Pandémie et inondations ne font pas bon ménage

Comment relever ce double défi ? Les réponses de 11 experts.

Photo : Ryan Remiorz / La Presse canadienne

La pandémie de COVID-19 coïncide avec une période de l’année où les risques d’inondations sont élevés : celles-ci culminent aux mois d’avril et de mai, lors de la période de crues printanières.

Comment relever ce double défi qui risque de se présenter ?

Élus, observateurs, scientifiques, gestionnaires de risques et intervenants de première et de deuxième lignes appréhendent ce potentiel scénario multialéas et « multitresseurs », qui viendra compliquer la vie des sinistrés et leur prise en charge par les autorités civiles ainsi que par les organismes publics et communautaires.

Si des inondations surviennent ces prochains jours, de nombreuses villes et municipalités ne pourront déployer une aide similaire à celles des années passées. Le gouvernement du Québec a d’ailleurs fait savoir, le 16 mars, qu’il ne permettrait pas l’ouverture de centres d’hébergement pour les sinistrés en cas d’inondations, afin d’éviter les risques de contamination à la COVID-19. Des municipalités ont déclaré qu’elles ne demanderont pas à leurs employés et à des bénévoles d’effectuer des corvées telles que le remplissage de sacs de sable. On a même encouragé les riverains concernés à prévoir un lieu où se reloger s’ils sont inondés.

Comment gérer une telle situation ? Quels critères et actions devraient être priorisés afin de réduire ou atténuer les risques et les conséquences pour les populations ?

En réponse à ces multiples défis au Québec, le Réseau inondations intersectoriel du Québec (RIISQ), qui regroupe plus de 170 chercheurs de tous les domaines, organisera une vidéoconférence le 29 avril prochain pour identifier les interventions à mettre en place lors d’inondations en contexte de pandémie. L’atelier portera également sur la gestion optimale de « l’après » lors de la phase de rétablissement, qui pourrait être longue compte tenu des nombreuses séquelles pour beaucoup de gens.

Prêts pour un sinistre, pas deux

En gestion de risques, il est fondamental d’avoir une approche multirisque, c’est-à-dire d’avoir la capacité de gérer deux ou plusieurs scénarios ou aléas en même temps, et de bien anticiper l’ensemble des conséquences possibles.

Le processus de gestion des risques prôné par le ministère de la Sécurité publique du Québec évoque l’appréciation simultanée des risques de même que le traitement concomitant de ceux-ci. La Loi sur la Sécurité civile précise tout autant ce caractère multiple. Chaque municipalité et MRC doit donc posséder, respectivement, un plan de sécurité civile et un schéma de sécurité civile appuyés entre autres par un plan de mesures d’urgence. Mais la pandémie actuelle transforme la manière même avec laquelle la sécurité civile a l’habitude de procéder ou de composer avec les aléas.

Dans le contexte actuel de pandémie, nos réseaux de soutien à la vie communautaire seront mis à rude épreuve s’il y a des inondations. Nous sommes souvent prêts pour un sinistre, mais rarement pour deux.

Le 16 mars, Geneviève Guilbault, ministre de la Sécurité publique, annonçait que les centres d’hébergement ne pourraient pas recevoir de sinistrés des inondations cette année. Photo : Jacques Boissinot / La Presse canadienne

Aujourd’hui, il faut revoir nos approches de prévention, de préparation et d’intervention. Des plans particuliers orientés sur un aléa ou une conséquence ont fait leur temps. Nous gérons des conséquences multiples et des effets domino à grandes échelles, qui s’enchaînent de manière de plus en plus rapprochée.

De nouveaux réflexes à développer

Il faut avoir le réflexe de fonctionner par gestion de conséquences, évaluation des capacités, identification des responsabilités et mise en place des mécanismes de gestion des risques, sur le moyen et le long terme. D’ailleurs, les changements climatiques demanderont aux instances gouvernementales, aux organismes publics et communautaires ainsi qu’aux individus d’en avoir la capacité, et de revoir leurs façons de faire.

En dépit d’initiatives prises, des questions se posent : que faire avec les personnes vulnérables ou isolées qui n’ont pas accès à des membres de leur entourage pouvant les accueillir en cas d’évacuation ? Comment assurer la sécurité des sinistrés et des intervenants de première et de deuxième lignes dans un contexte de pandémie ? Quels types d’intervention les municipalités et les organismes publics et communautaires doivent-ils privilégier ? Quelles actions prioritaires devraient être considérées afin de réduire ou atténuer les risques et les conséquences pour les populations en contexte simultané de pandémie et d’inondations ou d’autres désastres naturels qui pourraient survenir sachant que la pandémie ne s’arrêtera pas demain matin ?

Un effort collectif

Il n’y a sans doute pas de solutions miracles, mais en y réfléchissant collectivement, nous pourrions faire en sorte de diminuer les impacts négatifs des catastrophes sur la santé des individus et des intervenants. La pandémie actuelle nous enseigne ou nous rappelle l’importance de la science pour identifier les solutions, les remèdes et les vaccins pour prévenir ou endiguer la prolifération de la COVID-19, et conseiller les autorités sur les mesures à prendre. Dans le domaine de la gestion multirisque, il devient donc crucial de faire aussi appel à une masse critique d’experts intersectoriels dans l’ensemble du réseau universitaire.

Plusieurs plans d’eau font l’objet d’une surveillance continue au Québec en raison des risques d’inondations. Ici, la crue printanière fait monter les eaux dans une rue de Rigaud, le samedi 4 avril 2020. Photo : Graham Hughes / La Presse canadienne

La distanciation physique génère une distanciation sociale d’autant plus dommageable pour les plus vulnérables ou en situation d’isolement familial ou géographique ou ceux aux prises avec des difficultés socioéconomiques, notamment les populations autochtones ou les étudiants internationaux. Le Conseil supérieur de l’éducation du Québec réclame d’ailleurs la création d’urgence d’un groupe de travail pour faciliter l’accompagnement et la réintégration d’étudiants vulnérables. Cette distanciation physique qui va avec le confinement ne doit en aucun cas signifier un isolement social accru, mais plutôt déboucher sur une solidarité et un réseau social renforcé et renouvelé pour nous aider collectivement à passer à travers plusieurs fléaux.
Il est ainsi essentiel de demeurer solidaire de nos autorités sanitaires, municipales et gouvernementales qui déploient des efforts inégalés pour passer à travers les épreuves actuelles qui ont des conséquences délétères. Faisons preuve d’humanité et d’intelligence collective, car il faut maintenir la solidarité sociale et communautaire, et s’entraider mutuellement. Le réseau universitaire dans son ensemble peut largement y contribuer.La Conversation

Les auteurs sont, outre Philippe Gachon (RIISQ), Anne-Sophie Gousse-Lessard (UQAM), Danielle Maia de Souza (UQAM), Danielle Maltais (UQAC), Mélissa Généreux (UdS), Marie Raphoz (UQAM), Johanne Saint-Charles (UQAM), Suzanne King (McGill), Ouarda Taha (INRS), Sébastien Templier (UQAM), Tomas Buffin-Bélanger (UQAR).

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation.

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