Santé : comment gaspiller 77 millions de dollars

La prescription abusive de certains médicaments contre l’hypertension  a coûté 77 millions de dollars au système de santé canadien en 2006, sans effet sur la santé cardiovasculaire de la population, suggèrent des chercheurs dans la dernière édition du Journal de l’Association médicale du Canada.

L’histoire est intéressante, car elle démontre comment les frais de santé peuvent augmenter sans pour autant que la population soit plus malade ou mieux soignée.

Entre 1996 et 2006, les ventes des antagonistes des récepteurs de l’angiotensine II, qu’on appelle aussi sartans ou ARB, se sont accrues de 4000 % au Canada, notent dans leur article (pdf en anglais) Stéphanie Rinfret, de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec et ses collègues des universités de Montréal,  Toronto, Halifax, McGill, Vancouver et Ottawa.

Lors du vaste essai clinique qui a mené à l’autorisation de ces médicaments, ceux-ci ont été comparés non pas aux antihypertenseurs couramment utilisés, les inhibiteurs de l’enzyme de conversion (ACE), mais à une autre classe de médicaments, les béta bloqueurs, qui fait aujourd’hui l’objet de nombreuses critiques.

Des comparaisons ultérieures entre les inhibiteurs de l’ACE et les ARB ont démontré que les seconds ne semblent pas plus efficaces que les premiers pour traiter l’hypertension ou diminuer le risque cardiovasculaire.

Les premiers sont en outre plus économiques. Leur seul inconvénient: dans certains cas, ils peuvent provoquer une toux sèche que ne donnent pas les ARB.

Pourtant, les ARB sont souvent offerts comme premier choix ou en remplacement des inhibiteurs de l’ACE, même en l’absence de toux sèche.

Les chercheurs ont analysé dans le détail la prescription de ces deux types de médicaments au Canada pour l’année 2006.

Selon leurs calculs, restreindre la prescription des ARB aux seuls cas où, après un mois, les patients développent une toux sèche aurait permis de diminuer les coûts de 77 millions de dollars au Canada pour cette année là.

La Colombie-Britannique est pour l’instant la seule province à avoir adopté cette pratique.

Au Québec, prescrire des ARB plutôt que des inhibiteurs de l’ACE aux seules personnes qui en ont vraiment besoin permettrait d’économiser environ 18 millions de dollars par an sans rien changer à l’état de santé de la population, selon l’étude, qui reste à confirmer.

On se demande souvent ce qui fait autant grimper les coûts de santé. Remplacer un médicament qui marche par un autre, plus cher, qui ne représente un bénéfice additionnel que pour une partie des gens, fait assurément partie des problèmes…

… et des stratégies de marketing de l’industrie pharmaceutique dont je vous parlais récemment.

Les commentaires sont fermés.

inhibiteur de l’enzyme de conversion = Est-ce une pilule empèchant de se convertir au catholicisme ?

Quand la sociale-démocratie sert à enrichir les actionnaires des cie pharmaceutiques, donc les plus riches, ÇA NE MARCHE PAS, M.le ministre de la santé et membres du corps médical. Payer mes impôts et contribuer au système de Santé même avec un revenu sous la moyenne: d’accord, cela pour se donner collectivement des services.

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