Sauver des vies grâce au #DEFIDEFIB !

Sauver une vie, ça vous tente? Tant mieux, parce que c’est à la portée du premier venu! Il suffit pour cela d’utiliser le défibrillateur le plus proche de vous, et bien entendu… d’avoir une vie à sauver. Le Dr Alain Vadeboncoeur vous dit la marche à suivre.

Photo : Fondation Jacques de Champlain

Sauver une vie est d’autant plus facile que des défibrillateurs (DEA : défibrillateur externe automatisé), il y en a de plus en plus, et qu’ils sont très faciles à faire fonctionner. Un jeu d’enfant. Encore faut-il commencer par les trouver.

Justement, grâce au #DEFIDEFIB de la Fondation Jacques de Champlain, qui a débuté le 1er août, il sera encore plus facile de les trouver dans les prochains mois. Mais avant de donner les détails de ce concours, examinons de quoi il s’agit quand on parle de « sauver une vie ».

*

Mon patient, dans la cinquantaine, consulte à l’urgence pour de vagues douleurs dans la poitrine. L’électrocardiogramme est normal. Il est placé sur civière par prudence puis rattaché au moniteur cardiaque.

Soudain, avant même la fin de l’évaluation initiale par l’infirmière, la douleur thoracique reprend de plus belle, puis le patient perd subitement conscience. Une alarme sonne sur la console centrale des moniteurs, et le tracé très irrégulier qui apparaît clignote en rouge.

C’est une fibrillation ventriculaire ! Le sang ne circule plus ! D’ici quelques minutes, il n’y aura plus rien à faire! (Mais non, on va faire quelque chose, voyons).

Fibrillation ventriculaire mortelle. L’activité électrique du coeur est complètement désorganisée. Collection de l’auteur.

Le coeur de ce patient est en infarctus aigu (blocage d’une artère nourricière appelée coronaire), ce qui engendre une instabilité électrique pouvant potentiellement virer au pire : la fibrillation ventriculaire, chaos électrique qui empêche le coeur (une pompe électrique) d’effectuer son travail. C’est donc l’arrêt cardiaque. Pour le moment.

En général, la fibrillation ventriculaire ne rentre pas dans l’ordre toute seule : le rythme est trop désorganisé, et bien souvent, le coeur est alors trop en souffrance. Il faut donc une intervention externe. Première étape : l’assistante (placée près des consoles) lance immédiatement le code à travers l’urgence. « Code 99 »!

Et l’intervention externe, c’est nous! C’est l’équipe de l’urgence, mais ça aurait pu être les paramédics hors de l’hôpital ou même, comme on va le voir plus loin… vous! Nous arrivons au pas de course après le lancement du « code ». Nous avons quelques minutes. En fait, il en faudra moins pour régler la situation.

Code 99

Quand on entend le « code » dans les haut-parleurs d’un hôpital, ça veut dire qu’un patient est probablement en arrêt cardiaque, ou du moins assez malade pour perdre conscience et menacer de perdre la vie. Et si on accourt, c’est qu’il y a quelque chose à faire immédiatement pour renverser la situation : d’abord un choc, puis éventuellement d’autres interventions ! Pas n’importe quel choc, bien entendu.

Nous arrivons donc (moi, ma résidente, deux autres infirmières et un préposé) pour prêter main-forte à la première infirmière, convergeant tels des oiseaux de proie vers la victime (pas la nôtre, mais celle de l’arythmie fatale). Pendant ce temps, à l’autre bout de l’urgence, arrive en roulant, poussé par un autre proposé, le chariot de réanimation.

Au chevet, c’est déjà évident : le patient est immobile, les yeux grands ouverts et fixes, le corps secoué de spasmes musculaires involontaires (fréquents en arrêt cardiaque), alors que sur le moniteur cardiaque, la fibrillation ventriculaire projette son chaos frénétique.

Dans cette situation, à l’urgence, pas besoin d’effectuer la séquence habituelle, qui est : est-ce que le patient répond quand on le stimule, est-ce qu’il a pu s’étouffer, est-ce qu’il respire, est-ce qu’il a un pouls, etc? Tout s’est passé sous les yeux de l’infirmière: il reposait plutôt calme dans sa civière, et la fibrillation a frappé d’un coup.

La cause est électrique, le traitement l’est aussi. En fait, il faut immédiatement interrompre l’arythmie. En attendant, le préposé s’installe pour commencer le massage cardiaque, question de faire circuler un peu le sang et l’oxygène en attendant le retour de l’activité cardiaque.

Agir tout de suite

L’infirmière a déjà enlevé la jaquette (c’est l’utilité de la jaquette : on peut l’ôter du chemin immédiatement) et installe maintenant de grosses électrodes sur le thorax (une à droite vers le haut du sternum, une à gauche en latéral, comme sur le dessin). Ces électrodes sont liées au défibrillateur, à côté duquel j’attends. Dès l’ouverture, la charge par défaut s’affiche : 200 joules. C’est bien la bonne « dose » d’électricité.

