Qu’est-ce qui explique la popularité des cristaux ?

Les soins par les cristaux et autres pierres connaissent un engouement sans précédent. Un succès qui a de quoi intriguer, étant donné leur inefficacité. La faute à l’anxiété pandémique ?

Obradovic / Getty Images / montage : L’actualité

Lors de son retour sur scène après quatre années d’absence, en 2015, la chanteuse britannique Adele serrait fort dans ses mains des cristaux rouge sang, pour rester zen. Même lubie chez l’Américaine Katy Perry, qui, après ses ruptures amoureuses, avoue soigner son cœur meurtri et attirer de nouveaux prétendants grâce au quartz rose. Le maire de New York, Eric Adams, porte en permanence un bracelet de pierres d’énergie, et selon lui, sa ville dégage une énergie spéciale parce qu’elle serait construite sur un gisement de pierres et de gemmes rares.

Et bien sûr, cet engouement pour les cristaux et les pierres n’est pas l’apanage des célébrités. Les comptes Instagram et TikTok présentant leurs mérites pullulent ; certains médias en vantent même les vertus dans leurs pages sans poser de regard critique sur la question. Les boutiques qui vendent des améthystes, des émeraudes, des opales et des quartz fumés dans un but de « guérison » sont légion et font de bonnes affaires. En fait, aux États-Unis, les ventes de cristaux à des fins « thérapeutiques » ont fortement augmenté depuis 2020.

Au Québec aussi, le marché semble avoir prospéré. À Lévis, dans le secteur Saint-Nicolas, Jean-Philippe Blanchard travaille à la Boutique ésotérique Blanch’Art Déco, tenue par son père. « Il y a eu un boum ces dernières années. Les pierres, mais aussi tous les produits de mieux-être comme les huiles essentielles ou l’encens, ont connu une progression de leurs ventes. »

La vraie nature des cristaux

Scientifiquement parlant, une pierre est, comme toute matière, un agencement d’atomes. Un cristal, plus particulièrement, est une pierre formée de molécules, d’atomes ou d’ions assemblés selon un motif tridimensionnel qui se répète de façon régulière un très grand nombre de fois. Par exemple, dans le sel de table (chlorure de sodium), les ions de chlore et de sodium sont organisés en cubes, qui se répètent de nombreuses fois pour former des structures cubiques plus grosses : les cristaux de sel. Le quartz, lui, est un cristal fait de molécules de silice (SiO2). Il peut contenir plusieurs « impuretés », comme de l’aluminium, du fer ou du sodium, qui lui donnent différentes teintes : quartz rose, quartz fumé, améthyste (un quartz d’une couleur violette due à la présence de fer)…

La lithothérapie prétend que ces cristaux « vibrent », à des fréquences propres à chaque cristal, et que ces vibrations peuvent être transmises aux humains par contact direct, par simple rapprochement ou par immersion dans l’eau qu’il faut boire ensuite. Bien sûr, ces vibrations sont supposément bénéfiques et chacune d’elles peut traiter un problème différent. Or, même si tous les atomes s’agitent effectivement à leur échelle, un cristal ne vibre pas.

Des vertus sans fondement

Dans la Boutique ésotérique Blanch’Art Déco, les très nombreux cristaux et pierres qui remplissent les présentoirs sont accompagnés de petits cartons qui détaillent leurs pouvoirs spécifiques. Le quartz clair améliorerait la mémoire, la howlite réduirait le stress et aurait des propriétés diurétiques, l’améthyste activerait le système immunitaire… Ces prétendues vertus, jamais démontrées, ont des odeurs de pseudoscience. Dans ce milieu, on emploie abondamment les termes « énergie » et « vibrations », mais avec des définitions et dans des contextes qui ont peu de choses à voir avec la physique. 

Même le nom « lithothérapie », utilisé par les adeptes (littéralement « thérapie par les pierres »), donne une impression de caution scientifique. Mais une impression seulement : une expérience dont les résultats ont été divulgués en 2001, menée en double aveugle par des psychologues de l’Université de Londres sur 80 volontaires avec de vrais cristaux et des imitations, n’a pas pu prouver que la lithothérapie offrait des résultats supérieurs à l’effet placébo (l’esprit croit au traitement et c’est lui qui guérit le corps). En d’autres mots, le pouvoir des pierres réside plutôt dans la main qui les tient.

Les cristaux sont donc inopérants et leurs « capacités » sont, au mieux, dues à l’effet placébo ou à certains biais cognitifs, notamment le biais de confirmation qui fait qu’on retient les cas où cela semble fonctionner et qu’on oublie tous ceux où la magie n’a pas opéré.

