Santé : se fier à des sondages pour juger des faits ?

Il faut parfois se méfier des perceptions et argumenter plutôt sur des faits. Alain Vadeboncœur l’illustre avec le récent sondage sur l’attente dans le système de santé.

(Photo : iStockphoto)

D’après un sondage commandé par la CAQ, une majorité de Québécois jugent que le système de santé s’est détérioré depuis 14 ans, et 42 % estiment que l’attente a augmenté. Ça va donc de plus en plus mal, semblerait-il. Mais ont-ils raison ? Concentrons-nous sur la question de l’attente, plus facile à cerner.

D’abord, je me méfie de ce genre de sondage qui prétend éclairer des réalités objectives et mesurables comme l’attente. On peut avoir une opinion négative sur le système de santé, on doit en critiquer les problèmes, et dénoncer les abus est tout à fait correct. Mais est-il préférable de sonder les gens à propos de l’attente ou de la mesurer ? Tout dépend du résultat qu’on vise, j’imagine. C’est que l’opinion des sondés signifie toujours quelque chose, mais elle n’est pas nécessairement la plus représentative de la réalité.

Par exemple, quand on demande aux Américains si la race humaine est le résultat de l’évolution, 52 % pensent que non, ce qui ne change pas grand-chose au fait que nous sommes bien le fruit de l’évolution. Et si 39 % des Européens croient que le Soleil tourne autour de la Terre, c’est le contraire qui se passe, même si tout est relatif.

Je respecte l’idée que les gens puissent avoir une mauvaise opinion du système de santé, en raison de leur propre expérience, de celle de leurs proches, ou de ce qu’ils en entendent ou en lisent. Mais cela ne veut pas dire que leur évaluation de « l’attente » correspond à la réalité. Comme quoi entre la perception et la réalité, on retrouve notre humanité.

C’est mon confrère David Lussier, gériatre spécialiste de la douleur, très actif sur la plateforme, qui a démarré ma réflexion, en demandant à l’auteur du sondage, Jean-Marc Léger, quelle était la méthodologie du sondage.

C’est qu’il doutait, comme moi d’ailleurs, que le système de santé se soit effectivement détérioré durant les 14 dernières années.

Ce à quoi j’ai répondu que son opinion avait peu d’importance, non parce qu’il n’est pas intègre et compétent — David étant un observateur attentif du système de santé québécois —, mais parce qu’on répond mieux à ce type de question par des faits.

 

Je me méfie d’ailleurs autant de mes propres perceptions que de celles des autres, puisqu’il est bien difficile d’évaluer intuitivement des réalités complexes.

Les faits et les perceptions

Vous en doutez ? Pourtant, combien de fois ai-je pu démontrer à des médecins brillants, à de grands chercheurs, à des infirmières compétentes ou à des gestionnaires hors pair à quel point leurs perceptions étaient éloignées de la réalité, pour une foule de paramètres ayant trait à la santé : l’évolution du volume de patients dans le temps, le nombre de consultations, les retours aux urgences, le temps d’attente — tiens ! — ou même leur charge de travail clinique.

J’ai tout aussi souvent prouvé qu’une hausse perçue de l’attente, du nombre de patients ou de l’encombrement d’une urgence ne correspondaient à aucune réalité mesurable. Parfois, à la grande surprise de la personne qui en était convaincue, d’ailleurs. Devant des chiffres (irréfutables) confrontant les croyances courantes, j’observe alors deux types de réaction : modifier sa manière de voir les choses ou refuser de « croire » les données.

À la suite de ces expériences, j’essaie maintenant d’appuyer autant que possible mes affirmations sur des données vérifiables, afin de sortir des débats habituellement stériles des perceptions de tous et de chacun.

Le temps « d’attente » est un bon exemple d’une réalité difficile à évaluer intuitivement — surtout quand la question posée est, comme celle de la CAQ, le temps d’attente en général, sans spécifier de quoi on parle. C’est que la plupart des gens sont influencés par leurs expériences extrêmes, qui imprègnent alors plus fortement leur mémoire et influencent durablement leur vision des choses. Autant les patients que les soignants d’ailleurs.

Surtout qu’au Québec, « champion du monde » de certaines attentes (pour voir un médecin en première ligne et pour la durée du séjour sur une civière aux urgences), on peut en faire l’expérience de temps en temps. Mais cette réputation influence aussi de quels moments on se souviendra, la mémoire ayant tendance à « choisir » les faits qui confirment nos croyances.

Un petit test de réalité

J’ai eu l’idée cette semaine de faire moi-même un sondage « non scientifique » (ce qui suppose que les habituels sondages sans marge d’erreur le sont, mais bon) sur Twitter.

À l’échantillon non représentatif de ceux qui me suivent, j’ai posé une question fort simple, puisqu’elle concernait le temps d’attente moyen avant de voir un médecin aux urgences, avec quatre choix de réponse : 1, 2, 4 ou 8 heures. Après l’avoir laissée percoler 24 heures, j’ai obtenu les 603 réponses suivantes :

Selon cet échantillon non représentatif de quoi que ce soit, près de la moitié des gens avec lesquels je suis entré en contact par Twitter m’ont donc répondu que le temps d’attente moyen était de 8 heures. Je pense que la question était assez claire et que cela représente vraiment ce que les gens pensent. Mais qu’en est-il en réalité ?

