Petit vaccin, grosse grippe

La grippe va frapper fort cette année, entre autres parce que la vaccin va rater sa cible. Explications et conseils du Dr Alain Vadeboncœur.

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Photo : Getty Images

La semaine dernière, on a compté 413 cas de grippe A confirmés. La saison est donc bien commencée, parce que ces chiffres ne mentent pas et que ça grimpe rapidement. D’autant plus vite que le vaccin semble avoir été pris en défaut, cette année.
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C’est la version H3N2 du virus qui prédomine, comme ce fut le cas en 2012-2013, en 2007-2008 et en 2003-2004. Or, ce H3N2 donne habituellement des saisons grippales plutôt intenses.

Parce que la grippe tue, ne l’oublions pas : bon an mal an, on compte plusieurs centaines de décès au Québec, surtout des personnes âgées et des grands malades.

Alors que le H1N1 avait beaucoup fait parler de lui en 2008-2009, il était moins virulent que ce H3N2 — sauf pour les jeunes, qui étaient plus affectés. Or, du H1N1, il ne semble pas y en avoir encore dans les parages.

Les cas de grippes sont plus nombreux que l’an dernier à pareille date, comme le confirme la courbe de 2014-2015 :

Tableau cumulatif des cas analysés (barres vertes) et des cas confirmés (courbe bleue) avec comparaison avec l'an dernier. Source: Institut national de santé publique.
Tableau cumulatif des cas analysés (barres vertes) et des cas confirmés (courbe bleue), et comparaison avec l’an dernier. Source : Institut national de santé publique

Or, c’est toujours un problème, une grippe qui prend de l’ampleur avant les fêtes de Noël et du Jour de l’an.

Sans vouloir être un casseur de party, les Fêtes constituent — d’un point de vue microbiologique – une grande séance de brassage de virus, ce qui favorise la propagation d’une personne à l’autre et d’une région à l’autre, et risque de nous faire démarrer 2015 en lion.

Les données de Google Flu Trend pour le Québec, que l’on dit assez précises, montrent un peu la même courbe. Google génère ces données en utilisant seulement les demandes d’information sur la grippe :

Données relevées le 12 décembre à 0h00 sur le site Google Flu Trend pour le Québec, et comparaison avec l'an dernier.
Données relevées le 12 décembre à minuit sur le site Google Flu Trend pour le Québec, et comparaison avec l’an dernier.

 

Virus mutant, vaccin déjoué

Il y aura un problème supplémentaire cette année. C’est le Center for Control Disease (CDC) américain qui l’a récemment annoncé : le vaccin administré ne sera malheureusement pas aussi efficace que prévu.

Parce que ce virus H3N2 est une variante du virus attendu, de sorte que la protection offerte par le vaccin sera plus faible, tombant probablement sous les 50 %. C’est une autre raison qui permet d’anticiper une saison de grippe sévère.

Il faut dire que le processus menant au choix des composantes du vaccin est complexe et même hasardeux : il faut tenter de prévoir, à partir du printemps précédent — donc, ici, du printemps 2014 —, laquelle, parmi les nombreuses variantes des virus, sera en circulation de manière prédominante.

Les experts n’étant pas infaillibles, le virus qui émerge actuellement n’est pas toujours celui qu’on avait prévu. Mais comme cela prend quatre mois pour développer un vaccin et que c’est seulement en septembre qu’on a commencé à constater l’échec des prévisions, il est trop tard pour en produire un nouveau.

Remarquez, il est quand même recommandé de se faire vacciner, parce que ce vaccin pourrait offrir une protection partielle et atténuer l’intensité de la grippe si on l’attrape.

Ai-je la grippe ou non ?

Une grippe, c’est bien autre chose qu’un simple rhume. D’abord parce qu’on est très malade : on parle de température subitement élevée, de douleurs musculaires, de faiblesse générale et de toux. On gardera généralement le lit, parce qu’il sera difficile de se lever en raison des douleurs musculaires. Surtout quand c’est une grippe d’homme.

