Pourquoi faut-il donner la priorité aux cas de COVID dans nos hôpitaux ?

Pour répondre à cette question tout à fait légitime, il faut bien comprendre le fonctionnement des hôpitaux. Explications du Dr Alain Vadeboncœur.

Photo : Daphné Caron

Un cas de COVID grave est généralement hospitalisé quelques jours (ou plus) dans une unité de soins généraux ou encore de soins intensifs (mais pas au court séjour ou en médecine de jour). Ce qui détermine le choix de l’unité, c’est simplement la gravité de la maladie. Bien souvent, des transferts internes entre les deux surviennent.

Certains de ces patients, moins lourdement atteints, se retrouvent à l’étage pour recevoir de l’oxygène ou faire traiter toute autre complication (elles sont nombreuses et peuvent toucher une foule d’organes) associée à la COVID. Les patients les plus malades nécessitent toutefois des soins de plus haute intensité, par exemple une intubation et une ventilation mécanique en cas d’insuffisance respiratoire, qui ne peuvent être offerts que dans unité spécialisée de soins intensifs.

Il faut comprendre d’où viennent ces patients hospitalisés dans ces différentes unités de soins. Grosso modo, trois portes d’entrée existent :

  • Le patient consulte pour des symptômes qui lui apparaissent urgents, est évalué par l’équipe de l’urgence, puis orienté vers une hospitalisation en raison de la gravité de son état. Dans les hôpitaux du Québec, la majorité des admissions suivent cette voie, l’urgence étant alors la porte d’entrée. Il s’agit d’hospitalisations dites « urgentes » ;
  • La deuxième possibilité, c’est que le patient requiert une hospitalisation pour une intervention, par exemple chirurgicale, afin de soigner un problème de santé moins urgent. Ce patient vient généralement du domicile. On parle ici d’admissions « électives » ;
  • La troisième possibilité, surtout pour les hôpitaux universitaires, qui offrent des soins plus complexes, c’est le transfert provenant d’un autre hôpital. Par exemple, lorsqu’un patient hospitalisé pour un problème cardiaque dans un établissement en périphérie doit être transféré en raison de la gravité de sa condition ou de la nécessité d’une intervention rapide. Parmi ces transferts, certains peuvent d’ailleurs être véritablement urgents. Souvent, ces patients sont ensuite retournés dans l’hôpital de référence après leur séjour en milieu spécialisé.

Pour la totalité, sinon la vaste majorité des patients hospitalisés à partir de l’urgence, il n’existe pas de solution de rechange à l’admission dans une unité de soins : on ne peut pas les retourner à domicile ni les transférer vers une autre unité de soins (comme un hôpital de réadaptation) ni les traiter de façon ambulatoire, sur pied, en externe. Avec les années, les équipes des urgences ont acquis une expertise substantielle pour éviter les hospitalisations quand c’est possible.

Pour ce qui est des admissions « électives », provenant du domicile, elles sont à peu près toujours classées en fonction des priorités cliniques, et certaines, dont les cancers et autres maladies graves, sont placées en haut de la liste. Dès qu’un lit est disponible, le patient est appelé pour être hospitalisé. Pour ces malades, quelques jours de plus ou de moins ne risquent pas d’entraîner des complications, du moins pas à court terme.

Quant aux patients COVID qui se présentent à l’urgence, si la majorité d’entre eux sont renvoyés à la maison parce que leur état n’est pas assez préoccupant pour nécessiter une hospitalisation, dans bien des cas, et certainement chez un grand nombre de ceux qui finissent par se retrouver aux soins intensifs, les symptômes sont trop graves. Bien souvent, ces patients sont en manque d’oxygène, ce qui peut menacer leur vie à court terme : ils sont hospitalisés pour recevoir de l’oxygène ou être placés sous ventilateur aux soins intensifs.

On comprend qu’il est alors impossible de remettre l’admission au lendemain et qu’on ne peut les faire rentrer à la maison, un décès risquant de survenir dans les heures qui suivent. Par contre, pour les patients hospitalisés de manière « élective », ce degré d’urgence immédiate n’existe pas. Et cela, même s’ils souffrent de problèmes parfois graves et qu’un retard pourrait avoir certaines conséquences si l’hospitalisation est indûment reportée.

« Donner la priorité » aux patients COVID n’est pas vraiment une question de choix : on ne peut laisser quelqu’un mourir si on a la possibilité de le sauver (et s’il le souhaite), peu importe la raison de sa consultation à l’urgence (ou son statut vaccinal, bien évidemment).

