Quelles erreurs de diagnostic ? (la suite)

Mon cancer du sein a-t-il été traité correctement? Je sympathise avec les femmes concernées et leurs proches qui se posent la question depuis quelques jours à la suite du battage médiatique provoqué par la fameuse «étude» du Dr Gaboury. 

La réponse est «probablement». Au Québec comme ailleurs. Mais même avec le meilleur système du monde on ne pourrait en être sûr à 100%. Il est tout simplement impossible d’éliminer les erreurs médicales.

L’analyse du Dr Gaboury porte sur un point bien particulier. Accrochez-vous, je vous explique.

Chez une minorité de femmes atteintes de cancers du sein (18 à 20%), l’évolution de la tumeur ne dépend pas des hormones et le cancer est particulièrement virulent. Depuis 2005, les femmes qui sont atteintes de cette forme de cancer (le HER2) sont traitées avec du Herceptin, un médicament très coûteux et qu’il faut administrer avec précaution puisqu’il peut entraîner des problèmes cardiaques sérieux. Toute la polémique actuelle tourne autour de la fiabilité des tests effectués pour déterminer si une tumeur a suffisamment peu de récepteurs hormonaux à sa surface (les endroits où «s’accrochent» les hormones) pour qu’elle puisse être classée comme HER2. D’après l’«étude» du Dr Gaboury, il y aurait des différences significatives entre laboratoires dans l’interprétation des colorations qui révèlent la présence de ces récepteurs hormonaux.

Je mets des guillemets, car il s’agit plus d’un coup de sonde destiné à attirer l’attention sur d’éventuelles défaillances possibles du système que d’une étude scientifique en bonne et due forme. Cette «recherche» n’a pas été publiée dans une revue avec comité de lecture. Elle a été financée par la compagnie qui produit l’Herceptin. Par ailleurs, toute étude digne de ce nom comporte habituellement une partie intitulée «discussion», dans laquelle les auteurs justifient le choix de leur méthode et présentent les limites de leurs conclusions. La manière dont on a préparé les échantillons envoyés aux labos est-elle correcte ? Les 15 patientes dont les tumeurs ont été analysées sont-elles représentatives de l’ensemble des cas? On ne sait rien de tout cela !

Comme l’a clairement indiqué le Collège des médecins, ces résultats ne permettent en aucun cas de conclure qu’un certain nombre de cancers ont été mal analysés. Ils montrent tout au plus – et cela reste à prouver – qu’il existe des disparités entre laboratoires dans la manière d’interpréter certaines images de tumeurs. Est-ce grave? Pas forcément, si par exemple les cas «douteux» sont systématiquement re-testés.

Le rapport remis en novembre dernier par l’Agence d’évaluation des modes d’intervention en santé (AETMIS) est beaucoup plus éclairant (pdf en ligne ici, résumé en français ici). Lui aussi concluait à la nécessité de mettre en place un système d’assurance qualité à l’échelle du Québec, tout comme l’a fait hier le Collège des médecins.

D’après les scientifiques qui se sont penchés sur cette question, il s’agit là de la mesure la plus efficace pour diminuer le nombre d’erreurs potentielles. Cet article (en français) publié en juin 2008 par deux pathologistes dans le Journal de l’Association médicale canadienne fait un tour d’horizon des dernières études scientifiques à ce sujet. Plusieurs pays et provinces (dont les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’Ontario) ont déjà adopté cette stratégie, mais le Québec traîne de la patte. Beaucoup trop, selon le Dr Gaboury.

Dans cet autre article (en anglais), un pathologiste de Victoria, en Colombie-Britannique, explique deux autres pistes de solutions: que toutes les analyses portant sur des maladies graves comme le cancer soient systématiquement soumises à l’opinion d’un second pathologiste, et que chaque laboratoire procède à une sur spécialisation de ses pathologistes en fonction des échantillons qu’ils ont à analyser, plutôt que de répartir simplement la charge de travail en fonction des disponibilités de chacun.

