Santé cardiovasculaire : les gras laitiers à la rescousse ?

Ils ont parfois mauvaise presse. Pourtant, les produits laitiers, ou du moins le gras qu’ils contiennent, pourraient jouer un rôle pour améliorer notre santé cardiovasculaire.

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Une étude récente réalisée en Suède établit un lien entre la consommation de gras laitiers et une diminution des risques cardiovasculaires. Ainsi, les plus grands consommateurs de gras laitiers auraient moins de risques que ceux qui en consomment peu. L’étude menée par le Dr Matti Marklund s’inscrit dans une tendance observée depuis quelques années en nutrition, mais va l’encontre de recommandations du dernier Guide alimentaire canadien, qui privilégie les produits laitiers plus faibles en gras.

L’actualité a discuté des conclusions de l’étude avec Benoît Lamarche, directeur scientifique du Centre NUTRISS (Nutrition, santé et société) de l’Université Laval.

Qu’avez-vous pensé de l’étude ?

La plus grande originalité de l’étude est sa collecte de données. Dans ce cas-ci, on a mesuré dans le sang des participants les molécules provenant presque uniquement du gras laitier, en l’occurrence l’acide gras 15:0 ou acide pentadécanoïque. Ce choix permet de calculer de façon plus objective la consommation de gras laitiers, plutôt que de simplement demander aux participants combien de fromage ou de verres de lait ils ont consommés. Ensuite, on a classé les participants par groupes selon leur proportion de gras laitiers dans le sang, avant de comparer les risques cardiovasculaires selon les groupes.

Calculer l’effet de l’alimentation sur la santé est toujours un peu compliqué, parce qu’on doit se rabattre sur des outils imparfaits, par exemple un journal alimentaire ou un questionnaire. Il y a toujours un biais de mémoire associé à ça. Étudier le biomarqueur dans le sang me semble plus objectif.

La conclusion vous apparaît-elle surprenante ?

Ce n’est pas surprenant. Dans le passé, mon équipe et moi avons réalisé une méta-analyse sur le sujet et nous sommes arrivés au même constat. La plupart des analyses voient des associations inverses entre la consommation de gras laitiers et les risques de maladies cardiovasculaires ou de diabète. L’étude suédoise vient confirmer ce qui est déjà dans la littérature.

Est-on capable d’expliquer d’où viennent les vertus des produits laitiers ?

Attention, il faut bien spécifier qu’on parle des gras laitiers, et non de tous les produits laitiers. Par exemple, le lait écrémé sera exclu de l’équation.

Il y a toutes sortes d’hypothèses avancées pour expliquer ces bienfaits, mais aucune ne fait l’unanimité. Des explications concernent les gras eux-mêmes, qui pourraient jouer un rôle dans le métabolisme des lipides et influencer le taux de cholestérol. Mais ce n’est pas si évident pour l’instant.

Une autre hypothèse avance que ceux qui consomment des produits laitiers n’auraient pas le même profil de vie que les personnes qui en consomment peu ou pas : leur niveau socioéconomique, leur niveau d’activité physique et leur consommation de tabac seraient différents. Par exemple, les grands consommateurs de produits laitiers fument moins que les petits, donc leurs risques cardiovasculaires sont nécessairement moindres. On parle d’un lien indirect dans ce cas-là.

Plusieurs études convaincantes avancent aussi que la consommation de produits laitiers pourrait réduire la pression artérielle. Ce serait un autre mécanisme par lequel la consommation de produits laitiers riches en gras pourrait réduire en partie les risques. 

En nutrition, ce n’est jamais noir ou blanc, il y a du gris et de la nuance. Et la grande difficulté qu’on a avec les produits laitiers, c’est que leur consommation vient souvent remplacer autre chose. Prenons quelqu’un qui boit beaucoup de lait. Qu’est-ce que le lait vient remplacer dans son alimentation ? Du jus de fruits, de l’eau, des boissons gazeuses ? Il est donc très difficile d’étudier ces associations, mais quand une, deux, puis trois études tirent dans la même direction, on peut interpréter les données avec plus de confiance.

Que dit le Guide alimentaire canadien sur la consommation de produits laitiers ?

Dans l’ancien guide, avant la mise à jour de 2019,  les produits laitiers représentaient une catégorie d’aliments à eux seuls. Dans le nouveau guide, ce groupe a disparu et les produits laitiers font maintenant partie des « aliments protéinés ». Puisqu’ils sont moins visibles dans le guide, certains ont pu interpréter qu’il fallait en consommer en moins.

Pourtant, le guide actuel laisse bel et bien une place aux produits laitiers, mais recommande de consommer des produits faibles en gras. Il faut savoir que les produits laitiers sont la source de près du quart de nos gras saturés. D’où la recommandation de consommer des produits faibles en gras, principalement sous forme de lait, de yogourt ou de fromage.

Certains, citant des études comme celle du Dr Matti Marklund, ne sont pas d’accord avec cette recommandation. Pour le moment, ceux qui écrivent les lignes directrices sont de l’école que tous les gras saturés sont mauvais pour la santé et qu’il faut réduire leur consommation. Il n’y a pas consensus à ce sujet.

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