Science-friction

Des scientifiques se remettent en question; voter pour une expérience sur le Zika; radicalisation: une étude bidon; une taxe carbone sur la viande? 

(Photo: iStockphoto)
(Photo: iStockphoto)

Écœurés…

Un sondage réalisé par le magazine scientifique Nature révèle à quel point les conditions de travail des chercheurs partout dans le monde ne cessent de se détériorer. Les deux tiers des 12 000 chercheurs répondants ont indiqué avoir envisagé de changer de métier et 40 % d’entre eux travaillent plus de 60 heures par semaine. Plus d’un chercheur sur quatre dit avoir publié au moins une étude dont il n’est pas fier, un sur huit reconnaît avoir pris des raccourcis dans ses travaux ou fractionné ses résultats pour augmenter artificiellement le nombre de publications dont il est l’auteur. Une preuve de plus qu’il ne faut pas croire toutes les études!

 

… mais bientôt soulagés?

À Québec comme à Ottawa, les politiques scientifiques sont en cours de révision. Aux consultations du gouvernement fédéral lancées plus tôt cette année par la ministre des Sciences, Kirsty Duncan, et le ministre de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique, Navdeep Bains, pour préparer l’examen du soutien fédéral aux sciences s’ajoute cette semaine la consultation de la ministre québécoise de l’Économie, de la Science et de l’Innovation et ministre responsable de la Stratégie numérique, Dominique Anglade. Objectif: «co-élaborer» la future stratégie québécoise de la science et de l’innovation. Celle-ci doit remplacer la politique mise sur pied par le gouvernement péquiste en 2014 après une autre vaste consultation, mais qui n’a jamais été appliquée.

 

Radicalisation: une étude bidon?

L’étude sur les déterminants du soutien à la radicalisation violente chez les cégépiens réalisée récemment par le centre de recherche SHERPA du CSSS de la Montagne et largement publicisée serait bourrée de défauts. Un collectif d’experts très crédibles, parmi lesquels figurent l’essayiste Normand Baillargeon et le professeur Yves Gingras de l’UQAM, y ont repéré de «graves lacunes méthodologiques» qui en font un ramassis de «sophismes sous le couvert de statistiques malheureusement invalides». Entre autres erreurs, les auteurs de ce rapport établissent une fausse causalité entre la religiosité des jeunes et leur soutien plus limité à la radicalisation, alors qu’ils présentent seulement la preuve d’une (faible) corrélation entre ces deux phénomènes. Autrement dit, rien ne soutient la recommandation de favoriser l’expression religieuse dans les cégeps comme mesure de prévention. «Les établissements visés seraient donc mal avisés de s’en servir pour adopter des mesures qui risquent d’être inopportunes», conclut le collectif dans son analyse publiée dans Le Devoir.

 

Un président et des moustiques transgéniques

Sur leur bulletin de vote du 8 novembre, des électeurs de Key Haven, en Floride, devaient se prononcer sur ce qui pourrait être le premier essai grandeur nature en Amérique du Nord de largage dans l’environnement de moustiques transgéniques, dans le but de combattre les moustiques Aedes aegypti, susceptibles de transmettre le virus Zika, le chikungunya et la dengue. Le projet proposé par le Florida Keys Mosquito Control District et l’entreprise Oxitec a été approuvé cet été par la FDA, qui considère qu’il n’aura pas d’impact environnemental majeur.

 

Une taxe carbone sur la viande?

En plein sommet de Marrakech sur les changements climatiques (la COP22), des chercheurs britanniques ont calculé comment évolueraient les habitudes alimentaires sur la planète si on taxait les différents aliments en fonction des émissions de gaz à effet de serre qu’engendre leur production. Selon eux, une taxe moyenne de 40 % sur la viande et les produits laitiers, dont les revenus serviraient à aider les personnes les plus démunies à se nourrir d’aliments sains, ferait diminuer les émissions de gaz à effet de serre d’un milliard de tonnes de CO2 par an, soit autant que ce qu’émet tout le transport aérien. L’étude vise avant tout à susciter une réflexion politique sur l’incidence des habitudes alimentaires sur le climat, un élément négligé, selon les chercheurs.

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie