Se sentir bien petit, le Jour de la Terre

«Chaque semaine, mon bac vert est super-plein, et c’est mon cadeau à toi, la Terre. Ma façon de t’aider sans avoir à changer vraiment mes habitudes.»

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Photo : Pixabay

Bonne fête, la Terre ! Ou, en tout cas, bonne journée de toi, puisque le 22 avril, c’est le Jour de la Terre. On voulait t’organiser un «surprise», mais on ne savait pas où faire ça. La Lune était déjà réservée pour l’anniversaire de Guy Laliberté, ce qui ne nous laissait plus beaucoup d’options.
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Ça te fait quel âge ? 4,5 milliards d’années ? Wow ! Tu as l’air si jeune que j’ai presque envie de croire les députés conservateurs créationnistes, qui disent que tu n’as que 6 000 ans.

Je ne peux pas les croire, par contre, quand ils disent que tes bouffées de chaleur, c’est simplement ta ménopause. On sait tous que tes problèmes de thermostat, c’est notre faute.

Tes océans qui débordent de déchets, ça aussi, c’est notre faute. Mais bon : si on trouve suffisant de ne donner qu’un seul bain par semaine à nos personnes âgées, crois-tu vraiment qu’on est capable de te garder propre ?

«La Terre va sauter, ses jours sont comptés, attendez-vous que le monde éclate pour vous brancher ?» chantait le grand poète Marc-André Coallier, avant qu’on ne découvre les ampoules fluocompactes. Tu seras heureuse, chère Terre, d’apprendre que certains n’attendent pas que le monde éclate. Ils agissent.

Moi, par exemple. Je suis un vert : je recycle.

Que ce soit la xième lettre que Bell m’envoie (son espoir naïf, mais insistant, de me ravoir comme client un jour me rappelle qu’il est important de ne jamais abandonner ses rêves) ou le Publisac qu’on a accroché à ma porte parce que le petit autocollant «Pas de publicité» fait moins d’un mètre de large et que c’est facile de le manquer, tout ça va directement dans le bac vert.

J’y mets aussi ces emballages impossiblement résistants qu’on ouvre avec des ciseaux, une scie sauteuse et la rage de l’incroyable Hulk. J’ai souvent l’impression que le «cossin» à 5 dollars que je viens d’acheter aurait pu survivre à une attaque nucléaire des Soviets, dans son sarcophage de carton et de plastique enserré dans du cellophane. Mais allez, hop ! Dans le bac vert, et tout est oublié !

Si je pouvais, je mettrais aussi au recyclage ce téléphone qui était encore bon il y a un an, mais qui ne me procure que de l’insatisfaction depuis qu’un nouveau modèle est sorti. Je sais je pourrais très bien continuer à utiliser le vieux modèle, mais… euh… oups ! Je viens de l’échapper dans l’eau. Ohhhhh… zut ! Je vais devoir aller acheter le nouveau. (Yé !)

Chaque semaine, mon bac vert est super-plein, et c’est mon cadeau à toi, la Terre.

C’est ma façon de t’aider sans avoir à changer vraiment mes habitudes, mais en me faisant quand même croire que je peux changer le monde. N’est-ce pas la meilleure forme d’engagement ? Non ? Humpf…

À défaut d’être la meilleure, c’est au moins celle qui permet de passer à travers sa journée sans désespérer. Parce que pour un citoyen écolo, lire les nouvelles, c’est comme se coucher sur le dos pour regarder le ciel étoilé à la campagne. On se sent rapidement bien, bien petit et bien, bien inutile.

Combien de kilos de compost est-ce que je dois transformer en terre avant d’«annuler» un peu les sables bitumineux ? Peut-on vraiment me voir prendre le métro à travers la boucane de la cimenterie de Port-Daniel ? Combien de fois dois-je éteindre la lumière en sortant d’une pièce pour «annuler» une centrale au charbon en Chine ?