Pas bénéfiques, même parfois nuisibles

Mais si les cristaux sont sans pouvoir, ils ne sont pas complètement sans danger, comme le souligne Laurent Pellegrin, géologue de formation et vendeur de cristaux à Voiron, dans la région Rhône-Alpes, en France. « Ces risques sanitaires sont faibles, mais ils existent. Il y a d’abord les allergies aux métaux, par exemple le nickel. Un objet qui contient du nickel et qui est en contact prolongé avec la peau peut déclencher une allergie. Les joailliers sont informés de cela et savent conseiller leurs clients en matière de bijoux. Mais les pierres peuvent aussi contenir des traces de métaux, ce que les boutiquiers ignorent bien souvent. Laissées dans la pièce, ça va, mais portées sur la peau, il peut y avoir allergie. Parfois, il est suggéré de laisser tremper des cristaux dans l’eau, puis de boire cette eau, cet “élixir”.»

Le marché propose des bouteilles avec des cristaux fixés au fond, un type de produit qui n’est pas non plus sans risque, puisque « les cristaux ne sont jamais purs, différents ions métalliques peuvent être libérés dans l’eau. Pour les personnes allergiques, le risque de crise est élevé », dit Laurent Pellegrin. 

Par ailleurs, plusieurs minéraux contiennent du plomb. « C’est un métal qui peut provoquer des retards mentaux — le saturnisme — même à faible dose, poursuit Laurent Pellegrin. Les enfants y sont particulièrement sensibles et la contamination peut se faire par simple contact. Autre exemple, la pyrite, qui guérirait les affections respiratoires et que certains suggèrent de poser à côté d’un nouveau-né, ou même sur sa poitrine. C’est un sulfure de fer inoffensif, mais qui contient presque toujours une autre forme de ce sulfure, la marcassite. Sous l’action d’une bactérie souvent présente sur cette pierre, celle-ci se dégrade et dégage de l’acide sulfurique gazeux. Le dégagement est faible, mais lorsque je laisse de la pyrite quelques mois sous une vitrine, les effets de l’acide deviennent visibles sur les autres minéraux. »

On trouve aussi sur le marché de l’arsénopyrite, vendue comme telle ou confondue avec sa cousine la pyrite. « Elle dégage de l’arsenic, un poison avéré qui peut causer différents problèmes si on l’ingère », met en garde Laurent Pellegrin.

Comme les vendeurs de pierres sont rarement chimistes, géologues, médecins ou minéralogistes, toutes ces notions leur sont inconnues et il leur est impossible d’avertir leurs clients.

Pourquoi y croit-on ?

Comment se fait-il qu’en 2022, autant de gens croient au pouvoir des pierres, et surtout que ces gens soient de plus en plus nombreux ? « Il en va des cristaux comme de toutes les croyances pseudoscientifiques, explique Marie-Eve Cotton, psychiatre et professeure adjointe à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal. On y adhère plus fortement dans les périodes stressantes, par exemple les crises économiques, les pandémies, les guerres… En temps d’incertitude, on cherche de la sécurité, du réconfort. Avec la COVID, la guerre en Ukraine, le contexte climatique et politique, il n’est pas étonnant que ces pratiques gagnent des adeptes. »

« Les pseudosciences sont plus rassurantes que la science, poursuit-elle. Elles offrent plus de réponses et de solutions que la médecine, par exemple, qui n’a pas toujours le traitement dont on a besoin. Même si ces traitements sont inefficaces, au moins ils existent. »

Son de cloche complémentaire chez Alain Bouchard, sociologue des religions à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval. « Nous sommes dans une ère où l’on demande aux gens de performer, alors ils cherchent des choses pour les y aider. Les cristaux, juste par leur nom, sont perçus comme quelque chose de scientifique, car il existe effectivement une science des cristaux. Les concepts de force et d’énergie sont omniprésents, mais pas dans leur sens scientifique ; plutôt dans celui des œuvres comme Star Wars ou Harry Potter, où “l’énergie” peut être canalisée par le héros, parfois par l’intermédiaire d’un objet comme la baguette magique. Le cristal, c’est la baguette qui donne accès à cette “énergie” qui nous entoure et qui est autrement inaccessible. »

Selon Alain Bouchard, l’engouement actuel pour les pierres est en effet lié à l’anxiété générée par la pandémie, mais il est aussi circonstanciel. « Confinés, nous avons eu plus de temps libre, et nous avons passé une grosse partie de ce temps sur le Web. Des gens ont trouvé de l’info sur ces pratiques et ont fait plus d’achats en ligne, dont des cristaux.»

Avec les réalités climatique et environnementale qui offrent rarement de bonnes nouvelles, l’avenir demeurera anxiogène et jouera en faveur des marchands de pierres. À défaut de guérir autrement que par l’effet placébo, elles assurent au moins la santé financière de ceux qui les vendent.

Les commentaires sont fermés.

Je trouve que votre article n’est pas du tout objectif. Il est évident que vous aviez une opinion très arrêtée sur le sujet. Et vous vous êtes simplement arrangé pour trouver des personnes qui pensent comme vous.
Vraiment déçue