Pourquoi l’OMS a lancé une alerte mondiale au virus Zika

Le nombre grandissant de cas de microcéphalie au Brésil — d’environ 140 en 2014 à près de 4 000 en 2015 — coïncide avec l’expansion rapide du virus dans le pays. 

Photo: Esteban Biba/EPA/La Presse Canadienne
Photo: Esteban Biba/EPA/La Presse Canadienne

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) sonne l’alarme: le virus Zika est dorénavant considéré comme une menace internationale. Touchant 25 pays, l’épidémie est décrite par certains comme une des plus vastes jamais recensée. On prévoit 3 à 4 millions de cas en Amérique du Sud, dont 1,5 million de cas au Brésil à lui seul.

Rappelons que Zika est connu depuis 1947, cousin d’autres virus transmis par les moustiques Aedes et Tigres comme la dengue, la fièvre jaune et le virus du Nil.

Il y a tout de même une bonne nouvelle: le virus Zika ne donne aucun symptôme aux trois quarts des patients affectés. Pour les autres, l’infection grippale est généralement sans grande conséquence: fièvre peu élevée, rash cutané, faiblesse, maux de tête, douleurs articulaires, conjonctivite. Voilà tout. En Afrique, où il réside depuis tout ce temps, il cause peu de problèmes et les responsables de la santé publique y ont bien d’autres chats à fouetter.

Sa poussée de 2007 en Océanie a constitué la première épidémie recensée, atteignant 73% des habitants des îles Yap en Micronésie, soit 5 000 cas. Mais c’est l’expansion massive et récente en Amérique du Sud qui inquiète l’OMS, d’autant plus que le festival de Rio démarre le 5 février et les Olympiques y ont lieu cet été. Tout un brassage viral en perspective.

Zika versus microcéphalie

Ce n’est pas pour les symptômes de l’infection causée par Zika que l’OMS lance l’alarme, mais bien parce que ce virus cause fort probablement une microcéphalie chez le bébé à naître.

Le nombre grandissant de cas de microcéphalie au Brésil — d’environ 140 en 2014 à près de 4 000 en 2015 — coïncide avec l’expansion rapide du virus dans le pays. Puisqu’il s’agit d’une malformation grave du cerveau, accompagnée ensuite de retard mental et d’une atteinte esthétique, tout le monde s’inquiète, avec raison.

On connaît encore peu de choses sur le mécanisme en cause. De telles malformations surviennent généralement au premier trimestre, mais il est possible qu’une infection plus tardive dans la grossesse cause aussi des problèmes de santé importants.

Mais quel est le risque réel de malformation en cas d’infection? Justement, il est inconnu. Ce qui ne rassure personne. Même le lien causal est jugé incertain – quoique probable, selon les scientifiques.

Il est utile de mettre les chiffres de microcéphalie en perspective. On a recensé près de 4 000 cas de microcéphalie sur les 3 millions de naissances annuelles du Brésil, ce qui représente une incidence d’un cas par 750 naissances. C’est beaucoup, mais pour mieux se représenter l’ordre de grandeur, on peut le comparer à celui de l’incidence de la trisomie 21 chez nous, soit d’un cas par 770 naissances. Le risque est donc relativement faible pour chaque naissance, malgré tout. Pourvu que ce taux ne s’accroisse pas avec le temps.

Mais ce n’est pas juste la microcéphalie qui inquiète. Le Center for disease control (CDC) américain suggère aussi de dépister les enfants de mères à risque pour d’autres problèmes. En effet, la microcéphalie ne serait pas le seul risque encouru. Les bébés à naître pourraient également souffrir de problèmes plus subtils d’audition et de vision, pour lesquels une évaluation devra être faite plus tard.

Enfin, on rapporte une association possible avec la paralysie de Guillain-Barré, qui pourrait survenir dans un cas sur 200 infections selon les données provenant de la Polynésie. Les autorités colombiennes, elles, estiment le risque à environ 2,3 cas sur 1000.

