Résistance aux antiviraux : restons calmes !

Cédant à la panique, certaines personnes abusent des médicaments antiviraux depuis le début de la pandémie, accroissant le risque que la résistance du virus se répande.

Le virus pandémique A(H1N1) peut-il devenir résistant au Tamiflu et au Relenza ? Oui. Faut-il s’en inquiéter? Oui. Peut-on y faire quelque chose? Oui : ne pas prendre (ou prescrire) ces médicaments à tort et à travers, et inciter ceux qui le font à changer d’attitude. Ceux qui ont vraiment peur de la pandémie devraient chercher du réconfort plutôt que des antiviraux.

Les scientifiques savent depuis longtemps que plus on distribue largement un médicament antiviral, plus on augmente les chances que des virus y deviennent résistants. C’est la même chose avec les antibiotiques et les bactéries. Tous ces médicaments, même s’ils ont leurs limites, ont quand même eu le mérite de sauver d’innombrables vies depuis des décennies.

Depuis la début de la pandémie, l’OMS a rapporté six cas de résistance au Tamiflu (dont un au Québec), sur un total de 177 457 personnes atteintes par le virus en date du 12 août. Plusieurs autres sont sans doute passés inaperçus, mais il n’y a pour l’instant pas de quoi paniquer. En laboratoire, des chercheurs australiens ont aussi repéré une souche résistante au Relenza, même si aucun cas n’a été trouvé chez des humains.

Les spécialistes s’y attendaient et l’OMS surveille étroitement la progression de la résistance. En 2007 et 2008, une partie des virus d’influenza saisonnière qui ont circulé étaient déjà résistants.

Les recherches vont bon train pour trouver de nouveaux antiviraux efficaces contre les virus grippaux. L’un d’eux, le Laninamivir, vient de passer la dernière phase d’essais cliniques, et serait efficace contre la sourche A(H1N1).

La seule manière de diminuer le risque de résistance, c’est de s’assurer que seules les personnes qui ont vraiment besoin de ces médicaments en prennent. Les directives de l’Agence de santé publique du Canada sont très claires à ce sujet: les antiviraux doivent être réservés aux malades les plus sévèrement touchés, aux personnes présentant un risque élevé de complications sévères lors des épisodes de grippe saisonnière, et à celles qui travaillent ou séjournent dans des hôpitaux ou centres de soins de longue durée. Dans tous les cas, c’est au médecin que revient la décision de traiter ou non un patient.

Cédant à la panique, des personnes achètent des antiviraux par internet depuis le début de la pandémie, d’autres en réclament de leur médecin au moindre mal à la gorge ou coup de fatigue. Cette attitude est complètement irresponsable, et ne fait qu’accroître le risque que la résistance se répande. La plupart des gens gripéés, rappelons-le, n’ont pas besoin d’antiviraux

Les autorités de santé devraient aussi réaffirmer haut et fort que ces médicaments ne sont pas des potions magiques et qu’ils ne doivent pas être pris à la légère.

Le gouvernement britannique persiste cependant à offrir ce médicament à toute sa population après un simple appel téléphonique, sans consultation. Des milliers de personnes ont pris des antiviraux pour rien, selon le quotidien The independant. Comme par hasard, c’est dans ce pays qu’on s’inquiète le plus des effets secondaires possible du Tamiflu chez les enfants…

Plusieurs spécialistes ont déjà dénoncé l’attitude des autorités anglaises, qui vise plus à rassurer une population au bord de la panique qu’à combattre efficacement le virus. Politique, quand tu nous tiens…

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