Sables bitumineux : faut-il dire non au pipeline d’Enbridge ?

Le pétrole tiré des sables bitumineux de l’Alberta, que la compagnie Enbridge veut acheminer vers les raffineries de Montréal par pipeline,  est-il réellement plus toxique pour la planète que celui qui y est traité aujourd’hui ?

C’est cette question, ainsi que celle de la dépendance maladive des Québécois aux carburants fossiles, que devrait aborder le ministre de l’environnement Daniel Breton plutôt que de regarder uniquement les impacts environnementaux du projet de la compagnie albertaine.

Enbridge a obtenu en juillet dernier l’autorisation de l’Office national de l’énergie fédéral d’inverser le flux dans le pipeline 9 entre Sarnia et North-Westover, en Ontario, pour y transporter du pétrole brut léger obtenu à partir des sables bitumineux.

Elle a récemment déposé une demande très similaire pour poursuivre l’inversion du pipeline 9 jusqu’à Montréal.

Le ministre Daniel Breton a dit cette semaine qu’il souhaitait soumettre cette demande à des consultations publiques, même si l’autorisation relève d’Ottawa. Le projet serait-il bloqué par un «non» du Québec?  Ça reste à voir.

Le pipeline numéro 9, construit en 1976, parcourt 830 km de Sarnia à Montréal. Il mesure 30 pouces de diamètre extérieur.

Enbridge peut y transporter de 50 000 à 90 000 barils de pétrole brut par jour sans dépasser la pression pour laquelle le pipeline a été conçu. La compagnie a évalué le coût des travaux de la phase de Sarnia à North Westover à environ 16 millions de dollars.

L’objectif de la compagnie est clair : il s’agit d’amener à peu de frais, puisque les équipement existent déjà, le pétrole de l’ouest vers les raffineries de l’Est canadien et du Nord-Est des États-Unis. 

Inverser le sens du flux dans un pipeline ne représente pas vraiment de risque. De 1976 à 1999, le pétrole circulait d’ailleurs d’ouest en est dans le pipeline 9, et la nouvelle autorisation lui redonnerait son sens d’origine.

Entre Sarnia et North Westover, Enbridge a obtenu l’autorisation de transporter du pétrole brut léger, et non du pétrole lourd comme elle proposait de le faire dans le projet Trailbreaker (pdf).

Les groupes environnementaux, Équiterre en tête au Québec, militent contre ce projet qu’ils considèrent comme beaucoup plus à risque que le transport actuel de pétrole brut léger dans le pipeline, notamment en raison de l’âge de la conduite, des caractéristiques du pétrole transporté et du passif d’accidents aux États-Unis.

Leurs arguments ont toutefois été rejetés par l’ONÉ, qui a considéré que :

1. L’âge de la conduite n’est pas un obstacle en soi, c’est plutôt son état actuel et les procédures d’entretien et d’inspection qu’il faut regarder;

2. Enbridge affirme qu’il n’y a pas de différences significatives dans les caractéristiques physicochimiques du pétrole qui sera transporté par rapport à celui qui y circule aujourd’hui;

3. Les différences de normes d’entretien et de surveillance rendent hasardeuses les comparaisons entre les États-Unis et au Canada.

On pourrait en débattre longtemps, mais la vraie question n’est pas là.

Ce qu’il faudrait réellement déterminer, c’est si le pétrole albertain, malgré ses innombrables impacts environnementaux (et ses détestables publicités télévisées), est vraiment pire que celui que les raffineries du Québec importent aujourd’hui.

Depuis 2007, l’Afrique est devenu le fournisseur le plus important du Québec en produits pétroliers, devant le Royaume-Uni.(16,1%) et la Norvège (4,1%). 

L’Algérie, l’Angola et le Nigéria fournissent respectivement 28,1%, 7,5% et 3,6% du pétrole raffiné au Québec.

Ces trois pays ne sont pas connus comme des modèles pour leur réglementation environnementale.

L’Angola figure dans le peloton de tête mondial en matière de corruption et de mortalité infantile, et le pétrole n’a rien arrangé pour la population.

Avant de manifester contre le projet d’Enbridge, je vous conseille la lecture du livre Crude Existence: environment and the politics of oil in northern Angola, publié en 2009 par une chercheure américaine (en pdf gratuit ici), qui dénonce une situation environnementale et sociale absolument catastrophiques.

Si le pétrole albertain remplace le pétrole angolais, je ne suis pas sûre que la planète soit perdante.

Pour protéger l’environnement, le ministre Breton ferait bien mieux de consacrer son budget fort limité à tenter de diminuer la consommation de pétrole des Québécois plutôt qu’à organiser des consultations publiques.

Les Québécois n’ont pas besoin de ces consultations pour manifester leur désaccord au projet d’Enbridge.

Le ministre, lui, devrait mettre toute son énergie à soutenir l’augmentation des taxes sur l’essence et sur les véhicules énergivores ou l’instauration de péages sur les routes, qui pourraient permettre au Québec de se passer un jour du pétrole albertain et de l’angolais tout à la fois.

