Sauver les pélicans de la marée noire… ou les tuer ?

Depuis le début de la marée noire dans le golfe du Mexique, la télévision nous montre régulièrement des images de pélicans bruns englués qu’on essaye de nettoyer. Des images touchantes, certes. Mais pas nécessairement sensées.

International Bird Rescue Research Center / CC 2.0
International Bird Rescue Research Center / CC 2.0

D’abord, il faut savoir que contrairement à l’idée reçue, le pélican brun n’est pas un oiseau menacé, même s’il était encore sur la liste des espèces en danger des États-Unis jusqu’en novembre dernier (non, BP n’a rien à voir dans la décision de le sortir de cette liste!).

Mais dans le monde, les populations se portent plutôt bien. Sur les 650 000 pélicans bruns qui peuplent les côtes atlantique et pacifique des Amériques, 400 000 vivent au large du Pérou, bien loin de la marée noire. Même dans le golfe du Mexique, l’espèce n’est pas en danger.

Au large de la Louisiane, cet oiseau est un miraculé : il avait complètement disparu dans les années 1970, tué par le DDT charrié par les eaux du Mississippi. Depuis l’interdiction de ce pesticide, il avait été réintroduit avec un assez bon succès… jusqu’à ce que la marée noire le menace à nouveau.

Que faire des oiseaux englués ? D’abord, il faut savoir que les biologistes ne récupèrent qu’une fraction de ceux-ci. Puis les oiseaux capturés sont nettoyés (on pourrait presque dire décapés !) à grand renfort d’huile minérale, de Pepto-Bismol et de liquide vaisselle.

Selon le International Bird Research Rescue Center, qui s’occupe des pélicans, 50 à 80 % survivent à l’intoxication et à ce traitement choc et sont en assez bon état pour être relâchés. Mais en date du 9 juin, selon le magazine New Scientist, seuls 12 pélicans bruns ont pour l’instant été relâchés sur les 442 récupérés.

Combien vont survivre une fois retournés dans la nature ? C’est là que les choses se compliquent, car les études à ce sujet sont encore parcellaires et ne permettent pas de trancher.

Mais plusieurs spécialistes pensent que le nettoyage ne sert à rien. Selon une biologiste allemande interviewée par Der Spiegel, 99 % des oiseaux relâchés finissent par mourir assez vite des suites de l’intoxication !

Les tuer rapidement et proprement serait moins cruel que de les laisser agoniser. Lors du naufrage du pétrolier Erika, le WWF, le grand défenseur des animaux, avait aussi déconseillé le nettoyage des oiseaux.

Sans compter que même relâchés sur la cote atlantique de la Floride, loin de leur point d’origine, il se peut que certains pélicans retournent directement s’engluer !

Et puis il y a la question du coût. Lors du naufrage de l’Exxon Valdez, 627 oiseaux avaient été relâchés, à un coût moyen de 15 000 dollars par oiseau (pdf). C’est énorme, même si cela a représenté moins de 1 % des frais de nettoyage de cette catastrophe. Il y a certainement bien des choses plus utiles à faire pour la faune à ce prix là.

Mais sommes-nous assez raisonnables pour accepter qu’il faudrait peut-être mieux ne pas sauver les pélicans une fois qu’ils ont été piégés par le pétrole ?

Dire que si ça se trouve, les espèces les plus menacées par cette marée noire sont d’immondes bestioles peu sympathiques qui vivent dans les profondeurs et pour lesquelles on ne fait strictement rien!

Loin des caméras, loin du coeur…

Laisser un commentaire

Moi je suis pour la première solution (les tuer ou les laisser mourir) et les réintroduire une fois toutes menaces liées à la fuite de pétrole soient évanouies.

C’est sur que les fabricants du savon à vaisselle DAWN iront en cours contre cette solution car ils auraient trop à perdre si on ne nettoyaient pas les oiseaux.

DAWN Nettoyeur »officiel » des oiseaux en cas de catastrophe pétrolière. En tout cas selon leurs publicités.

Dernière Heure : DAWN vient de découvrir une technique pour nettoyer les baleines (avec du DAWN bien sur).

P.S. Ça prend deux bouteilles de DAWN pour un Pélican mais 20 000 pour un rorqual commun et 65 584,91 bouteilles (chiffre approximatif) pour une baleine Bleue.