Petite histoire de la vaccination

Jamais des vaccins n’auront été conçus aussi rapidement que ceux destinés à vaincre la COVID. Mais l’histoire de la vaccination est truffée de moments qui frappent l’imagination.

Photos : Archives nationales du Royaume-Unis, National Archives and Records Administration des États-Unis ; Montage : L'actualité

Moyen Âge

Chine et Inde revendiquent l’invention de l’inoculation, qui consiste à infecter faiblement une personne dans le but de l’immuniser contre une forme plus grave de la maladie. Une inoculation par le virus de la variole prélevé chez une personne peu malade, la variolisation, se répand ensuite partout dans le monde. L’aiguille est souvent utilisée. Mais en Écosse, par exemple, il fut un temps où l’on attachait un brin de laine contaminée au poignet des enfants pour tenter de les protéger. Au XVIIIe siècle, la variole tue encore 400 000 Européens chaque année. 

1796

Edward Jenner, un médecin anglais, est considéré comme le père de la vaccination. Ce mot vient de la vaccine, une maladie des bovins due à un virus cousin de celui qui donne la variole. Les humains peuvent contracter la vaccine, qui est cependant peu dangereuse pour eux. Jenner inocula James Phipps, le fils de huit ans de son jardinier, grâce au pus prélevé sur la main d’une fermière qui avait attrapé la vaccine en trayant une vache. Il injecta le pus dans les deux bras du garçon, puis, après quelques jours, lui fit subir une variolisation pour s’assurer qu’il était bien protégé (une expérience qui serait maintenant interdite par les règles éthiques de la recherche !). On comprendra bien plus tard que les anticorps produits contre la vaccine protègent contre la variole, car les deux virus se ressemblent beaucoup. 

Le Dr Jenner effectue sa première vaccination sur James Phipps, un garçon de 8 ans. Le 14 mai 1796 (Peinture : Ernest Board)

1885

En 1877, Louis Pasteur réussit à cultiver la bactérie causant le choléra chez les poulets. Mais son assistant oublie les cultures avant de partir en voyage, et les injecte seulement quelques semaines plus tard aux poulets, qui ne tombent pas malades. Le génie de Pasteur a été de comprendre que ces bactéries avaient perdu leur virulence, et que tout agent pathogène qu’on pourrait inactiver ferait peut-être un bon vaccin. Pasteur trouve ainsi comment atténuer le virus de l’anthrax et celui de la rage. Il observe que celui-ci perd sa virulence en passant d’un animal à un autre. Après avoir répandu la rage dans toute une série de lapins, il prélève au dernier un peu de moelle épinière qu’il injecte à 50 chiens, réussissant ainsi à les immuniser. En 1885, Pasteur injecte son vaccin — un mot qu’il invente en hommage à Jenner et à la vaccine — à un garçon de neuf ans qui avait été mordu par un chien enragé, lui sauvant la vie.

1921

Les Français Albert Calmette et Camille Guérin découvrent un vaccin contre la bactérie causant la tuberculose, isolée en 1882 par l’Allemand Robert Koch. La tuberculose est l’infection qui a fait le plus de morts dans l’histoire de l’humanité — juste au cours des deux derniers siècles, elle aurait tué plus d’un milliard de personnes. Bizarrement, le BCG (pour Bacille de Calmette-Guérin) protège aussi en partie contre plusieurs virus. En 2016, des chercheurs néerlandais comprennent pourquoi : il dope l’immunité innée, qui ne dépend pas de la nature de l’agent pathogène à combattre. Des essais sont en cours pour voir si le BCG pourrait protéger contre la COVID.

L’infirmière Paquette administre le vaccin contre la tuberculose, soit le bacille de Calmette-Guérin (BAnQ Vieux-Montréal).

1926

Le Britannique Alexander Glenny découvre par hasard qu’un vaccin produit à l’aide d’un sel d’aluminium fait fabriquer plus d’anticorps à des cochons d’Inde. Il vient d’inventer les adjuvants, ajoutés depuis à de multiples vaccins pour les rendre plus efficaces et sécuritaires.

1937-1967

« Il est temps de refermer le livre des maladies infectieuses, et de déclarer la victoire de la guerre contre la pestilence. » Cette citation attribuée à tort à William Stewart, chef de la santé publique américaine de 1965 à 1969, résume bien l’esprit de l’époque alors qu’antibiotiques et vaccins font reculer les infections de manière spectaculaire. Les découvertes de vaccins se succèdent : fièvre jaune (1937), tétanos (1938), coqueluche (1939), grippe (1945), diphtérie (1949), poliomyélite (1955), rougeole (1963), oreillons (1967). Hygiène, antibiotiques et vaccins contribuent à faire passer le taux de mortalité infantile au Québec de 27,5 % en 1900 (plus d’un bébé sur quatre ne survit pas !) à 2 % en 1967.

