Homo Sapiens Cro-Magnon européens, et donc les premiers artistes – auteurs notamment des peintures rupestres de la grotte de Lascaux. Commentaire : « Les deux tests confirment ce que je savais déjà par les arbres généalogiques de mon père et de ma mère : mon ascendance d’Europe de l’ouest (France et Angleterre). Comme l’analyse de l’ADN n’explore que les lignées paternelle et maternelle directes, il ne donne peut toutefois donner indication sur une possible origine amérindienne par ma grand-mère paternelle. » Isabelle Grégoire : de l’Asie centrale à la Corse Première ancêtre maternelle connue : Françoise Demartini (arrière grand-mère) d’ascendance grecque, née en Corse au milieu du 19e siècle, mère de Camille, ma grand-mère née sur la même île en 1895. Haplogroupe ADN mitochondrial : U3a. Ce sous-groupe de l’haplogroupe U est plutôt rare en Europe (1% de la population actuelle). On le retrouve en plus grande proportion chez les populations tsiganes, et également en Asie centrale et en Afrique du nord. Premier ancêtre paternel connu : François Grégoire, né à Montpellier en France en 1665, arrivé en Nouvelle-France vers 1685. Haplogroupe chromosome Y : R1b1 (test réalisé par mon père) – le dénominateur commun des Européens de l’ouest, et le même que celui de Ralph Boncy et Daniel Chrétien. Commentaire : « Le test confirme mes origines maternelles méditerranéennes… même si ma peau de blonde semble les contredire! Si j’ai été un peu déçue de ne trouver aucun match parfait dans la banque de données de FTDNA, cela m’a donné le goût d’en savoir plus dès que celle-ci sera plus complète. Et comme l’échantillon d’ADN est conservé par le laboratoire pendant 25 ans… ça laisse de la marge! » Tamara Melnikova : Des cousins lapons? Première ancêtre maternelle connue : Anna Pchenitchnaya (arrière grand-mère) née en Ukraine en 1887. Haplogroupe ADN mitochondrial : U5b1. Les U5 étaient les toutes premières femmes de notre espèce à coloniser l’Europe, environ 50 000 ans avant notre ère. Cet haplogroupe serait apparu au sud ou à l’est de la mer Noire, avant d’essaimer en Europe et de remonter vers le nord. On retrouve aujourd’hui beaucoup de porteurs de U5b1 (comme Tamara) en Scandinavie, tout particulièrement chez les Lapons (Saame). Commentaire : « Je suis d’origine ukrainienne et je m’attendais à trouver un lien avec les tataro-mongols qui occupaient le territoire de l’Ukraine du 12e au 14e siècle. C’est leur sang qui explique nos cheveux et nos yeux foncés, à la différence des autres peuples slaves. Or le test m’a plutôt appris que l’une de mes ancêtres a probablement vécu en Scandinavie et que j’ai des « cousins » en Laponie. Ça explique peut-être mon attirance pour la mer Baltique, mon lieu de vacances préféré… » Binh An Vu Van : Fièrement Asiatique Première ancêtre maternelle connue : Trâ`n thi. Nghi (arrière arrière grand-mère), est née au Vietnam vers 1880. Haplogroupe ADN mitochondrial : B. Il s’agit de l’haplogroupe Han chinois, très ancien (60 000 avant notre ère). Plus de 25% des Chinois, Vietnamiens, Cambodgiens et Thaïlandais seraient de cet haplogroupe. Compte tenu de la population mondiale c’est sans doute le plus fréquemment rencontré sur la planète. Apparu en Asie centrale, il s’est propagé en Asie, atteignant le Japon et le Pacifique sud-est et vers le nord, jusqu’en Sibérie. Il y a environ 15 000 ans, l’haplogroupe B s’est divisé : un sous-groupe a traversé le détroit de Béring jusqu’en Amérique du nord puis du sud. Une bonne partie de Amérindiens d’aujourd’hui en possèdent une forme (B2). Commentaire : « Je ne suis pas très surprise des résultats puisque mon histoire a été assez linéaire. Mes plus anciens ancêtres connus étant tous vietnamiens, j’ai toujours supposé que leur ascendance était chinoise. Mais la confirmation de mes racines et de son terreau me font porter un peu plus fièrement mes traits asiatiques. Soudain, mon « bagage génétique » devient concret et précieux. Il m’inscrit dans l’histoire humaine. »