Comment, vous doutez du concept de grippe d’homme ? Pourtant, certaines données montrent que les pauvres hommes sont plus fortement affectés par le virus, notamment en raison des caractéristiques de leur système immunitaire.

Outre les rhumes et la grippe, un autre virus hante nos hivers, bien qu’il reste mal connu des gens : le VRS, acronyme inquiétant signifiant virus respiratoire syncytial. Un peu moins fréquent que la grippe, il a quand même touché officiellement 136 personnes au Québec la semaine dernière.

Si les gens affectés par le VRS sont moins malades que les grippés, ils auront en échange beaucoup de toux (qui ressemblera à celle d’une crise d’asthme, parfois avec des bruits respiratoires sifflants), la voix qui se transforme en devenant un peu rauque et de la congestion nasale, mais moins de fièvre et de douleurs musculaires.

Surtout, l’infection par VRS va durer longtemps, parfois jusqu’à deux ou trois semaines. Les gens trouvent ça long, dorment mal à cause de la toux et finissent par aller à l’urgence, ou bien vont voir leur médecin pour obtenir un soulagement.

Même si le VRS est moins grave que la grippe pour les adultes en bonne santé, il peut donner des problèmes respiratoires sérieux aux asthmatiques ou aux jeunes enfants. Les antibiotiques ne fonctionnent pas, mais on prescrit parfois des pompes, comme à un asthmatique, afin d’atténuer les symptômes. Si vous avez une de ces fameuses «bronchites» qui traînent longtemps, dites-vous que c’est probablement un VRS — ou encore de l’asthme, si les symptômes reviennent souvent.

Quoi faire si on a la grippe

Alors, quand on a la malchance d’attraper la grippe — ce qui n’est pas surprenant, puisque le virus se propage très facilement —, on fait quoi ? En réalité, tout dépend de qui on est et de comment on va.

Si on est en bonne santé, ni très jeune ni trop âgé par ailleurs, et qu’on souffre des symptômes mentionnés plus haut (sans présenter d’autres problèmes), on peut choisir de rester à la maison, de se reposer et de prendre du Tylenol régulièrement pour se sentir mieux. Ça devrait être suffisant.

La question se pose davantage pour les personnes âgées, les malades chroniques et les très jeunes enfants : si la grippe survient, vaut-il la peine de consulter?

Probablement, puisque souvent, les médecins prescriront alors des antiviraux (à ne pas confondre avec des antibiotiques courants), comme le Tamiflu et le Relenza, qui diminueront probablement le risque de certaines complications, surtout s’ils sont donnés dans les 48 heures.

Notez que leurs effets bénéfiques demeurent tout de même limités. De plus, ils ne sont pas dénués d’effets secondaires : nausées, vomissements, maux de tête et anxiété, notamment.

Par ailleurs, comme la grippe peut aussi donner de sérieuses complications, surtout chez les patients faisant partie des groupes à risque, mieux vaut aller à l’urgence si les symptômes sont particulièrement sévères (fièvre très élevée, confusion, étourdissements importants, grande faiblesse, etc.).

Que faire pour se protéger

Prévenir la transmission du virus par des mesures simples peut avoir une certaine efficacité. Au moins, les malades devraient se tenir à l’écart de la parenté durant les Fêtes et éviter les gros becs mouillés.

Je suggère aux malades et aux proches de se laver les mains, de nettoyer les poignées des objets contaminés d’usage commun et de tousser dans votre coude ou des mouchoirs, pour essayer de diminuer la propagation d’un virus par ailleurs très volatil. C’est le gros bon sens, mais c’est aussi appuyé par les études scientifiques.

Le vaccin est un autre outil pour se protéger. Cela dit, il ne faut pas être dogmatique en ces matières : ce n’est pas un crime contre l’humanité de refuser de se faire vacciner. D’ailleurs, le vaccin n’est pas efficace à 100 %, mais il est tout de même recommandé par les autorités en santé publique.

