Se muscler les fesses pour guérir la rotule

Le syndrome fémoro-patellaire est une des causes les plus fréquentes de douleur au genou chez les adolescents et les jeunes adultes. Pour le guérir, il faut renforcer les muscles fessiers, confirme une récente étude belgo-québécoise.

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Même s’il touche beaucoup de gens, le syndrome fémoro-patellaire (SFP) reste mal compris. Il se manifeste par une douleur à la jonction entre le fémur et la rotule — également appelée patella —, qui apparaît pendant une activité physique sollicitant les genoux. La douleur perdure au repos, lorsque le genou est fléchi. Ce syndrome est souvent diagnostiqué chez des personnes pratiquant des sports demandant de courir ou de sauter, comme le basket ou le volleyball. « C’est aussi très fréquent chez les coureurs. Les gens s’inscrivent à une course et augmentent leur vitesse et leurs distances trop rapidement, le squelette n’a pas le temps de s’adapter à ces changements », décrit Jean-Sébastien Roy, professeur au Département de réadaptation de l’Université Laval. Le SFP touche également beaucoup d’adolescents, particulièrement les filles. La musculature des jeunes ne serait pas toujours assez développée pour permettre au squelette d’encaisser les chocs dans les genoux. La douleur est invalidante dans la vie quotidienne et peut devenir chronique si on persiste dans sa pratique sportive sans en tenir compte.

De la rotule à la hanche

Pour comprendre comment apparaît le SFP, il faut faire un peu d’anatomie. « La rotule est comme une poulie. Le tendon rotulien passe par-dessus, et quand on plie le genou, il comprime le cartilage situé entre la rotule et le fémur », explique Jean-Sébastien Roy. Ce cartilage est plus épais au centre que sur les côtés. Dans un genou fonctionnel, le tendon rotulien passe au centre, là où le cartilage est suffisamment épais pour encaisser la compression. Dans un genou atteint de SFP, la rotule est décentrée et la compression s’exerce sur les zones plus minces du cartilage. « Si le fémur est mal aligné avec la rotule, le tendon rotulien écrase ces surfaces moins épaisses et la compression est transmise à la rotule, qui envoie un signal de douleur », poursuit Jean-Sébastien Roy. 

Le problème résulte donc d’un mauvais alignement du fémur et de la rotule. Depuis une dizaine d’années, les chercheurs montrent que le SFP semble lié à une faiblesse des muscles abducteurs de la hanche, notamment les muscles fessiers qui permettent de lever la jambe latéralement. Les personnes touchées par ce syndrome semblent avoir une musculature plus faible à cet endroit que celles qui n’en souffrent pas.

Dans une nouvelle étude, publiée en mai dernier, Jean-Sébastien Roy a cherché à comprendre si cette faiblesse était proportionnelle à la douleur ressentie. Son équipe a recruté 60 personnes atteintes du SFP et a évalué chez elles le niveau et la fréquence de la douleur ainsi que la force et l’endurance des abducteurs de la hanche. « Celles qui ont plus de douleur ou une douleur plus fréquente sont aussi plus faibles et moins endurantes au niveau des muscles fessiers », résume le chercheur.

Cependant, on connaît mal le rôle que joue cette faiblesse des abducteurs de la hanche dans l’apparition du SFP. « Les études semblent montrer qu’il s’agirait plus d’une conséquence que d’une cause du syndrome, peut-être due à une inhibition des muscles pour éviter la douleur », estime Jean-Sébastien Roy. Mais un cercle vicieux peut s’installer, car les muscles affaiblis tendent à augmenter le désalignement. Voilà comment le SFP risque de devenir chronique.

Retrouver l’alignement pour guérir

De la glace pourra dans un premier temps soulager la douleur, mais une consultation médicale augmentera les chances de guérison. L’étude du professeur Roy indique que pour traiter le SFP, les physiothérapeutes devraient évaluer la force et l’endurance des muscles fessiers. Si l’examen clinique révèle une faiblesse, il faut y remédier par des exercices comme des accroupissements faits le dos au mur, éventuellement face à un miroir pour vérifier l’alignement du genou. Selon Jean-Sébastien Roy, il n’est pas toujours nécessaire de cesser son activité sportive. Au contraire, une bonne information sur la nature du syndrome ainsi que des conseils permettent de gérer le mal et d’adapter l’entraînement, quitte à en augmenter graduellement l’intensité. La douleur disparaît alors généralement en quelques semaines. 

Surveiller les signes avant-coureurs 

Vous commencez à avoir mal au dessus du genou ? Interrogez-vous sur les changements apportés à votre pratique sportive qui pourraient avoir modifié la charge appliquée sur le genou ou affecté l’alignement du fémur et de la rotule, conseille le chercheur. De nouvelles chaussures, une surface de course différente, l’ajout d’une séance hebdomadaire ? « Quelque chose qu’on croit anodin peut expliquer l’apparition de la douleur », prévient Jean-Sébastien Roy. Mieux vaut réagir vite, et adapter son entraînement pour éviter que le mal ne s’installe.

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