Il existe des chiffres portant sur le temps d’attente avant de voir un médecin. J’en avais parlé sur ce blogue, quand j’avais réuni les données à partir des tableaux du mois de juin 2013, rendus alors publics par l’ex-ministre de la Santé Réjean Hébert sur son site, en réponse à une question que j’avais posée sur le sujet.

On parlait à l’époque de 2 heures 02 d’attente, mais il ne s’agissait que d’un seul mois, généralement plus tranquille que ceux d’hiver. C’était tout de même la première fois qu’on voyait de tels chiffres. Mais voilà, les réactions ont été tout aussi intéressantes, puisque beaucoup de gens demeuraient fort sceptiques, n’en croyant pas leurs yeux, comme le dit justement cette amusante expression.

En 2016, Radio-Canada a rassemblé les données d’une année entière d’attente aux urgences tirées de tableaux divulgués par le ministre Gaétan Barrette. Le chiffre était un peu plus élevé que celui de juin 2013, puisqu’on observait 2 heures 35 en moyenne, mais somme toute assez similaire.

Mon point de vue, c’est que ce chiffre est bien différent de celui de 8 heures en moyenne choisi par les répondants de mon sondage. Notez par ailleurs que les données du Ministère sont réunies par les systèmes d’information des urgences, en dehors de toute intervention humaine. Je doute fort que quelqu’un prendrait le risque de les modifier avant leur diffusion publique.

Erreur de fait ou de perception ?

Le bon réflexe est toujours de valider les données, surtout si elles contredisent une perception largement admise. On peut d’abord se demander si on parle de la même chose. D’ailleurs, ma question était légèrement imprécise, puisqu’elle traitait du délai entre l’arrivée et l’évaluation, alors que les données diffusées par le ministère de la Santé montrent plutôt le temps entre le premier triage et l’évaluation.

Le temps avant le triage est mal connu, puisque le contact avec l’infirmière de triage est généralement le « temps 0 » de la visite, sauf pour les hôpitaux qui proposent aux patients de prendre un « ticket » à leur arrivée. Il est alors généralement de quelques minutes en moyenne, ce qui ne devrait pas trop ajouter au délai global.

Une autre question pertinente est de savoir s’il manque des données. Dans ce cas, sans doute, puisque celles des patients quittant les lieux avant d’avoir vu le médecin ne sont pas comprises. Si on inclut ces patients, peut-être que la moyenne est un peu plus élevée. De combien ? Je ne sais pas. Mais si on veut être pointilleux, ma question ne s’adressait qu’aux patients ayant vu un médecin.

Perceptions faussées ?

Mais ces imprécisions ne peuvent pas justifier l’écart entre 2 heures 35 (les faits) et 8 heures (mon sondage). Or, une foule de bonnes raisons peuvent expliquer pourquoi les gens croient que l’attente est beaucoup plus longue qu’elle ne l’est en réalité.

D’abord, plusieurs des répondants n’ont peut-être que peu ou pas d’expérience directe des urgences et se fient — c’est légitime ! — aux récits rapportés par leurs proches ou qu’on peut lire dans les médias. Et comme les gens parlent davantage des fois où ils ont attendu longtemps, cela peut déjà induire ce qu’on appelle un biais, cette « distorsion systématique d’un échantillon ou d’une évaluation statistique », d’après Antidote.

On sait ensuite que la mémoire est une faculté qui oublie, mais de manière différentielle, conservant mieux les moments marquants — comme une mauvaise soirée aux urgences avec beaucoup d’attente, par exemple — et moins les moments ordinaires — comme d’avoir peu attendu aux urgences. De sorte qu’elle se construit à travers un prisme déformant où les exemples extrêmes occupent une place prépondérante.

Comme je l’ai mentionné, nous emmagasinons préférablement les perceptions qui confirment nos croyances. Comme on attend beaucoup aux urgences et que les médias répètent cela depuis longtemps, nous conservons les moments d’attente compatibles avec cette croyance — fondée ! — qu’on attend longtemps aux urgences.

Par ailleurs, la question portait sur l’attente moyenne, ce qui comprend tous les patients et tous les niveaux de gravité (triage P1 à P5), ce qui représente un mélange de patients très malades (vus rapidement) et d’autres moins malades (vus moins rapidement). Nous avons peut-être tendance à inclure dans « l’attente » le fait d’être assis sur une chaise quand rien ne se passe, mais pas d’être poussé rapidement dans la salle de choc quand tout va mal. Pourtant, la moyenne doit prendre en compte tous les cas.

Les disparités régionales constatées dans les temps d’attente jouent sans doute aussi un rôle. Les données présentées par Radio-Canada l’avaient bien montré à l’époque, l’expérience des Montréalais, par exemple, n’est pas du tout la même que celle des patients de Lanaudière, où on attend bien moins. Comme les nouvelles proviennent surtout des grands centres, il est possible que cela inspire à tout le monde une image déformée de l’attente réelle, beaucoup plus courte dans les petits centres.

Source: https://beta.radio-canada.ca/nouvelle/767475/urgences-temps-attente-carte-regions-hopitaux-quebec

On peut même expliquer une partie des difficultés par le travail des journalistes, dont le rôle essentiel est surtout de mettre le doigt sur les problèmes. De sorte que l’image projetée dans les médias est généralement constituée d’une somme de problèmes, puisqu’on parle moins souvent de ce qui va bien dans le système de santé.