Il faut simplement le soigner, parce qu’il est affecté d’un problème de santé urgent qui menace à court terme sa vie. Et que dans nos sociétés, offrir des soins aux personnes dont la vie est immédiatement en danger constitue un choix éthique fondamental qu’on ne saurait remettre en question sans bouleverser tout le reste. Ça n’arrivera pas.

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On entend que dans certains autres pays, on utilise certains médicaments pour traiter les gens affectés par la COVID-19 . Ici il me semble que nous n’avons que la ventilation mécanique comme solution. Étant donné l’état de la situation ne serait il pas judicieux d’utiliser ces médicaments? Nous avons bien fait exception en administrant des vaccins qui n’avaient pas suivi le processus d’approbation normale en raison d’un décret! Pourquoi ne pas faire ce qui marche ailleurs, en Afrique notamment?

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Les vaccins ont suivi le processus d’approbation réglementaire, ils ont uniquement été accélérés parce que d’énormes ressources financières ont été injectées par divers gouvernements.

Ma question au Dr. Vadeboncoeur est la suivante: un patient qui a fait l’objet d’ une admission élective requiert un séjour aux soins intensifs suite une détérioration de son état. Un autre patient admis à l’urgence souffrant du Covid-19 est si malade qu’il nécessite aussi une admission aux soins intensifs. Or il n’y a qu’un lit de disponible aux soins intensifs pour ces deux patients. A qui donner ce lit?Quel serait votre choix éthique?

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Dr Vadeboncoeur:
Vous écrivez: « Par contre, pour les patients hospitalisés de manière « élective », ce degré d’urgence immédiate n’existe pas. Et cela, même s’ils souffrent de problèmes parfois graves et qu’un retard pourrait avoir certaines conséquences si l’hospitalisation est indûment reportée. » Donc, votre article se résume à maintenir le statu quo.

1) Nous savons que les lits sont pris par des cas de covid et que les non-vaccinés sont surreprésentés. Si certaines des conséquences graves que vous jugez acceptables incluent de retarder les opérations de cancer ou des cardiaques, alors le triage actuel contribue à réduire leurs chances de survie. La semaine dernière, j’ai lu qu’une une femme en attente d’une chirurgie à la hanche a demandé l’aide médicale à mourir pcq les douleurs sont trop grandes et qu’elle n’en peut plus d’attendre. En quoi est-ce acceptable de donner son lit à un non-vacciné qui a consciemment choisi de faire fie du reste de la société (j’exclus ceux qui ne peuvent l’être pour une raison médicale) ?

2) Si les non-vaccinés savent qu’ils vont être soignés en premier s’ils tombent gravement malades, alors quelle raison ont-ils de se faire vacciner?

3) Le mode de triage actuel expose davantage le personnel au front au virus. Il y avait 16K membres du personnel de la santé absents en décembre. Nous en sommes à 20K actuellement selon Radio-Canada. Il y a aussi la détresse psychologique et physique du personnel qui reste, mentionnée par l’Association des infirmiers-ères. C’est un cercle vicieux, car plus il y aura d’absents, pire cela sera pour ceux qui restent et plus vite ils tomberont.

Nous savons tous que le système de la santé a un manque chronique de personnel et qu’il faut changer le modèle, recruter davantage à l’étranger, accélérer la reconnaissance des diplômes, etc. Mais dans l’immédiat, maintenir le statu quo a de lourdes conséquences.

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En fait, le système se fiche des gens qui ont d’autres maladies mortelles et qui en meurent à petit feu. Alors, pourquoi pas centraliser les malades de covid dans un endroit spécifique dans les grandes villes ? Les Chinois ont fait des hôpitaux d’urgence pour affronter la pandémie et il y a 2 hôpitaux vacants à Montréal. Il est certain que le personnel de la santé n’est peut-être pas suffisant mais à la guerre comme à la guerre et les forces armées pourraient prendre en charge les hôpitaux covid ou au moins les appuyer ou encore Médecins sans frontières (eh oui on en est rendu là!).

C’est pas normal de mettre des malades hautement contagieux en contact avec tout le monde dans les hôpitaux. C’en est rendu que bien des gens préfèrent souffrir à la maison pour d’autres maladies que de se montrer le nez dans une urgence. D’ailleurs c’est le cas pour le 1,5 million de Québécois qui n’ont pas accès à un MD de famille – ils sont obligés d’aller à l’urgence (ou dans une clinique privée s’il y a de la place et qu’ils en ont les moyens $$$) où ils se retrouvent encore plus à risque…

Comment se fait-il que le monde médical nous a laissé tombé à ce point ? Ne pouviez-vous pas mettre les politiciens au pas ? Vous avez laissé le système de santé s’effondrer au cours des années alors que je suis certain que les citoyens vous auraient appuyés si vous aviez clamé haut et fort «ça suffit».

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