Résistance aux antibiotiques: une menace mondiale

La résistance aux antibiotiques est en pleine croissance et constitue de ce fait un grand défi pour les systèmes de santé et les organismes de santé publique.

Sante_et_scienceSaviez-vous que la première Semaine mondiale pour un bon usage des antibiotiques vient de se terminer? Probablement pas, puisque peu de gens en ont parlé. Mise en place par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), elle s’est pourtant déroulée du 16 au 22 novembre 2015 sous le thème «Antibiotiques: à manipuler avec précaution».

L’objectif était de montrer que les antibiotiques, qui ont rendu tant service depuis trois quarts de siècle, constituent une précieuse ressource, qu’il faut donc préserver par tous les moyens. Il s’agissait surtout de mieux faire connaître le phénomène de la résistance aux antibiotiques, en encourageant le public, les soignants, les décideurs à adopter de meilleures pratiques afin de freiner sa propagation.

L’OMS travaille beaucoup pour transformer les mentalités. En mai 2015, elle adoptait un plan d’action mondial sur le bon usage des antibiotiques, dont l’un des cinq objectifs est justement de sensibiliser le public à la question.

Une vaste enquête internationale

L’OMS vient aussi de publier les résultats d’une vaste enquête internationale portant sur l’usage des antibiotiques, qui montre tout le travail qui reste à réaliser.

Dix mille personnes ont été interrogées dans une douzaine de pays, un peu partout dans le monde. Les résultats ne sont pas surprenants, mais devraient nous pousser à réfléchir. L’incompréhension quant au bon usage des antibiotiques m’apparaît similaire à ce que je constate autour de moi. D’après l’OMS, ces lacunes contribuent au problème de la résistance.

Par exemple, deux personnes sur trois (64 %) pensent que les antibiotiques sont utiles pour guérir des infections virales comme le rhume ou la grippe, alors qu’ils n’ont aucun effet. Et près d’un tiers (32 %) des répondants croient qu’on peut cesser l’utilisation d’un antibiotique quand on se sent mieux, sans avoir complètement suivi le traitement prescrit. En réalité, ces deux pratiques favorisent l’éclosion des résistances!

Les facteurs encourageant la résistance

Plusieurs facteurs expliquent d’ailleurs la résistance aux antibiotiques, dont ceux-ci, soulignés par l’OMS:

  • La prise d’antibiotiques lorsqu’elle n’est pas conseillée médicalement (par exemple, pour traiter des infections virales non compliquées);
  • La prise d’antibiotiques non prescrits par un professionnel de la santé (dans bien des pays, on peut s’en procurer en pharmacie sans consultation);
  • L’interruption d’une prescription d’antibiotiques avant la fin (plutôt que de suivre complètement le traitement prescrit);
  • Le «partage» de ses antibiotiques avec une tierce personne (les antibiotiques sont toujours prescrits pour une seule personne, dans un contexte particulier).

Si tous ces facteurs contribuent à l’accroissement de la résistance bactérienne, on ne peut passer sous silence l’usage abusif des antibiotiques dans l’industrie de l’élevage animal, qui pourrait même constituer le principal facteur.

Comprendre les résistances

Les gens comprennent tout aussi mal le phénomène de la résistance aux antibiotiques. En fait, plus de trois quarts (76 %) des personnes interrogées croient que cette résistance est le propre de l’hôte (donc de vous et moi). Cela n’a pourtant rien à voir avec notre corps ou notre système immunitaire.

En réalité, ce sont les bactéries elles-mêmes qui deviennent résistantes — et non les humains ou les animaux affectés par les infections. Les mécanismes de la résistance bactérienne sont habituellement génétiques et aisément explicables par un processus de sélection naturelle. Dans l’environnement hostile où des antibiotiques sont présents, les bactéries qui, par le hasard des mutations, «trouveront» une manière de contrer l’effet des antibiotiques se développeront ensuite plus librement et deviendront dominantes. Les «descendants» de ces bactéries afficheront aussi cette résistance.