Enfin, certaines approches « pédagogiques » forçant la métaphore influencent peut-être les perceptions, comme dans cette citation, qu’il ne faut pas prendre au premier degré, de la députée Diane Lamarre cette semaine à propos des urgences : « En Ouganda, lorsque je travaillais à l’hôpital Lucille-Teasdale, les gens marchaient deux jours dans la savane africaine et quand ils arrivaient à l’hôpital, ils étaient pris en charge en 30 minutes. Au Québec, les gens se rendent à l’hôpital en 30 minutes et ça prend 48 heures avant qu’ils ne soient pris en charge. »

Se fier au sondage ou pas ?

S’il est difficile pour les gens de donner une juste mesure de l’attente aux urgences, on peut avoir des doutes quant aux perceptions exprimées à propos de « l’attente » (ou de tout autre paramètre mesurable du système de santé) plus longue qu’avant.

On — je parle surtout des politiciens ici — devrait donc se garder une petite gêne avant de présenter comme des faits ce qui n’est qu’un sondage d’opinion, certes intéressant en soi — puisque les gens ont de bonnes raisons de trouver que ça va parfois mal en santé —, mais qui ne représente pas toujours bien la réalité des choses.

Méfions-nous aussi des ministres, qui disposent souvent des données justes, mais n’ont pas toujours avantage à les transmettre sans les avoir accommodées un peu à leurs intérêts. Sans toutefois aller aussi loin que Winston Churchill, grand homme politique, qui affirmait : « Je ne crois aux statistiques que lorsque je les ai moi-même falsifiées. »

Mais il demeure que l’on attend encore beaucoup dans notre système de santé, et que le plus important, au-delà des sondages, c’est de régler les problèmes afin d’améliorer les choses. Personne ne pourra dire le contraire, cette fois !

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Je pense qu’il y a d’autres formes d’attente que l’on devrait prendre en compte. Par exemple, il y a deux ans, j’ai été atteinte d’une pneumonie de forme rare que mon médecin ne parvenait pas à guérir. Après deux mois de prescriptions sans résultat, il a décidé que je devais voir un spécialiste. Le plus proche était à l’hôpital, il leur a donc téléphoné et envoyé les documents nécessaires pour que je vois ce spécialiste.

Quelle ne fut pas ma surprise quand, une fois à l’hôpital, on a exigé que je rencontre une infirmière pour qu’elle juge de mon état. Comme une pneumonie ce n’est pas visible, surtout quand on a vingt ans, je n’ai pas été placée en priorité. J’ai eu beau dire que mon médecin avait fait le nécessaire pour que je rencontre le spécialiste directement, on m’a dit que c’était impossible.

J’ai donc passé neuf heures à attendre pour voir un médecin généraliste. Neuf heures à trouver cela aberrant de tout recommencer. Je n’étais malheureusement pas au bout de mes peines. Le médecin généraliste a énoncé que je devais passer la nuit à l’hôpital et qu’un autre médecin prendrait la relève le lendemain, puisque nous étions vendredi.

Pour la troisième fois, j’ai dû raconter mon histoire, mes symptômes à un type qui n’en n’avait rien à faire que mon médecin de famille pensait que je devais voir un spécialiste. Comme il n’y a pas de tests la fin de semaine, j’ai dû passer la fin de semaine à attendre. J’ai dû faire mille et un tests avant que le médecin ne conclue que je devais voir un spécialiste. C’est à ce moment que les choses ont commencé à prendre un cours normal et que le problème a pu être résolu. Si au départ, j’aurais pu voir le spécialiste, je n’aurais pas une semaine d’attente à ne rien faire alors que la solution était déjà connue et établie. Je pense que c’est ce genre de situations qu’on devrait changer : rétablir la communication entre les médecins et les spécialistes qui ne sont pas dans la même bâtisse.

Vous touchez un bon point: l’accès aux ressources spécialisées à partir de la première ligne. C’est effectivement un problème, qui commence à s’améliorer depuis un certain temps. Ce que je comprends de votre situation, c’est que vous avez été référé directement à l’urgence, où le processus normal a suivi son cours. Ce qui manquait, c’était donc un accès direct de pneumologue, qui aurait pu vous évaluer. Cela demeure assez difficile actuellement. Bonne chance pour la suite.

Je ne comprends pas votre réponse à cette dame qui semble encore une fois rester très positive face pourtant au fait que cette dame a attendu 1 semaine de trop avant d’avoir droit à un pneumologue… elle a écouté son médecin traitant en prenant les pilules prescrites par lui durant 2 mois… on parle de pneumonie ici, pas d’un petit rhume… après ce délai, il décide de l’envoyer à l’hôpital pour finalement rencontrer un spécialiste de la question… et comme son médecin n’avait pas envoyé une demande de rendez-vous formelle au spécialiste (cela se fait dans les pays évolués), cette dame a du attendre des heures et des heures pour ensuite se faire poser mille et une questions, se faire retourner à la maison car il n’y avait pas de tests la fin de semaine, y retourner par la suite, passer les tests et enfin, lumière au bout du tunnel, vous avez besoin d’un médecin spécialiste!!!! Mais c’est une histoire tout à fait aberrante… et votre seule réponse… »cela commence à s’améliorer…cela demeure assez difficile actuellement… » Sommes-nous au bout de la forêt vierge pour avoir si peu de procédures de travail intelligentes améliorant les délais… j’ai pourtant connu des types de l’université qui venaient donner des formations aux gens en santé pour faciliter les liens mais surtout pour éliminer les temps morts, le travail pour rien… la Méthode Toyota pour les hôpitaux, pour les malades… le rendement… et ben, on peut dire qu’il y a eu beaucoup d’argent perdu dans toutes ces formations… oui, très beaucoup… de notre argent public perdu car de toute évidence, nous nageons encore dans l’inefficacité… ce n’est pas d’une méthode Toyota qu’il faut, c’est de professionnels intelligents qui regardent ce qui se passent dans le système de santé et qui règlent ces problèmes afin que la circulation devienne fluide et qu’il n’y ait pas d’incident fâcheux du a un laxisme quelconque… et je me demande, à qui cela profite ce manque de cohésion… peut-être bien au secteur privé car c’est vers eux que les plus riches se tournent… pour ne pas attendre interminablement… pour ne pas être les joujous d’un système désorganisé… la grande désorganisation libérale…

