Quels sont les risques d’une cinquième vague ?

Alors que le Québec relâche certaines restrictions sanitaires, se dirige-t-on vers une cinquième vague comme celle qui déferle sur certains pays européens ?

bagotaj/Getty Images

Les vagues de la pandémie ont toutes frappé l’Europe avec quelques semaines d’avance sur le Canada. Or, certains pays y sont aux prises avec une reprise fulgurante de la COVID depuis quelques semaines. L’Autriche, les Pays-Bas et l’Allemagne, par exemple, comptent actuellement plus de cas qu’à n’importe quel autre moment depuis le début de la crise sanitaire. Le 14 novembre, le nombre de nouveaux cas quotidiens confirmés par million d’habitants a dépassé 1 200 en Autriche, 1 300 en Croatie et 1 600 en Slovénie, selon les chiffres fournis par Ourworldindata, qui compile les données des gouvernements. La hausse y a été très rapide, avec une multiplication par au moins quatre du nombre d’infections depuis la mi-octobre. 

En comparaison, le Québec recense actuellement environ 74 nouveaux cas quotidiens par million d’habitants, à peine plus qu’il y a un mois. Alors que des gouvernements européens resserrent leurs restrictions sanitaires, le Québec, lui, est en phase de relâchement. Doit-on s’en inquiéter ? Voici ce qu’il faut savoir.

Un facteur clé de protection : la couverture vaccinale

Parmi les différentes mesures mises en place pour contrer la pandémie, la vaccination est assurément celle qui a le plus d’effet. Elle diminue énormément le risque individuel d’attraper l’infection, d’être malade et d’avoir une COVID grave, quels que soient le vaccin reçu et le moment où il a été donné, chez tout le monde — à l’exception des personnes gravement immunosupprimées ou très âgées et malades, chez qui les vaccins peuvent être moins performants. 

Les Québécois doublement vaccinés ont en moyenne 4,4 fois moins de risques d’être infectés et 16 fois moins de risques d’être hospitalisés que ceux dans leur tranche d’âge qui n’ont pas été vaccinés. Même les gens qui ont reçu le « pire » vaccin (deux doses d’AstraZeneca) depuis le plus longtemps ont au moins trois fois moins de risques de contracter le virus que les non-vaccinés, et environ 20 fois moins de risques d’être hospitalisés, avant même la troisième dose qui leur sera administrée bientôt.

La couverture vaccinale dans un pays — le pourcentage de gens adéquatement vaccinés — a donc un très gros effet sur le nombre total de cas, et encore plus sur les cas de COVID grave, qui mobilisent les ressources des hôpitaux. La répartition géographique et démographique des non-vaccinés influence aussi la capacité du virus à se répandre.

Le Québec est très nettement en avance côté immunisation sur la plupart des pays européens touchés par une nouvelle vague. 

• À la mi-novembre, 77,4 % des Québécois étaient pleinement vaccinés contre la COVID, ou encore 88,5 % de tous les Québécois de plus de 12 ans. 

• Dans toutes les régions, la couverture vaccinale de la population totale dépasse 70 %, sauf au Nunavik, où une personne sur deux n’est pas protégée. Elle est de 79,4 % à Montréal et de 81,1 % à Québec. 

• Hormis les enfants de moins de 12 ans, toutes les tranches d’âge sont largement protégées. La couverture vaccinale la plus « faible » est chez les 12-17 ans, dont 20,3 % ne sont pas immunisés ; la plus forte est celle des septuagénaires, dont seulement 2,2 % n’ont pas eu leurs deux doses. 

• Parmi les personnes de tout âge atteintes de maladies chroniques qui augmentent le risque de COVID grave, 91,7 % sont protégées. 

Bref, même si la couverture n’est pas totalement blindée, elle est épaisse, large et sans gros trou (le Nunavik ne comptant que 12 000 habitants), ce qui est extrêmement rare dans le monde. Il reste certes des poches de sous-vaccination dans certaines MRC ou dans des quartiers, mais le phénomène touche de petits groupes. Et les enfants de moins de 12 ans, que le virus ne rend presque jamais gravement malades, pourront bientôt être vaccinés si leurs parents le souhaitent.

Voici la situation dans quelques pays d’Europe.

• En Croatie, seulement 46 % de la population totale est vaccinée, et 54 % en Slovénie. 

• La couverture vaccinale est de 63 % en Autriche et de 67,5 % en Allemagne, où elle est en outre très disparate. Toute l’ancienne Allemagne de l’Est notamment tire de l’arrière, avec un taux de vaccination de 57,5 % dans la Saxe, une région de 4 millions d’habitants. 

