Pile ou face pour l’évolution de la pandémie à Montréal

Le 8 mai, l’INSPQ avait lancé un pavé dans la mare avec ses projections inquiétantes quant aux conséquences du déconfinement. Le 28 mai, une nouvelle série de données ont été diffusées, un peu plus rassurantes, mais qui laissent la porte ouverte à diverses hypothèses pour Montréal. Alain Vadeboncoeur fait le point en nous présentant les principales conclusions.

Crédit : L'actualité

Par ses projections pessimistes sur la pandémie publiées le 8 mai dernier, l’INSPQ nous avait donné froid dans le dos en émettant des hypothèses plutôt inquiétantes en cas de déconfinement, même partiel, de la région de Montréal. Au point de créer une controverse puisque le gouvernement se montrait alors plutôt rassurant. Qu’en est-il du nouveau rapport du 28 mai ? Un peu plus d’optimisme mesuré, mais toujours au conditionnel.

Je rappelle que ce genre d’analyse vise à évaluer la croissance (ou la décroissance) des cas de COVID-19 et des décès causés par cette maladie, en fonction d’hypothèses tirées de la situation actuelle et modulées en tenant compte du niveau de confinement atteint par la population. Il s’agit d’essayer de prédire où nous nous en allons, si nous suivons avec (plus ou moins de) « docilité » les consignes de santé publique gouvernementales.

Une embellie certaine

Le rapport reconnaît et quantifie l’amélioration de la situation actuelle, ce qui semble paradoxal compte tenu des prédictions du 8 mai, même pour Montréal. Il faut toutefois souligner que le déconfinement s’est matérialisé plus tard qu’il était alors prévu. On y relève la diminution marquée des décès en CHSLD (une crise dans la crise) et pour l’ensemble de la population.

De même, les hospitalisations sont moindres chez les plus vieux, bien qu’elles diminuent plus lentement chez les moins de 65 ans. En date du 24 mai, selon les dernières données connues, il y avait autant de personnes de 18-65 ans et de plus de 65 ans hospitalisées, les courbes montrant une certaine convergence. En région, on a maintenu la tendance d’un faible nombre d’hospitalisations et de décès.

Source: INSPQ

Parmi toutes les données colligées par l’équipe de recherche, celle des nouvelles hospitalisations me semble aussi digne d’intérêt. Elle donne une meilleure idée de l’évolution de la pandémie que le nombre total des personnes hospitalisées, dont on nous informe chaque jour.

Alors qu’on entend surtout parler des CHSLD, on constate toutefois que la vaste majorité des hospitalisations concernent en réalité la population générale (hors CHSLD), ce qui implique un nombre limité de transferts des CHSLD vers les hôpitaux, contrairement à ce qu’on aurait pu croire un moment. Le pic est situé vers le 21 avril alors qu’on observe une baisse régulière depuis ce temps.

Source: INSPQ

Pour ce qui est des décès, la majorité, on le sait, touche les personnes hébergées en CHSLD, et même parmi ceux de la « population générale », il y a une bonne proportion des patients qui provenaient de « ressources intermédiaires » et de résidences pour personnes âgées. Comme on le voit, les décès (CHSLD et autres) sont en baisse régulière depuis la fin avril.

Source: INSPQ

Par ailleurs, l’essentiel des hospitalisations est survenu dans le Grand Montréal, tout comme la majorité des décès ; ces deux courbes étant en amélioration depuis le 21 avril pour la première et depuis la fin avril pour la seconde, deux autres bonnes nouvelles.

Mais la suite ?

Voilà de bonnes nouvelles, qui témoignent de ce qui s’est passé jusqu’à présent. Mais le passé récent et le présent sont-ils pour autant garants de l’avenir ? C’est ce que tente de nous apprendre la modélisation proposée par des experts québécois du domaine, sous la direction du chercheur Marc Brisson.

Encore une fois, comme le 8 mai, des projections sont établies en fonction de l’adhésion des gens aux mesures de distanciation sociale. Qui, il faut parfois le rappeler, sont encore en vigueur, même si on a déconfiné certains secteurs de l’économie à Montréal et que les écoles primaires des régions sont rouvertes.

Les modèles tiennent compte de toutes les mesures de déconfinement partiel annoncées avant le 20 mai, mais pas par la suite, notamment la distanciation et l’isolement projeté des cas de COVID-19 à la suite d’une hausse du nombre de tests. Ils tiennent compte de l’ouverture des écoles en septembre.

