Revenez sur terre avec votre super-lune!

Le phénomène de la super-lune a fait le tour du monde et des médias sociaux. Mais c’est peut-être surtout une question d’imagination. Le Dr Alain Vadeboncœur nous explique pourquoi.

C’était magnifique, l’autre soir, non? Mon fil Facebook regorgeait d’images superbes, où le disque lunaire s’élevait dans toute sa majesté. Cette lune immense, brillante, par moments doucement voilée par les nuages, remplissait le ciel d’une inhabituelle lumière blanche et un peu crue. Alors, juste wow.

Ou bien pas du tout. Non mais est-ce qu’on peut en revenir, de la super-lune? Je ne le nie pas, c’était bien la plus grosse super-lune depuis 1948, ce n’est pas rien. Et comme la prochaine ne surviendra qu’en 2034, ça valait la peine d’aller faire un tour dehors. Ce que j’ai fait, bien entendu.

Même qu’avant d’aller lire un peu sur le sujet, j’ai été charmé par la belle lumière ambiante et l’ombre projetée. Rien de comparable à n’importe quelle pleine lune au chalet, puisque la douce lumière nocturne est ici-bas voilée par la pollution visuelle de la ville. Mais tout de même, j’ai pu observer un peu d’ombre au sol.

J’en ai tiré un cliché mémorable, et tout à fait émouvant, qui a d’ailleurs connu un raisonnable succès sur les réseaux sociaux. Même s’il ne pouvait avoir la prétention de concurrencer ces images surnaturelles où la lune, sur la ligne d’horizon, enveloppe toute une église, un monument ou un village. Je me demande bien pourquoi elle n’était pas assez majestueuse à Longueuil, d’ailleurs.

 

Magnifique cliché pris à Longueuil lundi dernier. Au centre, le point, c'est le Superlune.
Magnifique cliché pris à Longueuil lundi dernier. Au centre, le point, c’est la super-lune. Wow.

 

Il est vrai que je n’ai pas sur mon cellulaire ces énormes téléobjectifs permettant de tirer ces images, qui pourraient d’ailleurs provenir de n’importe quelle pleine lune, puisqu’il suffit de pousser un peu sur le zoom. Il ne s’est pourtant presque rien passé. Alors quoi?

C’est que nous sommes fort susceptibles à la suggestion. À voir des lunes immenses partout, j’ai comme idée que nombre de nos contemporains ont fini par avoir l’impression que la lune réelle, au-dessus d’eux, avait doublé ou même triplé de taille. Il n’en est rien, bien entendu, au risque d’en décevoir quelques-uns. La variation était à peine perceptible, en réalité.

Le cerveau est ainsi conçu que si quelqu’un réussit à vous convaincre de quelque chose d’étonnant — que la lune est immense, pour prendre un exemple au hasard —, c’est ce que vous allez voir, comme si c’était devenu une évidence. C’est comme ça qu’on bâtit des huttes, qu’on construit des villages et qu’on forge des civilisations, rien de moins.

Pourquoi une super-lune?

La lune se promenait donc récemment un peu plus près que d’habitude de notre bonne vieille terre, comme disait le capitaine Haddock. Mais la différence entre une lune banale et cette super-lune est tout de même assez subtile. Trop pour notre œil, d’ailleurs, surtout quand il est fixé sur une lune en plein ciel, sans aucun repère pour la comparer, sinon une mémoire certainement limitée de la taille réelle d’une lune dans le ciel.

C’est la distance entre la terre et la lune qui détermine la taille apparente de notre satellite. La lune se trouvant au plus loin à 406 740 km de distance et au plus près (comme dimanche et lundi) à 356 410 km, donc en moyenne à 381 575 km, sa taille apparente varie de plus ou moins 6,6 % autour de la valeur moyenne observée. Ce qui est fort peu, on s’entend.

À titre de comparaison, le diamètre d’une balle de golf étant de 42,7 mm, celui d’une balle de tennis, de 65 mm et celui d’une balle de baseball, de 73 mm, la balle de golf est 34 % plus petite que la balle de tennis, et la balle de baseball est 12 % plus grande que celle que frappe vigoureusement Roger Federer.

 

La différence de taille relative de ces trois balles de sports est largement supérieure à celle des différentes lunes
La différence de taille relative de ces trois balles de sport est largement supérieure à celle des différentes lunes.

 

Autrement dit, la différence de taille entre une balle de golf et une balle de tennis est cinq fois plus facile à percevoir que celle entre une lune ordinaire et la super-hyper-méga-lune.

Si on pouvait avoir un point de comparaison, la différence pourrait être plus aisément perçue. Surtout si on pouvait mesurer directement, dans le ciel, les plus petites lunes et les plus grosses. Comme dans ce montage, où j’ai placé un cercle de la taille de la plus petite lune et un autre de celle de la plus grosse.

