Pourquoi le rouge (et jusqu’à quand) ?

Dès que des Québécois se sont trouvés en zone rouge pour tenter de contrer la COVID, questions et critiques ont plu sur le gouvernement et ses consignes. Voici des réponses aux questions les plus posées ces derniers jours. 

Crédit : L'actualité

Il était temps de mettre un frein à la propagation communautaire du virus. Les restrictions annoncées par Québec sont sensées, car elles visent avant tout des activités associées à la socialisation ou au risque d’événements dits « super-propagateurs », susceptibles de créer une éclosion importante. 

Même si les traitements contre la COVID ont fait quelques progrès depuis le début de la pandémie et si on peut espérer faire baisser la mortalité, tant qu’on n’en sait pas plus sur le risque de séquelles durables de la maladie pour une partie des gens infectés, on se doit de rester très prudent. Mais pourquoi restreindre des activités maintenant ?

Le défi numéro un de la pandémie est de maintenir un système de santé fonctionnel pour les personnes atteintes de la COVID et les autres malades, tout en atténuant les répercussions sur les autres sphères d’activité qui, par ricochet, ont aussi un impact sur la santé physique et mentale de la population. 

Depuis fin mai, chaque semaine, l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux, l’INESSS, publie les projections des besoins d’hospitalisations pour les quatre semaines à venir, en s’appuyant sur un modèle conçu par des chercheurs de l’Université McGill. Au vu de cet indicateur, il est clair pour Québec qu’il était temps d’agir.

Ce modèle estime le nombre de lits requis par région du Québec à partir du nombre de nouvelles infections et du « taux de reproduction effectif du virus » (le facteur Rt), qui désigne le nombre moyen de personnes que chaque nouvel infecté contamine. Début septembre, le modèle a été enrichi pour tenir compte du profil des nouvelles personnes infectées — leur âge, leurs comorbidités (maladies sous-jacentes qui les mettent à risque de complications) et leur lieu de résidence. 

Les tendances décelées par le modèle comptent pour beaucoup dans la décision prise par le gouvernement de passer à l’alerte rouge pour certaines parties du Québec. Du 21 au 28 septembre, par exemple, le modèle a déterminé que, dans l’ensemble du Québec, 208 nouvelles personnes étaient à risque élevé d’être hospitalisées à cause de la COVID dans les quatre semaines suivantes. C’était presque trois fois plus que la valeur obtenue la semaine précédente (72). Preuve que la COVID n’est pas qu’une « maladie de vieux », le quart des 208 personnes risquant l’hôpital avait moins de 60 ans. Québec a réservé 2 000 lits aux malades de la COVID (425 étaient occupés le 9 octobre) et le modèle ne prévoyait pas de débordement d’ici la fin d’octobre. Cependant, si on ne réduisait pas rapidement le nombre de nouvelles contaminations, la tendance indiquait qu’on allait droit dans le mur. 

De ce côté-là, pas de miracle : la seule manière de limiter le nombre de cas, c’est de réduire les contacts entre personnes.

Pourquoi fermer les bars, les restaurants et les lieux culturels ?

Ces mesures passeraient mieux si on nous expliquait clairement en quoi ces activités peuvent contribuer à disséminer le virus.

Le coronavirus se transmet surtout par contact rapproché entre personnes, mais aussi, croit-on, par des aérosols qui peuvent stagner dans l’air. La combinaison de ces deux modes de transmission explique notamment pourquoi il a tendance, contrairement au virus de la grippe, par exemple, à donner naissance à des événements « super-propagateurs » : une personne infectée se trouve, alors qu’elle est très contagieuse, mais pas forcément très symptomatique, dans un lieu où plusieurs individus sont réunis pour une durée assez longue, disons plus de 15 minutes. Si la ventilation est insuffisante ou si la personne parle fort, respire fort, chante, tousse, éternue ou se mouche à proximité des autres, le virus se répand comme une traînée de poudre. Ces événements super-propagateurs peuvent, par ricochet, être à l’origine de la contamination de centaines de personnes. Des études estiment que 10 % des individus infectés pourraient être à l’origine de 80 % des cas.