Bonjour encore. Je ne comprends pas trop votre intervention ni pourquoi vous montez le ton ici. Je constate que vous pouvez déduire bien plus de choses que moi d’un cas particulier. Tant mieux. Je vous suggère de vous impliquer où vous le pouvez pour trouver des solutions pour améliorer notre système de santé. (Et sans doute, vous trouverez ma réponse encore une fois insuffisante, j’en suis bien désolé). Bonne journée à vous.

Ne fréquentant pas l’urgence d’un hôpital, la clinique sans rendez-vous que très rarement, le cabinet du médecin quand nécessaire aux 2-3 ans, votre vision est probablement très juste, vous le vivez au quotidien. Je ne crois pas à la thèse que les urgences sont engorgés strictement à cause du vieillissement de la population. Quand j’étais plus jeune ou plus tard avec mes jeunes enfants, on se faisait dire avant de consulter un pédiâtre ou un médecin dans le cas d’un enfant, exemple, une poussée de fièvre d’attendre 3 jous avant de consulter si cela persiste malgré le tylenol. Est-ce que les médecins ont exagérés dans la prévention au point d’encourager certains à consulter au cas où? Je le crains.
Je constate aussi que malgré toute la technologie accessible, une partie des médecins ont des réticences à embarquer dans le train, ce n’est pas seulement les médecins plus âgés mais d’autres aussi. Peut-être faudra-t-il un jour s’attarder à cette forme de triage, je déteste ce mot, (trier des animaux vivants ou prêt à l’abattage). Il y a trop d’étapes et la personne qui reçoit au guichet est-elle en mesure de bien évaluer la gravité de l’état du patient afin d’accélérer le processus? Pourquoi, ne pas avoir une centrale téléphonique réservé à l’urgence afin de faire une meilleure répartition des services requis. Me semble qu’en 2017, on devrait être plus avancé?

Excellente ressource, pas assez utilisée. Et alors que les gens des urgences pensent souvent que tous les patients leur sont envoyés, les références à l’urgence sont intérieures à 30% (du moins c’était le cas voilà quelques années). Merci du commentaire.

Non seulement votre vision des choses quant à la première ligne est juste, mais très pertinente. C’est un sujet effort important, dont je traiterai d’ailleurs dans un livre à paraître en novembre 2017: Désordonnances. Pour ce qui est de l’urgence, des infirmières sont très bien formées et compétentes pour distinguer les cas plus ou moins urgents. Le problème, c’est qu’elles sont parfois débordées, et qu’il y a de l’attente même au triage. Quant à la ligne dédiée, elle existe en partie, soit Info santé, le 811. Ce service est sous-utilisé. Par contre, nous ne disposons effectivement pas de ressources à la française comme une régulation avancée des cas. Merci du commentaire et bonne journée.

J’ai été en trois occasions à l’urgence sur une période de 25 ans :

1ere fois en octobre 1992 pour une hémiparésie ou un déficit hémicorps droit de type transitoire, je suis entré comme une balle en ambulance, aucune attente ; hospitalisation qui a duré une semaine.

2e fois en 1997 pour une hémiplégie, arrivée en taxi, un fauteuil roulant pour m’asseoir et voilà, encore une fois aucune attente ou presque, seulement des questions reliées à mon état ; hospitalisation qui a duré deux mois.

3e fois en 2013 pour une grave hémiparésie à la limite de l’hémiplégie, à peine de 5 à 10 minutes d’attente ; hospitalisation qui a duré trois mois de juillet à octobre 2013

Je dois rajouter que la première fois, celle du mois d’octobre 1992, j’avais été libéré le lendemain, tous les symptômes ayant disparus. Ils sont réapparus le soir même et j’ai dû attendre toute la soirée à l’urgence, c’était un dimanche. J’y suis retourné le lundi matin où le neurologue Jacques Lachapelle m’a hospitalisé pour une semaine.

Que dois-je conclure de mon cas personnel …, que j’ai peu attendu, il est vrai que c’était très grave. Je peux également conclure que sur ces 25 ans, je n’ai pas constaté de détérioration des soins offerts quotidiennement. Je peux même dire qu’il y a eu une amélioration, plus d’IRM, plus de physiothérapie, d’ergothérapie, de soins psychologiques, etc.

En 1992, lors de ma seule longue soirée d’attente, j’ai vu beaucoup de patients, en attente également, marcher de long en large en regardant l’heure en bougonnant, etc.

Je les trouvais chanceux, il pouvait partir ! Je ne pouvais pas quitter, marchant extrêmement difficilement, sinon pas !

