Les pistaches de la terreur

Après les fromages et charcuteries à la listeria, les médias nous inquiètent maintenant avec les pistaches et arachides contaminées par la salmonelle.

Mais le principal risque avec ces intoxications alimentaires, ce n’est pas tant d’en mourir que de devenir paranoïaque et chômeur.

Considérant les milliards d’aliments consommés chaque jour dans les pays industrialisés, il faut avoir bien peu de chance pour tomber sur une salmonelle mortelle. En 2005, Statistique Canada a enregistré quatre décès par salmonellose au pays, ce qui en fait la 41ème cause de mortalité, loin derrière les suicides, les meurtres et même après les interventions policières !

La bactérie salmonelle est la principale cause d’intoxications alimentaires dans les pays industrialisés. Chez les gens bien portants, elle cause des gastroentérites qui durent quelques jours. Elle est plus dangereuse pour les femmes enceintes et les gens au système immunitaire peu combattif – nourrissons, personnes âgées, malades…  On trouve surtout des salmonelles sur la coquille des œufs et dans le poulet cru, mais les contaminations ont beaucoup diminué suite aux efforts de l’industrie alimentaire et à l’éducation populaire (au cas où l’info vous aurait échappé, il faut faire bien attention en manipulant du poulet cru…).

Le grand problème maintenant, c’est que le mode de fabrication, de contrôle et de distribution des produits alimentaires fait en sorte que la contamination d’une seule usine alimentaire peut se répandre comment une traînée de poudre. La salmonelle qu’on a retracé ce printemps dans plus de 2500 produits alimentaires différents aux États-Unis et au Canada provient d’une seule petite usine d’arachides américaine, en Georgie !

Cette fragilité du système alimentaire inquiète les spécialistes en sécurité qui craignent que des terroristes placent quelques microbes à des endroits stratégiques. Pas pour tuer beaucoup de gens. Mais pour anéantir l’économie, comme l’expliquent les chercheurs du National Center for Food Protection and Defense, un centre  mis sur pied par le National Homeland Security en 2004. Selon ces chercheurs, l’organisation très complexe des chaînes de fournisseurs dans la production et la distribution alimentaires accroît le risque de répandre une contamination à grande échelle. Où sont les usines clés? Comment et qui contrôler en priorité pour diminuer le risque? Comment aider les compagnies à mieux surveiller leurs fournisseurs? Quel rôle jouent les transports et le commerce de gros?

L’autre gros problème, c’est la communication en cas de crise. Comment faire en sorte que les médias ne sèment pas la panique même si seulement quelques dizaines de personnes sont touchées, contribuant ainsi à faire un problème de santé publique relativement mineur une paranoïa collective autrement plus destructrice?

Tant qu’on n’aura pas répondu à ces questions clés, on aura beau donner des budgets décents aux agences d’inspection, elles ne pourront suffire à la mission quasiment impossible qu’on leur assigne. Pour progresser, on a surtout besoin de mieux comprendre un système alimentaire devenu tellement compliqué qu’on peut trouver plus de dix ingrédients dans une simple tranche de jambon!

En passant, la salmonelle n’a rien à voir avec le saumon. Elle a été nommée en hommage à Daniel Elmer Salmon, un pionnier de la médecine vétérinaire américaine.

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