Radios dentaires et tumeurs au cerveau : beaucoup de bruit pour rien

L’étude publiée récemment dans la revue Cancer par Elisabeth Claus, épidémiologiste à l’université Yale, établissant un lien entre les radiographies dentaires et un certain type de tumeur au cerveau a été largement diffusée dans les médias. Elle est pourtant critiquable à bien des égards.

En interrogeant 1433 personnes souffrant de méningiome et 1350 autres personnes formant un groupe témoin comparable en terme d’âge, de sexe et de provenance géographique, Elisabeth Claus et ses collègues ont trouvé des différences entre ces deux groupes quant au nombre de radiographies dentaires reçues.

Les personnes ayant passé une radio des dents tous les ans seraient de 1,4 à 3 fois plus nombreuses que les autres à avoir développé un méningiome, ont découvert les chercheurs.

Mais la preuve n’est guère solide, puisqu’elle repose sur la mémoire des participants à l’étude (qui avaient jusqu’à 79 ans), qui ont dû évaluer le nombre de radios qu’ils ont passées depuis leur enfance.

Pourquoi, par ailleurs, y aurait-il un lien de cause à effet et pas simplement un lien statistique entre les radios et la maladie ?

Parce que, dit-on dans l’étude, les radios des dents sont une source importante d’exposition aux rayonnements ionisants dont on pense qu’ils pourraient constituer une cause de méningiome.

Or c’est faux : comme l’Ordre des dentistes du Québec l’a aussitôt publié, les autres examens médicaux comptent pour plus de 95 % des doses de rayonnement reçus.

Et la radioactivité naturelle compte, en moyenne, pour les deux tiers de la dose totale de rayonnement ionisant à laquelle nous sommes exposés au cours d’une vie.

Par ailleurs, même les liens entre méningiome et rayonnements ionisants ne sont pas clairs : cette maladie n’est d’ailleurs pas plus présente là où les rayonnements ionisants de source naturelle sont très élevés.

Même si la chercheure avait raison sur toute la ligne, devrait-on s’en inquiéter ?

Le méningiome, qui est bénin dans 92% des cas, reste une maladie fort rare, dont on évalue la prévalence à environ 7 cas pour 100 000 personnes.

Pas mal moins que le nombre de gens qui passent des radios dentaires à chaque année !

Dernier problème, et de taille, avec cette étude scientifique : elle porte sur des radios que les personnes à l’étude ont passées parfois depuis des décennies.

Or la technologie a évolué, et les doses sont passablement moins élevées aujourd’hui.

Pourquoi, dans ce cas, faire peur à tout le monde en conseillant moins de radios ?

Ce conseil, qui part sûrement d’une bonne intention, n’est pas basé sur des résultats de recherche. Mais sur une perception qui est peut-être complètement erronée…

Les commentaires sont fermés.

La peur irrationnelle de la radiation. La plus part de mes connaissances n’ont aucune idée de ce qu’est la radiation, même les profs de physique du CEGEP, mais tous sont convaincus que c’est néfaste et n’a aucune utilité dans notre société. Quand je leur montre que leur détecteur de fumée contient de l’américium-241 et que c’est le petit cousin du plutonium-288, ils sont bouches bées.

La radiation a le dos large et tout le monde a son opinion sauf que très peu de gens savent de quoi il en resort. Voici 2 liens intéressants sur le sujet. Le premier est sur la peur irrationnelle face au nucléaire même si ce risque est pratiquement nul pour le public comparé à d’autres risques bien réels. L’autre étude qui porte sur les mécanismes de réparation des gènes discrédite le modèle linéaire sans seuil (LNT) lorsq’utilisé pour calculer le risque de cancer dans la population (utilisation fréquente par les non spécialistes). Le modèle LNT sert aux autorité de sûreté à établir des normes d’exposition acceptables et ne réflète en aucun cas le risque réel de développer un cancer.

Je n’hésite pas à rejeter cette étude car aucune étude sérieuse n’a pu démontrer de lien entre l’exposition aux faibles doses et un risque quelconque pour la santé.

http://www.nuklearforum.ch/ebarticle.php?art_id=fr-13333494168301&id=fr-116487550462

http://lowdose.energy.gov/pdf/2011/PNAS.pdf

Bonne lecture.

À l’oeil, je dirais que Elisabeth Claus a moins de garde du corps que Jacques Brassard. 😉

Entièrement d’accord avec vous et Ray Ten. Les médias aiment alimenter la crainte maladive des radiations. En tant que membre fondateur et président en 1980-81 de l’Association canadienne de radioprotection, et ayant fait des mesures de doses de rayonnements sur des appareils de radio dentaires, j’aime rappeler que ces apppareils en bon état contribuent une dose inférieure à un faible pourcentage de la dose de radiation naturelle

J’ajouterai un petit point technique. Ce n’est pour rien que les études qui trouvent des effets aux radiations à faibles doses, des champs électromagnétique, etc portent sur la leucémie ou le cancer du cerveau. Ce sont des maladies très rares, donc il y a peu de cas et on peut alors facilement détecter un signal par simple fluctuation statistique.

Quelle que soit l’étude on devrait se poser des questions si: le nombre de cas est inférieur à 30 et si on a subdiviser l’échantillon de départ en sous-groupes. Ces deux « techniques » sont couramment utilisées dans bien de domaines pour augmenter artificiellement la signifiance statistique d’un phénomène.

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