Revenons-en, du chocolat noir!

Le chocolat noir est-il aussi bon pour la santé qu’on le prétend? Le Dr Alain Vadeboncoeur en doute, et voici pourquoi.

Photo: Pixabay
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Plusieurs parmi vous ont sans doute mangé un lapin en chocolat à Pâques, peut-être même en chocolat noir. Mais est-ce aussi bon pour la santé qu’on le prétend? J’en doute, et voici pourquoi.

Cela dépend de ce qu’on mange vraiment. Qui dit «chocolat» ne dit pas nécessairement «cacao pur». Dans le chocolat de Pâques commercial, le sucre est souvent le premier ingrédient, ce qui n’est jamais de bon augure. Les fabricants ajoutent aussi souvent des graisses, du lait en poudre et divers ingrédients qu’il faut prendre en compte.

Il est vrai que les polyphénols, dont les flavonoïdes — des antioxydants dont on a beaucoup étudié les effets sur la santé —, se trouvent en grande quantité dans le cacao. Le chocolat pourrait donc (je préfère utiliser le conditionnel) avoir des effets bénéfiques pour la santé, mais la preuve scientifique des bienfaits du chocolat demeure fragile.

Ces polyphénols forment environ 10 % de la poudre de cacao, mais leur concentration réelle varie beaucoup selon le type de chocolat consommé. S’ils se trouvent en bonne quantité dans le chocolat noir, il y en a beaucoup moins dans le chocolat au lait, et encore moins dans le chocolat blanc, ce parent pauvre des chocolats, du moins du point de vue de la santé.

Effet biologique ou effet clinique?

Le chocolat noir (qu’on désigne ainsi lorsqu’il contient au moins 70 % de cacao) pourrait donc avoir des effets positifs sur notre santé. Mais on extrapole beaucoup à partir de données imparfaites.

D’abord, il ne faut pas confondre un effet biologique avec un effet bénéfique pour la santé. On sait que les polyphénols du chocolat ont en laboratoire des effets sur la coagulation et les plaquettes sanguines, ce qui leur permettrait, en théorie, de jouer un rôle protecteur contre l’infarctus. Mais cet effet n’a jamais été clairement démontré cliniquement.

Ensuite, il faut savoir qu’un effet clinique réel ne se traduit pas nécessairement par une amélioration de la santé. Par exemple, un des bienfaits démontrés du chocolat noir est une légère baisse de la pression artérielle à court terme, de l’ordre de 2 à 3 mm (la pression passe de 150 à 147, par exemple). En théorie, cela constitue un effet bénéfique pour la santé, puisque l’hypertension est un facteur de risque des AVC et des infarctus. Or, ni le maintien de cet effet à long terme n’est démontré, ni un effet clinique réel sur la prévention des AVC et des infarctus. On peut donc parler d’un effet réel, mais assez marginal, dont la signification clinique demeure au mieux incertaine.

Chocolat noir et poids santé

On affirme aussi que le chocolat noir peut aider à maintenir son poids santé, mais cette notion n’est pas bien appuyée scientifiquement. En réalité, l’effet du chocolat sur le poids corporel est plus ou moins clair et dépend d’abord de la composition du chocolat, qui est variable, et de la quantité consommée.

Même le meilleur chocolat noir contient des gras, dont certains gras saturés, comme les acides stéarique et palmitique. Ceux-ci semblent avoir moins d’effets néfastes que les autres gras saturés. Ils constituent néanmoins une source importante de calories, de l’ordre de 500 kilocalories pour 100 grammes de chocolat, qui sont susceptibles d’enlever tout effet bénéfique à sa consommation.

Une consommation excessive de chocolat noir pourrait en effet favoriser le gain de poids, facteur de risque reconnu pour de nombreuses maladies, y compris les problèmes cardiovasculaires. Par exemple, le risque de diabète de type 2 pourrait être augmenté.

Par contre, il est vrai que l’index glycémique (capacité de faire monter rapidement la glycémie) du chocolat noir est relativement bas, ce qui permet aux diabétiques d’en consommer de petites quantités sans trop de problèmes.

Le chocolat noir, aliment miracle?

L’usage du chocolat noir a également été étudié pour un grand nombre de problèmes de santé, sans toutefois que des preuves jugées suffisantes soient ainsi obtenues. Je me suis référé au site de la clinique Mayo, qui révise de manière critique l’ensemble des effets potentiels du chocolat, gradués selon le degré d’évidence scientifique.

Toutes les conditions médicales et situations suivantes ont été étudiées, mais sans résultats probants: affections de la peau, anxiété, caries dentaires, constipation, diabète, troubles de l’humeur, plaies, problèmes de performance mentale, grossesse, récupération après l’exercice, syndrome de la fatigue chronique, cholestérol élevé, intolérance au glucose, glycémie élevée et vieillissement. Aucun résultat solide.

