Que faire avec l’argent des médicaments génériques ?

Québec va payer moins cher ses médicaments génériques ce qui, d’après le ministre de la santé Yves Bolduc, va représenter des économies de 164 millions de dollars.

Quoi faire avec cet argent ? L’OCDE publie cette semaine son étude annuelle Éco-Santé sur les systèmes de santé de 31 pays, qui peut donner une idée des besoins à combler.

La page consacrée au Canada (pdf, malheureusement seulement en anglais alors que la page de la Belgique n’est, elle, qu’en français !) ne contient pas que des bonnes nouvelles.

Même si dans les 31 pays étudiés les coûts de santé ont tendance à peser de plus en plus lourd en proportion du PIB, le Canada est au dessus de la moyenne pour cet indicateur avec 10,4 % du PIB qui va à la santé, contre 9 % en moyenne dans l’OCDE.

Il y a pourtant moins de médecins par habitants (2,3 pour 1000 contre 3,2 pour 1000 en moyenne dans l’OCDE) et moins de lits d’hôpitaux (2,7 pour 1000 habitants contre 3,6 pour 1000 en moyenne).

Et beaucoup moins d’appareils de tomodensitométrie et d’imagerie par résonance magnétique : 6,7 IRM par million d’habitants contre 12,6 en moyenne, et 12,7 tomodensitomètres par million contre 23,8 en moyenne.

S’il s’en tient à cette analyse, le ministre Bolduc pourrait être tenté de profiter de l’argent des génériques pour combler une partie de ces retards.

Mais est-ce vraiment une bonne idée ? On peut se poser la question quand on arrive à la partie de l’analyse consacrée aux indicateurs de santé de la population (et quand on lit cet article à propos des dangers potentiels de la tomodensitométrie!)

Car à ce chapitre, le Canada s’en tire plutôt bien. Les Canadiens vivent par exemple un an de plus que la moyenne des habitants des pays de l’OCDE et le Canada est cité en exemple pour l’efficacité de ses stratégies de lutte anti-tabac.

Et si, plutôt que de réinvestir ces 164 millions dans le système de santé, on les consacrait à améliorer les conditions de vie de la population, en luttant contre la pauvreté ? Toutes les études des inégalités sociales de santé le prouvent : plus une population est riche, moins elle est malade.

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«Toutes les études des inégalités sociales de santé le prouvent : plus une population est riche, moins elle est malade.»

Tout à fait d’accord avec vous madame Borde. Le hic c’est que rien n’est moins évident qu’une évidence, quand on voit comment se comportent les gouvernements. Les politiques dont ils accouchent tendent vers une répartition équitable de la richesse ? Vraiment ? Pourtant c’est la solution…

En fait, ce n’est pas complètement vrai. Il suffit de regarder les données de gapminder (http://www.gapminder.org/downloads/human-development-trends-2005/)
Sur la courbe générale, effectivement, il semble que plus on soit riche, mieux on soit soigné. Mais c’est aussi une vision biaisée par notre culture de pays riche qui veut que l’argent soit la solution à tous nos problèmes, et que nos valeurs soient supérieures à celles des pays pauvres. L’Afrique du sud avec un PIB 4 fois supérieur au Vietnam à un taux de survie infantile à 5 ans inférieur ou égal. Même les 20% les plus riches de l’Afrique du sud ont une mortalité infantile qui est supérieure d’à peine 1 ou 2% au 20% les plus pauvres du Vietnam, alors que leurs PIB respectifs varient dans un rapport de 34!!!
Voilà de quoi relativiser notre vision.

Quant à l’article sur les risques lié à la tomographie, je suis un peu surpris de la manière dont il est tourné. Il commence par présenter le cas d’une erreur médicale ou la patiente a reçu 100 fois la dose normale pour fonder un raisonnement sur les dangers du scan. Il y a une différence entre un danger lié à une erreur médicale et l’utilisation normale de cette même technique. Il s’agit effectivement d’une technique qui irradie le patient (tout comme de regarder une TV cathodique il n’y pas si longtemps, ou de vivre avec un portable dans sa poche ou une borne Wifi à la maison). Mais, ce qui est déterminant, c’est que le docteur et le patient évaluent le bénéfice risque de l’utilisation de cette technique. Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain : chaque technique médicale apporte son lot de risque, mais de manière globale, l’introduction de nouvelles techniques a toujours sauvé de nouvelles vies, et c’est bien pour cela qu’elles ont été utilisées…

J’ai moi même une maladie qui nécessite de réaliser un scan régulièrement. Sans cette technique, le diagnostic serait beaucoup moins fiable, et l’on aurait dû m’injecter de très fortes doses de cortisone pendant quelques années (avec tous les effets indésirables) pour pallier un risque qui n’est en fait pas présent dans mon cas. Mais ça, seul le scan a pu le montrer…

Comme toujours, ce n’est pas l’outil qui est mauvais, c’est l’usage qu’on en fait.
Comme disait Rablais, un philosophe français qui vécut il y a quelques siècles : science sans conscience n’est que ruine de l’âme.

La richesse serait synonyme de bonne santé ? Hum ! Possible si on considère la faim comme une maladie… Bref c’est un autre débat.

Par ailleurs, ne dépensons pas le fruit de ladite économie de M.Bolduc sur le dossier des génériques avant d’en avoir vu la couleur. En effet, il y a fort à parier qu’en bout de piste, les compagnies pharmaceutiques ne négocient un traité qui fasse en sorte que ce gain ne se transforme en perte pour notre économie. N’en déplaise à M. Bolduc, plusieurs emplois sont en jeu dans ce dossier et à ce que je sache, le manque à gagner que subiront inévitablement les entreprises de fabrication de génériques se traduira nécessairement par une diminution de leurs dépenses, donc vraisemblablement par des pertes d’emplois. Dès lors, l’économie facile portée à bout de bras par le ministre de la santé constituera sous peu une perte sèche pour les contribuables.

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