J’ai beau me dire que les petits gestes de tout le monde s’accumulent et deviennent de grands gestes collectifs. J’ai beau me dire qu’au fond, c’est un peu comme les élections : ce n’est pas ton vote qui fait élire quelqu’un, c’est l’ensemble de votes. Tout ce que ça me rappelle, c’est que je n’ai jamais gagné mes élections.

Est-ce que je suis en train de te dire, chère Terre, que je baisse les bras et que je m’achète un Hummer en styromousse pour aller lancer du spray-net sur des bébés phoques ? Pas du tout !

Parce qu’avec toi, on n’a pas vraiment le choix. Si ce n’est pas ici qu’on habite, ce sera où ?

Bonne fête !

Note : non, je n’ai pas l’intention de faire ce genre de lettre à chaque journée internationale de quelque chose. Je t’aime bien, chère «hygiène des mains», mais je ne t’écrirai pas une lettre le 5 mai prochain. Même chose pour toi, le Binturong, et ta journée soulignée le deuxième samedi de mai. Es-tu un chien, un chat ou un ours ? Branche-toi et on verra après.

* * *

À propos de Mathieu Charlebois

Ex-journaliste Web à L’actualité, Mathieu Charlebois blogue maintenant sur la politique avec un regard humoristique. On peut aussi lire ses anticritiques culinaires dans le blogue Vas-tu finir ton assiette ? et le suivre sur Twitter :@OursMathieu.

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J’ai encore un cellulaire à penture, vous savez, ces téléphones qui servent seulement à téléphoner, comme ma montre qui ne m’indique que l’heure, tous deux ont plus de dix ans. Mon vieux téléviseur consomme moins qu’un écran DEL de même dimension. J’habite un chalet où je peux sans gêne jeter mes déchets végétaux dans le bois sans déranger personne et j’accumule un sac de déchets non recyclable par mois ou deux mois au plus. Je capte l’eau d’un ruisseau que je filtre par osmose pour mes besoins et mon installation septique filtre mes retours biologiques à la nature. Et des gens de l’environnement et urbanisme à la fine pointe de la technologie élaborent des règlements sur règlements pour contrecarrer toute utilisation, modification ou autre de mon terrain (je parle ici pour tous les propriétaires), que j’ai acheté et pour lequel je paye des taxes annuelles, sans passer par la demande (et le paiement) de permis qui permettent de contrôler les faits et gestes de chacun. Je suis chez moi, mais ce sont eux qui décident. Je suis sur le point de décrocher de tous ces beaux moralistes urbanistes écologistes qui m’empêchent de profiter de MON bien comme je l’entends sous prétexte qu’EUX prennent soin de la planète mais pas moi. Je serais curieux d’aller voir dans leur cour. Je fais de mon mieux pour la nature, mais je suis sur le point de décrocher du beau discours de ses grands-prêtres sans péché.

Nous nous sentons tous un peu pareil. Et si on parlait du contrôle des naissance et de la décroissance, sujets beaucoup moins sexys que « Le développement durable »…

J’ai moi aussi tendance à penser qu’il y a trop de monde sur la planète, mais tout bien réfléchi, je crois plutôt que ce qu’il y a de trop, c’est la cupidité, car avec tous les moyens technologiques et techniques, les connaissances et les possibilités de faire, je crois qu’on peut très bien nourrir trente milliards de personnes avec ce qu’on a présentement. Cessons de gaspiller la moitié de la nourriture que nous produisons, cessons de détruire les terres arables pour faire des développements domiciliaires, commerciaux et industriels à grande échelle. Construisons dans les montagnes ou terrains inappropriés à l’agriculture, cessons de construire des villes dans le désert et puiser toute l’eau souterraine pour les alimenter. Et quoi d’autre…? Je crois que c’est la bêtise et la cupidité humaine qui conduira la planète vers sa perte et non pas la seule présence humaine qui est là au même titre que n’importe quel autre être vivant. À bon entendeur, salut.

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