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La guerre des racines

Si c’est sa petite sœur ou son oncle, tout baigne. Sinon, les deux systèmes racinaires se livreront une guerre sans merci ! C’est ce qu’a découvert l’équipe de Susan Dudley, biologiste de l’Université McMaster, à Hamilton, en Ontario, en étudiant la roquette de mer (caquillier édentulé), une plante assez répandue sur les rivages québécois. « Une découverte fascinante », s’enthousiasme le Dr Jacques Brisson, du centre de recherche en biologie végétale du Jardin botanique de Montréal. « Mais qui a peu de chances de révolutionner nos jardins. Parce qu’il reste à savoir si ce système de détection est commun dans la nature. Et parce qu’il est presque impossible au jardinier de déterminer le lien de parenté entre deux plants de tomates… »

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Le Dr robot fait sa ronde

Il s’appelle RP7 (RP pour remote presence ou présence à distance). Et il permet au médecin d’être au chevet de ses patients hospitalisés même quand il est à des milliers de kilomètres de l’hôpital ! Grâce à un logiciel de pointe et à une manette fixée sur son ordinateur portable, le médecin commande le robot, qui roule dans les couloirs de l’hôpital pour faire sa ronde. Celui-ci peut hocher et tourner la « tête » (un écran plat où apparaît en temps réel le visage du médecin), zoomer sur une blessure ou une plaie, et même porter un stéthoscope ! Mis en marché depuis quelques années par l’entreprise californienne In Touch Health, RP7 est aussi utilisé dans les salles d’urgences et, de plus en plus, en région éloignée. Une étude menée au Sinai Hospital de Boston semble montrer que l’emploi du robot, qui permet au patient hospitalisé de voir son médecin plus souvent, écourterait le séjour à l’hôpital. Plus d’une centaine sont déjà en poste dans des hôpitaux, aux États-Unis surtout.

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Un p’tit joint, une p’tite granule…

Un petit local anonyme, rue Rachel, à Montréal. Deux hommes pèsent des paquets de fleurs verdâtres, qu’ils glissent ensuite dans des sachets de plastique. Tout à l’heure, des clients se présenteront à la porte, à commande électronique, et prendront possession de la marchandise. Nous sommes chez un revendeur de drogue bien particulier : le Centre Compassion, où quelque 500 malades achètent du cannabis pour soulager des symptômes comme la douleur, les nausées, les spasmes musculaires. Un deuxième centre, le Club Compassion, est installé rue Papineau, à Montréal, alors que d’autres ont pignon sur rue en Ontario et en Colombie-Britannique. Après deux années de démêlés avec la justice, le Centre Compassion fournit de la marijuana à des gens atteints de cancer, de sclérose en plaques, d’épilepsie, d’arthrite, de sida et d’autres maladies chroniques. Cette activité n’est pas légale, mais tolérée : puisque le ministère de la Santé du Canada accorde le droit à certains malades de se soigner à l’aide de cannabis, quelqu’un doit les approvisionner, tranchait, en 2002, le juge Gilles Cadieux de la Cour supérieure du Québec. Dans les années 1970, personne n’aurait imaginé que la substance fétiche des hippies serait un jour utilisée comme médicament. Déjà, des comprimés ou des aérosols à base d’extraits de cannabis, comme le Marinol ou le Sativex, sont vendus en pharmacie. La science commence à reconnaître le potentiel thérapeutique d’une plante qui fut utilisée pendant des milliers d’années pour soigner une foule de maux. « Les découvertes sur les propriétés du cannabis ne cessent de se multiplier », affirme le Dr Pierre Beaulieu, anesthésiste et pharmacologue au CHUM. Mais la marijuana demeure une drogue controversée. L’Association médicale canadienne s’oppose à son usage — sous forme d’herbe, du moins — à des fins médicales. Et le Collège des médecins du Québec de même que la Fédération des ordres des médecins du Canada interdisent à leurs membres d’en prescrire. On juge que les effets thérapeutiques de cette plante n’ont pas fait l’objet d’études assez poussées et que son innocuité n’a pas été démontrée. Quant au rapport Nolin, publié en 2002 par le Comité spécial du Sénat canadien sur les drogues illicites, il affirmait que la mari, consommée de façon modérée, était moins dangereuse pour la santé que l’alcool ou le tabac. Mais il s’interrogeait du même souffle sur les risques potentiels de cette drogue pour les adolescents, dont les cerveaux seraient plus vulnérables. Alors, qui croire ? La marijuana n’a pas toujours été considérée comme une substance dangereuse. Jusqu’à la fin des années 1930, on en trouvait sous forme de sirop dans la plupart des pharmacies des pays occidentaux, pour traiter les nausées, la migraine et l’arthrite. La reine Victoria s’en servait pour soulager ses crampes menstruelles. En 1890, des bonbons au cannabis et au sucre d’érable étaient vendus dans les confiseries. Mais en 1942, sous la pression du Bureau américain des narcotiques, le cannabis est retiré de la pharmacopée des États-Unis : selon ses détracteurs, il engendre la toxicomanie, la psychose et la dépendance. En 1988, le vent tourne. Des chercheurs découvrent dans le cerveau, la moelle épinière et le système immunitaire des récepteurs qui s’activent au contact des cannabinoïdes, ingrédients actifs de la plante. Et, surprise, ces récepteurs se trouvent justement dans des zones liées à la douleur, à l’appétit, aux nausées et aux spasmes musculaires. « Nos patients affirment que fumer du cannabis les soulage », explique le Dr Mark Ware, spécialiste de la douleur au Centre universitaire de santé McGill. Ce médecin a participé à l’étude COMPASS (Cannabis for the management of pain : assessment of safety study), qui apportera peut-être les preuves que les médecins réclament. Dans sept centres hospitaliers un peu partout au Canada, on a évalué les effets de la plante sur des gens atteints de sclérose en plaques, d’arthrite ou de douleurs chroniques. « Le but de l’étude est d’abord de vérifier si l’usage de la marijuana est sécuritaire et d’en déceler les effets secondaires qui risquent d’affecter nos patients », ajoute le Dr Allan Gordon, directeur du Wasser Pain Management Centre à l’Hôpital Mount Sinai de Toronto. Les résultats devraient être publiés dans quelques mois. Pendant ce temps, des chercheurs travaillent sur des médicaments à base d’extraits de cannabis. Le Dr Pierre Beaulieu, du CHUM, a étudié les effets de la nabilone sur la douleur postopératoire. Ce médicament est déjà prescrit contre les nausées et les vomissements provoqués par la chimiothérapie. Contre la douleur aiguë, toutefois, ses performances sont décevantes. « Les dérivés du cannabis paraissent moins efficaces sur la douleur postopératoire que sur la douleur chronique », explique le médecin. Par ailleurs, certains patients semblent mieux soulagés par la plante complète, ajoute-t-il. « Jusqu’ici, on n’a testé que 3 de ses ingrédients actifs, alors qu’elle en contient plus de 60. Certains composés sont peut-être plus efficaces que d’autres. Et la synergie de l’ensemble a peut-être des propriétés que nous ne connaissons pas encore. » Parlez-en à Patrick Hardy, Montréalais de 27 ans atteint de la maladie de Crohn, une inflammation chronique de l’intestin. Au milieu de la table du salon, dans le petit appartement qu’il partage avec sa conjointe, trône une pile de