Merci pour votre témoignage. Il s’agit en effet de cas de grande urgence, et au triage, les cas d’AVC sont prioritaires. Mais votre exemple est tout de même une bonne illustration que si la maladie grave, l’attente est généralement courte. Par ailleurs, il n’y a aucun doute dans mon esprit que les soins sont beaucoup mieux organisés pour prendre en charge ce type de situation qu’il y a 25 ans. Par exemple, l’accès au SCAN ou à la résonance est beaucoup plus facile qu’à l’époque. Quant à l’organisation générale des corridors de service et du suivi de ces problèmes complexes, elle est également bien plus complète. Mais bon, comme il s’agit de bonnes nouvelles, on en parle assez peu. Bonne journée à vous et bonne chance pour la suite.

Ne laissez jamais les FAITS gâcher une bonne histoire…

Il y a longtemps que je me méfie des sondages sur certaines difficultés que notre société rencontre, sondages supposés nous guider vers les solutions miracles à nos problèmes, via la sagesse populaire. Si c’était vrai, pourquoi diable élisons-nous des gens pour nous diriger? On n’aurait qu’à organiser des sondages et…pouf…tous nos soucis disparaîtraient non?

L’autre jour, j’écoutais à la radio les gens commenter sur les problèmes récemment rencontrés par certains voyageurs qui ont dû attendre quelques heures dans leur avion, le temps que certaines vérifications sécuritaires se fassent et que le décollage soit finalement organisé. On a eu droit à toute la dite « sagesse populaire », raisonnements primaires inclus, jusqu’à ce qu’un pilote certifié (un vrai!) appelle à la radio pour expliquer clairement les différentes complexités qu’une telle situation peut entraîner. Bref, on ne peut pas « juste débarquer le monde le temps que les examens soient complétés pour les rembarquer ensuite ».

Idem pour la santé j’imagine. Les gens qui répondent à un sondage n’ont très souvent que leur propre réalité comme expérience et ils tirent des conclusions à partir de ce (très!) petit échantillon. D’autres ne sont même pas allés à l’hôpital et/ou ont un agenda politique et répondent au dit sondage comme s’ils étaient des spécialistes. Les medias sociaux font également parti du problème car de nos jours, les FAITS n’ont presque plus aucune importance. Ces medias galvaudent des faussetés à gogo et malheureusement, de plus en plus de gens se fient à cette jungle pour « s’informer ». Si les FAITS contredisent leurs impressions, c’est qu’il y a quelque part un complot pour nous cacher la « vérité ». C’en est rendu pathétique.

Je ne suis pas toujours d’accord avec vous, mais je partage largement le point de vue exprimé dans votre commentaire ici. Merci et bonne journée.

Vous oubliez 2 points importants… les perceptions sont aussi importantes que les faits, parce que c’est avec ça que les gens prennent leurs décisions quoiqu’ils en disent – et ça a été prouvé scientifiquement… Ensuite, les gens qui établissent les temps d’attente aux urgences eux aussi tentent de présenter les meilleurs chiffres possibles, sans les fausser, ils utiliseront tous les moyens « légaux » pour atteindre les objectifs du ministère. Bref leurs chiffres ne sont pas toujours aussi sûrs qu’ils l’affirment.

Bonjour. Sur votre premier point, je ne vous suis pas exactement. Je n’ai pas dit que les perceptions n’étaient pas importantes, j’ai même écrit qu’elles prenaient probablement trop d’espace. Je suis bien d’accord que les décisions sont prises en fonction de ces perceptions. Pour le second point, les chiffres portant sur l’épisode de soin à l’urgence sont très difficiles à falsifier, puisqu’ils sont saisis à la source par les systèmes d’information des urgences. Ils sont également envoyés directement ministère. Bien entendu, le ministère est libre non de diffuser ces chiffres et la manière dont il le fait. Mais à la base, je ne vois pas comment les chiffres présentés par exemple dans ce texte pourraient être bien loin des réalités. Les gestionnaires n’ont aucun contrôle sur les chiffres mêmes. Ils peuvent toutefois améliorer les choses pour obtenir de meilleurs chiffres. Et parfois avec des stratégies douteuses, ce qui est une autre question. Merci du commentaire bonne journée.

Pour les perceptions, je voulais dire qu’on considère qu’on devrait les mettre de côté et s’en tenir aux faits, ou comme vous disiez, qu’elles prennent trop d’espace, alors qu’au contraire c’est sur les perceptions que tout se joue. L’observation IRM de gens en train de prendre des décisions a montré que le cerveau tendait à le faire basé sur les émotions (donc les perceptions), puis se servait des faits pour justifier ses décisions. Ma conclusion est que les faits ne servent pas à grand chose pour convaincre les gens même si, personnellement, je préférerais aussi le contraire…
Pour la 2e partie, je ne peux pas parler pour le domaine de la santé, mais je travaille en gestion, et les gestionnaires trouvent toutes sortes de moyens pour améliorer leurs évaluations, sans nécessairement tricher. Idem pour le milieu de l’éducation que je connais bien.
Finalement, vous parlez d’une moyenne de 2 heures, c’est trop loin de la « perception » pour être réaliste. À part de très rares exceptions, dont je me souviens à cause de la surprise de passer si vite, la plupart de nos attentes aux urgences (et je parle bien du temps entre l’arrivée et le moment de voir un médecin pour la 1re fois) ont duré plus de 8 heures, quelques fois jusqu’à 16 heures, et nous n’avons pas l’habitude d’aller aux urgences pour des cas bénins…
Finalement, j’avais oublié de le mentionner la dernière fois mais j’apprécie énormément les textes et les nuances que vous apportez. Vous ouvrez la porte à débattre de façon intéressante au lieu de s’en tenir à des informations ou opinions en noir et blanc. C’est très précieux, merci !