C’est sûr que fustiger l’Alberta lui attirera nettement plus de sympathie dans la population québécoise que ces mesures qui feraient hurler nombre d’automobilistes. Mais ce serait sûrement bien meilleur pour la planète…

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Le pétrole d’Algérie et d’Angola est peut-être plus sale que celui de l’Alberta… Mais il n’est pas transporté dans un pipeline vieux de 60 ans passant sous la rivière des Outaouais et le fleuve Saint-Laurent, source d’eau potable pour près d’un Québécois sur deux. La société albertaine Enbridge est bien connue pour ses nombreuses fuites de carburants; voulons-nous prendre le risque de contaminer nos principales sources d’eau potable, vraiment, Madame Borde?

@Chantal Carrière
Le pipeline transporte déjà du pétrole sous la rivière des Outaouais et le fleuve Saint-Laurent.

Les pétrolières n’ont pas une feuille de route particulièrement reluisante quant à leurs soucis environnementaux si ce n’est dans leur propagande publicitaire avec lesquelles ils polluent les ondes de nos écrans de télévision. De plus à juger de l’état de nos routes et infrastructures après 30 ans, je ne gagerais pas ma chemise sur l’état des conduites dont on parle d’autant plus que si une fuite se produisait, considérant leur gestion d’un tel incident aux États-Unis, les impacts et le tord causé risqueraient d’être beaucoup plus sérieux que l’éclatement d’une conduite d’eau soit elle pluviale ou usée. Finalement, j’attends d’un ministre à l’environnement qu’il veille à questionner et débattre tout ce qui peut porter atteinte à notre environnement. Quant au développement industriel, outre les lobbies qui s’en chargent déjà fort bien, il revient d’office aux ministres des finances, du commerce etc.

Bien qu’il ne semble pas particulièrement doué en diplomatie, le Ministre Breton a au moins l’avantage d’être passionné par la tâche de son mandat. Un Ministre avec des convictions, c’est plutôt rafraîchissant.

D’abord, le pétrole venant de l’étranger arrive par bateau en Amérique du Nord et les risques d’accidents sont aussi présents que pour un pipeline. D’ailleurs c’est une des préoccupations les plus importantes au sujet du projet Northern Gateway: la pollution des côtes et de l’océan. Donc, le St-Laurent a autant de chances d’être pollué par un bateau que par un pipeline.

D’autre part, le pétrole de l’Alberta va aller en quelque part – si ce n’est pas au Canada, ça va être ailleurs, probablement en Asie. Ça ne fait pas de sens d’exporter le pétrole de ce pays au lieu de le consommer sur place. Il me semble que le faire voyager sur des milliers de km n’est pas la meilleure solution pour la planète (la meilleure ce serait de s’en passer, mais c’est une autre question). Je pense que les politiciens aiment casser du sucre sur le dos de l’Alberta car c’est bon pour les votes mais ce n’est certainement pas très bon pour la planète car l’alternative est nettement plus dommageable. Ceci dit, le gouvernement Harper est complètement irresponsable en encourageant les sables bitumineux sans au moins faire le moindre effort de limiter les émissions de ges et la pollution. Ce sont des bandits environnementaux.

D’accord avec vous, je préfère 100 fois mieux le pétrole Canadien qu’à celui provenant de l’Algérie, Angola ou Nigeria!

Mais euh, en quoi augmenter les taxes sur l’essence diminuerait notre dépendance au pétrole? J’y verrais seulement une augmentation de mes dépenses de transport comme j’habite en Mauricie et qu’il n’est pas possible de faire la route vers mon travail en autobus. Si on limite la taxe aux seuls véhicules énergivores ok mais encore là, on va faire des exemptions sur les véhicules de transports? Les véhicules de construction? Sinon, les fruits/légumes de votre marché Jean Talon vont augmenter ainsi que tout le reste… Belle bureaucratie en venir…

On est tous contre la dépendance au pétrole mais on est pas encore rendu là. Tâchons d’améliorer notre sort au lieu de faire des croisades environnementales digne de Don Quichotte.