livres sur les façons de cultiver le pot. Le ministère de la Santé du Canada a remis à Patrick Hardy, comme à quelque 1 000 autres patients, un permis l’autorisant à faire pousser sa propre marijuana. En feuilletant les pages d’un catalogue, le jeune homme me décrit les différentes variétés offertes, affublées de noms qui évoquent des teintes de rouge à lèvres : Bubble Gum, Grapefruit Haze, Blueberry Punch, Jamaican Grape… « Aucun médicament ne réussit à me soulager aussi efficacement, avec aussi peu d’effets secondaires », dit-il. Dans un autre coin de la pièce se trouve un curieux objet qui ressemble à une toupie. Grâce à cet inhalateur, Patrick Hardy peut absorber l’équivalent de trois joints par jour, sans aspirer de fumée. L’appareil chauffe les fleurs de la plante, et le gaz qui résulte de cette opération s’accumule dans un sac. On l’inhale ensuite grâce à un petit cylindre fixé au sac. C’est plus compliqué que de rouler un joint, mais beaucoup moins dommageable pour les poumons. Car les réserves émises par les médecins s’expliquent en partie par le fait que la combustion du cannabis, comme celle du tabac, libère des substances nocives. De plus, les joints sont dépourvus de filtre et les consommateurs inspirent profondément chaque bouffée. Les fumeurs réguliers de cannabis souffrent des mêmes symptômes que les fumeurs de tabac : toux, respiration sifflante, bronchite. « Un joint équivaut à sept cigarettes », explique le Dr Donald Tashkin, qui étudie l’effet des drogues sur les maladies pulmonaires à l’Université de Californie. Les craintes pour la santé des poumons ne sont pas le seul facteur qui joue contre l’usage thérapeutique du cannabis. Le tétrahydrocannabinol (THC), principal ingrédient actif de la plante, procure une sensation de bien-être, de détente, d’insouciance. La perception du temps, des couleurs et des sons est altérée. La coordination des mouvements, la mémoire à court terme et le raisonnement aussi. « Certains patients n’aiment pas le high causé par le pot, dit Marc-Boris St-Maurice, fondateur du Centre Compassion établi rue Rachel. Des psychiatres ont parlé de « psychose cannabique » pour décrire la désorientation et la confusion que produit parfois cette drogue. Près de une admission en service psychiatrique sur 1 000 est celle d’un consommateur de marijuana en proie à la paranoïa, au délire et même aux hallucinations. Mais comme le soulignent les auteurs du Rapport Nolin, ces statistiques ne tiennent pas compte de l’état mental du patient avant son hospitalisation ni des autres drogues qu’il aurait pu consommer en même temps que la mari. « Parler de psychose me semble excessif », dit le Dr Lester Grinspoon, psychiatre et professeur à l’Université Harvard, qui étudie les effets du cannabis depuis 40 ans. « Par contre, un consommateur inexpérimenté qui absorbe une trop grande quantité de marijuana peut ressentir une forte anxiété. » Personne n’est jamais mort d’une surdose de cannabis : il faudrait en consommer 681 kilos en moins de 15 minutes, d’après une étude citée par le pharmacologue Mohamed Ben Amar dans son livre Les psychotropes. En revanche, un bad trip peut être pénible. Il faut dire que la concentration en THC du cannabis est de 10 à 15 fois plus forte que dans les années 1970. « Il y a 30 ans, on fumait seulement les feuilles, qui n’en contenaient que de 1 % à 2 %, explique le caporal Roch Côté, du bureau de la GRC de Montréal. Aujourd’hui, on consomme les fleurs, qui en renferment davantage. » De plus, les plants de culture hydroponique, nourris avec un engrais versé directement dans l’eau qui recouvre leurs racines, sont plus riches en THC que ceux cultivés dans le sol. Des croisements entre les variétés de marijuana ont aussi engendré des plants dont la teneur en THC est plus élevée. « Le