Québec souhaite vacciner les 12-17 ans avant le 1er juillet

Le gouvernement songe aussi à devancer à cet été l’administration de la deuxième dose aux adultes, et à vacciner les adolescents dès que possible.

valentinrussanov / Getty images

La campagne de vaccination progresse rapidement, alors que les sociétés pharmaceutiques s’apprêtent à accélérer la cadence de livraison des précieux produits. Au point où le gouvernement du Québec se prépare aux prochaines étapes logistiques : vacciner les adolescents de 12 à 17 ans avant le 1er juillet, et raccourcir cet été l’intervalle entre les deux doses, a appris L’actualité.

Dès la semaine prochaine, Pfizer doublera ses livraisons, avec plus de 450 000 doses de vaccin par semaine destinées au Québec. Moderna devrait aussi faire parvenir davantage de fioles à partir de la mi-mai, sans compter les arrivages de Johnson & Johnson (67 000 doses la semaine prochaine) et d’AstraZeneca (à une date encore inconnue) en provenance des États-Unis.

Cette accélération permet au gouvernement d’entamer plus rapidement que prévu la vaccination de l’ensemble de la population. D’autant plus que la réponse des Québécois est bonne. Le taux de vaccination est excellent dans toutes les tranches d’âge jusqu’à présent. Le gouvernement prévoit toutefois une campagne de publicité ciblant les 18-34 ans dans la deuxième moitié de mai, puisque ces derniers ont moins tendance à se précipiter sur les vaccins.

Mais à Québec, on réfléchit déjà aux prochains scénarios, notamment celui qui nécessite davantage de planification : la vaccination des adolescents. 

Aucun vaccin n’est encore approuvé pour les jeunes de moins de 16 ans au Canada, mais Pfizer et Moderna terminent actuellement leurs essais cliniques sur les 12 à 15 ans. Les résultats sont prometteurs. Québec s’attend à ce que Santé Canada autorise l’administration des vaccins aux adolescents d’ici la fin mai, sinon au plus tard début juin.

Le Comité sur l’immunisation du Québec, soit le groupe d’experts de l’INSPQ qui conseille le gouvernement et détermine l’ordre de priorité de vaccination, devra par la suite accorder la permission d’aller de l’avant. Mais à ce moment, tous les groupes vulnérables auront été vaccinés et la population générale sera au cœur de l’opération, ce qui ne devrait pas poser problème pour cette autorisation.

Le gouvernement du Québec souhaite vacciner les 12-17 ans dans les écoles, ce qui serait beaucoup plus simple d’un point de vue logistique. L’objectif serait donc, si le feu vert est donné à temps par les autorités sanitaires, d’administrer la première dose aux adolescents avant que les classes fassent totalement relâche. Idéalement avant le 1er juillet, m’ont confirmé deux sources au gouvernement.

Le Dr Horacio Arruda a d’ailleurs affirmé en conférence de presse jeudi que des discussions étaient en cours entre le ministère de la Santé et des Services sociaux et le ministère de l’Éducation à propos de la façon de mener cette campagne de vaccination chez les élèves du secondaire. Le ministère de l’Éducation souhaite éviter une perturbation des examens de fin d’année et propose de commencer la vaccination tout de suite après cette période, dans la mesure du possible.

Il y a 516 000 personnes de 12 à 17 ans au Québec. Le gouvernement pense avoir suffisamment de doses pour cette tranche d’âge dans la deuxième moitié de juin.

Une telle opération avant le 1er juillet permettrait d’administrer la seconde dose aux adolescents à la fin août, dès la rentrée, de sorte que les élèves des écoles secondaires du Québec seraient entièrement vaccinés au moment d’entamer leur nouvelle année scolaire, ce qui leur garantirait un automne plus serein sur les bancs d’école… et avec leurs amis.

Devancer la deuxième dose pour tous

L’autre intervention logistique en planification permettrait de devancer l’administration de la deuxième dose du vaccin pour tous, étant donné l’abondance des arrivages attendue en juillet.

Le gouvernement prévoit avoir terminé l’injection des deuxièmes doses aux résidants des CHSLD et des résidences privées pour aînés (RPA) ainsi qu’aux travailleurs de la santé d’ici la mi-juin. Une fois « l’opération adolescents » finie, il sera temps d’accélérer la deuxième dose pour tous si les livraisons sont au rendez-vous.

Si tout va bien, les gens vaccinés en juin n’auront pas à patienter jusqu’en octobre pour recevoir leur deuxième dose. Le délai actuel de 116 jours, imposé en raison de la rareté des vaccins, n’aura plus lieu d’être si les sociétés pharmaceutiques livrent les doses attendues en juillet et août.