Je suis tout à d’accord, tant qu’à brûler du pétrole, tout aussi bien de faire du protectionnisme avec nos pétro-dollars et que nos dollars tourne l’économie au Canada, juste en emplois, beaucoup de Québécois obtiennent des emplois (très payant) par ce développement du pétrole de l’Alberta, les premiers arriver seront servi, se sera les USA qui vont prendre le besoin avant nous, si nous sommes servis les premiers les USA seront en 2 ième et plus coûteux par le nouveau pipeline. Oui il faut que le gouvernement instaure des lois pour force les constructeurs automobile d’atteindre des meilleurs moyenne de rendement des moteurs et poids des véhicules, mais il faut travailler sur tous les plans économiques. Même opinion, si nos dollars vont faire tourner l’économie à l’Angola, Nigeria, Algérie, etc.. Pourquoi qu’il faut toujours des gros parleurs pour toujours faire de la propagande de peur. De un, se ne sont pas des imbéciles qui vont faire ce transfert, ils ont aucun intérêt à prendre des risques pour des accidents, qu’ils leur coûteront des fortunes et faire des dommages, comme dans l’article, ils devront ajuster l’entretien et l’inspection, de nouveau essai de pression et vérification des conduites, etc.. par des ingénieurs et techniciens, de plus avec les technologie d’aujourd’hui, c’est très facile de placer des tas de détecteur électronique très rapproché de toutes sorte, à très peu de frais passant pas les communications rapide d’aujourd’hui, pression, fuite, température, etc.. bien plus qu’il y en avait au début de sa construction, 60 passé, même s’il était neuf, il était aurait pu faire bien plus de dommage avec peu de détecteurs mécaniques placés à bien plus de distance d’intervalle pour réduire les très coûteux instrument de détection du temps, une fuite aurais probablement fait bien plus de dommage, qu’il pourrait en faire avec les technologies rapide d’aujourd’hui. Tous ces systèmes vont surveiller tout ce transport bien plus rapidement et rapporté bien plus rapidement des problèmes potentiel, bien avant que le problème arrive, qu’il y a 60 ans passé, le pipeline à déjà 60 ans pour transporter le pétrole de Montréal à Sarnia et traverse déjà des rivières, se sont les mêmes risque, même si le pétrole de l’Alberta est plus dense (plus lourd), se n’est qu’une question de pression à limiter, qui sera la même à respecter, ils passeront juste moins de baril par jour que le pétrole étranger. D’un autre campagne de peur, que le pétrole soit plus corrosif, peut être et alors c’est juste un autre obstacle qu’il faut franchir, il faudra simplement plus d’inspection à des intervalles plus rapproché ainsi que des essais. Si le gouvernement PQ, bloque ce transfert, c’est l’odeur de la politique séparatisme, plutôt que l’économie et dont René Lévesque lui même se retournerait dans sa tombe, lui qui souhaitait une association économique avec le reste du Canada et non un séparatisme complet, dont les pressions qu’il avait par des partisans trop radicaux à l’intérieur du parti.

Commentaires aujourd’hui dans le Vancouver Sun intitulé « Latest obstacle to transporting oilsands product is pure nonsense » (Les derniers obstacles au transport des produits des sables bitumineux n’ont aucun sens) qui fustige en particulier le ministre Breton et le gouvernement du PQ comme irrationnels (en anglais seulement…).
http://www.vancouversun.com/news/todays-paper/Latest+obstacle+transporting+oilsands+product+pure+nonsense/7587701/story.html

1- Que nous soyons autosuffisant et arrêtons d’exporter nos ressources inutilement. Arrêtons cette dépendance aux arables et autres pays producteurs. De toute façon, si on ne profite pas de nos ressources, quelqu’un d’autre va le faire.

2- Qu’on fasse comme aux USA et qu’on adopte une forme de protectionniste de nos ressources. On vendra le surplus le cas échéant et on doit se sortir du cartel de l’OPEP.

3- Il est impératif que le pipe-line liant Sania à Montréal soit rehaussé. Il est vieux et est un risque environnemental et un risque pour la population limitrophe.

4- Coté environnement, croyez-vous que la Chine, qui va devenir le plus gros utilisateur de produits pétroliers, s’en fout des règles environnementales et du protocole de Kyoto ?

Exactement s’il faut rehaussé et améliorer le pipeline, ils vont le faire, ça va leur coûter moins cher en investissement que d’installer un nouveau pipeline vers le Pacifique et vers les frontières USA, c’est la raison que nous somme privilégié de cette option, pourquoi s’en priver, premier arrivé, premier servi. Et en plus le baril est déjà moins cher d’environ 20$ du prix international d’environ 100$, pour combien de temps? Peut importe, de toute façon ils n’auront pas le choix de suivre le marche international ou un peut plus bas. Un pipeline peut faire 80 ans et étiré parfois jusqu’à 100ans, mais évidemment qu’il faut des inspections périodique, c’est au gouvernement d’en obtenir et d’en exigé les rapports annuel, c’est tout, la détérioration se mesure et se calcule en pronostique sur les années d’espérance de vie, tout ce mesure. Espérons qu’il ne manqueront pas le bateau d’un tel offre qui pourrait réduire les dépense à toutes les familles, au USA le litre est presque 20% moins cher, ont pourrait les rejoindre avec l’essence de l’Aberta.

M. Breton, ne perdez pas de temps avec une commission parlementaire. Exigez plutôt des garanties concernant l’environnement et un prix raisonnable à la pompe. Quand aux suv de luxe ils devraient être encore plus taxés.

@fra Il ne faut pas se leurrer. La raison pour laquelle le prix du brut dans le centre de continent est moins cher est que l’on arrive pas facilement à l’exporter. Dès que les capacité d’exportations augmenterons, le prix rejoindra celui du marché international.

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