cannabis contient maintenant de 15 % à 19 % de THC, et même plus, ajoute le policier. Par contre, la rumeur voulant que certains joints soient vaporisés avec des drogues chimiques comme le PCP relève de la pure fantaisie. » Les détracteurs du pot s’inquiètent aussi de l’existence possible d’un lien entre le cannabis et la schizophrénie. « L’usage de cette drogue pourrait être un facteur de risque, au même titre que la génétique ou les antécédents familiaux », dit le psychiatre Emmanuel Stip, de l’Hôpital Louis-H. Lafontaine, à Montréal. En effet, chez le quart de la population, une particularité génétique augmenterait le risque de présenter des symptômes de schizophrénie ou de psychose. Mais le gène en cause s’exprimerait uniquement chez les gens qui ont fumé du cannabis à l’adolescence. D’autre part, la marijuana est une substance qu’apprécient les schizophrènes, car elle soulage leurs symptômes. « Paradoxalement, elle augmente aussi leurs rechutes, ce qui peut expliquer une certaine concordance entre les chiffres », dit Stéphane Potvin, qui travaille à une étude sur le sujet au Centre de recherche Fernand-Seguin, de l’Hôpital Louis-H. Lafontaine. Quels sont les effets du cannabis sur les fonctions cognitives ? En Jamaïque et au Costa Rica, on a mené de vastes enquêtes auprès des grands amateurs de mari. La majorité d’entre eux s’estimaient plus intelligents et plus performants lorsqu’ils avaient fumé un joint. Or, des tests ont démontré que ce n’était pas le cas. Après des années d’utilisation, les gros consommateurs d’herbe éprouvaient plus de difficulté à mémoriser une liste de mots et réagissaient plus lentement que la moyenne de la population. La plupart récupéraient néanmoins leurs fonctions cognitives après avoir cessé leur consommation. Une exception : les jeunes initiés au cannabis avant l’âge de 16 ans conservaient parfois un déficit de l’attention. La marijuana conduit à une perte de motivation, estiment 82 % des Québécois interrogés dans un sondage CROP effectué en 2007. L’OMS doute de la justesse de cette perception. Et un comité d’experts venant d’Allemagne, de Belgique, de France et des Pays-Bas conclut, dans un document intitulé The Cannabis 2002 Report, que l’apathie des jeunes fumeurs de pot résulte plutôt de problèmes psychologiques présents avant le début de leur consommation. Nathalie Néron, coordonnatrice du programme jeunesse du Centre Dollard-Cormier (Montréal), qui vient en aide aux toxicomanes, ajoute : « J’ai observé dans ma pratique que de nombreux jeunes qui abusaient du cannabis à l’adolescence avaient manifesté des troubles de comportement dans l’enfance. » Certains d’entre eux utiliseraient cette substance pour calmer leur anxiété. Des ados en difficulté peuvent fumer de 8 à 10 joints par jour, selon la spécialiste. « Mais les problèmes de consommation ne touchent que 5 % des utilisateurs, précise-t-elle. N’oublions pas que 85 % des jeunes qui consomment du cannabis le font de façon occasionnelle. » Devient-on accro à la marijuana ? Les spécialistes croient qu’un usage excessif peut entraîner une dépendance psychologique, accompagnée d’une légère accoutumance physique. Mais cette éventualité serait plus faible qu’avec d’autres drogues. Selon les critères établis par l’Association américaine de psychiatrie, 9 % des personnes qui prennent du cannabis en deviennent dépendantes, comparativement à 15 % pour l’alcool, 17 % pour la cocaïne, 23 % pour l’héroïne et 32 % pour le tabac. Les hommes seraient plus susceptibles de devenir accros au pot, de même que les jeunes de 15 à 24 ans. Ce dernier fait est troublant, car c’est dans ce groupe d’âge que la consommation est la plus importante et qu’elle tend à augmenter. L’Enquête sur les toxicomanies au Canada (2004) révèle qu’un certain pourcentage de