Ras-le-bol virtuel

La multiplication des trolls « savants » a amené Alain Vadeboncœur à s’éloigner temporairement des réseaux sociaux… après avoir fait de lui-même un genre de blade runner ! 

Photo : Daphné Caron

Au début de l’hiver, après des mois de présence un peu maniaque sur les réseaux sociaux pour informer les gens de mon mieux à propos de la pandémie, j’ai décroché. Loin de mes comptes, ayant verrouillé les accès à double tour, je me suis offert une pause, refusant aussi les entrevues médiatiques, qui manquent rarement d’agiter en retour le bocal du monde virtuel.

Cela ne m’a demandé aucune volonté, parce qu’ouvrir Facebook et Twitter en était venu à m’inspirer surtout une sorte de nausée. Ce n’est pas l’animosité répandue sur ces réseaux qui me dérangeait, même si j’ai subi plus que mon lot d’attaques personnelles. J’ai même souvent tenté, en vain, de comprendre quelle mouche piquait ces gens sans visage s’arrogeant le droit de me rentrer dedans. J’ai plutôt choisi d’éliminer cette nuisance, comparable aux maringouins, en éloignant de ma vie les trolls agressifs, ceux dont on dit qu’il ne faut jamais les nourrir.

Mais j’ai eu ensuite à en découdre avec une catégorie de trublions dont je ne soupçonnais même pas l’existence jusque-là : des trolls de niveau supérieur, avec un visage (souvent modifié par ordinateur) et un nom de baptême plus chrétien que Warrior666, suivi de doctes lettres. Les échanges avec ces pseudo-Ph. D. me sont toutefois apparus aussi futiles, parce que leurs arguments n’étaient que de la frime, inspirés par une sorte de paranoïa face à tout ce qui ressemble à des consignes de santé publique ou à la moustache du Dr Arruda.

J’ai rapidement appris à reconnaître cette nouvelle race, autant à son ton mordant qu’à ses dents mal dessinées par logiciel, et j’ai confirmé mes doutes en cherchant, sans succès, des précisions sur la vie réelle de ces gens. Je les ai ensuite éliminés, comme on le fait avec les réplicants, en les soumettant au test d’humanité dans le film Blade Runner. C’était d’autant plus important que j’ai compris (un peu tard) qu’en discutant avec eux, je contribuais à les propulser sur le marché des algorithmes, alors qu’ils n’avaient au départ aucun auditoire appréciable.

Mais ce qui m’a retenu loin du monde virtuel, c’est surtout l’arrogance de ceux et celles qui prennent leur pied à se croire dur comme fer, persuadés de posséder la vérité dont ils répandent si généreusement la sève. J’en ai croisé quelques-uns d’ici (je ne mentionne pas leur nom pour ne pas leur faire plaisir), d’autres du Canada anglais, plusieurs des États-Unis — inspirés par Trump — et surtout toute une lignée de la France, ces Raoult, Toubiana, Toussaint, Perronne et leur joyeuse compagnie. 

Quoi de plus harassant que d’écouter ces experts (qualifiés de « rassuristes ») nier parfois l’existence même de la pandémie, en tout cas rejeter du revers de la main sa gravité, en annoncer prématurément la fin, contester l’utilité des masques et persister à dire que l’hydroxychloroquine guérit la COVID — positions battues en brèche par les faits, puis dénoncées par les « inquiétistes », dont je fais assurément partie.

Et quoi de plus frustrant que d’assister à la subtile transformation de leur discours, comme l’été dernier, après qu’ils eurent reconnu à reculons qu’une première vague était passée, refusant pourtant de préparer leur planche de surf pour la seconde, niant la capacité du virus de rendre le monde malade et n’admettant pas la possibilité qu’il y ait des contrecoups dans les hôpitaux — tout ce qui est tristement arrivé durant l’automne et l’hiver.

C’était tout aussi déplaisant de subir en écho les tweets de leurs disciples répercutant ces thèses fragiles pour étayer leurs croyances discutables, se posant en défenseurs infatigables de la liberté, alors qu’il s’agit surtout de fatigants pas très libres et souvent sur la défensive. Au moins, les médias, qui diffusaient jusque-là un peu trop ces positions frondeuses, mais infondées, nous ont soulagés du fardeau de répondre à ces gens en choisissant de leur retirer peu à peu les projecteurs, pendant que les journalistes scientifiques prenaient graduellement la place qui leur revenait — et ils ont accompli un sacré bon travail.

