Pourquoi on n’étudiera pas le gaz de schiste comme le pétrole du Saint-Laurent

La ministre des Ressources naturelles Nathalie Normandeau a annoncé hier que son gouvernement n’autoriserait aucune activité d’exploration ou d’exploitation pétrolière ou gazière dans le bassin de l’estuaire maritime et du nord-ouest du golfe du Saint-Laurent.

À l’origine de cette décision: le rapport d’évaluation environnementale stratégique commandé en 2009 à la firme de génie conseil Aecom-Tecsult.

Le rapport n’a pas encore été rendu public, mais vous pouvez consulter le document d’information et de consultation (pdf) produit en juillet dernier qui vous donnera une bonne idée de la chose.

La grande question ce matin, c’est de savoir pourquoi Québec n’a pas commandé une étude semblable pour le gaz de schiste et a préféré demander son avis au BAPE.

La réponse est simple: parce qu’une telle étude est tout simplement impossible à réaliser dans l’état actuel des connaissances !

Pour analyser la situation dans le Saint-Laurent, les consultants d’Aecom ont évalué la fragilité du milieu, tant du point de vue environnemental qu’économique et social, ainsi que les impacts des techniques d’exploration et d’exploitation du pétrole et du gaz en milieu marin.

Ces dernières, même si elles évoluent constamment, sont aujourd’hui bien connues. Après tout, les premiers forages en mer datent de près de 50 ans ! Depuis les premiers puits forés en mer du Nord dans les années 1960, des milliers d’autres sont entrés en exploitation en milieu marin.

Grâce à des centaines d’études menées partout dans le monde et suite à des catastrophes comme celles de la marée noire provoquée dans le golfe du Mexique par l’accident sur la plateforme Deepwater Horizon, on a une assez bonne idée du genre d’impact que peut avoir cette industrie.

Quant à l’estuaire du Saint-Laurent, il est lui aussi bien connu et plutôt simple à analyser. Pour schématiser, disons qu’il s’agit d’une région relativement peu perturbée par les activités humaines, qui dépend essentiellement de la pêche et de la préservation des espaces naturels et des paysages.

Dans le cas du gaz de schiste, c’est une tout autre paire de manches. L’exploration et l’exploitation, si elles devaient aller de l’avant, se dérouleraient dans une zone qui n’a plus grand chose de naturel.

Au dessus du shale d’Utica, il y a notamment des villes, bien des routes, des usines et des zones d’agriculture intensive. Et bien peu d’espaces protégés.

Mais surtout, on ne sait à peu près rien des impacts en tout genre de l’exploration et de l’exploitation de ce gaz, faute d’un recul suffisant et de données publiques.

Si Québec voulait faire une évaluation environnementale stratégique de l’exploration et de l’exploitation des gaz de schiste, je doute fort qu’elle trouve une seule firme de consultants qui ait le goût de se plonger dans ce sac de noeuds!

Du coup, qui a hérité de la patate chaude ? Le BAPE, à qui Québec a confié une mission qui me semble impossible.

Avant de se demander s’il est raisonnable et souhaitable d’aller de l’avant avec le gaz de schiste, il faudrait peut-être savoir ce dont on parle.

Quand Québec s’est inquiété des changements climatiques, il a mis sur pied le consortium de recherche Ouranos pour que des scientifiques puissent l’aider à réfléchir.

À quand un consortium «gaz de schiste», formé de scientifiques qui auraient pour objectif d’étudier les technologies d’exploration et d’exploitation et leurs impacts ?

Me semble que dans ce dossier, on n’entend pas beaucoup nos chercheurs… On aurait pourtant bien besoin d’eux !

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Ce devrait, justement, être la tâche du BAPE de réunir les «scientifiques qui auraient pour objectif d’étudier les technologies d’exploration et d’exploitation et leurs impacts». Mais lui en donne-t-on le mandat et les moyens?

L’État de New-York a opté pour un moratoire sur l’exploration et l’exploitation de son gaz de schiste, le temps d’y voir plus clair.

Prenons le temps qu’il faut. Rien ne nous presse… si ce n’est nos gouvernants néolibéraux et les compagnies gazières : nous ne manquerons pas d’électricité, de pétrole, de gaz naturel demain matin ou, même, après-demain… Le gaz de schiste est là depuis 450 millions d’années : on peut donc se permettre quelques mois, quelques années d’études et de réflexion plutôt de commettre, peut-être, l’irréparable – dont les frais sont presque toujours assumés par la collectivité plutôt que par le privé.

L’exploitation des shale gas ne date pas d’aujourd’hui. Se sont des grosse companies qui interviennent aux USA pour ce type de gisement comme Devon Energy, Shell, EOG…etc, ces grands joueurs connaissent bien le terrain et a quoi s’attendre.

Presentement je suis sur le site ou Devon est entrain de forer un puit « Barnet shale gas » a Dallas, <>.
Ces operations ont permi la creation des milliers de poste de travail et voir une independance energitique. Pourquoi on fera pas de meme?

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