Sables bitumineux : de la science vraiment indépendante ?

Pendant que les scientifiques sortaient de leur réserve habituelle pour manifester hier contre les politiques du gouvernement Harper, à l’initiative du collectif Evidence for Democracy, le Conseil des académies canadiennes a procédé à une nomination pour le moins surprenante à la tête d’un comité d’experts sur les sables bitumineux.

À la demande du ministère des ressources naturelles fédéral, le Conseil des académies, qui regroupe la Société royale du Canada, l’Académie canadienne du génie et l’Académie canadienne des sciences de la santé s’apprête à démarrer une étude intitulée «Comprendre les incidences potentielles des technologies de l’énergie sur l’exploitation des sables bitumineux».

L’objectif est de répondre à la question suivante : Comment pourrait-on utiliser les technologies nouvelles et existantes pour diminuer les incidences environnementales de l’exploitation des sables bitumineux sur l’air, l’eau et le sol?

La question est assez cruciale du point de vue politique : si les experts assurent que les technologies en développement peuvent diminuer l’impact environnemental colossal de l’exploitation des sables bitumineux, il sera bien plus facile d’en faire la promotion.

La commande n’a rien d’inhabituel. Le Conseil, un organisme indépendant du gouvernement, a pour mission de réaliser des évaluations pour éclairer l’élaboration de politiques publiques au Canada et il est fréquemment interpellé par Ottawa pour répondre à des questions sur la santé ou l’environnement .

Ce qui est en revanche vraiment étonnant, c’est le choix, par le Conseil, du président de ce comité.

Habituellement, les comités d’experts du Conseil sont présidés par des chercheurs réputés dans leur domaine d’expertise, qui ont publié de nombreux articles scientifiques en lien avec la question à laquelle ils doivent répondre.

Par exemple, le comité qui étudie les incidences environnementales de l’extraction du gaz de schiste, est présidé par John A. Cherry, directeur du University Consortium for Field-Focused Groundwater Contamination Research, codirecteur du G360 – Centre for Applied Groundwater Research et professeur auxiliaire à la School of Engineering de l’Université de Guelph.

Et c’est Harriet Kuhnlein, spécialiste reconnue de la nutrition des peuples autochtones à l’université McGill, qui préside le Comité de la sécurité alimentaire dans le Nord du Canada.

Mais pour présider son comité d’étude sur les sables bitumineux, le Conseil n’a pas nommé un scientifique expert en technologies environnementales.

Il a choisi un des pionniers du développement de l’industrie, Eric Newell, actuellement «chancelier émérite et conseiller spécial auprès du doyen de l’Université de l’Alberta», mais surtout connu pour avoir été pendant 14 ans le PDG de Syncrude, le plus grand producteur mondial de pétrole brut extrait de sables bitumineux !

Autrement dit, pour savoir si cette industrie peut s’améliorer, on va lui demander son avis à un de ses plus éminents défenseurs!

Avez-vous un doute sur la réponse à venir?

Le Conseil jure ne pas faire de nominations partisanes. Il spécifie même dans sa présentation aux médias, et c’est écrit en rouge:

Ni le gouvernement du Canada ni aucun ministre politique (sic) ne participent au processus de sélection du comité d’experts.

C’est quand même un drôle de choix.

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2 commentaires
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Il serait valable d ‘evaluer ce qui qui est plus benefique pour le Quebec du PV economique et environnemental ce qui serait le plus avantageux: des oleoduc transporttant du petrole des sables butimeux ou du petrole de pays instables tels que l’Algerie. Dans un cas la pollution seraiit limiter a l’Alberta et dans l ‘ autre la pollution pourrait être desastreux pour le fleuve. Dans ce dermier cas nous avons des moyens assez limiter pour atenuer les degats d ‘ un deversement d’hydrocarbure et dans le cas des pipelines nous avons le potentiel technique d e limiter l’ effect desastreux d’ un deversement. Emile R Beauchamp Ing membre du conseil consultatif regional sur les deversements d ‘ hydrocarbures

Le ministre Oliver a besoin qu’on lui bricole sur mesure des arguments pour rencontrer les demandes d’Obama. Rien à voir avec la réalité scientifique, pas plus que l’était sa nomination comme ministre des Sciences: il est créationiste…