Sandy : les défis de l’adaptation au changement climatique

Même s’il est impossible d’attribuer directement la méga tempête Sandy aux changements climatiques, elle représente typiquement le genre de catastrophe qui risque de devenir de plus en plus fréquente au fur et à mesure que la Terre se réchauffe.

Et montre à quel point les États-Unis, comme le reste de l’humanité, sont mal préparés à affronter de tels événements.

D’ouragan tropical typique de cette période de l’année dans les Caraïbes, Sandy est devenue une tempête extratropicale en remontant vers le Nord.

Elle s’est heurtée de plein fouet au courant jet qui, perturbé par l’oscillation nord-atlantique très négative, a amplifié les effets de la tempête avec le résultat que l’on voit aujourd’hui.

L’oscillation nord-atlantique, qui correspond en gros à la différence de pression atmosphérique entre les Açores et l’Islande, détermine l’essentiel des conditions météorologiques dans l’Atlantique Nord à l’automne.

Quand elle est négative comme c’est actuellement le cas, la côte est américaine subit généralement des températures plus basses, plus de vent et d’humidité.

Baltimore et Washington, entre autres, ont battu cette nuit les records des plus basses pressions atmosphériques enregistrées là depuis 1929, avec environ 96,4 kPa.

Plusieurs modèles atmosphériques prévoient que le réchauffement de l’Arctique et la fonte de la banquise risquent d’influencer l’oscillation nord-atlantique de manière négative, en «poussant» les basses pressions vers le bas.

On sait aussi que le réchauffement planétaire va faire augmenter l’intensité et la fréquence des ouragans tropicaux.

Résultat : la côte est américaine risque de goûter de plus en plus souvent à des événements du type de Sandy, avec des dégats d’un coût exorbitant, à cause de la forte population et de l’importance des activités économiques dans ce secteur.

Pour Sandy, on parle déjà de 10 à 20 milliards de dollars. La seule fermeture prolongée du métro de New York risque de paralyser la métropole pendant plusieurs jours.

Mais pour l’instant, très peu de choses ont été faites pour mieux protéger la côte et en particulier Manhattan, qui ne dispose d’à peu près aucun rempart contre la mer. La tâche est colossale.

Pourtant, la ville de New York a adopté une approche proactive avec son plan PlaNYC, qui a notamment mandaté notamment un groupe d’experts pour la conseiller sur les mesures d’adaptation à mettre en oeuvre face aux changements climatiques.

Elle est considérée aux États-Unis, avec Boston, comme l’une des villes les plus avancées à ce chapitre.

La New York Academy of Sciences a produit en 2010 un état des lieux complet des risques liés aux changements climatiques à New York (pdf en anglais)

Mais pour l’instant, les mesures ont surtout visé la diminution des émissions de gaz à effet de serre (voir le rapport 2012 du PlaNYC). Les énormes investissements nécessaires pour bâtir des infrastructures plus résilientes n’ont pas été faits.

Et puis il reste beaucoup de travail à faire pour mieux communiquer les risques et rendre les mesures d’urgence plus efficaces.

Dans les jours précédent l’arrivée de Sandy, l’anthropologue Ben Orlove, spécialiste du climat au Earth Institute de l’Université Columbia, a mené un sondage auprès des habitants de la côte est pour savoir ce qu’ils pensaient de l’arrivée prochaine de la tempête, ce qu’ils en comprenaient et quelles mesures ils étaient prêts à prendre pour se protéger.

Il faudra attendre plusieurs semaines avant d’avoir les résultats de cette enquête.

Mais les premiers résultats sont inquiétants : même après Irene l’an dernier, qui a fait pour plus de 19 milliards de dollars de dégâts, la population ne comprend pas que ce genre de tempête peut faire des ravages sur des centaines de kilomètres, et reste encore sur l’idée que seul «l’oeil du cyclone» est vraiment dangereux, selon Ben Orlove.

Pourtant, les Américains sont de plus en plus nombreux à faire des liens entre ces événements météorologiques extrêmes et les changements climatiques, comme le montre une enquête publiée début orctobre par l’université Yale, Extreme weather and climate change in the americain mind.

74% des Américains croient maintenant que le changement climatique touche les États-Unis.

La sécheresse extrême qui a sévi cet été a fait augmenter ce pourcentage de 5 points par rapport à mars dernier.

Pourtant, le climat a à peine été évoqué dans la campagne présidentielle américaine. Les deux candidats, pris dans la tourmente publicitaire préélectorale, se comportent comme s’ils n’avaient aucune idée de ce qui est vraiment important pour l’avenir de leur pays.

Sandy va peut être leur servir de cuisant rappel à l’ordre…

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14 commentaires
Les commentaires sont fermés.

