Rénovations : gare au radon

Faire des rénovations pour réduire la facture de chauffage, c’est bien… à condition de ne pas augmenter le risque de souffrir d’un cancer du poumon à cause du radon !

dima_sidelnikov / Getty Images

Il n’y a pas que la cigarette qui tue. Le radon aussi ! Au Canada, 16 % des cancers du poumon sont liés au radon et près 3 000 personnes en meurent chaque année. Ce gaz radioactif est présent un peu partout dans le sous-sol canadien et, étant invisible et inodore, il peut remonter dans nos maisons à notre insu. C’est pourquoi les associations pulmonaires du pays ont répliqué par une lettre ouverte, ce printemps, quand le ministère des Ressources naturelles du Canada a lancé le programme de Subvention canadienne pour des maisons plus vertes sans mentionner que de telles rénovations pouvaient augmenter la concentration en radon dans les demeures. « Cette lettre est très bien formulée et, en effet, l’exposition au radon peut s’aggraver dans une demeure qui subit des rénovations énergétiques majeures, surtout si celles-ci ne sont pas assez réfléchies », confirme Denis Boyer, spécialiste en efficacité énergétique à Écohabitation.

200 Bq/m3, la concentration à ne pas dépasser

Le gouvernement fédéral est pourtant bien au fait des dangers du radon. S’il est inhalé, ce gaz radioactif peut endommager l’ADN des poumons et y engendrer un cancer. Il est d’ailleurs classé comme agent cancérogène avéré par le Centre international de recherche sur le cancer. On ne lui connaît pas, cependant, de liens avec d’autres cancers ou maladies respiratoires. 

Déjà en 1988, Santé Canada établissait une première ligne directrice recommandant des mesures correctives aux habitations dont la concentration en radon excédait 800 becquerels par mètre cube d’air (Bq/m3). En 2007, Santa Canada a même révisé sa ligne directrice en abaissant la concentration seuil à 200 Bq/m3. Ce qui reste toutefois supérieur à la limite de 100 Bq/m3 recommandée par l’Organisation mondiale de la santé. 

Une enquête de Santé Canada publiée en 2012 révélait que 10 % des habitations québécoises dépassaient le seuil de 200 Bq/m3 et qu’aucune région n’était épargnée. Il s’agirait même d’une sous-estimation, selon l’Association pulmonaire du Québec, qui vend des détecteurs de radon et encourage les gens à mesurer la concentration en radon dans leur domicile. « Depuis 2008, nous colligeons les données, que nous remettons au gouvernement du Québec pour faire une cartographie. En moyenne, 17 % des habitations québécoises dépassent le seuil de 200 Bq/m3. Ça monte à 25 % en Outaouais et même à 30 % à Oka », souligne Dominique Massie, directrice générale de l’Association pulmonaire du Québec. Les constructions neuves sont tout aussi concernées que les vieilles maisons, et les concentrations sont variables d’une rue à l’autre.

Des rénovations qui emprisonnent le radon

Le radon provient de la désintégration de l’uranium présent dans les roches. Il trouve son chemin jusqu’à la surface par les failles ou l’eau souterraine et peut s’infiltrer dans les maisons par le sous-sol. « Comme il est plus dense que l’air, il a tendance à s’accumuler dans les sous-sols. Il trouve difficilement une issue, surtout si l’enveloppe de la maison est très étanche », explique Denis Boyer. 

Or, justement, renforcer l’étanchéité de la maison fait partie des rénovations proposées par la subvention. « L’étanchéisation de l’enveloppe pourrait emprisonner encore davantage le radon. En particulier, le remplacement des fenêtres par un modèle plus écoénergétique, et plus étanche, aura tendance à emprisonner le radon dans la maison, surtout au sous-sol », précise Denis Boyer. Un échangeur d’air devrait en théorie remédier au problème, mais, « pour toutes sortes de raisons — bruit, économie d’énergie, manque de connaissances —, l’échangeur d’air est souvent en mode “recirculation” ou carrément éteint », constate Denis Boyer, qui conseille plutôt d’apporter des mesures correctives pour réduire la concentration en radon. 

C’est d’ailleurs ce que préconisent les signataires de la lettre ouverte. « Puisqu’on vérifie le chauffage, la climatisation… profitons-en pour régler le problème du radon à la source. Mesurons le radon et, en fonction de la concentration, faisons les travaux pour le radon », propose Dominique Massie. De nombreux organismes et commerçants vendent des dosimètres pour mesurer soi-même la concentration en radon, et il est aussi possible de faire appel à un professionnel certifié par le Programme national de compétence sur le radon au Canada. 

Dans les deux cas, le radon doit être mesuré dans la pièce la plus basse de la maison où des personnes sont susceptibles de passer plusieurs heures quotidiennement. Surtout, comme la concentration en radon peut varier au fil des jours, particulièrement quand les fenêtres sont ouvertes, la concentration doit être mesurée pendant trois mois et durant l’hiver, quand les fenêtres sont généralement fermées. 

Si la concentration dépasse les 200 Bq/m3, il faut sérieusement envisager des travaux pour barrer la route au radon, par exemple en scellant tous les joints, fissures et ouvertures dans la dalle de béton et les murs de fondation, ou en ajoutant une colonne d’évacuation jumelée à un ventilateur pour évacuer le radon. Il en va de la santé des enfants qui dorment dans des chambres au sous-sol et de celle des télétravailleurs qui y installent leur bureau.

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