Prêt pour la rentrée?

Faudra-t-il fermer les écoles pour limiter la propagation de la grippe A (H1N1)? Non, disent les autorités de la santé publique.

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L’ Organisation mondiale de la santé considère que la fermeture d’écoles peut être envisagée pour limiter la transmission de la grippe, mais elle laisse aux pays le soin d’en décider. Cadeau empoisonné, tant la décision est difficile à prendre. Dans un article paru en août dans The Lancet, des chercheurs britanniques et français ont passé en revue la littérature scientifique publiée sur ce sujet. Conclusion : il n’existe aucun consensus qui permettrait de dire si une politique de fermeture des écoles doit être mise en œuvre, ni quand ou comment elle devrait l’être.

La recette miracle n’existe pas. Certes, par le passé, cette mesure s’est montrée efficace pour enrayer des épidémies. En 2000, par exemple, toutes les écoles primaires d’Israël furent fermées pendant deux semaines à cause d’une grève des enseignants déclenchée quelques jours après qu’une épidémie de grippe saisonnière se fut déclarée. Le nombre de consultations médicales pour des problèmes respiratoires avait alors chuté de 43 %… avant de grimper sitôt la grève terminée. En France, des chercheurs ont estimé, en analysant des données sur 22 ans, que les vacances scolaires d’hiver préviennent un cas de grippe sur six : il y aurait de 16 % à 18 % de cas de grippe saisonnière de plus chaque année si les écoles étaient ouvertes tout l’hiver. En revanche, à Hongkong, en mars 2008, la fermeture des écoles pendant deux semaines n’a pas eu d’effet sur l’épidémie de grippe.

Les études qui évaluent les répercussions économiques d’une telle mesure sont tout aussi hasardeuses, tant le nombre de facteurs à examiner est élevé : Combien de cas faudrait-il pour fermer une école ? Et la rouvrir ensuite ? Combien de parents devraient rester à la maison ? Dans quels secteurs risquerait-on de manquer de travailleurs ? Y aurait-il des pertes de salaires, ou des compensations financières seraient-elles versées aux absents ? Chose certaine, il y a un risque social important associé à cette mesure.

Partout dans le monde, les autorités de la santé publique ont tranché : pour l’instant, les fermetures massives d’établissements scolaires représentent un plus grand risque pour la société dans son ensemble que la pandémie. Autrement dit, ne pas envoyer son enfant à l’école ne ferait qu’augmenter le risque pour la collectivité, même si cela diminuerait certainement le risque pour celui-ci d’attraper la grippe. Bref, ce serait égoïste.

Au Québec, c’est au directeur national de la santé publique, le Dr Alain Poirier, que reviendrait la décision de fermer une ou des maisons d’enseignement, après discussion avec l’Organisation de la sécurité civile et le ministère de l’Éducation. Pour l’instant, le Dr Poirier demande aux milieux de garde et aux écoles primaires et secondaires de renvoyer chez eux les enseignants et les enfants malades jusqu’à ce que les symptômes d’allure grippale aient disparu – ou sept jours après qu’ils se sont manifestés. Il leur demande aussi de garder les enfants malades isolés jusqu’à ce qu’ils rentrent chez eux. Il revient aux écoles et commissions scolaires de planifier les interventions nécessaires s’il y a pandémie (par exemple, informer les parents des mesures d’hygiène).

Aux États-Unis, l’administration Obama a publié ses directives en la matière le 7 août. Les écoles resteront ouvertes, sauf dans trois cas : si la grippe survient dans un établissement où la majorité des enfants ont des besoins particuliers, comme des handicaps ; si la plupart des enseignants et élèves d’une école ont la grippe ; ou si des parents persistent à envoyer en classe des enfants malades. Cette mesure a tout d’une menace déguisée… mais fort pertinente. Cela fait des années que les spécialistes de la santé publique dénoncent les coûts exorbitants engendrés par les personnes qui travaillent ou vont à l’école tout en étant porteuses de maladies contagieuses.

Depuis qu’on sait qu’elle n’est pas souvent mortelle, bien des gens s’imaginent qu’attraper la grippe A (H1N1) n’est pas très grave, et ils la refilent à leur entourage en allant travailler ou en envoyant leurs enfants à l’école bourrés de Tylenol. Sur le plan individuel, la grippe n’est peut-être pas aussi grave que ce que l’on redoutait. Mais sur le plan collectif, elle pourrait nous coûter cher si on la prend à la légère et qu’une grande partie de la population se retrouve malade en même temps.

Personnellement, j’enverrai mon fils à l’école sans crainte à la rentrée, mais je lui demanderai de se laver les mains en rentrant et le garderai à la maison s’il est malade. Même quand elle n’est pas mortelle, la grippe n’est pas un cadeau !

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