Québec se trompe de développement durable

Une approche controversée sur le plan scientifique, incohérente avec les lois et structures en place, et qui n’a pas été endossée par la population: voilà ce que le gouvernement du Québec s’apprêterait à adopter pour guider sa stratégie de développement durable, selon un groupe de chercheurs universitaires spécialistes de la question. On a déjà vu critique plus élogieuse!

Le mémoire (document pdf) déposé ces jours-ci par la Chaire de responsabilité sociale et de développement durable et le Centre de droit international du développement durable à la Commission des transports et de l’environnement de l’Assemblée nationale souligne certes l’imposant travail réalisé par le gouvernement Charest pour tenter de doter le Québec d’une série d’indicateurs de développement durable, mais fait état de graves lacunes qu’il doit corriger au plus vite.

Ces indicateurs, que plusieurs pays ont commencé à utiliser, comprennent à la fois des outils de mesure du progrès économique, comme le produit intérieur brut, mais aussi du progrès social (données sur l’éducation ou la santé, par exemple) et environnemental (% de terres protégées, émissions de gaz à effet de serre…).

Le choix de ces indicateurs est stratégique, puisque c’est grâce à eux que le Québec pourra mesurer ses progrès et guider ses politiques en matière de développement durable.

Selon les chercheurs, le gouvernement n’a pas assez consulté les citoyens avant d’élaborer sa liste d’indicateurs. Pourtant, cette démarche de consultation est à la base même de toute stratégie de développement durable, qui par définition doit être supportée par toute la population. Voilà ce qu’en disent les experts:

Même si les initiatives décrites dans le document de consultation ont très certainement enrichi le processus d’élaboration des indicateurs, nous serions mal à l’aise de les assimiler à une démarche structurée de dialogue social. Une telle démarche devrait reposer sur des techniques éprouvées telles qu’une table de concertation ou la mise sur pied d’un groupe de travail indépendant et représentatif des différentes populations mises en relief par l’art. 8 de la loi3. (…) Sur quelle base les groupes consultés ont-ils été choisis ? Quel rôle ces groupes ont-ils eu dans la réflexion par rapport aux intervenants internes? Selon quelle méthodologie leurs préoccupations ont-elles été prises en compte et comment les arbitrages entre les divers points de vue ont-ils été faits ?

En clair, le gouvernement veut décider tout seul de la marche à suivre.

Autre lacune majeure: il n’a pas précisé comment il va utiliser ces indicateurs pour ajuster sa stratégie de développement durable et ses politiques. Ces données vont-elles dormir sur des tablettes? Dans l’état actuel des choses, ce serait possible.

Pour finir, les chercheurs reprochent au gouvernement de ne pas avoir assez regardé ce qui se fait ailleurs et de proposer une liste d’indicateurs jugée controversée sur le plan scientifique, qui n’a jamais fait ses preuves et est incohérente avec le plan (2004), la loi (2006), et la stratégie de développement durable (2007) qu’il a déjà choisis. Leur conclusion:

Cette approche conduit à un choix discutable d’indicateurs, qui lorsqu’ils sont combinés, offrent une perspective impressionniste de la situation du Québec, souvent sans lien avec les préoccupations que véhicule le concept de développement durable.

Bref, si le Québec suit les indicateurs de développement durable choisis par le gouvernement Charest, il risque fort de se retrouver dans un cul-de-sac…

Laisser un commentaire