Récupérer plus vite d’un AVC

Après un accident vasculaire cérébral, mieux connu sous le nom d’AVC, il faut passer du temps en réadaptation pour minimiser les séquelles. Des scientifiques québécois ont montré qu’il est possible d’accélérer le rétablissement.

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L’accident vasculaire cérébral est la principale cause d’incapacité chez les adultes et la troisième cause de décès au Québec. Selon le ministère de la Santé et des Services sociaux, environ 20 000 personnes subissent chaque année ce grave problème, qui survient lorsque le sang ne circule plus dans une partie du cerveau à cause d’un caillot ou de l’éclatement d’un vaisseau sanguin. Les facteurs de risque comprennent notamment l’hypertension, l’excès de mauvais cholestérol et la consommation élevée de tabac ou d’alcool. 

L’AVC est une urgence médicale, puisque chaque minute qui s’écoule avant l’arrivée à l’hôpital engendre la mort de 1,9 million de cellules cérébrales… et un lot de séquelles potentielles. Le tiers des victimes d’un AVC traîneront ainsi à long terme des effets physiques ou psychologiques de cette pathologie, comme un déficit du langage, une perte de mobilité ou un état dépressif.

« La réadaptation est la clé pour aider les patients à retrouver la vie la plus normale possible », signale Carol Lillian Richards, physiothérapeute et chercheuse au Centre interdisciplinaire de recherche en réadaptation et intégration sociale (CIRRIS) et professeure émérite au Département de réadaptation de l’Université Laval. Or, jusqu’à récemment, il y avait un manque criant de données cliniques pour évaluer le parcours optimal et les meilleures pratiques de réadaptation pour les victimes d’un AVC.

La toute première banque de données cliniques québécoises sur la réadaptation post-AVC a remédié à la situation. Cet outil créé il y a quelques années par l’Équipe de recherche multidisciplinaire en réadaptation sensorimotrice (ERRSM) du CIRRIS montre qu’il serait possible de réduire de 10 jours en moyenne le délai entre un accident vasculaire cérébral (AVC) et l’admission dans un centre de réadaptation. En outre, les patients pourraient passer 21 jours de moins à l’hôpital et en institut de réadaptation sans compromettre le succès de leur rétablissement. 

Cette mine de renseignements sur la durée, le contenu et les résultats du processus de réadaptation post-AVC a d’ailleurs inspiré un guide provincial de bonnes pratiques, qui commence à générer des retombées pour les patients et la société. Les premiers peuvent retourner plus rapidement chez eux, alors que la deuxième épargne sur les frais de séjours hospitaliers et de réadaptation.

La longue voie du rétablissement

Une personne qui fait un AVC doit être admise le plus rapidement possible à l’hôpital, où elle sera évaluée et traitée, notamment avec des médicaments pour dissoudre les caillots sanguins et rétablir la circulation du sang et de l’oxygène au cerveau. Une fois l’état de santé stabilisé, la plupart des gens sont dirigés vers un institut de réadaptation post-AVC où ils essaieront de retrouver leurs capacités et de minimiser les séquelles.

Dans le cadre de leurs travaux, entrepris en 2012, les membres de l’ERRSM ont montré que les séjours en milieu hospitalier et en centre de réadaptation étaient plus longs au Québec qu’ailleurs au Canada, aux États-Unis et en Europe. « Certains patients restent trop longtemps à l’hôpital avant d’être transférés dans un institut de réadaptation, pense Carol Richards. Or, le délai entre les deux doit être le plus court possible, pour accélérer le rétablissement. » D’autres passent trop de temps en réadaptation, sans gain supplémentaire pour leur santé.

Pallier le manque de données

Comme les centres de réadaptation ne recueillaient pas systématiquement les données sur le cheminement post-AVC de leurs patients — notamment la durée de la réadaptation, les évaluations, etc. —, il était difficile pour les cliniciens de déterminer et d’uniformiser les meilleures pratiques. Dès 2012, Carol Richards et ses collègues Sylvie Nadeau, de l’Université de Montréal, et Joyce Fung, de l’Université McGill, ont donc mis sur pied une plateforme de recherche clinique commune dans les trois principaux centres de réadaptation québécois — l’Institut de réadaptation en déficience physique de Québec (IRDPQ), l’Hôpital juif de réadaptation, à Laval, et l’Institut de réadaptation Gingras-Lindsay-de-Montréal — afin de combler cette lacune.

Des membres du CIRRIS et du Centre de recherche interdisciplinaire en réadaptation du Montréal métropolitain (CRIR), ainsi qu’une centaine de membres du personnel clinicien et 300 victimes d’un AVC suivies dans les trois instituts ont collaboré à cette plateforme.

Ce projet a permis de créer une banque de données partagées entre les trois centres de réadaptation, puis de rédiger un guide de bonnes pratiques standardisées pour mieux évaluer leurs patients.

L’IRDPQ a notamment testé en 2015 une stratégie consistant à déterminerune date de congé dès l’admission en réadaptation. Le résultat a été notable : durée de séjour écourtée pour les patients, libération de lits et diminution des coûts pour l’Institut, sans effet négatif sur la récupération des victimes d’un AVC.

Réorienter la réadaptation

Devant ces résultats concluants, le ministère de la Santé et des Services sociaux a mandaté des experts pour élaborer une trousse d’outils cliniques provinciale offerte à tous les centres de réadaptation situés en milieu hospitalier, en clinique ou en institut. 

Anne Durand, physiothérapeute en phase de réadaptation post-AVC à l’IRDPQ du CIUSSS de la Capitale-Nationale, a collaboré au projet de Carol Richards. Elle a ensuite été invitée à travailler sur le guide pratique du Ministère, qui a été publié en 2018. « On y recommande des façons de faire destinées à harmoniser les évaluations de la réadaptation post-AVC et à optimiser les pratiques au Québec », précise-t-elle. Par exemple, le guide propose aux cliniciens quatre outils pratiques pour dépister rapidement le risque de dépression, ou encore un questionnaire pour déterminer les troubles cognitifs de légers à graves.

Les réflexions se poursuivent pour tenter de diminuer le nombre d’outils offerts et minimiser ainsi le plus possible le temps passé à évaluer le patient, au profit du temps consacré à sa récupération.

Améliorer la réintégration sociale

Mais pour Carol Richards, qui s’intéresse aux AVC depuis 1972, il reste aussi du travail à faire après la réadaptation. « On a très peu de données sur la phase d’intégration sociale, lors du retour à la maison du patient. Il y a également peu de ressources, malgré les nombreux défis. » La grande majorité des victimes d’un AVC ont du mal à s’occuper de l’épicerie, de leur hygiène, de leurs finances. Dans les six mois suivant leur AVC, ils présentent aussi un risque élevé de dépression qui ralentit leur réintégration dans la société. « Le maintien des acquis de la réadaptation est difficile, car il n’y a pas vraiment de suivi », déplore celle qui œuvre comme bénévole pour l’organisme Artère Québec, dont la mission est de soutenir les victimes d’un AVC. « Il faut notamment s’assurer d’évaluer avec la personne les problèmes sous-jacents à son AVC, comme une mauvaise alimentation, le tabagisme ou encore la sédentarité. »