• Le Portugal (88 %) et l’Espagne (80 %), qui ont la meilleure couverture vaccinale du continent, voient depuis peu leur nombre de cas augmenter, mais beaucoup moins vite que les pays moins vaccinés, et le nombre de nouvelles infections par jour y reste à moins de 150 par million d’habitants.

• Les Néerlandais, eux, sont vaccinés à 73 %, mais ils sont aux prises avec une nouvelle vague : en un mois, ils sont passés de 150 à près de 800 nouveaux cas quotidiens par million d’habitants. Une partie de l’explication tient au taux de vaccination plutôt faible chez les jeunes, qui ont de nombreux contacts sociaux. Les 12-17 ans y sont vaccinés à seulement 60 % et les 18-30 ans, à 69 %. 

• La Belgique, qui connaît aussi une montée en flèche des cas, est vaccinée à 75 %, mais à 69 % chez les 12-15 ans et à 66 % chez les 18-24 ans (mais à 75 % chez les 16-17 ans). 

Pourquoi autant de cas aux Pays-Bas et en Belgique ? La réponse semble tenir en grande partie à la faiblesse des mesures sanitaires. 

L’effet des mesures sanitaires

Pour faciliter les comparaisons entre pays, les chercheurs d’Oxford et d’ailleurs ont concocté pour Ourworldindata un indice de rigueur, qui résulte d’une compilation des mesures prises par chaque pays, comme la mise en place d’un passeport vaccinal, les règles sur le masque ou sur le télétravail, les stratégies de dépistage, etc. Même s’il n’est pas parfaitement fiable, l’outil donne une bonne idée de la riposte de chacun en matière de mesures sanitaires.

Les différences sont révélatrices, comme on peut le voir sur cette image reflétant la situation à la mi-octobre, quand les nouveaux cas ont commencé à se multiplier rapidement dans certains pays européens. Tous les États qui ont connu depuis une remontée rapide des cas avaient alors des mesures sanitaires nettement moins sévères que celles de l’Italie, de la France et du Canada, qui sont en outre protégés par de bons taux de vaccination.

Depuis octobre, la plupart des pays qui voient les cas monter très vite sont en mode rattrapage dans les mesures sanitaires, insuffisantes sur au moins une vaste partie de leur territoire. En Belgique, par exemple, seule la ville de Bruxelles exigeait le passeport vaccinal pour entrer au restaurant ou dans les discothèques, et le masque n’était pas obligatoire dans les lieux intérieurs et les écoles dans la majeure partie du pays. Tout cela est en train de changer. Les Pays-Bas, qui avaient eux aussi abandonné le masque et le télétravail, viennent de les réinstaurer. En Allemagne, le passeport vaccinal est obligatoire depuis peu, pour un nombre limité de lieux et seulement dans certaines régions. Toute l’Autriche est confinée, et le gouvernement veut y rendre la vaccination obligatoire pour tous en février. En France, où le nombre de cas remonte aussi, quoique bien moins vite, le masque, qui n’était plus requis dans les écoles primaires, vient d’y être réinstauré.

Une hausse des cas attendue au Québec

Les modèles épidémiologiques sont loin d’être parfaitement fiables pour prédire l’évolution de la pandémie à moyen terme, mais ils donnent quand même une idée du scénario le plus probable, en fonction du taux de circulation du virus. Le 5 novembre, l’Agence de santé publique du Canada a publié les dernières données calculées par le modèle qu’elle a mis au point avec des chercheurs de l’Université McMaster.

Pour le Québec, elle prévoit que si le relâchement des mesures de santé publique faisait augmenter la transmission du virus de 15 % par rapport à la situation au 1er novembre, il pourrait y avoir environ 1 200 nouveaux cas par jour à la mi-décembre. Comme la protection offerte par les vaccins contre les risques d’hospitalisation ne faiblit pas pour l’instant avec le temps, cela se traduirait par environ 400 hospitalisations à ce moment-là, dont une centaine aux soins intensifs. C’est à peu près le maximum atteint au cours de la quatrième vague, début octobre. 

Si le taux de transmission reste inchangé, alors le modèle montre une très légère baisse progressive du nombre de cas au Québec d’ici la fin de l’année. S’il diminue de 15 %, le nombre de cas d’ici la mi-décembre serait divisé par deux en comparaison avec ce qu’il était début novembre, ce qui donnerait environ 250 infections par jour. La vaccination des enfants de 5 à 12 ans pourrait faire beaucoup baisser le taux de transmission, puisqu’ils représentent en gros la moitié du nombre total de gens non vaccinés pour l’instant. Tout dépendra du succès de la campagne de vaccination.