 

Comparaison de la taille de la plus petite lune visible et d'une gigantesque Superlune
Comparaison de la taille de la plus petite lune visible et d’une gigantesque super-lune

 

Mais je vous gage ce que vous voulez que, isolément dans le ciel ou même bas sur l’horizon (lorsque le cerveau a tendance à jouer des tours et à magnifier les tailles perçues), nous serions incapables de constater avec certitude la différence entre ces tailles de lune.

Les limites de la perception

Tout cela relève de la sensibilité de l’œil, ce formidable organe qui demeure toutefois imparfait. Notamment dans sa capacité d’observer de subtiles différences.

On peut mesurer l’acuité visuelle en «arc de cercle», soit l’angle projeté par la hauteur d’un objet sur un cercle. Une acuité «normale» est considérée comme égale à 1 minute d’arc de cercle, ce qui est pas mal, puisqu’il y a tout de même 21 600 minutes dans un cercle. Autrement dit, si vous faites un tour sur vous-même, votre œil va parcourir 360 degrés ou encore 21 600 minutes-degrés (360 x 60).

Or, la différence de diamètre entre une lune «moyenne» et une grosse lune est d’environ 2,4 minutes, soit une grandeur à peine 2,4 fois supérieure à la capacité normale de discrimination. On peut donc distinguer une différence, mais de là à s’en émouvoir, il y a une marge. Parce qu’une lune, c’est tout de même assez petit: on peut en aligner près de 350 dans un «demi-ciel», soit d’un horizon à l’autre.

Autrement dit, avec votre vision normale, il vous est théoriquement possible de faire une distinction entre une super-lune et une lune moyenne — mais à peine, et il faudrait certainement voir les deux disques côte à côte pour arriver à constater une différence. Ce qui est rarement le cas, sauf dans les bandes dessinées Philémon, on en convient. Ah non, pour lui, c’était deux soleils.

 

Tiré d'un album de Philémon, par Fred. Source de l'image: Source : /assets/uploads/2016/11/97de4f1b.jpg
Tiré d’un album de Philémon, par Fred. Source de l’image: https://a141.idata.over-blog.com/3/89/59/06/BD/Philemon_2ombres.jpg

 

Un peu plus lumineuse

Reste la question de la luminosité, parce qu’une super-lune, c’est plus gros (à peine), mais aussi plus brillant: non seulement la lune est plus près de la terre, mais le couple terre-lune est plus près du soleil. De sorte que les rayons dardent plus dru que d’habitude, si on peut s’exprimer ainsi. De combien? D’environ 30 %, d’après la NASA. Ce qui est tout de même pas si mal.

Or, l’œil n’est pas si habile à distinguer des variations d’intensité lumineuse. Le seuil de perception tournerait autour d’une variation de 20 % de la luminosité. C’est donc dire, au risque de vous décevoir encore une fois, que 30 % de surbrillance par rapport à une lune «normale», c’est perceptible, certes, mais à peine.

Alors ce «concept» de super-lune, qui paraît concrètement un peu tiré par les cheveux — je ne parle pas pour moi —, il vient d’où? De la science? De l’astronomie? De la NASA?

Pas du tout: de l’astrologie! C’est l’astrologue américain Richard Nolle qui a proposé le mot il y a près de 40 ans, attribuant par ailleurs des pouvoirs occultes, bien entendu, à l’astre magnifié (dont la définition était alors beaucoup plus large, de sorte qu’il y aurait près d’une demi-douzaine de super-lunes par année!).

Tout ça pour dire que le phénomène astronomiquement bien réel de la super-lune est humainement quelque peu imaginaire, mais qu’on finit par y croire en raison de l’influence ambiante, des magnifiques photos circulant sur les réseaux sociaux ou encore de notre propre propension à l’émerveillement, ce qui reste tout de même une qualité utile après l’élection de Trump.

On voit exactement le même phénomène quand le cerveau trouve meilleur le vin payé plus cher, quand on se convainc qu’on peut guérir grâce à l’homéopathie ou qu’on achète un billet de loterie après avoir croisé par pur hasard un vieil ami oublié. De quoi mettre de la poésie dans la vie, mais pas vraiment de la science.

Allez, on en reparlera le 25 novembre 2034, quand la prochaine super-lune arrivera. En attendant, faites un vœu.

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En faits, la Lune à Longueuil était vraiment super ! Et si votre cliché docteur Vadeboncœur ne devrait probablement pas passer à l’histoire de l’astronomie, c’est probablement parce que vous n’aviez effectivement pas avec vous le matériel photographique adéquat. Probablement parce qu’en ville on n’est pas le mieux placé pour la voir au levant donc techniquement peu après le soleil couchant. Il fallait donc pour en profiter plus pleinement occuper un point de vue en hauteur pour pouvoir le plus possible la fixer en direction de l’horizon.