Il est particulièrement conseillé chez les jeunes enfants, les femmes enceintes (trimestres 2 et 3), les plus de 60 ans et les malades chroniques (par exemple : les malades pulmonaires, les grands cardiaques et les patients immunosupprimés qui prennent de la cortisone ou qui ont des problèmes de globules blancs, ou encore les patients affectés par des cancers, surtout s’ils subissent de la chimiothérapie, etc.), lesquels sont les plus à risque de complications.

Pour ce vaccin, comme d’ailleurs pour tous les traitements en médecine, c’est toujours une question de risque et d’avantages.

Si les risques sont faibles, les vaccins étant en général très sécuritaires, les avantages sont tout de même significatifs. La protection contre la grippe est de l’ordre de 60 % quand le vaccin est bien choisi. Et si on a la grippe, elle pourrait être moins sévère. Il reste que l’effet de protection est tout de même modeste chez les personnes en bonne santé.

Notez que je me fais vacciner chaque année, comme c’est recommandé pour les professionnels de la santé — surtout pour ne pas devenir moi-même un vecteur du virus pour mes patients, même si la démonstration d’une protection réelle des patients n’a pas encore été complètement établie par la science.

Mis à part un peu de douleur localement, qui dure 24 heures, je n’ai jamais eu le moindre effet secondaire. Et je n’ai jamais attrapé la grippe.

Qui vacciner ?

Tout le monde peut se faire vacciner pour réduire son risque d’attraper la grippe, sauf les enfants de moins de six mois. Même si la réduction du risque de grippe est réelle, il faut tout de même vacciner quelques dizaines de personnes pour prévenir un cas de grippe.

Pour mieux viser les personnes à risque, le vaccin injectable est donc offert gratuitement aux personnes suivantes au Québec :

  • Les enfants de 6 à 23 mois ;
  • Les personnes atteintes de certaines maladies chroniques (pulmonaire, cardiaque, rénale, etc.) ;
  • Les femmes enceintes en bonne santé, durant les deuxième et troisième trimestres de leur grossesse;
  • Les personnes âgées de 60 ans et plus.

Afin de diminuer les risques de transmission, le vaccin est aussi offert gratuitement aux proches de toutes ces personnes et aux travailleurs de la santé.

Cette année, le vaccin injectable offert dans le cadre du programme de vaccination contre la grippe contient les trois souches suivantes :

  • A/California/7/2009 (H1N1)
  • A/Texas/50/2012 (H3N2) (la souche a muté depuis l’an dernier)
  • B/Massachusetts/2/2012

Pour la saison 2014-2015, le vaccin intranasal offert aux 2-17 ans (les plus vieux peuvent aussi le recevoir, mais il faut payer) dans le cadre du programme québécois contient quatre souches suivantes : les mêmes trois précédentes, plus B/Brisbane/60/2008.

Les effets secondaires du vaccin

Mis à part un effet local et un peu de malaise, qui dure un ou deux jours, le vaccin entraîne peu d’effets secondaires, même s’il y a toujours des gens qui vont rapporter avoir eu «une grosse grippe» tout de suite après — et qui choisissent alors de ne plus se faire vacciner. Mais cette idée ne tient pas la route.

C’est comme dire qu’après avoir pris une assurance pour l’auto, j’ai eu un gros accident. Ça peut arriver, malheureusement, mais ce n’est sûrement pas à cause de l’assurance. Même chose pour le vaccin, qui ne donne pas la grippe et qui n’augmente pas le risque d’être «malade» de la grippe.

Il est vrai qu’il existe peut-être une hausse minime du risque d’attraper une maladie neurologique appelée syndrome de Guillain-Barré, mais le Center for Control Disease pense que le risque est de moins d’un cas sur un million de vaccinés. On parle donc de deux ou trois cas de plus, si on vaccine deux ou trois millions de personnes. Rappelons que la grippe tue des centaines de personnes chaque année.

