Perte de concentration ? Analysez votre sommeil

Si la sonnerie du téléphone dans la pièce à côté de votre bureau vous empêche de rester concentré sur votre travail ou que le son de la tondeuse du voisin vous fait perdre le fil de vos idées, c’est peut-être le signe que votre insomnie vous joue des tours.  

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Il y a de plus en plus d’insomniaques : avant la pandémie, 10 % des adultes sur la planète souffraient d’une privation anormale de sommeil. Aujourd’hui, cela touche 26 % d’entre eux. « La proportion de personnes ayant des symptômes occasionnels d’insomnie a également plus que doublé, et ce, partout dans le monde, passant de 20 % à plus de 40 % », explique Charles Morin, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les troubles du sommeil et professeur à l’Université Laval. En outre, un sondage de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a révélé en avril que plus de 40 % des Québécois de moins de 45 ans avaient vu la qualité de leur sommeil se dégrader depuis le début de la pandémie.

Une récente étude australienne et britannique vient de confirmer ce dont, d’emblée, les insomniaques se doutaient : ils ont plus de mal à se concentrer sur une tâche et à ignorer les distractions que les bons dormeurs. Jusqu’ici, peu d’études s’étaient penchées sur les répercussions de ce trouble du sommeil sur le cerveau. Or, le sujet est important. « Les gens doivent savoir que les problèmes de sommeil, comme la difficulté d’endormissement et les réveils nocturnes fréquents, peuvent causer une perte de vigilance qui altère conséquemment trois processus cognitifs, soit la concentration, l’attention et la mémoire », dit Charles Morin, qui collabore à une autre grande enquête internationale sur le sommeil pendant la pandémie, regroupant des chercheurs d’une quinzaine de pays.

Quand la fatigue trouble le cerveau

L’étude australo-britannique a porté sur seulement 23 insomniaques qui ont été comparés à 23 bons dormeurs. Mais ses résultats sont quand même significatifs, selon Charles Morin, car elle a permis d’analyser de manière objective, en laboratoire, les plaintes des insomniaques en ce qui concerne le sommeil (difficulté à s’endormir, réveils nocturnes fréquents, éveil précoce le matin sans pouvoir retrouver le sommeil, fatigue au lever). « De plus, le test de mesure d’attention est relativement nouveau et probablement plus pertinent que bien d’autres utilisés dans des études antérieures », ajoute-t-il. Après une nuit de sommeil, les participants ont fait l’exercice de repérer rapidement et sans se tromper les lettres X ou N apparaissant à l’écran au milieu d’autres lettres. Ils devaient faire les trois niveaux du test — facile, moyen, difficile — destinés à reproduire les différents degrés d’attention demandés au cours d’une journée.

« Cela confirme que plus une personne se concentre sur une tâche difficile, plus son cerveau se consacre à cette tâche et élimine les distractions environnantes », note Nadia Gosselin, directrice scientifique du Centre d’études avancées en médecine du sommeil et professeure au Département de psychologie de l’Université de Montréal. « L’étude a montré que pour les insomniaques, toutefois, ce mécanisme serait déficient. »

Prendre le sommeil au sérieux

Heureusement, les capacités cognitives reviennent avec le repos réparateur. Pour ce faire, revoyez vos habitudes de sommeil, suggère Nadia Gosselin. 

Premièrement, ne passez pas trop de temps au lit. Par exemple, si votre corps s’endort naturellement à 23 h, cela ne sert à rien de vous coucher à 20 h en espérant rattraper du sommeil ; votre organisme ne sera pas prêt à s’endormir, vous allez stresser et accentuer votre insomnie.

Même chose le matin. Dès que vous êtes éveillé, sortez du lit. N’essayez pas de vous rendormir pour reprendre des heures de sommeil perdues. « On évite également la sieste, mais si on doit en faire une, on la limite à 20 minutes, après le dîner », ajoute la chercheuse. Évidemment, exit les écrans et la lumière bleue qui stimulent le cerveau, et ce, deux heures avant de vous coucher. Et attention à votre consommation d’alcool, lequel, s’il peut aider à l’endormissement, nuit à la qualité du sommeil.

Malgré cela, vous dormez mal depuis plusieurs semaines ou vous croyez souffrir d’insomnie ? « N’attendez pas pour consulter un médecin et suivre une thérapie cognitive comportementale, le traitement de choix dans cette situation », suggère Charles Morin. Il ne faut pas laisser un problème de sommeil devenir chronique, car cela accroît le risque d’être atteint de nombreuses maladies, telles que l’hypertension et la dépression.

Apnée du sommeil et nuits blanches

« Un cerveau moins vigilant et moins concentré n’est pas le lot exclusif des insomniaques », dit Nadia Gosselin. Un manque de sommeil répété ou des nuits entrecoupées de réveils à cause de l’apnée du sommeil, notamment, affectent aussi votre capacité à gérer les distractions.

La nuit blanche n’est pas recommandée non plus. « Selon certains tests de performance d’attention, les bons dormeurs qui restent éveillés 21 heures et plus en continu voient leurs capacités cognitives diminuer de la même manière que quelqu’un qui a un taux d’alcool de 0,08 ! » souligne Charles Morin.

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