PubMed répertorie de tout, même de mauvaises études

Le « Google des sciences de la vie » nous permet de chercher parmi plus de 32 millions de publications scientifiques. Attention : cela inclut de très nombreux articles douteux.

Montage L'actualité

L’auteur est communicateur scientifique pour l’Organisation pour la science et la société de l’Université McGill. Il est titulaire d’un baccalauréat en biochimie et d’une maîtrise en biologie moléculaire. En plus d’écrire de nombreux articles, il coanime le balado The Body of Evidence.

De plus en plus de gens « font leurs propres recherches », et beaucoup consultent un site Web appelé PubMed. On m’a déjà dit que si un article scientifique était répertorié dans ce site, cela signifiait qu’il était bon et digne de confiance. Hélas, si seulement c’était si simple…

PubMed est, en quelque sorte, le « Google des sciences de la vie ». Ce site est presque toujours mon premier arrêt quand je cherche un article publié, quand je veux trouver la liste des publications d’un chercheur ou quand je souhaite vérifier l’existence d’une revue de la littérature sur un sujet qui a piqué ma curiosité.

Je l’utilisais lorsque j’étais étudiant, puis j’ai continué à m’en servir en tant qu’assistant de recherche, et me voilà encore en train d’y naviguer dans le cadre de mon travail de communicateur scientifique. PubMed est à ce point utile.

Des millions d’études

Ce site Web est conçu pour interroger diverses bases de données. La plus connue est MEDLINE, un inventaire des publications ayant trait aux sciences de la vie et à la biomédecine en particulier, administré par les National Institutes of Health des États-Unis. En 1971, MEDLINE est devenue accessible en ligne par l’intermédiaire d’établissements institutionnels comme les universités. Puis, dans les années 90, un moteur de recherche, PubMed, a été créé pour en faciliter la consultation. Après avoir été offert uniquement sur abonnement aux établissements institutionnels pendant un an et demi, PubMed est devenu accessible gratuitement sur le Web en juin 1997. N’importe qui pouvait désormais l’utiliser (après avoir écouté le bruit caractéristique de son modem) afin d’effectuer des recherches dans la vaste base de données MEDLINE.

L’étendue des connaissances disponibles sur cette plateforme est stupéfiante. L’un des plus anciens articles que j’ai pu trouver par l’intermédiaire de PubMed remonte à 1781. Il décrit une nouvelle méthode pour traiter une ouverture anormale dans un canal lacrymal. Apparemment, il y a 240 ans, ce problème était assez courant, et un chirurgien du nom de William Blizard avait quelque chose à dire à ce sujet !

MEDLINE contient des citations d’articles provenant de plus de 5 200 revues universitaires, rédigés en 40 langues. En fait, la page d’accueil de PubMed annonce fièrement que MEDLINE compte à ce jour plus de 32 millions de citations. Cela représente plus de 32 millions de publications savantes portant uniquement sur les sciences de la vie, consultables en quelques clics. Selon mon estimation grossière, si chaque publication tenait sur cinq pages, en posant les feuilles l’une par-dessus l’autre, on créerait une pile de papier de 16 km de haut. Cela correspond à plus de 49 tours Eiffel. La quantité de recherches publiées dans le domaine des sciences biomédicales est tout simplement époustouflante.

Tout et n’importe quoi

Il n’est pas surprenant que cet amoncellement de tours Eiffel (qui dépasserait en hauteur la route de la plupart des avions commerciaux) renferme plus d’une publication douteuse. Ainsi, lorsque j’ai rédigé l’article que vous lisez aujourd’hui, le terme de recherche « homéopathie » produisait 6 108 résultats sur PubMed. L’homéopathie est une philosophie archaïque et préscientifique basée sur des notions de magie sympathique, ainsi que sur des dilutions stupéfiantes qui donnent le plus souvent des pilules de sucre dépourvues de principes actifs. Or, si vous croyez que tous les articles répertoriés sur PubMed sont sérieux, vous risquez de conclure, à tort, que la communauté scientifique reconnaît la valeur de cette pseudoscience.

L’article d’Andrew Wakefield qui établissait un lien fallacieux entre le vaccin rougeole-rubéole-oreillons et l’autisme (ainsi que l’inflammation du côlon), et sur lequel repose le mouvement antivaccin moderne, est lui aussi répertorié dans PubMed (il porte toutefois la mention « rétracté »).

