Propriété du pôle Nord : science ou foutaise ?

Peut-on imaginer un seul instant que des scientifiques canadiens, financés par le gouvernement, aient la possibilité d’arriver publiquement avec une conclusion autre que celle que le gouvernement veut entendre ? Que le pôle Nord, par exemple, est en Russie ?

Le diable est au pole !
Photo : M. Fortier / ArcticNet

Selon le Globe and Mail, le premier ministre Stephen Harper a demandé à la dernière minute que le pôle Nord soit inclus dans le dossier que le Canada s’apprête à déposer aux Nations unies pour redéfinir les limites de son territoire dans l’Arctique.

Le ministre des affaires étrangères, John Baird, a quant à lui annoncé lundi dernier avoir demandé à des scientifiques canadiens de mener des recherches supplémentaires dans l’Arctique, même si cela fait plus de 10 ans qu’ils travaillent à la cartographie du plateau continental et qu’elle est sensée être terminée depuis 2 ans.

Il n’a pas nié l’intervention de M. Harper.

La science va-t-elle amener les réponses tant attendues ?

Foutaise !

Pouvez-vous imaginer un seul instant que les scientifiques canadiens, financés par le gouvernement, aient la possibilité d’arriver publiquement avec une conclusion autre que celle que le gouvernement veut entendre ? Que le pôle Nord, par exemple, est en Russie ?

M. Harper leur commande le résultat. À eux de se débrouiller pour que les données recueillies et leur interprétation y conduisent le plus astucieusement possible, et de convaincre la Commission des Nations unies sur les limites du plateau continental du bien-fondé de leur démarche.

Bon courage.

Les Russes (qui ont lancé cette bataille au début des années 2000) et les Danois (qui déposeront leur revendication l’an prochain) jouent au même petit jeu.

Mais ils n’ont jamais osé, jusqu’à présent, essayer ouvertement de tricher comme le fait M. Harper.

L’objet du litige, qui dure depuis le début des années 2000 (voyez ici la chronologie des disputes territoriales dans l’Arctique depuis 1903), c’est la dorsale Lomonosov, qui traverse l’océan Arctique de part en part, sur 1800 km de long.

Pour le Danemark, la dorsale est un prolongement du Groenland. Pour le Canada, elle est liée à l’île d’Ellesmer. Pour les Russes, elle fait partie du plateau continental eurasien.

Le plateau continental, c’est le prolongement du continent sous la mer. Sa limite est déterminée en examinant la structure géologique des fonds marins et leur degré de parenté avec les roches présentes sur la terre ferme.

Selon la Convention du droit de la mer, les états ont des droits jusqu’à 200 milles nautiques de leur côte (ce qu’on appelle la Zone économique exclusive) ou jusqu’à la limite du plateau continental, si elle est située au-delà.

En 2001, quand la Russie a déposé à la Commission sa première revendication sur la dorsale Lomonosov, elle s’est fait renvoyer

 chez elle avec comme mission de rapporter des preuves scientifiques substantielles pour appuyer sa démarche.

Elle a donc mené une vaste campagne d’exploration, en 2007, et déposé sa nouvelle demande en 2009.

Les Russes disent avoir des preuves qu’ils ont raison, comme en témoigne cet article intitulé «The Lomonosov Ridge as a natural extension of the Eurasian continental margin into the Arctic Basin», publié dans la revue Russian Geology and Geophysics.

Le Canada avait jusqu’en 2013 pour déposer son dossier à la Commission, car chaque pays signataire de la Convention sur le droit de la mer a 10 ans après sa date de ratification pour déposer des demandes de révision des limites de son plateau continental. Le Danemark a jusqu’en 2014 pour en faire autant.

Mais les chercheurs canadiens n’ont encore publié aucune étude dans une revue savante qui tendrait à démontrer que les Russes ont tort. Je crains fort que cela n’augure rien de bon pour ses revendications…

Pour Michael Byers, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en politiques globales et droit international à l’Université de la Colombie-Britannique (et spécialiste des revendications territoriales dans l’Arctique), le Canada va maintenant faire rire de lui avec cette revendication saugrenue commandée par le premier ministre.

C’est de la pure démagogie, selon lui.

J’ajouterai : un beau gaspillage d’argent public, connaissant le coût exorbitant de la recherche dans l’Arctique.

Et à moins que monsieur Harper n’ait le pouvoir de déplacer des montagnes, je crains fort que le pôle Nord ne soit jamais canadien…

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Le Canada n’en serait pas à sa première tricherie concernant cette partie du globe avec les déportations d’Inuits en 1953 pour prouver aux Nations-Unies que cette zone était habitée par des canadiens. http://wp.me/pamM-8lv

Des scientifiques travaillant pour le gouvernement Harper? Il n’y en a plus sauf peut-être quelques perdus qui acceptent que ce gouvernement leur dicte ses conclusions! Pour les conservateurs, la science c’est de la foutaise et dans ce dossier leur hypocrisie est sans bornes car ils veulent maintenant se servir de ce qu’ils abhorrent à des fins partisanes. Car ne nous leurrons pas, ils savent fort bien que c’est une perte de temps et d’argent mais ils visent leur électorat de droite qui apprécie les gestes un tant soit peu belliqueux (tout comme le président Poutine d’ailleurs).

Ce qui est le plus déplorable c’est qu’au même moment où le gouvernement Harper se tourne vers la « science » pour faire valoir une idéologie politique, ils viennent juste de détruire la bibliothèque de Pêches et Océans Canada, le ministère responsable de la mer! On a semé les livres de la bibliothèque à tout vent, les dilapidant à tout venant, voire détruit une grande partie, un peu comme la destruction des livres non-aryens à Berlin en mai 1933… Les quelques restes de la bibliothèque seront entreposés à l’abri des chercheurs à Sidney (CB)… C’est curieux que les médias n’en aient pas parlé du tout, sauf le Tyee, un journal internet de la CB. Ce gouvernement est dangereux non seulement ici au pays mais aussi au niveau international. C’est vraiment désolant.