Cette association possible n’est toutefois pas bien appuyée par les études à large échelle. Il faut comprendre que la majorité des cas de Guillain-Barré sont causés par des infections virales, justement, et que les avantages de la vaccination dépassent sans aucun doute ce risque.

Alors attention : la grippe sera forte, cette année. Même si la vaccination n’est pas une obligation, les patients à risque devraient y penser. Pour les autres, ce n’est probablement pas essentiel.

Il reste que c’est à vous de choisir si vous voulez réduire le risque de passer vos Fêtes sur le dos, terrassé par le H3N2 — surtout si vous êtes un homme, bien entendu.

* * *

À propos d’Alain Vadeboncœur

Le docteur Alain Vadeboncœur est urgentologue et chef du service de médecine d’urgence de l’Institut de cardiologie de Montréal. Professeur agrégé de clinique à l’Université de Montréal, où il enseigne, il participe aussi à des recherches sur le système de santé. Auteur, il a publié Privé de soins en 2012 et Les acteurs ne savent pas mourir en 2014. On peut le suivre sur Facebook et sur Twitter :@Vadeboncoeur_Al.

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16 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Les vaccins ne servent qu a être malade, aucun n’a jamais eradique une maladie, ceux qui pensent le contraire n ont jamais été les vaccins, car les étudier c est arreter de croire à ces stupidités. Un medecin a moins de trois de cours la dessus, et la moitie c est à la gloire de pasteur qui etait un escroc, cela est prouvé depuis tres longtemps

Comme il n’y a pas encore de vaccin pour conserver la mémoire, je me permet de rappeler les ravages causés par la poliomyélite jusque vers les années 1950.
Et la maladie existe encore dans des pays qui n’ont pas ou refusent les vaccins contre cette maladie.
D’ailleurs on peut en dire autant pour plusieurs maladies qui affectaient particulièrement les enfants auparavant: rougeole, oreillons, coqueluche, etc.

J’aimerais bien voir vos preuves. Par ailleurs, je serais intéressé à connaître votre explication de la diminution de 99% des cas d’oreillons au Canada suite au vaccin homologué en 1969 au Canada. C’est quand même un hasard assez surprenant.

Beau commentaire, très éloquent. La conclusion inférée est appuyée sur des faits concrets en plus. Que demander de mieux?

Ici dans mon village, de nombreuses personnes âgées que je connais ne se font pas vacciner parce que dans le passé certaines personnes sont décédées peu après avoir reçu le vaccin! Impossible de leur faire comprendre qu’il ne s’agit que d’une coincidence…

Malheureusement, dans l’expérience humaine, il est normal de construire sa compréhension du monde à partir de ses propres expériences. Dans bien des cas, ces croyances sont résistantes à tout raisonnement.

Bonjour Docteur,

Une modeste observation. VRS-virus respiratoire syncytial- ne peut être un acronyme.
C’est un sigle. L’acronyme est un sigle utilisé comme un nom commun par l’usage,
comme cégep, ovni, sida.
J’ai eu l’honneur de plaider devant la cour à Québec pour votre père en 1971.

B.L.

Wow. Merci, vous m’aurez appris quelque chose. Et merci pour la mention de mon père, c’est gentil. 🙂

Merci pour cet article très instructif, bien vulgarisé et surtout, non culpabilisant. Donnons l’information juste, afin que tous puissent faire un choix libre et éclairé.

Merci. Je pense en effet que la meilleure manière d’aider à prendre de bonnes décisions, c’est de rendre disponibles les informations pertinentes.

Pourquoi n’y a-t-il pas dans le vaccin contre la grippe TOUTES les souches possible de l’influenza ? Ça réglerait le problème de manquer la bonne ? Qu’est-ce qui nous empêche de faire ça ??