Mais les gènes en cause peuvent se transmettre d’une bactérie à l’autre, voire entre espèces différentes, favorisant ainsi la propagation à grande échelle de la résistance aux antibiotiques.

La résistance menace tout le monde

On pense parfois que seuls les grands malades sont à risque de se heurter au problème de la résistance aux antibiotiques, une question d’ailleurs posée dans le sondage de l’OMS. Près de la moitié (44 %) des gens pensent que la résistance touche surtout ceux qui prennent des antibiotiques sur une base régulière.

Pourtant, une bactérie résistante peut affecter n’importe qui, n’importe où et n’importe quand, comme le rappelle l’OMS. Par exemple, vous et moi, à la suite d’une opération mineure dans un hôpital, développerons parfois une infection de plaie, complication courante et aisément traitable. Mais si la bactérie qui infecte notre peau est résistante aux antibiotiques, cela compliquera la suite des soins. Une infection causée par ce genre de bactérie sera beaucoup plus difficile — sinon pratiquement impossible — à traiter. Ainsi, la guérison d’une simple plaie postopératoire pourrait s’étirer sur des semaines et même menacer la vie.

Un problème majeur de santé publique

La résistance aux antibiotiques est en pleine croissance et constitue de ce fait un grand défi pour les systèmes de santé et les organismes de santé publique.

Je citerai la Dre Margaret Chan, directrice générale de l’OMS, pour illustrer l’ampleur du problème:

«L’augmentation de la résistance aux antibiotiques représente un immense danger pour la santé mondiale et les gouvernements reconnaissent désormais qu’il s’agit de l’un des plus grands défis auxquels la santé publique est confrontée aujourd’hui.»

Il faut donc sonner l’alarme, ce que souhaite faire l’OMS avec sa Semaine mondiale pour un bon usage des antibiotiques et son plan d’action.

Et c’est à nous — soignants, patients et décideurs — d’en faire une priorité de santé publique. Et surtout, d’agir. Parce qu’il s’agit d’un des grands défis de la médecine contemporaine et qu’il y ira peut-être un jour de votre vie où vous devrez affronter une telle résistance.

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Ma belle-fille a reçu une prescription d’un médecin pour 3 jours d’antibiotique. Si par la suite elle n’est pas mieux la médecin lui a donné une deuxième prescription pour le même antibiotique pour 3 jours de plus. Dans mon temps on prenait 1 semaine à 10 jours d’antibiotique et si ça ne fonctionnait pas, le médecin changeait de sorte d’antibiotique. La résistance actuelle ne viendrait-elle pas des médecins eux-mêmes qui hésitent à prescrire «correctement»

Encore un problème qui ne semble pas trouver de solution et donc s’accentue continuellement. Le «nous» du dernier paragraphe laisse songeur. Comme si c’étaient les patients qui s’autoprescrivaient des antibiotiques. Les médecins et vétérinaires sont très mal sensibilisés à ce grave problème et ce sont eux les principaux responsables de la surutilisation et mauvaise utilisation des antibiotiques.

Ce problème fait penser à celui causé par les GES sur le climat. Les effets dévastateurs ne sont pas immédiatement perçus par les émetteurs de GES ou par les médecins ou vétérinaires qui prescrivent les antibiotiques. En fait les médecins sur-prescrivent les médicaments aussi. Dès qu’une substance prescrivable pourrait peut-être aider un patient, le médecin a déjà la main sur le pad de prescription. La principale intervention, le principal mode d’action des médecins est la prescription de médicaments ou d’antibiotiques. C’est à peu près tout ce qu’il savent faire et ils le font beaucoup. [En plus des chirurgies dont ils abusent aussi. Les Britanniques dépensent beaucoup moins en soins de santé que les Américains et vivent plus longtemps…]

Et personne ne parle de la quantité astronomique des antibiotiques dans la chaîne alimentaire (combien d’animaux consommables reçoivent des antibiotiques?) ni du fait que les usines de traitement des eaux n’éliminent absolument pas ces molécules…

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