Par exemple, le cacao pourrait représenter une source intéressante de fibres et contribuer ainsi à régler le problème de la constipation. Mais l’effet n’est pas évident. Pour ce qui est des caries dentaires, il semble que les bains de bouche au cacao diminuent la concentration de bactéries buccales chez les enfants, mais de là à conclure à une baisse des caries, il y a un pas qu’on ne doit pas franchir.

Le fameux verre de lait au chocolat pour récupérer après un exercice aurait certains effets salutaires. Toutefois, les effets de la composante chocolat ne sont pas clairs. En ce qui concerne le taux de cholestérol, il semble que le beurre de cacao ou le chocolat ont des effets variables et que plus d’études sont nécessaires.

Du côté des performances mentales, un verre avec des flavonoïdes tirés du cacao pourrait améliorer la performance mentale chez certaines personnes, mais la conclusion n’est pas formelle. On semble également dire que le chocolat peut améliorer l’humeur pendant une courte période, et que les flavonoïdes peuvent protéger la peau contre les dommages liés au soleil, mais dans les deux cas, rien n’est moins sûr.

Enfin, le beurre de cacao pourrait aider la cicatrisation des brûlures, mais apparemment, aucune recherche n’est vraiment concluante. Bref, pour l’ensemble de ces indications, les recherches sont au mieux incertaines.

Il demeure que de consommer du chocolat noir en quantité raisonnable n’est pas mauvais pour la santé, ce qui est une bonne nouvelle, même si certains mythes ont la vie dure. Par exemple, les idées voulant que le chocolat cause de l’acné ou des migraines ont été depuis longtemps réfutées. Mais la présence de cadmium en petite quantité pourrait en faire hésiter certains. Apparemment, une consommation maximale de 25 grammes de chocolat noir par jour ne devrait pas causer de problème.

Des traditions non fondées

De très nombreuses vertus du chocolat reposent simplement sur des traditions ou des croyances. La liste (partielle) des maux qu’il peut soulager est impressionnante: acné, maladie d’Alzheimer, bactéries, dépression, inflammation, virus, asthme, bronchite chronique, cancer, travail en fin de grossesse, toux, démence, diarrhée, flot urinaire, problèmes oculaires, fièvre, perte de cheveux (hélas!), système immunitaire faible, troubles des reins et de la vessie, intolérance au lactose, malaria, flot menstruel, migraines, myopathies, maladies neurodégénératives, douleur, rhumatismes et même morsures de serpent. Rien que ça!

Aucune preuve, nada, pour appuyer ces différents usages dont on parle souvent sur le Web. Et au risque de vous décevoir, on considère parfois le chocolat comme un aphrodisiaque, mais aucune étude rigoureuse n’appuie cela.

En manger parce que c’est bon

Les adeptes du chocolat noir seront peut-être bien déçus. Les vertus attribuées au chocolat noir et à ses composants seraient relativement mineures et, pour la plupart, mal appuyées par la science.

Il y a peut-être certains effets bénéfiques, et rien n’exclut que d’autres seront découverts dans l’avenir, mais la preuve scientifique demeure aujourd’hui limitée. Alors, ne nous racontons pas d’histoires: le chocolat n’a rien d’un «aliment miracle».

Même s’il n’y a pas de miracle et qu’on ne doit pas trop compter sur le chocolat noir pour améliorer sa santé, il reste que la meilleure raison d’en manger, c’est parce que c’est bon! Et c’est inoffensif pour la santé, du moins en quantité raisonnable.

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Je suis aussi septique, parce qu’on rapporte souvent des éléments plausibles et d’autres qui me semble si frivoles que j’en viens à douter de tout. Un point qui m’agace, c’est qu’on soutient les vertus avec des composantes chimiques sensibles à la chaleur. Tous les chocolats, blanc, au lait ou noir, sont faits à partir de fèves de cacao torréfiées. La torréfaction est une exposition à des températures élevées, suffisantes pour griller les fèves. La théobromine est un composé clé, qui ne supporte pas la torréfaction.

Le chocolat me rend heureux, parce que j’aime son goût. La théobromine n’a aucun effet!

Je suis « sceptique » de vous voir si « septique » que vous le dites, mais nous sommes le premier avril, n’est-ce pas?

Il est vraiment intéressant de voir toutes les vertus qu’on attribue au chocolat. Il y a même eu une fausse étude qui a été publiée où son auteur prétendait que le chocolat, associé à une diète, aidait à la perte de poids, dans International Archives of Medicine, vol 8, no 55 (2015). Cet article avait été résumé et commenté dans de nombreuses revues et journaux accessibles au public.

Son véritable auteur, John Bohannon, journaliste scientifique, voulait démontrer qu’on peut publier presque n’importe quoi en nutrition. Après sa publication dans International Archives of Medicine, il a justement écrit un article pour montrer comment il avait fait pour amener des millions de gens à croire que le chocolat aidait la perte de poids à partir d’une très petite étude conçue au départ pour donner des résultats bidons. I Fooled Millions Into Thinking Chocolate Helps Weight Loss. Here’s How. http://io9.com/i-fooled-millions-into-thinking-chocolate-helps-weight-1707251800