Parmi les nouvelles données intégrées au modèle, on note celles d’une étude appelée « CONNECT », qui permet « d’estimer les changements dans les contacts sociaux durant le confinement ». Cette étude évalue avec plus de précision le « nombre de personnes avec qui on a un contact dans une journée », soit « une conversation à moins de deux mètres et/ou un contact physique », qu’on évalue à 12,2 en moyenne avant tout confinement.

Ainsi, pour l’ensemble de la population, une journée à la maison conduit à 2,7 contacts ; une journée de travail, 4,6 ; une journée d’école, 1,6 ; les transports, 0,2 et les loisirs, 3,1 ; ce qui est déterminé non seulement par le nombre de contacts, mais aussi par la proportion de la population dans cette situation. L’école engendre par exemple 6 contacts, mais seule une petite partie de la population est à l’école.

Source: INSPQ

Les mesures de confinement entraînent une baisse importante de ces contacts, sauf à la maison, évidemment, où ils passent de 2,7 à 2. Illustration des effets du confinement, qui remplit les objectifs en limitant la possibilité de passer le virus, globalement, les contacts passent de 12,2 à 4,5 en confinement, soit une diminution de près des deux tiers, ce qui est impressionnant.

Deux séries d’hypothèses

On présente ensuite différentes hypothèses de contacts en fonction de l’adhésion plus ou moins grande à différents scénarios, en distinguant entre une adhésion « faible » (les gens ne respectent plus autant les mesures, dont la distanciation, où de 0 à 40 % des contacts déconfinés ne sont pas « protégés ») et une adhésion « forte » (les gens continuent d’adhérer aux principes et d’appliquer les mesures prescrites et de 60 à 80 % des contacts déconfinés restent « protégés »).

Chaque hypothèse conduit à un scénario probabiliste. On ajoute une mesure plus ou moins intense de l’identification et de l’isolement des malades. Dans le premier cas, on prévoit des scénarios difficiles dans plus de 90 % des possibilités. Cela irait bien mal, bien plus mal qu’en ce moment, et que durant les dernières semaines.

Dans le deuxième cas, c’est plus balancé : la moitié des résultats mènent à une baisse des hospitalisations et des décès, ce qui implique que l’autre moitié montre au contraire que tout pourrait empirer. On espère donc maintenir cette « forte adhésion » qui permet d’espérer.

Source: INSPQ
Source: INSPQ

Montréal et les régions

Pour Montréal, c’est donc pile ou face, même si on fait bien les choses. Ce n’est pas très rassurant, alors que pour l’instant, les morts continuent de s’accumuler, essentiellement dans les centres pour personnes âgées.

En région, c’est toutefois fort différent, comme on le constate en ce moment et comme le modèle du 8 mai le prévoyait déjà : la majorité (55 %) des projections pointent vers une baisse lente des hospitalisations et des décès.

On pourrait donc assister à une nouvelle embellie en région, où jusqu’ici tout s’est plutôt bien passé. Les projections pessimistes (45 % de probabilité) ne mènent qu’à une détérioration lente et non à une explosion de cas. Tant mieux !

Le modèle ne tient cependant toujours pas compte des déplacements possibles entre régions, qui pourraient s’accentuer. Qui sait comment se comporteront les Québécois provenant des zones chaudes ? Avec prudence ou non ? L’avenir nous le dira.

Comme il permettra de voir à quel degré ces prédictions se matérialiseront alors que les chercheurs comptent ajouter d’autres éléments à leur modèle, liés par exemple aux contacts selon l’âge et le lieu (provenant de l’étude CONNECT2) et l’intégration de différentes stratégies de déconfinement par région.

Sans vouloir faire d’humour noir, qui vivra verra. Ce qui devrait être le cas de la vaste majorité d’entre nous, d’ailleurs, COVID ou pas. Ce qui est une prédiction assez facile, je l’admets.

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Il faut être précis dans les recommendations faites au publique. Il n’y a pas que la distanciation physique (au moins deux mètres). Il faut penser à ses mains (savoir par où elles passent, les laver avant de toucher son visage, avant de se décrotter le nez, avant, si possible, de toucher son linge, ses clefs). Il faut aller seul à l’épicerie, ne pas trop lambiner. Il faut porter un masque si on prévoit ne pas pouvoir respecter les distances. Voilà pour le principal. Il y a d’autres mesures qu’on peut prendre, dans un ordre décroissant d’efficacité, mais sachons respectez les mesures principales ci-haut.

Vous pourriez aussi revenir sur le mode de transmission du Covid, pour que les gens saisissent bien le pourquoi des mesures suggérées pour limiter cette transmission. On lutte contre le Covid. Les mesures mises de l’avant par nos gouvernements ne sont pas là pour nous punir, mais pour nous aider à canaliser nos énergies efficacement dans cette lutte.