Dès que les électrodes sont installées, j’appuie sur le bouton de charge de l’appareil. Il laisse entendre le son montant de sirène bien connu, jusqu’à un plateau (200 joules) où il laisse plutôt échapper un bruit intermittent. Tout est prêt.

Position des électrodes du défibrillateur. Sur l’image radiologique de la coupe du thorax, on voit le trajet de l’arc électrique, qui passe directement par le coeur. (Les lettres V correspondent à la position des électrodes quand on effectue un électrocardiogramme). Collection de l’auteur.

Le pouce sur le bouton de choc, je crie : « Clear ! ». Le préposé cesse le massage, l’infirmière laisse tomber le bras dans lequel elle cherchait une veine. Quand je suis certain que personne n’est en contact avec le patient (un choc est tout de même assez douloureux et même potentiellement risqué pour les autres mais très bon pour le patient), j’appuie sur le bouton.

Sans aucun délai, l’appareil laisse entendre un claquement, tandis que le corps du patient se bande dans les airs (comme dans les films, en effet), et qu’il laisse entendre un bruit de gorge guttural (les poumons se vident de leur air, mais il n’est pas conscient).

Puis, le corps retombe. Le préposé reprend le massage pendant que la ligne prend quelques secondes à se stabiliser sur l’écran. Immédiatement, on reconnaît un rythme normal (« sinusal ») rassurant.

Rythme « sinusal » normal (provenant du « noeud sinusal »). À chaque battement correspond trois ondes consécutives: « P » (les oreillettes), « QRS » (les ventricules) puis « T » (le retour à la normale des ventricules. Ce groupe est répété 4 fois sur le tracé présenté. Collection de l’auteur.

Le réveil

Le patient commence à bouger. Je fais cesser le massage cardiaque et prends le pouls à l’aine : il est intense et bien frappé. Les mouvements du patient s’accentuent, puis il ouvre les yeux, terrifiés. Enfin, il nous reconnaît, surpris de voir tant de visages autour de lui.

On demande immédiatement un autre électrocardiogramme, qui montre cette fois nettement l’infarctus aigu.

« Ça va ?
– Qu’est-ce qui s’est… passé ?
– Votre coeur a fait une petite arythmie. C’est à cause de l’infarctus. Va falloir aller débloquer cette artère. »

Le patient ne se souvient de rien. Bien vite, le cardiologue arrive sur place, échange quelques mots, puis repart vers le laboratoire d’hémodynamie.

« Je vous appelle quand la salle est prête ! »

Quelques minutes plus tard, bien réveillé, le patient, qui a reçu quelques médicaments pour se préparer à l’intervention, est entrainé par toute l’équipe vers l’hémodynamie et me salue en passant. Je lui rends son sourire.

*

Ce que je viens de décrire, c’est une mort subite réanimée. La mort était bien réelle, et aurait « persisté » en l’absence de choc. En fait, le choc, c’est non seulement le meilleur, mais c’est même le seul traitement efficace pour traiter un tel arrêt cardiaque par arythmie maligne (« maligne » par opposition à « bénigne »).

L’effet du choc est simple : il arrête de manière simultanée toute l’activité électrique du coeur. Sans compromis ! Bref, il calme tout, pourrait-on dire. Mais justement, c’est ce qu’il faut faire, parce que c’est le chaos électrique qui rend impossible le retour à une activité cardiaque cohérente.

Une fois que le chaos est interrompu, le coeur (ou plus précisément le nœud sinusal, situé dans les oreillettes, à la source des battements normaux de l’organe) a la chance de reprendre son activité normale.

S’il est « trop malade » (infarctus massif ou autre problème grave), ou que les délais étaient trop longs (plusieurs minutes), il est possible qu’il n’y arrive pas. Mais en général, en début d’infarctus, il peut reprendre le contrôle et continuer son petit bonhomme de chemin.

Quand on agit immédiatement, les chances sont excellentes de retrouver immédiatement une circulation artérielle suffisante pour permettre un éveil rapide. Plus le temps s’allonge, moins ces chances sont bonnes.

Le temps compte

Après quelques minutes sans oxygène, le cerveau commence déjà à souffrir par manque d’oxygène, et bien souvent, la reprise de la conscience est retardée, même si la circulation reprend. Si les délais sont trop longs, des dommages irréversibles au cerveau pourraient empêcher tout retour à l’éveil : c’est la mort cérébrale.

Bref, le temps est un facteur crucial. Ou plus exactement, le délai entre l’arrêt cardiaque et le premier choc. On dit que les chances de survie diminuent de 7 à 10 % à chaque minute après le début de l’arrêt cardiaque.