Il y a quelques années déjà, je suis allé à l’hôpital Charlemoyne pour une infection à la poitrine après une opération à coeur ouvert. L’infirmière ne me croyait pas que c’était urgent et m’a donné une serviette pour éponger la plaie qui coulait en abondance. Si ce n’était d’un infirmier qui a pris le temps de m’écouter en passant en passant près de moi après 7 heures d’attente (quand je lui ai dit qu’il me ramasserait par terre dans 5 minutes), je ne suis pas certain que je m’en serais bien sorti. Après m’avoir installé sur une civière et avoir vérifié ma plaie, 2 infirmières sont venues voir et enfin un médecin. On m’a traité sur le champ en coupant la plaie sur environ 4 pouces sans avoir besoin de piquer préalablement… je n’étais pas convaincu de l’idée mais c’était bien vrai, je n’ai rien senti excepté quand le bistouri a commencé à couper dans les bons tissus. Je dois vous dire que même si je n’ai pas porté plainte auprès de la « trieuse », je lui en veux encore de ne pas avoir pris le temps de m’écouter et de me faire voir sur le champ afin de savoir si je pouvais attendre. C’est la vie! Donc mon avis est que je suis resté sur l’impression que le temps d’attente est extrêmement long et que la personne au tri devrait peut-être prendre en compte les précisions que lui apporte le patient.

Le triage est probablement un des actes les plus difficiles et les plus complexes qui soient. Vu les volumes de patients très élevés, et le peu de temps consacré à l’évaluation, des écarts peuvent se glisser. Cela est bien malheureux. Cependant, je lève mon chapeau aux infirmières de triage qui font un travail remarquable dans un contexte difficile. Enfin, je suis désolé pour ce qui vous est arrivé. Bonne chance pour la suite et bonne journée.

Encore une fois, votre commentaire ne va pas dans le sens du malade qui a connu des problèmes au triage, donc un manque de jugement de la part de professionnels formés pour écouter, ressentir et demander l’aide d’un confrère-consoeur si pas certain-certaine… D’accord que le triage est difficile et complexe…. mais pourquoi dire »le peu de temps consacré à l’évaluation »… ils devraient prendre tout le temps nécessaire car c’est un moment primordial pour la santé du malade qui se rend à l’hôpital pour des soins… Citation du texte: L’infirmière ne me croyait pas que c’était urgent et m’a donné une serviette pour éponger la plaie qui coulait en abondance. Si ce n’était d’un infirmier qui a pris le temps de m’écouter en passant en passant près de moi après 7 heures d’attente… » Si l’infirmière avait cru le malade, il n’y aurait pas eu 7 heures d’attente alors que l’infection grossissait… et le danger pour la vie aussi… Alors félicitations pour cet infirmier qui a su voir et écouter un malade qui allait tomber tellement c’était pénible… et Félicitations pour les infirmiers-infirmières au triage qui sont sensibles au malade en face d’eux et si elles-ils ne le sont pas pour cause de fatigue extrême, qu’ils-elles prennent des vacances méritées ou congé de santé… ou demander l’aide d’une-un autre infirmière -infirmier mais ne jamais risquer la vie d’un malade pour cause de fatigue ou autres…

Je ne comprends pas trop votre commentaire non plus. Tout ce que je dis, c’est que le triage est une activité humaine qui ne peut toujours être parfaite, surtout compte tenu de la pression sur les infirmières de triage. Je préfère par ailleurs ne pas commenter de cas particulier sans avoir en main toutes les informations. Ce que je vous suggère également comme attitude. Bonne journée à vous.

Bonjour je suis aller dernièrement a l’urgence Cowansville pour une toux qui perdurait depuis 2 semaines. C’était un samedi et la salle d’attente était assez bien garni . Le triage a pris environ 1 heure et je me suis assis dans la salle d’attente. Après une autre heure d’attente il y avait seulement un patient qui a été demandé. Un autre patient dans la salle ma dis que ca faisait 18 heures qu’il attendait pour voir un médecin. Alors j’ai quitté l’hôpital et je suis allez a la clinique sans rendez vous le lundi qui en passant n’est pas ouvert les fin de semaine. Solution ouvrir les cliniques sans rendez vous la fin de semaine ou encore mettre un médecin direct au triage. Il faut s’adapter au patient et non aux médecin.

Je suis bien d’accord avec votre première solution : avoir des points d’accès autre que l’urgence la fin de semaine. Vous conviendrez sans doute avec moi qu’une toux qui dure depuis deux semaines n’est pas nécessairement cas d’urgence, s’il existe des alternatives. Le problème est souvent l’absence d’alternative. Quant à mettre un médecin directement au triage, certains le font, comme l’Hôpital général juif. Mais il faut comprendre que dans des milieux de petite taille comme urgence de Cowansville, ajouter un médecin au triage supposerait de disposer de ressources médicales qui n’existent même pas. Alors ce n’est sûrement pas une solution praticable. Merci du commentaire bonne journée.