1979

Le Chilien Pablo Valenzuela et l’Américain William Rutter réussissent à faire fabriquer la protéine antigène du virus de l’hépatite B par des levures, en leur transférant une partie de l’ADN du virus. Ils mettent ainsi au point un premier vaccin dit « recombinant ». Depuis, plusieurs autres techniques ont été inventées pour ne pas injecter l’agent pathogène lors de la vaccination, comme les vecteurs viraux, les particules pseudo-virales et les vaccins à ADN et à ARN. Les vaccins en développement contre la COVID font appel à toutes les technologies existantes.

1980

L’Organisation mondiale de la santé déclare que la variole est éradiquée. C’est la seule maladie infectieuse humaine à avoir été éliminée. La peste bovine sera la première maladie infectieuse animale éradiquée, en 2011.

1990

L’Américain Phillip Berman réussit à immuniser des chimpanzés contre le VIH grâce à un vaccin recombinant. Mais trois décennies d’essais cliniques n’ont pas encore abouti pour l’humain à un vaccin contre ce rétrovirus particulièrement revêche. Pour l’instant, les thérapies combinant plusieurs antirétroviraux se sont avérées bien plus efficaces que des vaccins pour diminuer le taux de mortalité et la contagiosité du virus.

1991

L’Australien Ian Frazer et le Chinois Jian Zhou découvrent comment fabriquer des particules pseudo-virales à partir du papillomavirus humain (VPH), un virus transmissible sexuellement, première cause de cancer du col de l’utérus. Ces particules ne contenant aucun matériel génétique sont à la base du vaccin Gardasil, commercialisé en 2006. Les campagnes de vaccination universelle de fillettes contre le VPH ont suscité une grande méfiance, le vaccin ayant été autorisé à l’issue d’une des plus grandes campagnes de lobbying de l’histoire de l’industrie pharmaceutique.

2000

La création de l’Alliance du vaccin Gavi, un partenariat public-privé initié par la Fondation Bill et Melinda Gates, est annoncée au Forum économique mondial de Davos. Son objectif est de conjuguer les efforts des philanthropes, des gouvernements et de l’industrie pour améliorer l’accès à la vaccination dans les pays pauvres. En 20 ans, Gavi, dont Nelson Mandela fut un grand promoteur, a permis de vacciner près de 900 millions d’enfants. Avec l’OMS, Gavi est une des principales instigatrices du programme COVAX, qui vise à amasser de l’argent auprès des pays riches pour financer la distribution de vaccins contre la COVID dans les pays en développement.

2019

Jamais Gary Kobinger n’oubliera le visage des morts d’Ebola, qu’il a côtoyés lors de quatre missions en Afrique, de 2007 à 2014. Au Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg, le chercheur natif de Québec met au point la recette d’un vaccin contre cette terrible maladie, qui tue 90 % des personnes infectées. Après plusieurs rebuffades de l’OMS, pas convaincue que ce vaccin soit la solution, le microbiologiste finit par capter l’attention de l’industrie pharmaceutique. En 2019, l’entreprise Merck fait approuver le premier vaccin contre l’Ebola, basé sur les travaux de Gary Kobinger.

2020

Moins d’un an après la découverte du coronavirus SRAS-CoV-2, 54 vaccins expérimentaux sont déjà été testés sur des humains, dont 13 dans des essais de phase 3, la dernière avant leur approbation éventuelle. Près de 90 autres sont testés sur des animaux. La pandémie accélère les développements à un point qu’on aurait jugé impossible il y a peu. Au mieux, on espère pouvoir distribuer assez de vaccins pour l’humanité tout entière d’ici 2023.

Laisser un commentaire

Plusieurs précisions à apporter:

-La variolisation, on n’est pas vraiment au Moyen-àge
-Jenner n’a pas utilisé la vaccine mais la variole bovine, l’origine exacte du virus de la vaccine utilisé par la suite demeure controversée.
-Jenner n’a pas administré la variole au garçon qu’il avait vacciné mais il a plutôt utilisé la « variolisation », ce n’est pas tout à fait la même chose. À noter que l’idée d’administrer le virus de la covid a été proposé encore récemment.
-Évidemment Pasteur n’a pas utilisé la moelle osseuse mais bien la moelle épinière

Répondre