Choc au Brésil et ailleurs dans le monde

Au Brésil, les drames vécus suite aux naissances de bébés microcéphales mobilisent l’opinion publique et font réagir le gouvernement. La présidente Dilma Rousseff vient de déclarer la «guerre» au Zika et mobilise 220 000 soldats pour lutter contre les moustiques.

Par ailleurs, un groupe conteste l’accès restreint à l’avortement devant la Cour suprême brésilienne, demandant l’autorisation de pouvoir procéder à un avortement thérapeutique en cas de microcéphalie. Cette situation se retrouve un peu partout en Amérique du Sud et centrale.

En Colombie, on dénombre plus de 20 000 cas d’infections au virus Zika, dont 2 000 femmes enceintes. On «prévoit» jusqu’à 500 cas de microcéphalie à venir, sur la base des données brésiliennes

En Europe, la présence du virus a été signalée dans au moins une demi-douzaine de pays, dont le Royaume-Uni, le Portugal, l’Italie, le Danemark, les Pays-Bas et la Suisse, surtout chez des voyageurs rentrant chez eux. Aucune infection chez une femme enceinte toutefois.

Au Québec et au Canada

Trois cas d’infections au Zika ont été relevés ces derniers jours au Québec. On parle ici d’infections bénignes, suite à des voyages dans le sud, et les patients semblent avoir bien récupéré, comme c’était prévisible.

Les experts de l’OMS soulignent que l’épidémie ne devrait pas s’étendre au Canada – de même qu’au Chili – puisque les moustiques en cause se retrouvent en faible nombre chez nous, surtout en hiver.

Le ministre Gaétan Barrette s’est donc montré rassurant, reconnaissant qu’il y aura des cas de Zika parmi les voyageurs revenant au Québec, mais soulignant que leur nombre devrait être limité et les conséquences, généralement bénignes. (Par ailleurs, bien que la transmission par le sang soit toujours incertaine, la Société canadienne du sang prévoit d’interdire les dons de sang après tout séjour dans les pays du Sud touchés par l’épidémie.)

Lutter contre le Zika

L’alerte mondiale lancée par l’OMS va certainement aider à mobiliser les gouvernements et faciliter l’octroi de ressources, notamment pour la recherche d’un vaccin, qu’on espère voir d’ici quelques années. Les plus optimistes prévoient son arrivée d’ici un à deux ans. Comme un vaccin existe déjà contre le virus de la fièvre jaune et que, tout récemment, un autre contre la dengue a été développé, il est probable que les recherches permettront d’en développer un contre Zika.

Plusieurs compagnies pharmaceutiques se sont montrées intéressées, de même que des centres de recherche, comme celui de l’Université du Texas, qui ont aussi commencé à travailler sur le sujet. On craint toutefois les délais administratifs liés à l’approbation de celui-ci par les autorités.

Se prémunir contre Zika

Comment se protéger d’ici là? Comme il n’y a toujours aucun traitement pour le virus, il faut d’abord contrer les moustiques vecteurs en limitant leurs proliférations.

Il faut ensuite éviter les piqures par la promotion des protections individuelles (chasse-bibitte avec deet, vêtements à manche longue et moustiquaire), qui devraient toujours être utilisées pour éloigner les différents virus transmissibles par les moustiques.

Les autorités canadiennes et internationales suggèrent par ailleurs aux femmes enceintes de reporter leur voyage dans le sud si possible ou bien de s’assurer de ne pas y être exposées au virus. De plus, un suivi médical au retour est certainement avisé. Des échographies visant à dépister la microcéphalie pourraient être pratiquées en cas de doute. Enfin, il semble qu’un test sanguin est — ou sera bientôt — disponible, les professionnels de la santé pouvant s’adresser au laboratoire de santé publique pour obtenir plus d’informations.

Il ne reste plus qu’à espérer que les conséquences du virus ne seraient pas aussi graves qu’on le pense. Si c’est heureusement le cas, espérons que cet épisode aura au moins servi à mieux nous sensibiliser aux risques des piqures de moustiques et à la nécessité de se protéger en tout temps.

 

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