MMmmmmm… je vous trouve particulièrement favorable à notre système de santé, système qui est en phase II de démantèlement, la 1ère phase ayant débuté à l’époque du gouvernement Charest et la suite et fin avec le gouvernement Couillard… Un système de santé qui se privatise de plus en plus, qui joue au yoyo avec ses employés… Voici un document de l’IRIS sur l’historique de notre système de santé… http://iris-recherche.qc.ca/publications/CLSC-GMF
http://iris-recherche.qc.ca/recherche?q=CLSC&scope=tags

Non seulement je suis favorable à notre système de santé, je l’ai même défendu et je le défends encore, notamment dans mon implication au sein de Médecins québécois pour le régime public (www.mqrp.qc.ca). Je ne vois pas tout à fait le rapport avec mon texte, qui traite des perceptions et de l’attente. J’ai simplement fourni des faits. Par ailleurs, la majorité des soins qui sont donnés dans notre système sont tout à fait adéquats et il faut effectivement souligner toutes les bonnes choses qui s’y font pour contrebalancer le discours négatif ambiant. Pour ce qui est de la privatisation, je connais très bien le dossier, puisque je m’en suis occupé durant près d’une décennie. La question spécifique des CLSC vs GMF est complexe. Vous constaterez que le modèle des CLSC est effectivement unique, et ne correspond à aucune réalité ailleurs dans le monde. On peut bien penser que ce modèle est à l’avant-garde, il demeure très atypique et n’a pas rencontré la faveur des médecins, qui sont tout de même les intervenants pivots en première ligne. Pour ce qui est des employés, je suis conscient que les fusions actuellement des impacts sur bien des gens. On verra de quoi il en retourne dans deux ou trois années. Bonne journée à vous.

Séjour au coeur du dévouement
De retour d’un voyage en Éthiopie du Sud, je tiens à témoigner et à partager ce que j’ai vécu remarquablement à l’hôpital Ste-Marie de Trois-Rivières tant cela est à contre-courant des échos négativistes qui concernent les services hospitaliers québécois.

Cinq jours après mon retour d’Afrique, j’ai été très rapidement bien accueilli à l’urgence de l’hôpital Ste Marie de Trois-Rivières pour une alerte cardiaque. Revenant d’Afrique, j’ai goûté immédiatement au « confinement » de crainte qu’une bibitte indésirable n’ait déjoué la vigilance du douanier de service à Dorval.

Quelques heures plus tard, n’ayant rien trouvé de répréhensible, le personnel en jaune se transformait en fourmilière besogneuse pour résoudre la petite alerte cardiaque du bénéficiaire. Je fus subjugué par l’efficacité exploratoire de la panoplie de spécialistes requis dans les circonstances (urgentologue, cardiologue, infectiologue, radiologue, hématologue), admirablement secondés par les infirmiers, préposés et autres serviteurs qui besognaient solidairement. Le va et vient de tout ce beau monde était époustouflant. Vingt-trois heures plus tard, le tout étant rentré dans l’ordre, je reçus mon congé.

Mais, ce n’était que partie remise, car, 8 jours plus tard, j’avais un autre rendez-vous, avec la médecine… pour une chirurgie de la hanche commandée 4 mois auparavant. Et rebelote, me voilà à nouveau en admiration devant la fourmilière hospitalière Ste-Marie. Les services administratifs, infirmiers travaillant en triade, médicaux multi-disciplinaires, para-médicaux, et autres accompagnements des « préposés » furent admirables à tout point de vue.

Deux petits exemples témoignent de l’efficacité des intervenants quand j’ai assisté à deux chutes mineures de patients très rapidement contrôlées par le personnel vigilant, et quand j’ai été envoyé deux jours de temps au service de cardiologie pour contrôle et vérification, avant de terminer mon séjour post-opératoire au service d’orthopédie.

En plus, la gestion journalière des piluliers individuels s’ajoute à ces multiples tâches. Aux deux étages, c’était la même efficacité, le même dévouement professionnel de tout le personnel, y compris les étudiants/stagiaires qui viennent y apprendre leur métier. Et la cerise sur le gâteau : la restauration personnalisée sous la supervision d’une équipe de diététiciens était des plus satisfaisante.

Que tout ce beau monde souriant, généreux, dévoué et accueillant reçoive toute la gratitude reconnaissante très bien méritée de la part de tous les bénéficiaires.

Que ce témoignage réaliste et positif puisse être relayé à tous les niveaux de gestion des services hospitaliers et à leur personnel et permette de démontrer une autre perspective, positive celle-là, que celle véhiculée par les éternels « chialeux – pleurnicheurs » négativistes…

http://vigile.quebec/Sejour-au-coeur-du-devouement
http://www.lapresse.ca/le-nouvelliste/opinions/201704/04/01-5085412-sejour-au-coeur-du-devouement.php
http://www.lhebdojournal.com/opinion/tribune-libre/2017/4/1/sejour-au-c_ur-du-devouement.html
http://lautjournal.info/20170404/sejour-au-coeur-du-devouement

Merci à vous pour ce beau témoignage. Ça fait du bien à lire et à entendre. Bonne journée à vous.

Excellent texte qui traite objectivement d’une question, contrairement à ce que font habituellement les journalistes (trop de recherche et pas assez sensationnel j’imagine). De plus, l’auteur prend lui-même le temps de souligner où son texte pourrait avons des faiblesses et quelles informations supplémentaires seraient loisibles. Ce n’est pas la quérielle de démagogues qui pullulent dans nos journaux qui feraient ça.

Merci

Merci de votre commentaire. Je n’irais pas jusqu’à dire que c’est complètement objectif, puisque ce n’est qu’un petit texte traitant d’un sujet spécifique, mais j’essaie au moins de montrer quelles sont les erreurs qu’on peut aisément commettre en traitant ce genre de sujet. Bonne journée.