En outre, les articles d’une revue appelée Medical Hypotheses sont également accessibles par PubMed, bien que ce périodique ait pour mission de publier des articles théoriques, et que ses rédacteurs soient prêts à considérer « les idées scientifiques radicales, basées sur des suppositions et non conventionnelles », pour peu que celles-ci soient exprimées d’une manière cohérente. L’un des articles de cette revue suggère l’éjaculation comme traitement potentiel contre la congestion nasale. Un autre soutient, au contraire, que cette « intervention » est « peu pratique, peu fiable et potentiellement dangereuse ». Ces deux articles sont consultables, vous l’aurez deviné, par PubMed.

Il faut aussi mentionner les revues prédatrices. Ces publications de faible qualité, souvent créées dans le seul but de gagner de l’argent, publient à peu près n’importe quoi. Certains de leurs articles sont répertoriés sur PubMed.

Enfin, même les articles non frauduleux qui font état de recherches scientifiques réelles et qui sont publiés dans des revues crédibles doivent être abordés avec un certain scepticisme. PubMed répertorie, par exemple, des études nutritionnelles basées uniquement sur des questionnaires alimentaires où l’on demande aux participants de se fier à leur mémoire pour rapporter le nombre d’œufs qu’ils ont mangés depuis un mois, ainsi que des études exploratoires dans lesquelles le sang des participants a été examiné sous tous les angles moléculaires possibles pour voir si quelque chose se révélait positif (une démarche très susceptible de produire des faux positifs). Et PubMed répertorie des études cliniques dont les participants ne sont pas divisés en un groupe de sujets ordinaires et un groupe témoin. Bien que ces études soient scientifiques, leurs résultats demeurent discutables.

En science, la fiabilité émerge généralement d’un ensemble de preuves constitué d’études rigoureuses qui finissent par pointer dans la même direction. Ainsi, la prochaine fois qu’un ami vous enverra un article scientifique farfelu et tentera de vous rassurer en vous disant qu’il l’a trouvé sur PubMed, vous pourrez répondre : « Et alors ? »

Et si jamais cette personne se plaint d’avoir le nez bouché, vous saurez quel article lui proposer. Après tout, il est listé sur PubMed !

Message à retenir :

– PubMed est un site Web qui fait des recherches dans des bases de données de publications sur les sciences de la vie, comme la base de données MEDLINE, qui contient plus de 32 millions de citations.

– PubMed répertorie de bons articles scientifiques, mais aussi des articles sur de fausses sciences comme l’homéopathie, des articles frauduleux, des hypothèses radicales et des articles sur des études de faible qualité.

– La simple présence d’un article scientifique sur PubMed n’est pas un gage de qualité.

Le titre de cet article a été modifié le 13 juillet 2021 pour préciser que Pubmed ne publie pas d’articles, mais les répertorie.

La version originale (en anglais) de cet article a été publiée sur le site de l’Organisation pour la science et la société de l’Université McGill.

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.

Hum, cela ne redorera pas le blason de la science qui s’affaiblit, avec de plus en plus d’études publiées, non révisées par des pairs, et par des recherches bidons ou mal faites. Quand on pense que «The Lancet», qui est sensée être l’une des publication scientifique des plus rigoureuses, s’est fait avoir quelques fois, et récemment en plus, il y a de quoi perdre la foi en la science et laisser la place à la pseudoscience, qui prend du gallon…

Répondre

M. Jarry considère l’homéopathie comme … et je cite : « L’homéopathie est une philosophie archaïque et préscientifique basée sur des notions de magie sympathique, ainsi que sur des dilutions stupéfiantes qui donnent le plus souvent des pilules de sucre dépourvues de principes actifs ».

Sachez que plusieurs québécois et des milliers de personnes dans le monde entier se soignent avec l’homéopathie et Santé Canada reconnaît cette médecine alternative comme suffisamment sérieuse pour en faire une monographie et réglementer cette approche dans le cadre de la réglementation des produits de santé naturels. Tout comme les produits naturels, il faut une homologation (dans ce cas-ci un DIN-HM), c’est-à-dire fournir un dossier à Santé Canada pour obtenir une licence de mise en marché pour pouvoir vendre ces produits.
Soyez ouvert et sobre dans vos propos et ce même si vous ne croyez pas à l’homéopathie.

Pour ce qui est du reste de l’article, il est vrai que les publications sont de plus en plus douteuses, vitement approuvées et les grands journaux, comme le Lancet, se sont faits prendre (fausse étude sur l’hydroxychloroquine contre la Covid-19).
Anne-Marie Langlois M.Sc.

Répondre