« On sait aussi que le réchauffement planétaire va faire augmenter l’intensité et la fréquence des ouragans tropicaux. » (Borde)

Possible (1), mais on sait aussi que le réchauffement planétaire va faire diminuer l’intensité et la fréquences des tempêtes de neige…

Cessons de ne voir que l’aspect négatif du réchauffement planétaire. Surtout que cette façon de parler tient littéralement du radotage au regard de l’unanimité avec laquelle elle est adoptée par les gens des médias et la fréquence nauséeuse avec laquelle ils répètent cette ennuyante mantra.

Si on ne se concentre que sur le négatif des choses, alors on méprisera tout, incluant la richesse, l’instruction, l’intelligence, la beauté, le développement technique, etc. Car il y a forcément du négatif associé à chacune de ces qualités…

(1) Il est effectivement clair que pas loin de 0 degré Kelvin, les variations de sautes d’humeur sont plutôt faibles…

Réchauffement climatique ou non, le problème du sous-financement des infrastructures usaniennes reste le même. Notation après notation, les ingénieurs civils américains ne cessent de voir les réseaux routiers, les ponts, les aqueducs, les égouts, etc. se dégrader. Ce qui avait été très criant avec Katrina et les levées n’a pas changé, voire à empiré. De ce côté, les choses changent très très lentement.

@Sauvageau: vous avez oublié de dire que le réchauffement climatique va aussi augmenter les chutes de pluie, la désertification, et les 12 plaies d’Egypte: tout et son contraire, en somme.

Vous avez également oublié de dire que, peu importe qu’on vive dans l’Arctique ou à l’ Equateur (différences de 25 degrés quand on ne discute que de 2 degrés pour le réchauffement climatique), c’est nécessairement dans « le plus meilleur » de tous les climats!

Et en Europe, quelles tendances sont probables ?
Plus sec et plus humide ?
Plus froid l’hiver et plus venteux sans doute.
Y a t il des prévisions crédible sur la moyen terme ?

Une analyse de l’intensité et de la fréquence des ouragans tropicaux au cours des années 1970- 2011 démontre qu’il n’y a eu AUCUNE augmentation d’intensité et de fréquence des ouragans tropicaux pendant les 40 dernières années (1), même s’il y a eu augmentation de la température moyenne. Je cite:

« Using currently available historical TC best-track records, a global database focused on hurricane-force strength landfalls was constructed. The analysis does not indicate significant long-period global or individual basin trends in the frequency or intensity of landfalling TCs of minor or major hurricane strength. »

Conclusion: quand Mme Borde écrit: “On sait aussi que le réchauffement planétaire va faire augmenter l’intensité et la fréquence des ouragans tropicaux.”, elle sème une panique démagogique qui ne correspond pas à la réalité et à la saine information.

Hystériques et démagogues climatoalarmistes, calmez-vous: il n’y a aucune évidence que l’intensité et la fréquence des ouragans tropicaux ait augmenté au cours des 40 dernières années.

(1) Weinkle et al. dans le numéro de Juillet 2012 du Journal of Climate. http://journals.ametsoc.org/doi/pdf/10.1175/JCLI-D-11-00719.1

« honorable »,

L’article que vous avez pris chez Antagoniste ne concerne que les tempêtes qui ont touché terre, et ce depuis 1970 seulement.

1) Le fait de ne considérer que celle qui ont touché terre réduit de beaucoup la taille de l’échantillon. Si on regarde l’énergie totale de toutes les tempêtes, on voit que la tendance est clairement à la hausse: http://policlimate.com/tropical/north_atlantic_ace.png

2) Un article qui vient de paraître présente une nouvelle méthode de mesurer l’intensité des tempêtes en considérant les relevés de l’intensité des marées, qui sont directement reliées à l’intensité des tempêtes. On y voit clairement une tendance à la hausse depuis 1923. De plus, on démontre que les années les plus chaudes sont celles qui donnent le plus de fortes tempêtes.

http://www.pnas.org/content/early/2012/10/10/1209542109.abstract

« “On sait aussi que le réchauffement planétaire va faire augmenter l’intensité et la fréquence des ouragans tropicaux.” (Borde)

Possible (1), mais on sait aussi que le réchauffement planétaire va faire diminuer l’intensité et la fréquences des tempêtes de neige…

Cessons de ne voir que l’aspect négatif du réchauffement planétaire. » honorable :

===

Allez donc parler de l’aspect « positif » du réchauffement climatique aux Inuits et de son effet sur leurs infrastructures.

Jean Émard

@andré: bien sûr que l’intensité des marées augmente, puisque le niveau de l’océan augmente. Mais cela ne veut pas dire que l’intensité des tempêtes augmente de manière détectable.