M. Vadeboncoeur,
Oui, il y a la question des attentes dans les urgences dans le réseau de la santé et il y a aussi tous les autre services dont on tient rarement compte dans l’équation du système. Je vous rappelle qu’il y a des services de travailleurs sociaux, de psychologues, d’ergothérapeutes, d’orthophoniste, etc.. Est-ce qu’on pense à calculer le temps d’attente à ces services? Je travaille depuis 30 ans dans le réseaux de la santé, d’abord comme travailleur social en santé mentale, puis comme organisateur communautaire. Je puis vous affirmer qu’à l’époque des CLSC, du moins dans le CLSC où je travaillais, il n’y avait presque pas d’attente pour recevoir ces services autres que médicaux. Souvent, l’attente pour ces services était de 2-3 semaines. Je peux vous affirmer que depuis, la création des CSSS en 2005 puis des CISSS et des CIUSSS il y a 2 ans, que l’attente pour ces services autres que médicaux ont largement augmenté( très souvent plus de 6 mois), et ce depuis le transfert de TS dans un GMF qui se trouve à 50 kilomètres de mon CLSC. De plus, pour appuyer mon dire, nous avions l’an dernier, 2 psychologues à temps plein à notre point de services, donc l’équivalent de 70 heures d’offre de services (2 psychologues X 35 heures chacun) par semaine. Il ne reste plus qu’un seule journée par semaine, donc autour de 7 heures par semaines pour un psychologue.

Quand une personne vit une période difficile dans sa vie et que pour prendre un rendez-vous, elle doive téléphoner le 811 info social pour une entrevue encadrée de + ou – 20 minutes, je considère que cette pratique déhumanise les services. Ah oui, pourquoi les gens doivent maintenant appeler le 811 info social? Parce que les travailleuses sociales en qui faisaient l’accueil en CLSC ont été pour la plupart transférer à ce service téléphonique.
Pour documenter l’amélioration ou la dégradation du réseau de la santé, M. Vadeboncoeur, je vous inviterais à contacter ou à sonder les travailleuses et les travailleurs du réseau qui y travaillaient avant les deux vagues de fusions et qui subissent maintenant les conséquences de ces fusions.

Bien sûr, on ne juge pas un réseau par son attente à l’urgence. Je m’en suis servi comme d’un exemple pour illustrer mon point, la difficulté pour quiconque d’évaluer subjectivement un paramètre aussi complexe que l’attente. Pour ce qui est de l’attente pour les services professionnels importants que vous soulevez, je ne connais pas de données. Il est très difficile pour quiconque – incluant les professionnels – d’évaluer ce genre de situation. Il est donc tout à fait possible que vous ayez raison, et en ce cas, la situation est déplorable. Ce qui le serait aussi, c’est qu’absolument personne n’ait jamais songé à évaluer ce dont vous discutez. Mais peut-être existe-t-il des recherches qui permettent de supporter vos points? Si c’est le cas, je vous invite à les partager. Sinon, on peut bien discuter d’opinions, mais c’est souvent insuffisant. Bonne journée.

Bravo pour cette intervention qui remet les pendules à l’heure pour ce qui est de notre système de santé à la dérive…

Je ne suis pas surprise que les gens soient confus quant à la réalité du temps d’attente dans notre système de soins et aux urgences en particulier.

Dans son sondage-maison, le docteur Vadeboncoeur s’est concentré sur le temps d’attente entre l’arrivée à l’urgence et la rencontre avec un médecin, qui est d’environ 2 heures 30. Par contre, si on regarde l’attente sur la civière aux urgences, elle était de 15,6 heures en 2016 : chiffres du ministère rapportés par La Presse
http://www.lapresse. ca/actualites/politique/politique-quebecoise/201705/01/01-5093755-urgence-quebec-ne-parvient-pas-a-reduire-lattente.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_vous_suggere_5093936_article_POS1

Les différents temps d’attente restent à peu près stables.

Les solutions sont différentes pour les deux segments d’attente. Pour le premier segment : réduire le nombre de personnes qui se présentent aux urgences en ouvrant plus de cliniques du quartier et en éduquant les personnes quant à l’opportunité de consulter aux urgences. Pour le deuxième volet : sortir les patients en attente du transfert aux soins de longue durée des lits dédiés aux soins aigus et continuer à s’efforcer de coordonner des consultations et des examens aux urgences pour orienter adéquatement les personnes couchées sur les civières vers une hospitalisation ou un congé.

Depuis des années, tout le monde connait des problèmes en aval et en amont des urgences. Les solutions sont connues, mais leur mise en œuvre demeure partielle et chaotique.

Bien d’accord, depuis tellement longtemps que je déplore l’utilisation du mot « attente » pour le séjour sur civière, ce qui cause beaucoup de confusion, j’aurais dû le mettre comme raison de la confusion. Merci du commentaire.

Je ne comprends pas M. Vadeboncoeur… ceux qui sont en attente sur des civières ne font pas partie des statistiques d’attente?????

Ce n’est pas ce que j’ai dit. J’ai dit que l’onconfond souvent l’attente sur civière (le fameux 15-16 heures) avec le délai avant de voir le médecin. Dans le délai moyen pour voir le médecin, on parle bien entendu de tous les cas, civière et ambulatoire. Mais ce qu’on appelle souvent « l’attente sur civière » n’est pas l’attente pour voir le médecin.