Par contre, l’effort logistique de rappeler toutes les personnes vaccinées pour leur fixer une date de rendez-vous plus rapprochée que celle donnée lors de la première dose serait complexe. Le gouvernement songe donc à un scénario de « sans rendez-vous » si quelqu’un souhaite devancer sa deuxième dose.

Par exemple, une personne vaccinée en avril et qui a déjà un rendez-vous en août pour sa deuxième dose aurait le choix de conserver cette date ou alors de se présenter dans un centre de vaccination sans rendez-vous pour recevoir la deuxième dose plus tôt, en fonction des disponibilités. Sur place, au moment de l’injection de la deuxième dose, un membre du personnel s’assurerait d’annuler le rendez-vous initialement donné.

Le gouvernement du Québec souhaite ainsi pouvoir vacciner toute la population, avec les deux doses, avant le retour du temps frais de la fin septembre.

Questionné au sujet de la possibilité de devancer la deuxième dose, le ministre de la Santé, Christian Dubé, a affiché un sourire en coin lors de la conférence de presse de jeudi, refusant de s’avancer publiquement. « On pourrait aller plus vite, c’est possible, mais on va commencer par vacciner la première dose et on vous reviendra en temps et lieu », a-t-il répondu.

Quelle région vaccine le plus ?

Après avoir comparé la campagne de vaccination du Québec avec celles des autres territoires de plus d’un million d’habitants de la planète, je me suis demandé quelles régions du Québec vaccinaient le plus rapidement, et pour quelles tranches d’âge.

Premier constat, le taux de vaccination varie assez peu d’une région à l’autre, entre 33 % et 36 %. Si Montréal avait pris de l’avance en mars, parce que la région avait reçu davantage de fioles pour prévenir une troisième vague, on constate que l’écart s’est résorbé depuis entre la métropole et les autres régions. Des dizaines de milliers de doses destinées à Montréal ont notamment été réacheminées dans le Bas-Saint-Laurent et dans la Capitale-Nationale en avril, alors que ça chauffait passablement dans ces régions.

Trois régions ressortent du lot avec une couverture vaccinale largement supérieure à la moyenne : Nord-du-Québec (60 %), Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine (46 %) et Côte-Nord (44 %).

Et ce n’est pas parce qu’elles ont été favorisées par le gouvernement. C’est uniquement une question de logistique.

D’abord, le gouvernement fédéral avait réservé des milliers de doses du vaccin de Moderna pour les communautés éloignées, notamment autochtones, très présentes dans le Nord-du-Québec. Il s’agit d’une région vulnérable en raison de la capacité hospitalière limitée.

Ensuite, les vaccins de Pfizer sont livrés en plateaux de 1 000 doses. En raison de la plus faible population de ces trois régions, les autorités sanitaires ont pu devancer la vaccination des différents groupes prioritaires pour éviter le gaspillage. Par exemple, si tous les résidants de CHSLD en Gaspésie avaient reçu leur injection et qu’il restait encore 500 doses non utilisées sur un plateau, les autorités passaient à la catégorie prioritaire suivante plus vite, et ainsi de suite. Ces trois régions sont donc en avance sur les autres parce qu’elles basculent d’une catégorie prioritaire à l’autre plus rapidement afin de maximiser l’utilisation des vaccins.

Toutes les régions du Québec sont en voie de vacciner au moins 75 % de la population adulte d’ici le 24 juin, sans problème.

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Quand je prends l’avion ou ma voiture c’est parce que j’y suis obligée pour arriver à ma destination. J’accepte donc les risques. Pour éviter de succomber à la Covid, rien ne m’oblige à accepter ce risque de 1 sur 100 000 du vaccin AstraZeneca. Je peux choisir de mieux me protéger contre la transmission, l’attraper et m’en remettre ou choisir un vaccin qui ne comporte pas ce risque. Demander aux gens de courir ce risque n’a rien de rationnel et la presse ne devrait peut-être pas se faire le porte-parole de la santé publique, qui elle, naturellement, place les intérêts de la population dans son ensemble devant ceux de la personne.

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Tout à fait d’accord avec vous. J’en aurais beaucoup à dire sur les médias et la pensée unique véhiculée. Surtout ne posez pas de question, car vous êtes automatiquement catégorisé…Merci

Bravo pour cet excellent article et les dizaines d’autres qui ont précédé et que je lis chaque fois avec énormément d’intérêt! De savantes recherches, sans cesse bien rédigées et agréables à lire!

Bravo d’avoir accepté ce vaccin et surtout, je sympathise avec vous pour le décès de votre père!

Poursuivez votre excellent travail!

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