Cela dit, mes photos ne seront guère supérieures au vôtres, car j’ai pris mes clichés un peu tard, la Lune alors ne profite plus autant de la magnification (grossissement) dû à l’atmosphère terrestre en son levant. Mais la Lune du lendemain qui était encore presque pleine était encore très belle à contempler, d’un joli roux en raison des rayons solaire qui s’y reflétaient. Et franchement, pour une personne qui comme moi observe la Lune régulièrement, elle était un peu plus grosse assurément et sa rousseur était exquise.

Quoiqu’il en soit l’astre restait toujours plus brillant. Le grossissement au levant est tout de même de 14% ce qui selon moi n’est pas si négligeable que cela, quant à la brillance, elle s’accroit comme vous le dites de 30% et… il était difficile de ne pas lever les yeux vers le ciel machinalement. D’ailleurs cette puissance supérieure de la Lune était déjà perceptible deux jours avant la pleine Lune avant même que la chose ne soit annoncée et diffusée par la plupart des médias.

Au simpliste jeu des comparaisons, il y a une différence entre la luminosité d’une ampoule de 60 Watts et d’une de 100 Watts nonobstant.

Le problème selon moi, dans votre démonstration — au risque de vous décevoir -, c’est que vous n’observez que la seule incidence au niveau des organes oculaires. Hors tous les individus n’ont pas exactement et de manière stéréotypée la même capacité de vision. Certaines personnes sont naturellement plus visuelles que d’autres.

Il deviendrait probablement assez intéressant d’étudier également simultanément, l’incidence de la Lune au niveau de tous les sens, d’un point de vu physiologique et quant au fonctionnement globalement du cerveau. Les rayonnements, les radiations comme les ondes traversent d’une manière ou d’une autre notre corps physique, modifient nos humeurs et même quelquefois peuvent provoquer la mort : les bombes à neutron par exemple ou simplement même le souffle provoqué par une déflagration.

J’espère que d’ici 2034, il y aura des avancées significatives au niveau des sciences dans cette direction.

30 % plus de lumière me semble substantiel. Est-ce bien 30 % de plus que la lune à sa distance moyenne ou 30 % de plus qu’à sa distance maximale ? Par temps «clair», c’est-à-dire sans aucun nuage ou humidité, ce qui n’était pas le cas chez nous mais sûrement quelque part ailleurs sur notre planète, ce devait être assez remarquable.

J’aime bien votre discours et je pense pareil. J’ajouterais aussi le fait que la ‘super-lune’ n’a pas augmenté son 7% sa grosseur apparente en 10 minutes mais en 14 jours, au mieux.

J’aime l’article en général mais à la fin on voit que ce Docteur rejette les méthodes alternatifs dont l’homéopathie (qui est un outil de santé reconnu en Allemagne et en France et ailleurs) Mon père, mon grand-père et mon oncle étaient des Homéopathes en Allemagne depuis 1893. Vraiment Dr. instruisez-vous il a aussi d’autres méthodes de santé que l’allopathie. Rien avoir avec la poésie, les billets de lotérie etc.

On voit exactement le même phénomène quand le cerveau trouve meilleur le vin payé plus cher, quand on se convainc qu’on peut guérir grâce à l’homéopathie ou qu’on achète un billet de loterie après avoir croisé par pur hasard un vieil ami oublié. De quoi mettre de la poésie dans la vie, mais pas vraiment de la science.

Selon les astronomes, la lune est de 14% visuellement que normal. Donc un avantage en photo c’est que l’on a pas besoin d’avoir une lentille ultra puissante. 🙂 Donc, au lieu d’une lentille de 300mm, une lentille de 258mm (ou 250mm plus facile a trouver) vous donnerais la même performance qu’une 300mm; moins gros et plus léger, et moins dispendieux! Lol!

(Correction)Selon les astronomes, la lune est plus grosse de 14% visuellement que normal. Donc un avantage en photo c’est que l’on a pas besoin d’avoir une lentille ultra puissante. 🙂 Donc, au lieu d’une lentille de 300mm, une lentille de 258mm (ou 250mm plus facile a trouver) vous donnerais la même performance qu’une 300mm; moins gros et plus léger, et moins dispendieux! Lol!

Je vis à la campagne entouré de forêts et de champs. À deux reprises durant la soirée des dizaines de coyotes et de chiens se sont mis à hurler simultanément. C’était très impressionnant comme phénomène. Jamais auparavant, je n’ai entendu autant de hurlements. Peut-on penser que tout comme les humains la famille des candidées consulte trop les réseaux sociaux et fait preuve d’une trop grande imagination!? 😉