En fait, une partie de l’article considère aussi les tempêtes à partir de 1940 ou 1945. On dirait que vous ne l’avez pas lu, finalement!

Quant à votre « clairement à la hausse », il ne suffit pas seulement de regarder le « North Atlantic », mais de voir les choses globalement, comme l’a fait l’article du Journal of Climate. De plus, la crédibilité de votre tableau n’est pas claire.

honorable #9,

En effet pour le bout sur 1944, je n’avais pas vu.

« bien sûr que l’intensité des marées augmente, puisque le niveau de l’océan augmente. Mais cela ne veut pas dire que l’intensité des tempêtes augmente de manière détectable. »

Vous n’avez pas compris. Dans l’article, on mesure l’augmentation du niveau de la mer dû à la tempête, au moyen des jauges de marée.

« il ne suffit pas seulement de regarder le “North Atlantic” »

Ce sont pourtant celles-là qui frappent les États-Unis…

« De plus, la crédibilité de votre tableau n’est pas claire. »

Pourquoi ? Ça vient de Ryan Maue, l’un des auteurs de l’article que vous avez cité.

@André:
1) Je n’avais pas vu la provenance de votre tableau (coincée en petits caractères en haut à droite). Il n’en reste pas moins que ce même Ryan Maue écrit ceci dans le Journal of Climate que je citais:

« The analysis does NOT indicate significant LONG-period global or INDIVIDUAL basin trends in the frequency or intensity of landfalling TCs of minor or major hurricane strength. » Une de ces « individual basin trends » est celle du North Atlantic qui est décrite par votre tableau.

Votre tableau, de Maue selon vous, semble effectivement suggérer une possible augmentation d’énergie des ouragans du North Atlantic entre 1970 et 2011.

Mon tableau, de Maue également, n’indique aucune augmentation d’intensité des ouragans du North Atlantic.

Comment expliquer cette contradiction apparente?
Réponse: Mon tableau va de 1944 à 2011 alors que le vôtre va de 1970 à 2011. Si vous regardez mon tableau, mais choisissez d’IGNORER les années 1944 à 1970, on peut effectivement avoir l’impression d’une hausse.

Je résume: entre 1944 et 2011, AUCUNE augmentation dans le nombre des ouragans (tropical cyclones) de forte intensité (vents de plus de 96 kt), et AUCUNE augmentation du nombre des ouragans de faible intensité (vents de 64 à 95 kt). kt = knots.

2) Vous dites: « Vous n’avez pas compris. Dans l’article, on mesure l’augmentation du niveau de la mer dû à la tempête, au moyen des jauges de marée. »

Faux. C’est vous qui n’avez pas compris. Ce qui fait l’intensité d’une tempête, c’est la vitesse du vent et non le mouvement des jauges de marée. Avec les jauges de marée, on se trouve à mesurer une combinaison: intensité de la tempête + monté inexorable du niveau de l’océan. En mesurant la vitesse du vent, on mesure l’intensité réelle d’une tempête.

Je doute qu’il y ait de grandes différences selon qu’on considère tous les ouragans ou seulement ceux qui font un land fall. De toute manière, les données les plus précises et fiables sont pour les ouragans qui font un landfall.

« honorable »,

« Comment expliquer cette contradiction apparente? »

L’article de Journal of Climate ne présente que les cyclones qui ont touché terre, alors que le graphique dont j’ai donné le lien présente tous les cyclones.

« Faux… Ce qui fait l’intensité d’une tempête, c’est la vitesse du vent et non le mouvement des jauges de marée.»

Non, le mouvement des jauges de marée sont le reflet direct de la pression négative créée par la tempête, et c’est ce qui reflète aussi ce qui cause le plus de dommages.

On utilise souvent le « accumulated cyclone energy » (ACE) comme indice de référence pour son côté pratique parce qu’on a plus de données sur les vents et on peut donc comparer plus facilement avec les tempêtes passées. Mais c’est une mesure trop simpliste. Malgré son nom, ce n’est pas une énergie, ce n’est que la sommation du carré de la vitesse des vents. Il manque donc la masse pour que ça donne l’énergie. Un bien meilleur indice développé récemment est le « integrated kinetic energy »: http://tinyurl.com/cgwlcvh , qui mesure vraiment l’énergie cinétique totale du cyclone. Avec cet indice, on voit d’ailleurs que Sandy était une tempête très intense, plus que Katrina.

@André
Merci pour vos informations très intéressantes… dispensées avec aplomb et sans pugilisme inutile.

« et sans pugilisme inutile »

J’avoue que ça me manque de plus en plus en cette époque de blogues et de Twitter…