Petit guide pour résister à la terreur

Le but des terroristes est de semer la terreur. Comment y résister pour à la fois mieux vivre aujourd’hui et ne pas prendre des décisions que l’on risque de regretter?

Sante_et_scienceEst-ce parce que sa formation de neurochirurgien le rend particulièrement apte à gérer ses émotions que le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, semble garder son sang-froid par les temps qui courent? Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, va-t-il avoir la sagesse de ne rien décider sous le coup de l’émotion?

Rassurer devrait être la priorité numéro un des politiciens au lendemain d’un attentat. Ces jours-ci, au Québec, la peur irrationnelle des réfugiés prend beaucoup de place. Face à tous ceux qui croient qu’on peut — avec je ne sais quelle baguette magique — ramener un risque très, très faible à un risque nul, tout politicien se doit de parler clairement et fermement par la voix de la raison.

La peur est un sujet bien connu des scientifiques, qui en ont exploré à peu près toutes les facettes, depuis les réactions biologiques et les biais cognitifs qu’elle mobilise jusqu’à la manière dont des populations réagissent à la terreur collective. La réaction des autorités par rapport aux attentats influence énormément le sentiment de peur. Quand le maire de Québec, Régis Labeaume, affirme ne plus vouloir accueillir de «gars de 20 ans frustrés» parmi les réfugiés syriens, il joue aussi le jeu des terroristes en évoquant la peur d’un attentat dans la Vieille Capitale.

Cette déclaration, qui jette de l’huile sur le feu, fait penser à celle d’un serveur qui viendrait nettoyer vos ustensiles à l’alcool dans un restaurant: «C’est pour votre bien, on ne sait jamais, une bactérie pourrait échapper à notre vigilance.» Certes, ce nettoyage accroîtrait votre sécurité, puisqu’il est vrai que les microbes ont la capacité de se loger un peu partout. Mais franchement, est-ce que vous renonceriez à une invitation dans un restaurant par peur des microbes sur votre fourchette?

Stéphane Leman-Langlois, professeur à l’Université Laval et spécialiste du terrorisme (que vous pouvez entendre dans l’émission du 16 novembre [à 17 min 40] du Téléjournal Québec), explique très bien que le risque qu’un terroriste se cache parmi les réfugiés syriens et déjoue la sécurité pour commettre un attentat au Québec est parfaitement négligeable.

Un sondage réalisé par Vox Pop Labs le 17 novembre montre néanmoins que les attentats de Paris ont rendu les Canadiens plus favorables à une intervention militaire contre l’EI et moins favorables à l’accueil de réfugiés syriens. Nous sommes encore sous le coup d’une émotion qui est mauvaise conseillère.

On sait depuis très longtemps que le moyen le plus efficace de combattre une peur, c’est de l’affronter. Les Parisiens, qui ont une longue expérience collective des attentats, ont été nombreux dans les derniers jours à aller boire un verre sur une terrasse pour s’aider mutuellement à vaincre cette peur, encouragés par des initiatives comme #tousaubistro. C’était la meilleure chose à faire. Ceux qui sont sortis ont sans doute un peu moins peur aujourd’hui que ceux qui se sont terrés chez eux, rivés à leur télévision ou sur les médias sociaux.

Le 7 juillet 2005, un attentat terroriste a fait 56 morts dans le métro de Londres. Le gouvernement britannique de Tony Blair a alors offert une réponse considérée comme un modèle du genre par les spécialistes (voir à ce sujet l’excellent livre Risque: La science et les politiques de la peur).

Plutôt que d’entrer dans une rhétorique guerrière et de vengeance, Tony Blair a assuré à ses concitoyens que son gouvernement prenait les enquêtes et menaces au sérieux, mais qu’il était déterminé à ne pas permettre aux malades illuminés auteurs des attaques de prendre la population au piège de la terreur.

