Pourquoi choisir la médecine familiale

Les médecins de famille sont trop peu nombreux, débordés et mal payés. La profession d’omnipraticien n’a pas la cote. Plus de 180 places de résidence en médecine familiale sont demeurées vacantes ces trois dernières années. Devant l’urgence de recruter, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Yves Bolduc, évoque une « crise ». Des travaux sont en cours pour trouver des solutions en matière de formation et d’organisation de la pratique. De son côté, la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec entreprend cet automne les négociations pour bonifier la rémunération. L’actualité médicale a interrogé des résidents et de jeunes médecins pour tenter de comprendre pourquoi ils ont choisi la médecine familiale. Passionnés, ils défendent cette pratique souvent dénigrée dans les rangs mêmes de la profession médicale et y vont de quelques suggestions pour attirer la relève.

Nicolas Hamilton

Nicolas Hamilton, 32 ans,

Résident de 2e année de médecine familiale à l’Université de Calgary – diplômé de l’Université Laval

Amateur d’escalade et de ski, Nicolas Hamilton s’est expatrié à Calgary pour profiter des montagnes Rocheuses tout en poursuivant sa résidence en médecine familiale à l’Université de Calgary. Bilingue, ce Montréalais d’origine qui a fait sa médecine à Québec a choisi la médecine familiale pour la diversité de la pratique, le contact avec tous les types de patients et l’autonomie de la profession. Il se demande s’il poursuivra sa résidence une troisième année pour une spécialisation en urgence. Il entend ensuite faire du dépannage pendant quelques années, question de payer ses dettes d’étude, d’évaluer le genre de pratique qu’il choisira et de profiter de temps libres pour voyager.

Trois raisons pour choisir la médecine familiale ?

1. La liberté des horaires. On a plus de contrôle en matière de gestion du temps en tant que médecin dépanneur ou si on a sa propre clinique.

2. Les tâches et les pratiques sont variées : hospitalisation, médecine de dépannage, urgence ou clinique.

3. Plus on s’éloigne des centres universitaires, plus le travail est sympa !

La pire chose que vous ayez entendue pour vous décourager de choisir l’omnipratique ?

Ce qui me décourage le plus, ce n’est pas ce que les gens disent, c’est l’attitude du gouvernement du Québec. Les omnipraticiens sont moins bien rémunérés et le gouvernement adopte une attitude très coercitive envers des gens qui ont 10 ans de scolarité. On n’est pas dans l’armée ! Pourquoi nous forcer à travailler en région avec des PREM (Plans régionaux d’effectifs médicaux) ? Il n’y a aucune mesure contraignante comme celle-là dans les autres provinces canadiennes. Le Québec perd plus de résidents en médecine qu’il n’en gagne. Si je reviens au Québec, ce sera pour des raisons personnelles, parce qu’il n’y a que des désavantages à exercer la médecine chez nous.

Quel est le principal désavantage de la médecine générale ?

Gérer davantage d’incertitude. La résidence de deux ans est trop courte pour maîtriser une énorme gamme de problèmes sans avoir l’expertise nécessaire dans une spécialité.

Quelle est « LA » chose à faire pour valoriser la médecine familiale ?

Il faut revoir la rémunération à la hausse. Nous sommes obligés de voir beaucoup de patients rien que pour faire fonctionner une clinique et on a l’impression qu’on ne donne pas les meilleurs services. Pour beaucoup de gens, la rémunération est un frein. Bonifier le paiement pour une consultation simple, par exemple, encouragerait les étudiants à choisir la médecine familiale. De plus, lorsque la plupart des soins sont donnés par un médecin de famille, cela coûte moins cher. L’omnipratique est le pilier du système de santé au Canada. Sans médecins de famille, le système s’écroule. Il est important qu’on en ait et qu’on les traite bien. Il ne devrait pas y avoir de compétition avec les autres spécialistes. On ne fait pas les interventions les plus « sexy », comme des transplantations cardiaques, et on ne passe pas dans les journaux avec nos succès, mais on est la porte d’entrée aux soins de santé pour la grande majorité des patients.

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Philippe Boisvert, 30 ans,

Résident de  première année à l’unité de médecine de famille de l’Hôpital Charles-LeMoyne, à Longueuil, affiliée à l’Université de Sherbrooke.

« Seuls les meilleurs d’entre vous deviendront des médecins spécialistes. » Ces paroles, Philippe Boisvert les a entendues dans la bouche du doyen de la faculté de médecine de l’Université de Montréal lors de sa collation des grades, en juin dernier. Même au sein de la profession médicale, on dénigre souvent la médecine familiale. « On m’a souvent dit que j’avais trop de talent pour le gaspiller en médecine familiale. Quand on choisit cette pratique, c’est souvent perçu comme un manque d’ambition. Pourtant, un spécialiste, c’est très bon dans un domaine, mais il ne peut pas aider ses patients dans les autres champs de la médecine. Mon ambition, c’est d’aider les gens, peu importe ce qu’ils ont. »

Philippe Boisvert vise une pratique en urgence et en hospitalisation. Bénévole à la Croix-Rouge depuis 13 ans, il espère aussi participer à des missions humanitaires.

Trois raisons pour choisir la médecine familiale ?

1. J’aime tout en médecine. Et j’ai aimé tous mes stages !

2. Les pratiques sont variées : urgence, hospitalisation et suivi à domicile.

3. J’ai rencontré beaucoup de médecins inspirants, des modèles, des mentors pendant mes études.

La pire chose que vous ayez entendue pour vous décourager de choisir l’omnipratique ?

« Les médecins de famille, c’est juste des dispatchers (sic), ils font des consultations. » Au contraire, nous résolvons 90 % des problèmes et seulement 10 % du temps, nous adressons notre patient à un spécialiste. Mais adresser un patient pour des consultations de spécialistes est perçu comme si l’on ne savait pas quoi faire, comme si l’on était incapable de traiter.

Quel est le principal désavantage de la médecine générale ?

Il y a toujours des cas où il faut diriger le patient vers un spécialiste. Il est aussi plus difficile de se maintenir à jour dans plusieurs disciplines, comparativement à la pratique d’une seule spécialité.

Quelle est « LA » chose à faire pour valoriser la médecine familiale ?

La plupart des enseignants sont des spécialistes. Il faut impliquer plus de médecins de famille dans l’enseignement et le préclinique, avant l’externat. Pour l’externat, on fait un ou deux mois dans tous les domaines, mais seulement un mois en médecine familiale. Aussi, une mesure incitative financière ne nuirait pas pour amener les étudiants à choisir la médecine familiale.

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