Quant au massage cardiaque, il ne peut interrompre de lui-même l’arythmie, mais comme le sang circule un peu et que l’oxygénation du cerveau est partiellement maintenue, on achète ainsi un peu de temps, qui permet d’intervenir tout de même avec succès.

Ce choc ainsi que le massage cardiaque (RCR) sont à peu près les deux seuls traitements démontrés efficaces afin d’améliorer la survie des patients en arrêt cardiaque.

*

Je l’ai mentionné au début, un choc peut être donné par des cliniciens formés (médecin, infirmière, paramédic, premiers répondants, etc.), mais également par toute personne se trouvant sur les lieux d’un arrêt cardiaque. Ça vous inclut dans le lot ! Ce qui revient à dire que vous pourriez, demain matin, être cette personne assistant à une mort subite en direct et pouvant intervenir.

Quoi faire si quelqu’un tombe inconscient et respire mal ou pas du tout ? Agir ! C’est ce que vous pouvez faire. Il faut présumer (même s’il y a encore du tonus musculaire ou une respiration) que la personne est en arrêt cardiaque, donc en arythmie maligne, et a besoin d’un choc.

Bien entendu, si vous la stimulez, qu’elle ouvre les yeux et repousse votre main en grognant, elle n’est sûrement pas en arrêt cardiaque. Mais si elle ne réagit pas, c’est peut-être le cas. Et vous êtes peut-être la personne qui lui sauvera la vie.

Comment ? C’est simple : en faisant comme nous. D’abord, en appelant de l’aide (le code). Puis en débutant le massage cardiaque (oubliez la respiration assistée, ce n’est pas utile dans cette situation). Et surtout, en demandant s’il y a un défibrillateur sur place.

Si vous êtes dans un aréna, un aéroport, un centre d’achat, il est probable que les employés sachent où se trouve le « défibrillateur externe automatisé » (DEA), qui est peut-être à portée de la main et prêt à agir. Le cas échéant, il faudra l’amener au chevet du patient, et l’utiliser. N’ayez crainte, le DEA vous guidera lui-même à travers toutes les étapes.

Le défibrillateur de l’aréna Jacques-Cartier, à Longueuil. Image tirée du site Facebook de la fondation.

D’abord, allumer l’appareil, puis dégager le thorax, puis appliquer les électrodes, enfin, appuyer (le cas échéant) sur le bouton d’analyse, enfin attendre les instructions. Si le patient doit recevoir un choc, il jouera au médecin et vous demandera d’éloigner les gens, puis donnera lui-même le choc.

Le reste se passera comme dans mon histoire et peut-être même que le patient se réveillera et vous demandera ce que vous faites là. Si c’est le cas, vous pouvez être certain que vous lui avez sauvé la vie !

*

L’urgentologue François de Champlain (Photo: Fondation Jacques de Champlain)

Mais le DEA, il faut tout de même le trouver en situation d’urgence. Justement, la Fondation Jacques de Champlain, fondée et présidée par l’urgentologue François de Champlain, a développé une application qui permet d’identifier et de localiser le DEA le plus près. Très simple d’utilisation, l’application vous aidera peut-être à sauver une vie. Afin d’identifier le maximum de défibrillateurs, la fondation vient de lancer le « #DEFIDEFIB », qui a commencé le 1er août commencé et se poursuivra jusqu’à l’Halloween. Le but est d’identifier le maximum de défibrillateurs et de les inscrire dans l’application. Il y a même des prix offerts, dont l’installation d’un défibrillateur.

Je vous encourage donc à participer avec l’application au #DEFIDEFIB et à identifier durant le reste de l’été le maximum de défibrillateurs autour de vous. Il suffira de vous procurer l’application DEA-Québec puis de suivre les instructions.

De toute manière, vous devriez déjà avoir l’application sur votre cellulaire, ça le rendra encore plus intelligent, et surtout, ça vous permettra de sauver des vies.

*

Au fait, vous vous demandez peut-être ce qui a poussé l’urgentologue François de Champlain à créer cette fondation et ce projet? Je le laisse vous raconter le tout:

« Le 15 juillet 2009, mon père, Dr Jacques de Champlain, subissait une mort subite soit un arrêt cardiorespiratoire, sans jamais avoir eu de signes avant-coureurs. Le destin aura voulu qu’il se trouve dans une région dépourvue d’un service de premiers répondants équipé d’un défibrillateur cardiaque lorsqu’il fut victime d’une crise cardiaque.

Des délais importants avant l’arrivée de l’ambulance n’auront pas permis de lui donner une seconde chance que certaines personnes peuvent avoir lorsqu’un défibrillateur externe automatisé (DEA) est utilisé dans les premières minutes et qu’un massage cardiaque est débuté précocement. »

 

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