La Petite Urgence #2: Parler trop fort à l’urgence

Un homme frêle et nerveux de 75 ans consulte pour des malaises mineurs, mais qui l’inquiètent beaucoup. En conséquence, il parle fort. Très fort. Et très rapidement. Je lui explique sans succès qu’il n’a rien de grave.

Je lui alors propose de « l’observer » à l’urgence pour la nuit, ne pouvant pas l’envoyer à la maison dans cet état, question de le rassurer et aussi de mieux comprendre ce qui se passe.

Une fois placé sur civière, mon patient verbo-moteur continue à jaser bruyamment jusque tard en soirée. À sa fille, qui est elle-même un peu gênée de la situation, à son voisin, à l’infirmier, au préposé à l’entretien — à quiconque passe par là.

Parfois, une pause de quelques secondes, puis ça repart de plus belle. Il faut que ça sorte. Et ça prend du souffle.

Les patients consultent souvent à l’urgence par inquiétude, craignant pour leur vie ou leur santé. Les perceptions varient d’un à l’autre. De même que les réactions, qui sont parfois intenses.

Remarquez, pour un urgentologue, un patient qui parle fort, c’est déjà rassurant: ça veut dire qu’il respire, qu’il ne manque ni d’oxygène ni de tonus, que ses poumons sont vigoureux et que son cœur pompe adéquatement le sang jusqu’au cerveau. C’est déjà ça de pris.

D’ailleurs, si on se trouve avec plusieurs blessés, mieux vaut évaluer en premier ceux qui parlent peu: ce sont habituellement les plus graves.

Je passe une dernière fois pour le rassurer avant de quitter. Sans trop de succès. Son monologue a continué une partie de la nuit, semble-t-il.

Vers minuit trente, alors que l’urgence est par ailleurs redevenue calme, je l’entends discuter avec l’infirmière qui débute son quart de travail:

« Vous pouvez pas me donner quelque chose pour que j’arrête de crier de même!?

– Mais peut-être que vous pourriez simplement parler moins fort?

– Si je pouvais, je le ferais, mais ça parle fort tout seul! »

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