Pour un monde juste

De la Thaïlande au Brésil, de l’Équateur au Burkina, le photographe Éric St-Pierre a saisi des images qui racontent la petite révolution du commerce équitable là où elle se vit.

Commerce équitable : pour un monde juste
Photo : Éric St-Pierre

Il y a 20 ans, personne au Québec ne parlait de commerce équitable. Certains soupçonnaient que les conditions dans lesquelles travaillaient ceux qui produisaient café, bananes, sucre et riz sur le versant pauvre et ensoleillé de la planète étaient plutôt choquantes : ils avaient eu vent de l’exploitation économique, de l’exposition aux produits chimiques, du travail des enfants, de cas d’esclavage. Mais qu’y pouvait-on, nous, du Nord ? pensait-on en sirotant un petit noir fumant.

Voir le photoreportage « Tour du monde équitable » >>

Il a fallu une poignée d’illuminés en Europe, aux États-Unis, au Québec pour croire en une nouvelle façon de faire du commerce en échappant aux multinationales et à la loi du profit. Un commerce qui réduirait le nombre d’intermédiaires pour assurer des revenus décents aux petits producteurs, qui tiendrait compte de la santé des travailleurs et de celle de leurs terres. Qui mettrait aussi à l’avant-plan le bon goût des aliments. C’était là tout un défi. Était-ce vraiment réalisable ?

Éric St-Pierre, comme son amie la militante écologiste Laure Waridel, était de ceux qui y ont cru dès le début des années 1990. Avec son appareil photo et son regard humaniste, St-Pierre, 38 ans, a pris sur lui de documenter, de l’Équateur au Burkina, de la Thaïlande au Brésil, la marche de cette petite révolution commerciale du point de vue des producteurs. En 15 ans, il a visité 25 organisations de producteurs dans 15 pays. Somme des expositions et des conférences qu’il a présentées sur le sujet, son livre Tour du monde équitable montre avec éloquence le chemin parcouru.

Ce « beau livre » est aussi une mine d’information. On y apprend que l’artisanat a été un des fers de lance du commerce équitable. Une Américaine qui travaillait bénévolement pour le Mennonite Central Committee de Porto Rico a été à l’origine, dans les années 1940, des magasins d’artisanat équitable Dix Mille Villages (Ten Thousand Villages). De retour chez elle, en Pennsylvanie, elle a d’abord parcouru la région en voiture pour vendre à des femmes aisées les travaux d’aiguille de Portoricaines pauvres. Aujourd’hui, Dix Mille Villages compte 130 magasins en Amérique du Nord (trois dans la région de Montréal et un à Québec) et engage des centaines d’artisans du Sud, qui travaillent dans des conditions dignes et justes.

Divisé en chapitres qui ont pour titre « Riz », « Cacao », « Quinoa », « Thé », « Coton », « Karité », l’ouvrage renseigne sur la façon équitable de récolter ou de fabriquer ces produits. Surtout, il donne à voir les visages et les gestes de ceux qui se trouvent au début de ce circuit de distribution : Pepin Gregoria, de la République dominicaine, étale les fèves de cacao au soleil ; Anthony Rodriguez, du Costa Rica, transporte de longs bâtons de canne à sucre sur son dos ; Patali Sarki, de l’Inde, récolte du thé darjeeling biologique.

Ces visages souriants, dans les yeux desquels se lit la dignité, ne sont pas la seule preuve de la réussite du commerce parallèle. Il y a aussi les écoles et les dispen­saires que l’on construit dans les petites collectivités grâce aux profits du com­merce équitable. Mais la preuve la plus éclatante est certainement la réaction des multinationales de l’alimentation, qui doi­vent désormais faire une place aux produits équitables pour satisfaire leurs clients. Walmart, Starbucks, Cadbury ne sont que quelques-uns des grands noms qui s’intéressent désormais à l’équitable. Pour les fournir, les coopératives et organismes de producteurs équitables du Sud n’auront d’autre choix que de se multiplier…

Décidément, que serait le monde sans illuminés ?

Tour du monde équitable, par Éric St-Pierre, Éditions de l’Homme, 238 p.

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