Mais voilà, les discours satisfaits, servis sourire en coin sur un ton de certitude célébrant la connivence retrouvée au sein de bulles consensuelles, m’étaient déjà tombés suffisamment sur la rate pour que ne vacille pas un moment ma foi dans l’humanité virtuelle.

Bref, en raison de ce qu’il y a d’assez désagréable chez l’humain quand il se croit investi d’une mission sur le Web malgré la fragilité de ses arguments, j’en ai eu ma claque pendant une certaine période.

Au fait, je vous recommande une telle pause, de temps en temps, parce que ça fait du bien, parole de doc.

Les commentaires sont fermés.

Merci à vous Docteur Vadeboncoeur. Je quitte ces temps-ci surtout à cause du petit épagneul américain qui m’occupe tant que j’en oublie parfois de regarder et d’écouter les conférences de presse de Monsieur Legault et Docteur Arruda. Alors, grâce à mon petit chien, je suis moins présente sur Facebook pour mon plus grand calme! Bonne soirée.

Je suppose que vos propos représentent, comme on dit, la rançon de la gloire. Vos chroniques sont toujours inspirantes. Les sujets que vous choisissez, surtout celui de cette cette dernière chronique, forcent le lecteur intéressé que je suis à la réflexion. Pas toujours facile, je suppose, d’exprimer par écrit ses pensées les plus profondes; de laisser transparaître aussi franchement ses sentiments. Cette grande ouverture que vous manifestez invitent les négationnistes et les »amis jaloux, à la critique. Je félicite et admire votre témérité.

Merci Dr. Vadeboncoeur pour votre article. Je suis heureux pour vous que vous ayez décidé de prendre une pause des médias sociaux. Je ne suis pas adepte de ces derniers, car il y a déjà bien longtemps que j’ai réalisé que ceux-ci donnaient malheureusement une voix aux frustrés, gérants d’estrade, pseudo spécialistes, paranoïaques et adeptes des théories du complot avec qui on éviterait de discuter dans la vraie vie. Ces personnes sont tellement prisonnières de leurs croyances, qu’elles consacrent leur énergie à tenter de censurer et d’intimider quiconque n’a pas la même opinion.

Discuter, débattre et douter sont des fondements mêmes de la démocratie et de l’approche scientifique. Mais lorsque le ton de ces discussions devient irrespectueux, injurieux, voire même menaçant (ce qui est souvent le cas dans les réseaux sociaux), on assiste alors à un dialogue de sourd. Il ne sert alors plus à rien de continuer, car nos interlocuteurs n’ont pas l’ouverture d’esprit requise pour participer à une discussion enrichissante pour tous. Il est alors préférable de se retirer, comme vous l’avez fait, afin d’éviter d’être aspiré avec ces trolls, dans ce trou noir sans fond de la paranoïa, du négativisme et du conflit, alimenté par les algorithmes gafamiens de la recherche du profit et de la fermeture d’esprit.

Je suis abonnée depuis quelques années. Mais cette fois-ci je l’ai fait en utilisant mon application Apple. Depuis, je reçois la quotidienne mais seulement la présentation des sujets. Il faut s’abonner pour lire la suite. Je suis déjà abonné. J’ai eu des échanges avec votre service d’aide à la clientèle, j’ai envoyé copie de ma facture Apple, mais ça ne fonctionne toujours pas sauf pour 2 articles gratuits par mois. Si j’avais su je ne me serais abonnée par le biais de l’application Apple. Lire la Quotidienne était la première chose que je faisais en me levant le matin. SOS je veux ma Quotidienne !!!!!!!!!
Merci beaucoup de votre écoute !

Merci beaucoup Dr. Vadeboncoeur. Je suis infirmière clinicienne récemment retraitée de 39 ans de pratique et je comprends parfaitement votre propos. Je reçois, régulièrement, des vidéos et des opinions avec des contenus conspirationnistes afin de disqualifier l’opinion des médecins et des scientifiques. C’est une bien triste réalité lorsqu’il s’agit de sauver des vies.
Un immense merci à vous ,Dr. Vadeboncoeur, j’ai un grand respect pour vous et pour tout le personnel médical.

