Radiographie d’un bilan

Ce premier portrait encouragera-t-il les directions à améliorer leur performance? Des spécialistes se prononcent.

Critiqué par certains, encensé par d’autres, notre premier Bilan de santé des hôpitaux du Québec fait déjà jaser…

La présidente de l’Association québécoise des établissements de santé et de services sociaux, à qui nous avons présenté les résultats avant leur publication, juge que c’est un «exercice périlleux» et d’un «intérêt limité». «Les hôpitaux ne représentent qu’une petite partie de l’accès aux soins, dit Lise Denis. Pour un portrait plus complet, il aurait aussi fallu mesurer l’accès aux médecins de famille, aux soins de santé mentale, aux soins à domicile ainsi que la disponibilité des places dans les centres d’hébergement de longue durée.» Ce que L’actualité entend faire dans l’avenir — quand ces données seront disponibles.

Anne Lemay, professeure adjointe au Département d’administration de la santé de l’Université de Montréal et spécialiste de l’évaluation et de l’organisation des soins, met en doute la fiabilité des données transmises au Ministère par certains établissements. «Il est crucial, quand on évalue des hôpitaux, d’avoir une information de qualité. Il faut que les cadres sur la production de l’information soient très clairs, qu’il y ait un mécanisme de validation, comme il y en a un pour les données financières.» Or, dit-elle, ce n’est pas le cas présentement. «Il peut être hasardeux d’utiliser certaines données, comme les temps d’attente aux urgences.»

David Levine s’appuie pourtant quotidiennement sur ces mêmes données, qui lui parviennent chaque matin et chaque après-midi, pour évaluer la gravité de la situation dans les hôpitaux montréalais. Le directeur général de l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal ne remet pas en cause leur validité. Il voit même d’un bon œil la publication d’un tel classement des hôpitaux. «La reddition de comptes, ça n’existait pas avant. Les changements qu’on veut apporter au réseau, il faut pouvoir les mesurer pour voir si on va dans la bonne direction.»

Le ministre de la Santé, Philippe Couillard, salue aussi la démarche, même si certains indicateurs utilisés lui semblent «perfectibles». Il y voit une mesure qui incitera les établissements à s’améliorer, même s’il s’inquiète déjà de la réaction de certains directeurs d’hôpitaux. «La réaction classique d’un établissement ciblé comme moins performant, c’est de dénoncer le manque de ressources, dit-il. Or, on trouve dans l’étude des hôpitaux de régions comparables, jouissant d’un financement semblable, dont la performance est totalement différente.»

Que faire avec ces établissements «sous-performants»? Pénaliser leurs équipes de direction et sabrer leur budget, comme on le fait en Grande-Bretagne? Ce serait courir le risque de désavantager la population. Augmenter le budget des hôpitaux moins performants? «C’est peut-être la pire chose à faire, dit Philippe Couillard. Le message qu’on enverrait aux hôpitaux les mieux gérés, c’est que leurs efforts sont inutiles.» Beau dilemme…

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