Pilule contraceptive : gare aux condamnations hâtives!

Les pilules contraceptives Yaz et Yasmin, qui figurent parmi les plus vendues au monde, sont soupçonnées d’avoir joué un rôle dans le décès de 23 Canadiennes, selon une enquête menée par CBC. Des recours collectifs ont été lancés aux États-Unis et au Canada contre le fabricant Bayer.

Mais il faudrait bien se garder d’en tirer des conclusions hâtives, sans avoir pris en compte les faits suivants:

1. Entre suspicion et cause de décès, il y a un monde.

La pilule contraceptive est pour bien des femmes, le seul médicament qu’elles prennent, et il est tout à fait logique de le soupçonner en cas de décès.

Mais il y a bien d’autres causes potentielles de décès, y compris par thromboembolie veineuse, telles qu’une maladie sous-jacente, une anomalie congénitale ou une position couchée prolongée (par exemple après une chirurgie).

Le vaccin Gardasil contre le VPH est aussi soupçonné deux fois sur les 23 décès rapportés par CBC.

La plupart des décès sont survenus peu de temps après que les femmes ont pris ces pilules pour la première fois.

Cela suggère aussi un lien de cause à effet, mais ne le prouve pas. Cela peut aussi être le fruit du hasard (on meurt tous à un moment, peu de temps après avoir fait plein de choses…).

 

2. En regardant les résumés obtenus par CBC, une chose m’a sautée aux yeux: le poids des femmes décédées, indiqué pour 6 d’elles: 149 kg, 135 kg, 124 kg, 80 kg (pour 1,52m), 298 livres et 300 livres.

On n’a pas d’indication pour les autres femmes.

Or l’obésité accroît largement le risque de caillot sanguin et de tout autre problème cardio-vasculaire.

On sait depuis très longtemps que la pilule contraceptive quelle qu’elle soit accroît le risque de thrombose.

La question qui tue : les médecins ont-ils été imprudents en prescrivant des contraceptifs à ces femmes ? N’auraient-ils pas dû leur conseiller plutôt de recourir à des préservatifs ?

On ne sait pas si certains d’entre elles fumaient, ce qui pourrait aussi accroître leur susceptibilité.

Chose certaine, quand on dit que l’obésité est un fléau, on voit dans ce cas très bien ce que cela implique.

Va-t-on renoncer à certains médicaments parce qu’ils sont trop dangereux pour les gens obèses, arrêter de les leur prescrire, ou accepter le risque en faisant le maximum pour lutter contre l’obésité?

 

3. Même Bayer reconnait que ces pilules de nouvelle génération représentent un risque accru. Mais il faut comparer ce risque à celui des autres options.

Par rapport aux femmes qui ne prennent pas la pilule, le risque de thromboembolie est multiplié par environ 4,5 pour les utilisatrices de pilules de 3e génération.

Juste pour donner une idée, la grossesse multiplie aussi par 4 le risque de thromboembolie.

Évidemment ce n’est pas une raison pour accepter n’importe quel niveau de risque pour la pilule.

Mais la pilule zéro risque n’existera jamais. Et elle permet quand même d’empêcher d’innombrables grossesses indésirables et avortements aux conséquences potentiellement tout aussi désastreuses.

 

4. L’industrie du recours collectif est à l’affut de ce genre de cause juteuse, qui lui rapporte des millions de dollars, surtout pour un médicament largement distribué. Mais ce n’est pas à elle de nous dicter quel risque on juge acceptable.

Poursuivre les compagnies dont les médicaments ont des effets secondaires peut certes avoir comme conséquence de les forcer à y porter plus d’attention.

Mais cela peut aussi les inciter à ne plus produire des médicaments par crainte de poursuites aussi dévastatrices pour leur image publique que pour leur portefeuille.

Et ce serait quand même un sacré recul si on n’avait plus de pilules!

 

 

 

 

 

 

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Je comprends l’analyse, mais ce n’est pas comme si la méfiance envers ces deux contraceptifs ne découlait que de ces 23 cas. Et ce n’est pas non plus anecdotique que Bayer ait déjà accepté de payer des dédommagements à la suite de poursuites aux États-Unis. Au moins 50 décès liés à ces pilules ont été rapportés à la FDA de 2004 à 2008. En 2012, la FDA imposa d’ajouter un avertissement du risque de caillt sanguin sur les boîtes de ces pilules. Il est plutôt très très étonnant que Santé Canada n’ait pas emboité le pas et surveillé plus étroitement ces pilules ou informé davantage les médecins, alors que c’est son rôle! Comme le répète inlassablement Martin Winckler, il existe d’autres moyens contraceptifs que la pilule, moins chers et sans effets secondaires, qui devraient être davantage présentés aux femmes, comme le DIU (stérilet) sans hormone.

Ravie de lire votre article !!
En effet, les effets secondaires des pilules sont bien connus de tous, et surtout des médecins. Le problème vient du manque de dépistage en amont ! Pourquoi prescrire ces pilules à des femmes obèses, fumeuses, à antécédents médicaux incertains quand on connait l’impact potentiel de la pilule ?