D’accord? Oui et non. Dans votre texte il y a beaucoup de chose avec lesquelles je suis d’accord et d’autres moins. Ce qui ne m’empêche pas de vous lire et lire aussi ceux que vous dénigrez les « et surtout toute une lignée de la France, ces Raoult, Toubiana, Toussaint, Perronne et leur joyeuse compagnie ». Eux aussi sont des experts et des PhD. pour la plupart et de renommer internationale. Même avec un diagnostique d’un médecin reconnu, tous nous avons droit a un deuxième opinion ou même plus, pour se faire une tête et décidé par nous-même. Je ne suis pas médecin, ni professeur ni aucun titre de noblesse mais j’ai quand même droit d’avoir le choix.

Je me permet une suggestion, prenez donc un peu de temps a l’intérieure de cette pause « réseaux sociaux » pour suivre encore une autre formation, celle sur l’humilité et comment dégonfler son égo. Et pour vos suiveux, j’en ai rien a foutre de vos commentaires, genre « J’voudrais bien te voir a sa place »! C’est « SA » place, il l’a choisi. Quand on prend les rangs on prend les inconvénients! Quand on décide de se présenter en publique comme expert, il faut aussi s’attendre que tous ne partage pas nécessairement notre avis et qu’il puisse y avoir débat. A moins qu’on ne sois en dictature ou pris dans une secte!

Pour les chiens de poches: Vous pouvez m’attaquez sur la qualité de ma grammaire et mettez sciemment de coté le sujet du texte parce que d’opinion différente. On connais les tactiques.

Tout à fait d’accord avec vous Michel.
Le narratif de nos gouvernants est plutôt unidirectionnel et de se limiter à leurs discours montre l’étroitesse d’esprit de MR.Vadeboncoeur.
Il aura le temps s’ouvrir ces horizons en regardant des médias Français comme SudRadio ou France-Soir qui nous montre une autre réalité de la pandémique. Bravo bien dit!

Si les avis scientifiques sont contradictoires, le politique ne peut pas rester assis entre deux chaises. Il doit faire un choix avec les conséquences, bonnes et moins bonnes, qui en découlent. C’est ça gouverner.

Je ne vous attaquerai sur pas grand chose, sinon que vous devriez mieux lire mon texte. Je ne parle pas vraiment d’autres opinions. Je parle de bêtise, d’aggressivité et d’obstination devant les faits. Lisez un peu sur les « experts » que je mentionne, leurs contradictions, leur mauvaise lecture des événements, leurs prédictions erronées, et leur persistance, et vous comprendrez ce que je veux dire. Faites vos recherches. Je n’ai absolument rien contre les débats d’idées, par ailleurs.

Si les avis scientifiques sont contradictoires, le politique ne peut pas rester assis entre deux chaises. Il doit faire un choix avec les conséquences, bonnes et moins bonnes, qui en découlent. C’est ça gouverner.

À M. Jean Poitras,
Ce commentaire ne vous était pas destiné. Celui de 10h18, ayant disparu de son statut «sous révision» et en voulant le resoumettre, j’ai reçu un avis de «doublon». Croyant que mon commentaire était censuré, j’ai voulu le resoumettre à la fin des commentaires et il a apparu sous votre nom.
Moi aussi, j’apprécie la justesse des propos du Dr Vadeboncoeur.

« …c’est surtout l’arrogance de ceux et celles qui prennent leur pied à se croire dur comme fer, persuadés de posséder la vérité dont ils répandent si généreusement la sève. »
À plusieurs endroits dans votre texte, vous décriez ce que vous faites vous-même depuis le début du théâtre sras-cov-2. À force de mépriser vos éminents collègues pour faute de ne pas manger à la même table, en êtes-vous venu à vous dégoûtez vous-même? Bravo pour la pause. Puissiez-vous revenir seulement quand vous saurez montrez un peu d’humilité.

Serait-ce trop vous demander de me donner des exemples concrets et documentés de ce que je ferais moi-même « depuis le début du théâtre sras-cov-2 »?

Au fait, pour m’y connaître un peu en théâtre, quand vous appliquez ainsi le concept à la pandémie, quel genre d’image stimulante souhaitez-vous apporter? Que tout cela est faux? Que c’est un trompe l’oeil? Que les morts ne sont que de mauvais comédiens?

Soyez plus précise, si vous vous croyez intéressante.