Il a donc invité les Londoniens à continuer à vaquer à leurs occupations habituelles. Le maire de Londres, Ken Livingstone, a abondé dans le même sens et déclaré qu’il prendrait comme d’habitude le métro le lendemain pour se rendre au travail. Londres ne s’est pas transformée en ville fortifiée avec des militaires aux armes bien visibles à chaque coin de rue. Le flegme a vaincu la terreur.

Devant cette menace terroriste, jusqu’à quel point faut-il resserrer la sécurité et la surveillance en mobilisant des ressources humaines et matérielles souvent très coûteuses, sans pour autant trop empiéter sur les libertés civiles?

Il est fort difficile d’aborder cette question d’un point de vue scientifique. Les études coûts/efficacité de toutes ces mesures sont rarement disponibles, même dans des pays où on se targue de scruter les dépenses des gouvernements à la loupe. Nous sommes obligés de faire au moins en partie confiance aux autorités, puisqu’elles ont besoin de discrétion pour lutter contre le terrorisme.

S’il est impossible de déterminer combien coûte vraiment la guerre au terrorisme, on peut en revanche assez facilement calculer combien le terrorisme coûte en fait de victimes et de dommages, comparativement à d’autres sources de mortalité et de souffrance.

En tout respect pour les victimes et leurs proches, il faut comprendre que si les actes terroristes étaient considérés comme un problème de santé publique, ils seraient classés dans la catégorie «négligeable» dans la plupart des pays du monde, sauf au Moyen-Orient.

En octobre 2015 seulement, 372 personnes sont mortes sur les routes de France, dont 43 dans un seul accident d’autocar. Qui annulerait un séjour dans ce pays par peur d’un bête accident d’auto?

Le très petit risque de mourir d’un cancer du côlon causé par l’abus de charcuterie, dont on se gaussait récemment, est encore très largement supérieur à celui de mourir d’un attentat. Au Québec, une personne a été victime du terrorisme en octobre 2014. Aucune depuis. Le djihadiste auteur de cet attentat était un Québécois qui n’était ni réfugié ni issu de l’immigration. Depuis, plus de 65 000 Québécois sont morts de toutes sortes de causes, le plus souvent dans un lit. Parmi les personnes qui n’étaient pas âgées, la plupart se sont suicidées ou ont été victimes d’un bête accident.

La peur des attentats peut faire bien plus de victimes indirectes que les attentats eux-mêmes. Aux États-Unis, après le 11 septembre 2001, la peur de l’avion a fait bondir le nombre de morts sur les routes.

Même si les chiffres sont approximatifs, ils sont terribles. En quatre ans, environ 10 millions de Syriens ont dû partir de chez eux. Plus de quatre millions sont devenus des réfugiés, plus de 220 000 sont morts.

Selon Susan McGrath, professeure à l’Université York, en Ontario, et fondatrice du Réseau de recherche sur les réfugiés, le Canada a largement les moyens d’accueillir rapidement et en toute sécurité 25 000 réfugiés, comme le gouvernement Trudeau a prévu qu’il le ferait. Cette spécialiste estime que le Canada a même les moyens d’en accueillir beaucoup plus dans les prochains mois. Et les attentats de Paris n’y changent rien.

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10 commentaires
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Ce ne sont pas les infiltrations par l’immigration qui sont importantes. Nous fournissions nos propres terroristes. La religion n’est pas en cause à mon avis, on l’utilise gratuitement. Des criminels fous, il y en a dans tous les pays. La bombe ne fait que détruire, le bon et le mauvais. Vous souvenez-vous de l’histoire du lion qui était prisonniers d’un filet? Une petite souris l’a libéré.

La religion n’ est pas en cause !!!!! Les Talibans, les dihastistes, Al Quaida et tous ces groupuscules à travers le monde MUSULMAN !

eT VOUS OSEZ dire que la religion n’est pas en cause!!!!!!!!!!! Enlevez vos lunettes roses et ça presse!!