La liste des allégements en place au Québec depuis le 15 novembre montre que les changements sont loin d’être radicaux. De combien feront-ils augmenter le taux de transmission ? C’est impossible à prédire. Néanmoins, le maintien de nombreuses mesures, combiné au taux de vaccination, laisse espérer que la hausse sera assez lente.

Le passeport vaccinal reste obligatoire partout où il était déjà requis, mais il permet aussi la réouverture des discothèques et des karaokés, que plusieurs attendaient avec impatience. Même si on ne sait pas à quel point cet outil aide à abaisser le taux de transmission, il semble clair qu’il diminue le risque de grosse éclosion, en évitant le rassemblement à l’intérieur de plusieurs personnes non vaccinées. Partout où la distanciation physique est abandonnée, le port du masque à l’intérieur reste obligatoire pour tous, sauf pour manger et boire. Le retour au travail sur place, pour au moins une partie du temps, pourrait par contre faire augmenter le nombre de cas, surtout si les travailleurs se réunissent sans masque dans des endroits mal ventilés. Gare à l’air des cafétérias !

L’épidémiologiste Benoît Mâsse, de l’Université de Montréal, ne craint pas une hausse démesurée du nombre de cas au Québec, et encore moins du nombre de cas graves, grâce à l’excellent taux de vaccination et à l’étendue des mesures sanitaires qui seront conservées. « Pour qu’on connaisse une vraie cinquième vague, il faudrait soit un nouveau variant qui fasse chuter l’efficacité des vaccins, soit l’abandon brutal de la plupart des mesures sanitaires. Ce qu’on risque de voir dans les prochaines semaines, c’est plutôt comme une marée montante », explique-t-il.

À l’échelle mondiale, aucun nouveau variant préoccupant n’a été repéré depuis l’arrivée du Delta ce printemps. Depuis qu’il a été jugé d’intérêt en août (ce qui signifie qu’il pourrait devenir préoccupant), le variant Mu, découvert en Colombie, n’a pas réussi à s’implanter massivement. La quasi-totalité des cas de COVID en Europe et en Amérique du Nord est toujours due au variant Delta.

Plus de masque en classe au secondaire, un gros risque ?

Certains observateurs ont critiqué l’abandon du port du masque en classe dans les écoles secondaires, le jugeant très risqué. Mais est-ce vraiment le cas ? Plusieurs éléments permettent de penser que non.

D’abord, sur les 2 573 éclosions survenues depuis le début septembre au Québec, 105 seulement, soit 4 %, ont eu lieu dans des écoles secondaires. La vaccination massive des ados explique très probablement le nombre d’éclosions bien plus bas au secondaire qu’au primaire et au préscolaire : même en tenant compte du nombre d’élèves à chaque niveau, il y a eu quatre fois moins d’éclosions par élève au secondaire que chez les plus jeunes depuis la rentrée. Le taux de vaccination des 12-17 ans a en outre largement progressé durant ce temps, passant de 66 % au début septembre à 79,7 % aujourd’hui. Depuis le début novembre, le risque d’éclosion par élève au secondaire est cinq fois moindre qu’au primaire.

Par ailleurs, le masque en classe au secondaire n’était déjà plus requis dans la Capitale-Nationale et dans la plupart des régions situées au nord et à l’est de celle-ci, où le virus circulait peu. Le nombre de cas n’a pas vraiment augmenté depuis l’abandon de cette protection : c’est bon signe ! 

Il semble que certains ados souhaitent continuer malgré tout à porter le masque en classe, ce qui va encore atténuer l’impact de cet allégement. 

Finalement, rien n’interdit à une direction régionale de santé publique de le réimposer temporairement en cas d’éclosion, ou si le virus circule plus activement dans les environs, comme celle de l’Estrie vient de le faire pour deux écoles.

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Bravo pour un article très clair, synthétique et complet à la fois,bien qu’il exclut la «COVID longue». Vous expliquez très bien les déterminants de la 5e vague en Europe et de la bien meilleure situation en Espagne et au Portugal et au Québec: vaccination et mesures sanitaires adaptées aux différents milieux est groupes d’âge. C’est très éclairant et objectif.
La seule lacune est la question de la «COVID longue» qui semble sévir davantage en fonction de la contagion qu’en fonction des hospitalisations, notamment dans la à jeune population. Cet impact est peu documenté mais les effets à long terme, possiblement à vie, chez des jeunes, le rendent dramatique sinon tragique.

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La situation ne peut être plus ironique. Quelques jours après la publication de cet article, Covid répondait à la question du titre à savoir s’il y aurait une 5e vague par un oui retentissant venant d’Afrique australe, appelé Omicron…

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