la population fait un usage régulier du cannabis : 14,1 % des Canadiens de plus de 15 ans en avaient fumé au cours des 12 mois précédant l’étude. De ce nombre, 20 % en avaient pris une fois par semaine, 18 % en avaient consommé tous les jours et… 34,1 % se disaient incapables de contrôler leur consommation. Des chiffres encore plus récents feraient des Canadiens les plus grands fumeurs de cannabis en Occident. Selon l’édition 2007 du Rapport mondial sur les drogues, publié par les Nations unies, 16,8 % des Canadiens ont dit avoir fumé au moins une fois de la mari en 2004. Par comparaison, 12,6 % des répondants américains ont admis en avoir fumé, contre 8,7 % des Britanniques, 8,6 % des Français, 6,1 % des Néerlandais. Pourtant, rares sont les adultes qui se présentent au Centre Dollard-Cormier à cause d’une dépendance au cannabis. « Des jeunes dans la vingtaine vont parfois nous consulter, ajoute Nathalie Néron. Mais la plupart des adultes qui nous demandent de l’aide sont des polytoxicomanes qui ont également une dépendance à d’autres substances, comme l’alcool, la cocaïne ou les médicaments. » Les experts s’entendent sur un point : la mari ne mène pas à des drogues plus fortes. Ce consensus se retrouve dans le rapport Nolin comme dans la plupart des études qui ont été faites un peu partout dans le monde. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon l’Enquête sur les toxicomanies au Canada, 44,5 % des Canadiens de plus de 15 ans ont déjà goûté au cannabis, alors que seulement 10 % d’entre eux ont déjà essayé la cocaïne, et 1 %, l’héroïne. Le chercheur Mohamed Ben Amar rapporte également que dans des pays comme les Pays-Bas, où la culture et la consommation de cannabis sont permises, moins de 8 % des fumeurs de pot essaient les drogues dures. Quoi qu’il en soit, les effets de la marijuana sur le cerveau n’ont pas fini de surprendre. Par exemple, on a découvert que cette drogue possédait un effet antidépresseur, du moins à court terme. « Les zones cérébrales associées à la douleur sont situées tout près des centres de l’humeur et de l’anxiété, explique la Dre Gabriella Gobbi, chercheuse au Centre universitaire de santé McGill. Voilà pourquoi le cannabis agit sur ces deux problèmes à la fois. » La marijuana pourrait-elle remplacer les antidépresseurs ? Certainement pas, selon la psychiatre. Par contre, les recherches sur cette drogue pourraient révolutionner le traitement de certaines maladies. On sait que dans des situations particulières, comme lorsqu’on se livre à une activité physique, le cerveau sécrète son propre « cannabis », sous la forme de substances appelées endocannabinoïdes. Leur effet est semblable à celui de la marijuana et permettrait donc de soulager la douleur, les spasmes musculaires et les nausées, en plus de calmer l’anxiété et d’améliorer l’humeur. « Mais sans que nous ayons à fumer un joint », précise la Dre Gobbi. L’automne dernier, l’équipe de Gabriella Gobbi a mis au point un médicament, le URB597, qui augmente la quantité de ce cannabis endogène dans le corps en bloquant l’action des enzymes qui le détruisent. « Cette nouvelle molécule pourrait remplacer de façon plus sûre le cannabis dans le traitement de la douleur et de la dépression », affirme la chercheuse. Mais il faudra compter plusieurs années avant que ce médicament soit offert en pharmacie. Au moment où les gouvernements commencent à permettre l’usage du cannabis thérapeutique, la science serait-elle en train de découvrir des moyens de s’en passer ? · Les effets du cannabis sur la santé · La consommation du cannabis en chifres · Le pot mène-t-il à la délinquance ? · Le pot est-il nocif pour le cerveau des adolescents ? · La petite histoire du cannabis thérapeutique · Des médicaments à base de cannabis · Une dépénalisation de fait