Les réticences de québécois face à l’arrivée de quelques milliers de réfugiés de Syrie et des pays limitrophes peuvent s’expliquer, mais elles peuvent être surmontées si nos leaders d’opinion savent évoquer avec rigueur, transparence et dignité ces notions de liberté, d’égalité, de fraternité dont ils nous abreuvent à longueur d’année, la main sur le coeur et les yeux au ciel. Sans oublier ces « valeurs québécoises » dont les nationalistes sont si friands ! Le premier ministre Couillard tient un discours à cet égard exemplaire. La conduite de certains autres l’est moins, qui s’empressent de « surfer » sur les peurs, les craintes et les préjugés.

Vous avez parfaitement raison. Il serait absolument idiot pour un « terroriste » de se glisser parmi ces réfugiés quand ils peuvent facilement s’acheter un billet d’avion avec de faux papier et un faux passeport, chose dans laquelle Daesh est passée maître. De plus on estime qu’environ 75% des réfugiés qui vont venir ici sont des femmes et des enfants… En fait ce sont des familles qui fuient justement la terreur alors les chances qu’il y ait des terroristes parmi eux sont insignifiantes. Par contre il y a beaucoup plus de risque qu’un terroriste soit né ici, au Canada, comme ce fut le cas des 2 attentats récents.

D’ailleurs, la majorité des terroristes de l’attentat de Paris étaient Français… alors la logique des peureux serait d’empêcher l’immigration de Français au pays… Ça n’a pas de sens – c’est la même chose pour les réfugiés syriens. Enfin l’intervention militaire n’a rien à voir avec le terrorisme mais tout à voir avec la politique. Face au terrorisme, ce sont les forces de police et le renseignement qui sont primordiaux et qui peuvent prévenir ce genre d’attaques – les autorités britanniques l’avaient bien compris suite aux attentats de Londres.

Je n’ai pas trop confiance à vos spécialistes assis derrière un bureau ! Se mettre la tête dans le sable ça ne change rien contre le terrorisme !

Hourrah- bon commentaire objectif – traduisons-LE pour les anglophones canadiens – je craint la qualite trop emotionelle de leurs medias 🙁

Bon…le « flo » vient de fermer notre ambassade à Bruxelles MAIS il maintient toujours l’objectif de faire venir ici 25,000 migrants islamiques d’ici Noël…

Alôôôôô…!

À ce sujet:

http://www.journaldemontreal.com/2015/11/22/laxisme-securitaire

Extrait:

« Pour satisfaire la toquade de M. Trudeau, il faudrait donc que les fonctionnaires étudient 571 dossiers par jour, donc 82 dossiers à l’heure, ou 1,4 dossier à la minute. Autrement dit, même en n’accordant qu’une heure à chaque dossier, il faudrait que 82 fonctionnaires travaillent à temps plein jusqu’au 18 décembre pour passer à travers toutes les demandes.
À titre comparatif, il est clairement et explicitement indiqué sur le site du gouvernement canadien que le traitement d’une demande de réfugié peut prendre jusqu’à 36 mois (soit environ 5300 heures!) et même davantage pour les cas plus complexes. Certes, le contex­te exige que le processus soit accéléré. Mais même en réduisant de 95 % le temps normalement nécessaire au traitement des demandes, il faudrait malgré tout 1,8 mois pour analyser un dossier. »

Pas mal non?

Mme Borde , vous avez tendence a banalisé le phénomène du terroriste!! Lorsque le maire Labeaume parle de jeunes frustés sans famille de 20 ans; il parle surtout du risque accru de se joindre à un mouvement terroriste ou de leur incapacité à se canadianiser!

Oui bien sûr que le Canada pourrait acceuillir beaucoup plus de réfugiés Syrriens sans aucun problème; mais le faire à la toute häte sans s’ assurer qu’ on choisit des réfugiés et non des migrants temporaire qui n’ ont pas le goût de s’ adapter à leur nouveau pays!!