On ignore quelle part des erreurs médicales – toutes catégories confondues – est due à des interprétations erronées de la part de pathologistes. Il semble clair en revanche que le travail de ces spécialistes s’est passablement accru et compliqué dans les dernières années. Des erreurs d’interprétation ont fait l’objet de plusieurs enquêtes récemment au Canada et ailleurs dans le monde: tests erronés pour le cancer du sein à Terre-Neuve, erreurs en série du superviseur de la médecine légale pédiatrique en Ontario, enquête policière sur un pathologiste au Nouveau-Brunswick… On en découvrira certainement d’autres bientôt.

Mais on manque d’un portrait précis de la situation: sachant qu’on n’arrivera jamais à un taux d’erreur nul, y a-t-il vraiment trop d’erreurs ? Ces erreurs nuisent-elles vraiment aux femmes atteintes de cancers? Même si c’est le cas, les études «coût/bénéfices» montrent-elles qu’il s’agit d’un bon investissement en santé compte tenu des innombrables autres besoins? Ne ferait-on pas mieux de s’occuper d’abord de donner un médecin de famille à chaque Québécois?

Le problème, c’est qu’il y a tellement de tabous et de politique en santé qu’on prend rarement des décisions raisonnées (voir cet article à ce sujet).

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Bonjour madame Borde. Peut-être pourriez-vous nous éclairer un peu plus sur ce dossier incendiaire.

Dimanche dernier sur mon blogue, j’expliquais qu’à mes yeux, le taux d’erreur annoncé dans les tests de détection du cancer du sein, 20 à 30%, ne faisait aucun sens. J’appuyais mes dires sur le taux de rémission du cancer du sein qui lui est de 87%. Comment avoir un taux de rémissions de 87% avec un taux d’erreur de 20 à 30%?

De la façon que le taux d’erreur a été présenté, cela laissait sous-entendre que de 20 à 30 femmes sur 100 auraient reçu le mauvais traitement. Avec vos informations Mme Borde, cela ramènerait le nombre de mauvais traitements à 6 femmes sur 100; la minorité des femmes 20% avec un taux d’erreur à 30%.

Auriez-vous accès à d’autres informations qui apporteraient plus de précision sur les taux d’erreur, si erreur il y a bien entendu.

http://g-m-l.blogspot.com/2009/05/cancer-du-sein-agir-avant-3.html

Guy-Michel Lanthier, ing.
Conférencier et consultant en leadership

Sur le blogue de Valérie Borde, je viens d’apprendre que les femmes traitées au HER2 représentent de 18 à 20% des femmes atteintes du cancer du sein. Cette information donne une tout autre perspective à la sortie du Dr Barrette et l’étude du Dr Gaboury.

Les dires du Dr Barrette laissaient sous-entendre que de 20 à 30% des femmes atteintes d’un cancer avaient reçu un mauvais traitement. Ce qui représente 20 à 30 femmes par groupe de 100, c’est beaucoup. Avec les informations de Mme Borde, le nombre de femmes touchées varierait entre 4 à 6 femmes par tranche de 100. C’est encore trop mais tout de même moins alarmiste que 20 à 30%.

Dimanche dernier sur mon blogue, j’expliquais qu’à mes yeux, le taux d’erreur annoncé dans les tests de détection du cancer du sein, 20 à 30%, ne faisait aucun sens. J’appuyais mes dires sur le taux de rémission du cancer du sein qui lui est de 87%. Comment avoir un taux de rémissions de 87% avec un taux d’erreur de 20 à 30%?

Espérons que le comité d’expert apportera une réponse claire et définitive.

http://g-m-l.blogspot.com/2009/05/cancer-du-sein-agir-avant-3.html

Guy-Michel Lanthier, ing.
Conférencier et consultant en leadership

M. Lanthier, je crois que vous comparez des pommes et des oranges. 😉 On ne parle pas exactement de 20 à 30% d’erreur, mais de problèmes de concordance dans les lectures. Par ailleurs, une erreur de lecture du résultat ne veut pas dire que le succès du traitement choisi est impossible…