Les super-propagations sont impossibles à prévoir. La seule chose qu’on peut faire, c’est de limiter les rassemblements de personnes au cours d’activités qui ont le pouvoir de faire naître une telle éclosion.

Outre ces événements, le virus se transmet épisodiquement entre des personnes qui se côtoient de près, par exemple des gens qui habitent ensemble ou des collègues mal protégés par leur masque quand la distanciation est impossible. 

Les éclosions sont alors souvent limitées à quelques individus. Toutefois, si le nombre de cas dans la population est déjà élevé, ces multiples petites éclosions font rapidement augmenter le bilan.

Pourquoi confiner des jeunes qui sont rarement malades ?

Le coronavirus discrimine selon l’âge, épargnant largement les plus jeunes pour décimer les plus vieux. Mais la population, elle, ne vit pas par tranches d’âge. Si, au cours de l’été, surtout des jeunes ont été infectés, la proportion de gens âgés de plus de 70 ans a recommencé à augmenter en septembre (de 7,8 % à 9,2 % des cas entre le 14 et le 21 septembre). 

Or, plus l’âge des personnes infectées augmente, plus le virus risque de faire des malades, mais aussi d’atteindre des milieux de soins où il peut toucher des gens vulnérables et des professionnels de la santé. Malgré les mesures de sécurité, la contagion est très difficile à éviter dans ces environnements. Elle a des conséquences pour les gens âgés et les soignants, mais aussi pour toutes les personnes atteintes d’autres maladies, qui voient leurs traitements reportés faute de personnel. On en est rendu là à certains endroits, comme à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec.

Pourquoi 28 jours ?

La période d’incubation du virus dure, dans 95 % des cas, 14 jours au maximum. Les personnes infectées sont contagieuses pendant qu’elles incubent le virus et lorsqu’elles sont symptomatiques. Si les mesures annoncées sont efficaces, on devrait donc voir le nombre de nouveaux cas stagner puis diminuer environ 14 jours après le début de l’alerte rouge (soit le 15 octobre), le temps que les personnes infectées dans les 14 jours précédents aient fini de transmettre le virus à d’autres (à condition qu’elles ne contaminent personne pendant qu’elles sont symptomatiques). Quelque 14 jours plus tard, lorsque ces nouveaux infectés ne seront plus contagieux, le nombre de cas devrait avoir assez baissé pour qu’on puisse s’autoriser à relâcher certaines mesures.

Cette « pause » n’a cependant aucune chance de faire disparaître le virus complètement, puisqu’il peut suffire d’un cas pour repartir le bal. Elle pourrait durer plus longtemps si les mesures sont peu suivies ou si elles s’avèrent insuffisantes. 

Et le gouvernement, lui ?

Du côté du gouvernement, on doit profiter de cette pause de 28 jours pour mieux s’armer face au virus, de manière à limiter le risque de vagues subséquentes. 

Pour l’instant, les délais d’obtention des résultats des tests de dépistage sont tellement longs qu’ils forcent de nombreuses personnes à s’isoler pendant des jours, alors que la grande majorité d’entre elles aura un résultat négatif. C’est un handicap majeur dans la lutte contre le virus. Les laboratoires ont des arriérés d’échantillons à analyser et peinent à reprendre le dessus. La baisse du nombre de cas leur donnera un répit qui pourrait les aider à rattraper le retard, à mieux s’organiser, à se rééquiper et à laisser leur personnel souffler. On doit aussi en profiter pour redéfinir la priorisation des tests et peut-être intégrer de nouveaux types de tests.

Il faudra également revoir les stratégies de traçage des cas contacts pour essayer d’aller plus vite et pour atténuer les impacts d’éventuels événements super-propagateurs.

Les problèmes de main-d’œuvre restent criants et, malgré les efforts, les mouvements de personnel continuent dans les CHSLD et d’autres milieux de soins. On doit mettre cette pause à profit pour regarnir les troupes, afin d’éviter de « brûler » complètement le personnel en place.

Il faudra également surveiller dans quel contexte auront lieu les prochaines contaminations pour bien cibler le relâchement des mesures. Soyons réalistes : on ne passera pas du rouge au vert. On risque plutôt de revenir à l’orange, le niveau d’alerte qui a été très vite dépassé dans plusieurs régions en raison sans doute des contraintes limitées qu’il imposait et des instructions difficilement compréhensibles. Québec devra bien redéfinir l’orange et faire en sorte que le message passe.

La population, elle, doit comprendre que les gouvernements ont parfois à prendre des décisions sans attendre d’avoir toutes les données en main, quitte à faire volte-face si c’est justifié. Chacun doit aussi se recentrer sur sa responsabilité individuelle face au virus. On a tous un rôle à jouer pour s’en débarrasser au plus vite !

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Article complètement inutile, car vous jouez le jeu du gouvernement. Legault sourit, Dubé rit, et Arruda fait son clown pendant que des centaines, voire des milliers, de Québécois pleurent la perte de toutes les composantes d’une vie heureuse. Des gens qui SUIVAIENT LES RÈGLES. Personne ne m’a prouvé que le confinement sauve des vies. Mais cette méthode nous coûtera des vies.

Vous devriez avoir HONTE.

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Ce texte, de toute évidence, prend la défense des mesures gouvernementales, mais il le fait de façon, sinon aveugle, du moins très discutable. On écrit, par exemple : « Si la ventilation est insuffisante ou si la personne parle fort, respire fort, chante, tousse, éternue ou se mouche à proximité des autres, le virus se répand comme une traînée de poudre. » J’aimerais qu’on m’explique en quoi cette description alarmiste concerne les cinémas ou les musées, où soit dit en passant, on n’avait pas relevé la moindre contagion. Oui à la prudence, mais non à la peur et à la désinformation.

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Ce texte est un justificatif pravdaien des mesures gouvernementales et manque de rigueur. Juste les restaurants par exemple, ce n’est pas recommandé par la Santé publique, ç’est une décision politique. D’autre part, et ç’est là le pire mensonge du texte qui au demeurant n’est pas une hérésie, « on a tous un rôle à jouer pour s’en débarrasser AU PLUS VITE »…Quelle illusion, ce genre de pandémie dure en général 2 ans alors nos mesures doivent être soutenables financièrement, socialement, individuellement pendant tout ce temps sans quoi apparaissent les ras-le-bol, les relâchements, les tensions et la division entre les gens. L’illusion de la solution « coup de poing » doit être évacuée du débat public, il s’agit d’un marathon, pas d’un sprint. Aussi, permettre le volte-face sans arrêt est de donner un chèque en blanc à nos élus et enlever un aspect important de leur travail qui vient avec le pouvoir, la responsabilité. Je suis d’accord avec plusieurs commentaires précédents aussi, on le voit, bien que la grande majorité des gens dont je suis, suivent les règles avec soin, un malaise s’installe, le temps de la gestion de crise doit laisse place à une gestion plus à moyen terme. Ça peut dire quoi « apprendre à vivre avec le virus ? Ouvrir et fermer les restos à tous les 3 mois ? Faire une surenchère de conférences de presse et de mesures à mesure que le temps passe ?

Il est réconfortant de réaliser qu’il y a des médias de masse qui comprennent exactement la situation et les mesures qui sont prises par le gouvernement. Votre article évoque le fait que le virus n’a pas vraiment connu de répit pendant l’été en se multipliant chez des clientèles moins à risque de complications.. et qui ne vont pas aux tests. Nous en subissons aujourd’hui la pression du nombre. On a sans doute sous-estimé ce phénomène et surestimé la valeur des chiffres officiels à la baisse.

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